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	<title>Carnet 11 &#8211; Mille Camps et Plus</title>
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		<title>Morvan sous la neige</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bernard Van Leckwyck]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 22 Dec 1950 18:07:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Carnet 11]]></category>
		<category><![CDATA[Franche Comté]]></category>
		<category><![CDATA[Morvan]]></category>
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					<description><![CDATA[22 au 25 Décembre 1950 &#8211; Barrage des Settons et retour &#160; Une 4 CV noire roule dans la nuit froide de Décembre… Ne dirait-on pas le début d’un roman...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;"><span style="text-decoration: underline;">22 au 25 Décembre 1950 &#8211; Barrage des Settons et retour</span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Une 4 CV noire roule dans la nuit froide de Décembre… Ne dirait-on pas le début d’un roman policier ? Et pourtant il s’agirait plutôt d’un roman d’aventures, car la 4 CV en question n’est autre que le Corbillard engin de transport officiel des Patagons. Ils sont trois à avoir décidé à passer les fêtes de Noël en campant dans le Morvan qu’ils appellent « Le Noir Pays ».</p>
<p>Un commando en avait déjà parcouru quelques chemins l’été dernier et en avait ramené beaucoup d’enthousiasme : de la sauvagerie, des forêts de sapins, des paysages de pré-alpes presque ! Bref, un paradis pas trop trop éloigné pour randonneurs parisiens. C’est ce qui explique cette expédition dont le premier but est le lac des Settons.</p>
<p>Quel est l’effectif des troupes ? Après de graves menaces de défections, ils ne sont plus que trois randonneurs : Monick, une ancienne de la vadrouille d’été dans cette région, Bernard, un des plus vieux soutien du clan patagon et enfin, François, un ami de régiment de Bernard et qui apporte parfois sa présence gouailleuse aux expéditions de la Tribu.</p>
<p>Sens. Auxerre. Joigny. Avallon. Route sans histoires où les deux pilotes prennent le volant à tour de rôle ; mais voici la neige qui fait son apparition sur la route. Jusqu’ici elle se cantonnait aux environs, mais elle s’enhardie maintenant et recouvre la chaussée elle-même. Quelques dérapages sans méchanceté incitent à la prudence et la moyenne faiblit.</p>
<p>A partir de Saulieu, où l’on quitte la grand’ route pour une autre plus modeste, la voiture roule sur une épaisse couche blanche et parmi un paysage de rêve où tout a été passé au sucre cristallisé.</p>
<p>Près du Saut de Gouloux, passage sur la Cure. Un arrêt s’impose, il est très court mais suffit à faire comprendre que les guêtres sont indispensables, car toute cette féerie blanche à un revers réaliste qui s’impose impérieusement.</p>
<p>Voici Montsauche et enfin le Réservoir des Settons. Le Corbillard est garé hors de la route, vidangé, déchargé, mis en tenue d’hiver. Et les trois amis l’abandonnent là pour s’enfoncer dans un décor de rêve que le clair de lune réalise sur ce paysage magnifié par la neige et la solitude.</p>
<p>Le silence n’est troublé que par le crissement des pas et par le craquement de la glace du lac qui se fend parfois avec de curieuses résonances. Les Trois sont sous le charme des beautés traversées. Pourtant, il est près de quatre heures du matin et la fatigue finit par avoir raison de leur émerveillement. Ils cherchent un coin où monter la tente.</p>
<figure id="attachment_1478" aria-describedby="caption-attachment-1478" style="width: 1435px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-027.jpg"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="wp-image-1478 size-full" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-027.jpg" alt="le soleil joue sur la tente" width="1435" height="2089" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-027.jpg 1435w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-027-206x300.jpg 206w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-027-703x1024.jpg 703w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-027-768x1118.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-027-1055x1536.jpg 1055w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-027-1407x2048.jpg 1407w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-027-1320x1922.jpg 1320w" sizes="(max-width: 1435px) 100vw, 1435px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1478" class="wp-caption-text">le soleil joue sur la tente</figcaption></figure>
<p>A une cinquantaine de mètres du lac voici un emplacement sous les arbres où la neige, pas trop épaisse, sera déblayée sans trop de peine.</p>
<p>Bientôt la tente est dressée et, enfoncés sous un nombre impressionnant de duvets, les Trois s’endorment.</p>
<p>Il est quatre heures passé.</p>
<p>Le soleil joue sur la tente : il est neuf heures passé mais avec l’heure où ils se sont couchés, les Trois ont droit à un repos supplémentaire. Vers dix heures Bernard se glisse dehors. Il ne fait pas froid et c’est presque regrettable car la tiédeur a déclenché le dégel qui détache des arbres des paquets de neige qui ne ratent pas toujours l’entrebâillement du col. Brrr !</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-029.jpg" rel="grid-54" class="item view" title="le lac gelé"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-029.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-030.jpg" rel="grid-54" class="item view" title="le jeu des rayons du soleil"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-030.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-028.jpg" rel="grid-54" class="item view" title="le jeu des rayons du soleil"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-028.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Petite concession à l’esprit mathieux, le réchaud à essence ronfle bientôt sous le petit déjeuner. Ceci laisse du temps pour admirer le paysage qui en est bien digne et l’on ne sait ce qui est le plus beau : le lac gelé où la neige chassée par le vent de cette nuit a dessiné des arabesques, les lointains de l’autre rive auxquels des sapins prêtent une allure canadienne ou le jeu des rayons du soleil dans la parure blanche des arbres.</p>
<p>Bientôt pourtant on s’adonne à des préoccupations d’ordre moins purement esthétique et le petit déjeuner est absorbé avec satisfaction.</p>
<p>Monick émerge aussi de sous la tente et dès lors il n’y a plus d’excuses pour flâner au camp, aussi les bagages sont bouclés et la colonne s’ébranle vers midi un quart. Visiblement, avec le retard pris dès ce matin, il faudrait une journée d’environ 36 heures pour retrouver le rythme normal de la vie patagonne !</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-032.jpg" rel="grid-86" class="item view" title="le sentier"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-032.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-033.jpg" rel="grid-86" class="item view" title="La Cure…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-033.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-031.jpg" rel="grid-86" class="item view" title="… gros ruisseau"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-031.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Le sentier suit le lac et sans cesse des aperçus magnifiques s’y découvrent. Les randonneurs n’osent plus dire leur admiration tant ils ont épuisé du premier coup leurs réserves d’épithètes d’enthousiasme.</p>
<p>Après Chevigny un rapide crochet jusqu’au pont qui enjambe la Cure leur donne une idée de cette belle rivière qui, ici, n’est encore qu’un gros ruisseau dans l’enfance.</p>
<p>Puis la route traverse un village qui semble un décor pour cartes de Noël-Nouvel An. Une courte halte pour faire provision d’eau chez des paysans qui s’étonnent quelque peu de voir des campeurs en cette saison, et l’on reprend la route.</p>
<p>Pas pour longtemps car la trop courte nuit a un peu ramolli les jambes et Bernard en particulier donne des signes de défaillance : un lacet du chemin qui serpente dans les bois sera le cadre de la halte du déjeuner.</p>
<p>Heureusement qu’il y a le réchaud à essence, car un essai de feu de bois donne des résultats pénibles à avouer.</p>
<p>Le chemin escalade ensuite une côte qui raréfie la conversation car la marche dans la neige est assez fatigante et le souffle est conservé pour chasser devant soi le petit nuage de buée qui souligne la basse température.</p>
<figure id="attachment_1485" aria-describedby="caption-attachment-1485" style="width: 200px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-034.jpg"><img decoding="async" class="size-medium wp-image-1485" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-034-200x300.jpg" alt="neige…" width="200" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-034-200x300.jpg 200w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-034-683x1024.jpg 683w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-034-768x1151.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-034-1025x1536.jpg 1025w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-034-1367x2048.jpg 1367w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-034-1320x1978.jpg 1320w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-034.jpg 1414w" sizes="(max-width: 200px) 100vw, 200px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1485" class="wp-caption-text">neige…</figcaption></figure>
<p>La forêt pétrifiée sous la neige est un décor magnifique mais, chaque médaille a son revers, il est impossible de quitter la route car partout ailleurs que sur elle il y a soixante centimètres et plus de neige molle. Un très vaste point de vue s’offre sur la droite avant d’arriver à la Chaise, pittoresque petit village aux maisons saupoudrées de sucre cristallisé semble-t-il. Voici qui mériterait plus d’une photo mais le Foca est chargé en Kodachrome et comme le soleil s’est désintéressé de la situation depuis un bon moment, l’activité photographique est en veilleuse.</p>
<p>« La route d’Anost ? Vous la trouverez à deux cents mètres d’ici, on y marche bien : elle a été sablée » annonce une femme qui cède du lait à Bernard. Voici en effet la route en question, mais pour ce qui est du sablage il a probablement eu lieu cet été, c’est-à-dire que la neige a le dernier mot et le trio progresse sur une patinoire tassée par les voitures et regelée ensuite.</p>
<p>La nuit tombante ajoute la beauté de sa sérénité au décor hivernal. Après quelques prés et cultures voici les bois à nouveau et on retrouve la dentelle blanche après les arbres.</p>
<p>Un casse-croûte est pris assis sur les sacs, seul endroit sec, puis après cette pause voici le haut de la longue descente de 3 ou 4 kilomètres qui annonce Anost, aussi les enjambées reprennent-elles de la souplesse et de l’ardeur.</p>
<p>Brusquement les premières maisons de l’agglomération sortent de l’ombre. Les Patagons, fidèles aux traditions, font donc demi-tour sur quelque centaines de mètres pour trouver un coin de camp plus retiré et discret.</p>
<p>A flanc de coteau, dans les arbres, en voici un qui est atteint après une grimpette épique dans la neige profonde.</p>
<p>Pendant que François le bien-pensant va courageusement se renseigner sur les heures de messe du lendemain, les deux païens préparent le camp. Quelle épaisseur de neige à enlever ! D’agréables surprises se révèlent sous la forme de souches à l’endroit où l’on espérait étendre le tapis de sol. Enfin, après pas mal de temps et d’efforts, la tente est dressée.</p>
<p>François rentre les trois explorateurs du Noir Pays (osera-t-on encore l’appeler ainsi ce Morvan couvert de son manteau d’hiver ?) ont tellement envie de dormir qu’ils se contentent d’un repas froid pour ce soir.</p>
<p>Dans la nuit Bernard a la défaillance : frissons, insomnie, fièvre et évidemment léger délire ce qui est monnaie courant pour ce demi-somnambule.</p>
<p>Au matin, retour de la messe, c’est François qui devra préparer le petit déjeuner car les deux autres paressent sous la tente. Monick par penchant naturelle à ne rien faire, Bernard plus exceptionnellement car ça ne va vraiment pas fort malgré les métaspirines absorbées.</p>
<p>L’honneur de la Patagonie est donc sauvé par François qui prépare le chocolat sur feu de bois aux pris d’efforts qui ne font qu’ajouter à son mérite.</p>
<p>Il est midi cinq quand le commando au complet quittera le camp : dix minutes de gagnées sur l’horaire de la veille !</p>
<p>Descente jusqu’à Anost où l’on se ravitaille, puis après une halte dans un café où ils glanent quelques renseignements et ressemblent leurs énergies, les Trois reprennent la même route que la veille.</p>
<p>Cette décision est prise par le fait que Bernard n’est bon à rien aujourd’hui et que le sentier que l’on devait prendre est impraticable par ce temps affirment les indigènes en citant l’exemple d’un facteur du pays qui y a enduré un calvaire voulant l’emprunter comme raccourci. On se console en pensant que cette route déjà faite l’a été en partie de nuit et dans l’autre sens.</p>
<p>Monick et François sont en bonne forme mais Bernard se révèle bientôt un piètre randonneur : le « mal noir » ainsi qu’on a baptisé l’indisposition dont il souffre, lui ôte toute force et il avance la tête lourde et les jambes molles. Il y a deux précédents à ce cas : le même Bernard il y a quelque années était également malade pas très loin d’ici. Quant à Jean, autre Patagon agréé, il avait souffert du même mal mystérieux il y a quatre mois presque au même endroit.</p>
<p>Plutôt que d’expliquer les choses par une coïncidence, le manque de sommeil ou une digestion laborieuse, il est plus pittoresque d’invoquer la responsabilité du « mal noir » propre au Noir Pays et dont le principal symptôme est de s’attaquer aux Patagons.</p>
<p>Quoiqu’il en soit, le malade n’en mène pas large et il se traine lamentablement admirant à peine les beautés du paysage. De temps à autre il réclame une halte et s’effondre sur son sac en ressassant dans sa mémoire les kilomètres faits et ceux restants à faire. Il faut pourtant atteindre Gien-sur-Cure où il y a une église car c’est demain Noël et François qui s’adonne au culte catholique par priorité sur le culte patagon en a un besoin indispensable.</p>
<p>Le déjeuner sera rapidement expédié sur la route où le Radius vient vite à bout des beefsteaks et des petits pois. L’équipe n’a pas le temps de s’amuser à des feux de bois…</p>
<figure id="attachment_1486" aria-describedby="caption-attachment-1486" style="width: 2152px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-035.jpg"><img decoding="async" class="size-full wp-image-1486" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-035.jpg" alt="La canadienne montée" width="2152" height="1390" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-035.jpg 2152w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-035-300x194.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-035-1024x661.jpg 1024w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-035-768x496.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-035-1536x992.jpg 1536w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-035-2048x1323.jpg 2048w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-035-1320x853.jpg 1320w" sizes="(max-width: 2152px) 100vw, 2152px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1486" class="wp-caption-text">La canadienne montée</figcaption></figure>
<p>Puis on reprend la route presque en silence car le bavard Bernard n’est pas en état de parler et les autres se taisent, peu loquaces à l’ordinaire. L’équipe se traine, retardé par le malade qui est au point de déchéance de tenter un stop sur un des rares véhicules rencontrés. En vain, d’ailleurs.</p>
<p>Voici enfin la Chaise traversée la veille et c’est alors un chemin inédit et pittoresque vers Gien-sur-Cure.</p>
<p>Peu avant ce village un camp se révèle sous les arbres bordant la route : ce sera le gîte de cette nuit.</p>
<p>Pendant que Monick et François travaillent d’arrache pied pour déblayer la neige et monter la guitoune, Bernard, sous plusieurs duvets grelotte en cadence : sa seule victoire aujourd’hui fut de ne pas céder son sac aux autres qui voulaient l’en décharger.</p>
<p>La canadienne montée, François se rend à Gien tout proche pour s’y enquérir des heures de messe. Son salut éternel semble compromis car si le pays possède une église il n’a pas de curé ! Dieu a besoin des hommes… la messe la plus proche ? A huit kilomètres. Défaillance : il n’ira pas.</p>
<p>Pendant ce temps Monick a couché Bernard complètement groggy qui roupille comme un sonneur aussitôt étendu.</p>
<p>Ce soir, réveillon de Noël pour les deux autres Patagons : somptueux menu en vérité ! Du pain, un peu de fromage et une tablette de chocolat…</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-037.jpg" rel="grid-23" class="item view" title="Les deux autres"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-037.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-036.jpg" rel="grid-23" class="item view" title="Les deux autres"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-036.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>De très bon matin, sur la route, passe un groupe de fêtards qui rentre du réveillon. Exclamations et palabres inquiétants : « Va-t-on les déloger ? Ohé ! Sortez donc de là-dessous… Faut-il employer les grands moyens ? » Les trois campeurs ne sont guère rassurés, mais le danger passe, les presque-agresseurs ne voulant sans doute pas se risquer dans la neige qui est profonde dès qu’on quitte la route alors qu’ils sont sans doute endimanchés.</p>
<p>Au levé, Bernard enfin d’aplomb prépare un chocolat fumant qui fait couler le pain étonnamment rassit qui tombe en miettes. Copieux déjeuner, puis départ quelques minutes avant midi.</p>
<figure id="attachment_1488" aria-describedby="caption-attachment-1488" style="width: 207px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-038-scaled.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-1488 size-medium" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-038-207x300.jpg" alt="des paysages de Noël" width="207" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-038-207x300.jpg 207w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-038-707x1024.jpg 707w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-038-768x1113.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-038-1060x1536.jpg 1060w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-038-1413x2048.jpg 1413w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-038-1320x1913.jpg 1320w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-038-scaled.jpg 1766w" sizes="auto, (max-width: 207px) 100vw, 207px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1488" class="wp-caption-text">des paysages de Noël</figcaption></figure>
<p>Il est vrai que les excuses se trouvent pour justifier ou au moins expliquer ce retard. Rien que l’enfilage des chaussures demandent des efforts inouïs de persuasion et de décongélation surtout si l’on répugne à la méthode Bernard qui, malgré les cris d’horreur de ses coéquipiers, fait pipi dessus pour les ramollir.</p>
<p>Le trio traverse Gien et s’engage sur la route des Settons dans des paysages de Noël dont on ne se lasse pas.</p>
<p>Une courte halte pour croquer une pomme à moitié gelée et on reprend la route qui zigzague pour escalader une colline dominant le lac. Malheureusement temps bouché et visibilité extrêmement réduite.</p>
<p>Les trois décident de sa payer un repas chaud bien que mathieux dans un restaurant dès qu’ils en auront la possibilité, c’est-à-dire quand ils auront atteint la voiture. Aussi pour parvenir à ce but, un peu avant Chevigny, un rapide et frugal casse-croûte est absorbé juste pour tenir le coup jusqu’au prochain repas qu’on espère situé à Château-Chinon, ville pittoresque par surcroit.</p>
<figure id="attachment_1490" aria-describedby="caption-attachment-1490" style="width: 2560px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-039-scaled.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-1490 size-full" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-039-scaled.jpg" alt="Avant Chevigny" width="2560" height="1658" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-039-scaled.jpg 2560w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-039-300x194.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-039-1024x663.jpg 1024w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-039-768x497.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-039-1536x995.jpg 1536w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-039-2048x1326.jpg 2048w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-039-1320x855.jpg 1320w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1490" class="wp-caption-text">Avant Chevigny</figcaption></figure>
<p>Traversée de Chevigny, chemin si pittoresque longeant le réservoir, lieu du camp de l’été dernier, traces de celui d’il y a deux jours, tout cela défile à toute vitesse malgré la neige qui se met à tomber pendant la fin du parcours.</p>
<p>Les jambes commencent à être molles mais le but est si proche ! Voici l’endroit où l’on a laissé la 4 CV et…</p>
<p>Las ! De généreux inconnus ont crevés deux pneus à la voiture, brisé tout son avant, phares compris, dérobé ou cassé les feux de signalisation arrière. Bref, véhicule inutilisable.</p>
<p>Joyeuse et bonne plaisanterie en vérité. Après bien des difficultés compensées par la chance et l’appui de braves gens (la race n’est pas complètement éteinte) le commando part pourtant avec le Corbillard en partie réparé. Mais que de temps perdu et de tracas inutiles créés par la méchanceté de quelques malfaisants !</p>
<p>Jour de Noël : paix sur la Terre aux hommes de bonne volonté !</p>
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		<title>Aventure en Tarentaise</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bernard Van Leckwyck]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 28 Jul 1950 19:40:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Carnet 11]]></category>
		<category><![CDATA[Alpes]]></category>
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					<description><![CDATA[28 Juillet au 5 Août 1950 &#8211; Nancroix-Les Lanches Ils sont quatre. Non cinq… et même cinq et demi ! Faisons le compte. D’abord le trio qui a déjà connu tant...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;"><span style="text-decoration: underline;">28 Juillet au 5 Août 1950 &#8211; Nancroix-Les Lanches</span></p>
<p>Ils sont quatre. Non cinq… et même cinq et demi ! Faisons le compte. D’abord le trio qui a déjà connu tant de camps communs : Marcelle, Jean et Bernard. Et puis un espoir de la tribu patagonne : la jeune Annette 19 mois. Et puis encore une nouvelle du camping : Monick. Cela fait cinq. Quant à la demi-portion qui rend le chiffre décimal on ne sait encore ce que c’est et même Marcelle, sa future mère, n’a pu fournir de précisions à son sujet. Donc voilà l’équipe.</p>
<p>Le lieu de ses exploits ? Depuis longtemps un calembour jugé affreux par tous mais adopté par chacun l’a désigné : entre Tarentaises. Départ de la Moyenne Tarentaises pour rejoindre la haute vallée en tournant le Mont Pourri par le sud au lieu de suivre bêtement l’Isère qui elle, trop timide pour faire autrement, continue son petit bonhomme de chemin par la vallée.</p>
<p>Ce vendredi soir, 28 juillet, la 4 CV gréée en voiture de haut tourisme et étrennant son toit ouvrant emporte la troupe vers les Alpes.</p>
<figure id="attachment_1412" aria-describedby="caption-attachment-1412" style="width: 2140px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-001.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-1412" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-001.jpg" alt="un camp de secours à deux pas de la 4 CV" width="2140" height="1391" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-001.jpg 2140w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-001-300x195.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-001-1024x666.jpg 1024w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-001-768x499.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-001-1536x998.jpg 1536w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-001-2048x1331.jpg 2048w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-001-1320x858.jpg 1320w" sizes="auto, (max-width: 2140px) 100vw, 2140px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1412" class="wp-caption-text">un camp de secours à deux pas de la 4 CV</figcaption></figure>
<p>Malgré les dieux farceurs qui font crever un pneu à Maisons Alfort, l’équipe continue sa route qui ne peut décemment s’arrêter si près quand on a de si grands projets pleins d’espoir.</p>
<p>Les phares dans la nuit. Des chants pour tenir le conducteur éveillé plus que pour charmer les oreilles des passagers. Le temps coule. Les kilomètres s’avalent. Un barrage de police. Tiens ! on a oublié le permis de conduire ! Vive le gradé au grand cœur qui n’est pas inflexible et qui a compris qu’on ne doit pas plus arrêter une progression patagonne qu’un défilé de procession un jour de fête sainte.</p>
<p>Encore les bornes qui défilent.</p>
<p>Saulieu. Première étape prévue. Un camp de secours à deux pas de la 4 CV dans un coin tranquille. Bientôt le silence et le sommeil sauf pour le conducteur dont les nerfs et le cœur résistent mal au café absorbé en masse pour tenir le volant de nuit.</p>
<p>Samedi 29 – Après quatre ou cinq heures de sommeil seulement la troupe est sur pied. Le fait qu’Annette s’éveille à telle heure c’est déjà remarquable. Mais que Marcelle soit levée et habillée en même temps voilà qui tient du prodige et passera sans doute à la postérité au même titre que les Travaux d’Hercule et le siège de Troie.</p>
<p>Après un rapide déjeuné, le quintette s’entasse à nouveau dans la 4 CV. Route sans histoires jusqu’aux premiers contreforts alpins où, sur les conseils d’un indigène, la troupe s’engage dans une route plus longue mais aux rampes plus accessibles aux possibilités du moteur. Cette route ayant été choisie à la va vite inutile de dire que d’ardentes polémiques s’engagent à son sujet, discutions auprès desquelles les duels d’artillerie lourde sont d’innocents jeux de bambins. Puis comme la pente s’accentue, autre sujet remarquable : la lampe témoin de la température du moteur qui commence à manquer de discrétion et s’allume à tout bout de champ. Les derniers kilomètres sont une succession de vidanges sans fin. Heureusement que les sources sont nombreuses.</p>
<p>Peisey-Nancroix. Terminus auto. C’est ici que va commencer la randonnée pédestre. Le Corbillard, nom officiel dans le monde patagon de la noire 4 CV, se range près d’un buisson où il pourra refroidir tout son saoul et les tentes sont montées, quelques centaines de mètres plus loin, dans un site classique avec rochers, sapins, torrent et glaciers comme toile de fond. Première nuit en montagnes.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-003.jpg" rel="grid-19" class="item view" title="le début de l’Aventure"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-003.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-002.jpg" rel="grid-19" class="item view" title="eaux glaciaires"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-002.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p><span style="text-decoration: underline;">Dimanche 30</span> – Crise aigüe d’héroïsme chez Bernard qui se lève à 6 heures, va chercher du lait puis, stupéfait de son courage… s’étend à nouveau et se rendort.</p>
<p>Après des ablutions où les corps font ou refont connaissance avec les eaux glaciaires, c’est le départ. Bernard va monter le Corbillard chargé des sacs jusqu’au hameau des Lanches où il s’est rendu à pied ce matin, pendant que les autres déchargés, suivront en pédestres. Pur exemple de patagon intégral, Jean refuse de se séparer de sa charge et montera bâté dès le début.</p>
<p>La 4 CV est garée près d’un chalet aux occupants très couleur locale (coiffes et patois). Le quintette va jusqu’à un bosquet ombragé où la petite s’endort pendant que les quatre grands s’occupent du déjeuner.</p>
<p>Ces dernières calories emmagasinées, le Commando Patagon s’ébranle pour le début de l’Aventure. Ordre de marche dispersé et fantaisiste au départ mais, dès que l’on aborde les sentiers où la file indienne s’impose, une disposition qui se révélera quasi immuable se dessine.</p>
<figure id="attachment_1415" aria-describedby="caption-attachment-1415" style="width: 2125px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-004.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-1415" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-004.jpg" alt="Le sentier suit une pente aisée" width="2125" height="1353" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-004.jpg 2125w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-004-300x191.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-004-1024x652.jpg 1024w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-004-768x489.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-004-1536x978.jpg 1536w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-004-2048x1304.jpg 2048w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-004-1320x840.jpg 1320w" sizes="auto, (max-width: 2125px) 100vw, 2125px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1415" class="wp-caption-text">Le sentier suit une pente aisée</figcaption></figure>
<p>En tête, Jean avec sa progéniture sur les épaules. Monick en numéro 2 : la place du novice dans une cordée. Numéro 3 : Bernard, enchanté de répéter qu’il tient la place du chef, du cerveau. Enchanté aussi d’être derrière Monick. Quant à Marcelle, fidèle aux traditions, elle ferme la marche.</p>
<p>Le sentier suit une pente aisée, mais la jeune Annette sur les épaules de son père constitue un handicap sérieux et bientôt Jean doit faire une pause torturé par ce qu’il définit comme « une barre à l’estomac ». Plus tard, avec une froide lucidité de martyr, il rectifiera son diagnostic en précisant qu’il s’agit d’une barre au foie. Estomac ou foie, le malheureux n’en mène pas large. Bernard tente de le remplacer dans son rôle de monture, mais la cavalière, par des pleurs éloquents, montre son désaccord. La preuve est faite que Bernard est un bon animal de bât mais pas une bête de selle.</p>
<p>Coupée de nombreuses pauses, la montée reprend. Le sentier traverse maintenant une zone de buissons qui ombragent charitablement l’itinéraire par endroits.</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-005.jpg" rel="grid-85" class="item view" title="ça coulait partout"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-005.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-006.jpg" rel="grid-85" class="item view" title="La belle cascade de la Gurraz"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-006.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-007.jpg" rel="grid-85" class="item view" title="Parmi les rochers"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-007.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Les rares bidons non vidés ne contiennent plus qu’une eau tiède et écœurante, aussi Bernard se détache en éclaireur pour trouver de quoi boire.</p>
<p>Toujours pas de sources malgré les dires des indigènes qui affirmaient que « çà coulait partout ». Ça coule en effet, mais sur le versant opposé, la belle cascade de la Jura notamment qui les marque depuis un moment, çà coule aussi au fond du ravin, mais partout inaccessible.</p>
<p>Comme il y a un endroit de camp fort bien, sécheresse mise à part, tout le monde tombe d’accord pour s’arrêter là ce soir pendant qu’un commando se détachera pour trouver une source. Cinquante mètres de dénivelé plus haut : enfin de l’eau. Provision. Descente. Glou. Glou. Glou…</p>
<p>Les deux itisas sont bientôt dressées parmi les rochers sur ce merveilleux matelas d’herbe élastique où il fait bon s’étendre. Courte mais sympathique veillée devant le feu qui rougeoie.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-010.jpg" rel="grid-37" class="item view" title="tardif breakfast"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-010.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-008.jpg" rel="grid-37" class="item view" title="Sympathique veillée"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-008.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-009.jpg" rel="grid-37" class="item view" title="à l’ombre d’un refuge"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-009.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p><span style="text-decoration: underline;">Lundi 31</span> – D’assez bon matin Bernard est redescendu à Nancroix pour rassembler le dernier ravitaillement car maintenant c’est l’assaut vers le col du Palet qui va commencer et va falloir tenir plusieurs jours sur les vivres de réserve. Quand il remonte, outre la nourriture, il ramène un pull-over trouvé en chemin confirmant ainsi sa réputation de découvreur à la renommée déjà solide. Après un tardif breakfast c’est le départ, mais la route parcourue n’est pas longue car Nanou s’endort sur les épaules de son père-martyr aussi la troupe doit elle s’arrêter à l’ombre d’un refuge de berger où elle déjeune.</p>
<p>Monick, confiante dans sa carnation de brune, se livre à une héliothérapie sans retenue qui portera bientôt ses fruits : de brun soutenu elle passe à brique foncée.</p>
<p>Un groupe de randonneurs arrive et casse la croûte non loin de la phalange patagonne qui s’en donne immédiatement à cœur joie dans la critique, voir la diffamation.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-012.jpg" rel="grid-54" class="item view" title="Les méandres du Nant Porturin qui paresse ici"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-012.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-011.jpg" rel="grid-54" class="item view" title="Le sentier s’amuse en modestes montagnes russes surplombant…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-011.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Marcelle estime leur vêture ridicule, Monick se moque de leur attitude. Jean et Bernard, en techniciens avertis, jugent sévèrement tout ce qu’il leur est donné d’apercevoir du matériel. Seuls les piolets trouvent grâce aux yeux des Patagons dont seule l’évidente infériorité numérique les empêche de trucider des dits piolets.</p>
<p>Puis départ. Le sentier qui s’élève depuis un moment au-dessus des derniers arbres serpente maintenant dans la rocaille. Décidément il y a autant de monde que sur les Champs Elysées un dimanche après-midi : voici un couple rencontré la veille. « Montez là-haut, c’est plein d’edelweiss ! » Remerciant du conseil les deux hommes montent la pente pour galamment fleurir ces dames.</p>
<p>La célèbre petite fleur des neiges est en effet très abondante et quel plaisir de la cueillir pour la première fois !</p>
<p>Plus loin, le sentier s’amuse en modestes montagnes russes surplombant les méandres du Nant Porturin qui paresse ici dans le Plan de la Plagne.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-013.jpg" rel="grid-59" class="item view" title=""><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-013.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-014.jpg" rel="grid-59" class="item view" title="Les pierres sont très brulantes et l’eau diablement froide"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-014.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Une passerelle dépose la troupe sur l’autre rive et, après quelques cabanes, une dernière barre rocheuse est franchie. Voici le lac qui tardait tout à se montrer. Il faut maintenant trouver un coin abrité pour camper car le vent souffle fort.</p>
<p>Manœuvre de traversée de torrent avec la corde comme rambarde. Les « fragiles », (Marcelle, Nanou, Foca et Lynx) une fois passés, le reste est jeu d’enfants. D’enfants avancés pour leur âge cependant, car les pierres sont très branlantes et l’eau diablement froide.</p>
<p>Les Patagons longent la rive ouest et finissent par trouver un endroit « comme ça » parmi les derniers blocs d’un éboulis. Quel camp, mes amis ! Evidemment avec vue imprenable sur le lac de la Plagne.</p>
<p>Après un rapide casse-croûte, Jean monte sa tente pendant que Bernard fait un raid vers la bergerie qu’on aperçoit là-bas dans l’espoir de ramener un peu de bois. Il annonce qu’il faudra y retourner à la nuit tombante car ce sera du vol caractérisé. Voilà où on en est quand on a dépassé la zone des arbres et que l’on n’a qu’une provision de méta ridiculement modeste.</p>
<p>En attendant, il grimpe rejoindre Monick qui fait le chamois là-haut dans les éboulis. Plus tard, quand ils redescendront, ils feront un crochet et reviendront avec deux bouts de bois anonymes. Discrets, ils oublieront de préciser qu’ils sont plus ou moins iconoclastes et que ce qu’ils rapportent sont les restes d’une croix à moitié ruinée qu’ils ont achevé de détruire. Bien que sec et débité en menus morceaux à coups de pierres coupantes faisant très outils paléolithique, ce sacré bois (pardon, ce bois consacré !) brûle en faisant mille manières, beaucoup de fumée et peu de chaleur malgré les efforts de Jean pourtant maîtres-ès-feu-de-bois.</p>
<p>Aussi ce soir faudrait-il un esprit critique particulièrement observateur pour différencier les nouilles d’une colle de pâte de troisième catégorie.</p>
<p>Ces dames, aux goûts encore nuancés de mathieusage, les refuse avec obstination. Bernard les mange avec moultes récriminations encore qu’il en ait modifié le goût avec force Viandox. Seuls, Jean et sa fille, purs entre les purs, les absorbent sans sourciller en traitant les autres de Patagons à la mie de pain et en leur reprochant de « trahir la cause ». Les mauvais esprits, Marcelle en tête, prétendront ensuite que la malheureuse Nanou, victime des immondes nouilles paternelles, en a rendu une partie, seule sa fringale traditionnelle l’ayant poussé à avaler cette horreur.</p>
<p>Puis la nuit met son apaisement sur ces questions culinaires.</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Mardi 1er</span> – Six heures du matin. Fidèle à ses habitudes matinales, Bernard part, vers les vaches qui, là-haut, secouent leurs clarines.</p>
<p>Après une sérieuse grimpette, il rencontre le berger et, ensemble, découvrent une des deux seules vaches du troupeau le restant n’étant que génisses, taureaux et autres animaux sans intérêt pour les lactivores.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-016.jpg" rel="grid-16" class="item view" title="Retour au camp"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-016.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-015.jpg" rel="grid-16" class="item view" title="là-haut "><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-015.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>De retour au camp, il se débarbouille dans le lac puis, histoire de dire qu’il s’est baigné vers 2 200 mètres, il saute à l’eau pour deux bains extra-rapides qu’il effectue encordé par un pied « pour qu’on puisse récupérer son corps en cas de congestion ». Cette baignade déclenche celle de Monick puis celle de Jean qui est le seul à rester dans l’eau plus de trois minutes consécutives. Ensuite la foule des baigneurs et non baigneurs fait honneur au petit déjeuner.</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-019.jpg" rel="grid-30" class="item view" title="Sacs au dos !	"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-019.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-017.jpg" rel="grid-30" class="item view" title="Farniente intégral"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-017.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-018.jpg" rel="grid-30" class="item view" title="le Plan de Grasse"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-018.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Le camp est levé relativement de bonne heure mais bientôt Nanou réalise le prodige d’être à la fois sur les épaules de son père et dans les bras de Morphée. Arrêt donc sur un versant où le soleil ruisselle de partout sauf pour la gosse qui dort abritée à l’ombre des cas. Photos. Discutions d’itinéraire. Puis farniente intégral.</p>
<p>Alerte ! Debout ! Sacs au dos ! Nanou vient de se réveiller… La troupe gagne le Plan de Grasse et projette de déjeuner près du lac du même nom. Mais point de lac. Bernard imprudemment catégorique affirme qu’il ne peut être que derrière cette crête. On n’y découvre qu’un trou avec un peu de neige et d’eau.</p>
<p>A la rigueur on s’en contenterait, mais voici, parmi d’autres, le berger contacté par Bernard ce matin et qui avait affirmé s’être baigné dans le lac.</p>
<p>« Où est-il le lac du Plan de Grasse ? »</p>
<p>«  A sec, cette année… »</p>
<p>« Mais vous disiez que… »</p>
<p>« Ah ! oui… Je parlais du lac de Gratteleux à un quart d’heure de marche »</p>
<p>Une équipe se détache pendant que l’autre prépare le déjeuner. A son retour, Nanou dort encore pendant que Jean gaspille des prodiges de persuasion pour faire flamber le fameux bois de la Plagne qui est surement à base d’amiante. Malgré tout, il a préparé une plâtrée réconfortante à base d’un tas de choses plus nourrissantes les unes que les autres. C’est déclaré bon par les plus difficiles.</p>
<p>On dresse une tente pour s’abriter du grain qui menaçait depuis un moment et qui tombe maintenant chassant vers la plaine quelques promeneurs que le commando patagon qualifie sans hésitations de défaitistes écœurants.</p>
<p>Le temps reste couvert, mais le berger, toujours lui, pronostique une éclaircie. Trop heureux de le croire sur parole (encore que ce matin il prédisait le beau temps). La troupe repart vers le col du Palet peu éloigné maintenant. Le lac de Gratteleux est atteint dans son cadre grandiose d’altitude alors que lui-même est sans grande beauté, et c’est la montée vers le col tout proche.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-021.jpg" rel="grid-18" class="item view" title="cadre grandiose d’altitude"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-021.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-020.jpg" rel="grid-18" class="item view" title="cadre grandiose d’altitude"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-020.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>On arrive près du poste militaire abandonné qui précède le Palet et le commando décide de monter les tentes sur le terrain l’avoisinant.</p>
<p>Recherche d’un emplacement remplissant les conditions suivantes : être hors de vue du refuge, avoir vue sur le lac, être à peu près plat, ne pas être juste dans un courant d’air trop violent, offrir un sol où il est possible de planter des piquets. Malgré ces désidératas compliqués un coin presque parfait est trouvé.</p>
<p>Les tentes montées Jean-le-Dévoué s’occupe du feu pour lequel Bernard a réduit en allumettes les restants du bois de la croix. Les parties ruinées du refuge ont fourni le reste du combustible.</p>
<p>Un peu de promenade-varappe pour l’équipe Monick Bernard leur permet de jeter un coup d’œil sur la vallée avoisinante : celle du Doron de Champagny que dominent des sommets que le temps de plus en plus nuageux rend davantage grandioses. La Grande Motte, la Pointe de la Grande Casse et toute la barre rocheuse qui les réunit forment un ensemble magnifique et terrible où la neige s’accroche encore un peu partout. Les deux redescendent à la nuit tombante.</p>
<p>Un diner plus réussi que celui de la veille, dont le spectre des nouilles frémit encore dans leurs entrailles, clôture cette journée.</p>
<p>Mercredi 2 – Il y a un clair de lune merveilleux cette nuit. « Viens donc voir, Monick » fait Bernard. Mais Monick aime trop la chaleur de son duvet pour en sortir maintenant.</p>
<p>C’était pourtant le moment d’admirer un ciel pur car bientôt le temps se couvre et…</p>
<p>Voix de Jean dans la nuit où gronde le tonnerre :</p>
<p>« Vous dormez, là-bas ? »</p>
<p>« Non ! »</p>
<p>« L’orage monte… il est sur le lac et bientôt sur nous… Je décroche vers le chalet. Ma tente ne tiendrait pas avec son double toit trop mûr. »</p>
<p>« O.K. »</p>
<p>Temps de la réflexion, puis, d’une voix sans conviction :  « Veux-tu un coup de main ? »</p>
<p>« Non ça va… Mais vous allez vous faire reléguer en restant là… »</p>
<p>Court conseil de guerre dans l’itisa restante</p>
<p>« On s’en va ou on tient le coup ? »</p>
<p>« On tient. »</p>
<p>« On verra bien. »</p>
<p>Pris de remords, Bernard s’habille pour prêter la main à l’autre équipe mais celle-ci s’est déjà repliée.</p>
<p>Courte somnolence, puis, pluie et vent.</p>
<p>Ensuite orage et trombe d’eau. Inondation.</p>
<p>Plan de détresse.</p>
<p>Ouragan et grêle. La tente n’est plus qu’une voile.</p>
<p>Monick décroche et Bernard la suit de peu au refuge à demi étouffé par la grêle, le vent et le double poids de son sac et de la tente trempée.</p>
<p>L’équipe Marcelle-Jean les voit arriver du fond de leurs duvets bien sec d’un œil un rien ironique.</p>
<p>Dans le refuge que le vent rageur secoue avec frénésie, l’équipe sinistrée s’agglomère en un tas humide sentant le chien mouillé et qui cherche la tiédeur.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-023.jpg" rel="grid-99" class="item view" title="Neige …."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-023.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-022.jpg" rel="grid-99" class="item view" title="…. Eclaircie … "><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-022.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Au matin, le brouillard voile tout le paysage pendant qu’on organise le vie dans le refuge. Chacun s’improvise : charpentier, balayeur, raccommodeur, cuisinier. Il y a des vivres pour trois jours. Une source est à trente mètres. Quant aux boiseries à moitié ruinées du chalet, elles montrent assez où le bois se prend habituellement.</p>
<p>Dans l’abondance des tâches à remplir, la première journée de claustration passe assez vite surtout pour l’équipe Monick Bernard qui se paye encore une promenade sur l’autre versant du col à l’occasion d’une éclaircie ensoleillée.</p>
<p>Le soir il commence à faire très froid aussi les tentes séchées sont-elles montées dans le refuge – même pour mieux conserver la chaleur animale.</p>
<p>Diner pendant lequel on pense à chaque bouchée : encore çà de moins dans les réserves !</p>
<p>Puis coucher.</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Jeudi 3</span> – Quel temps ce matin ? Ah ! pauvres gens ! Il y a de la neige…</p>
<p>Devant ce spectacle, Bernard fait rapidement le tour du refuge histoire de voir ce que le brouillard laisse apercevoir du paysage puis, n’écoutant que son courage… réintègre son duvet.</p>
<p>8 heures. 8 heures ½. 9 heures. 9 heures passées. La tente de l’équipe Blier reste silencieuse forçant tout le monde à l’imiter car le sommeil de Nanou est considéré comme une chose sacrée. Enfin, la gosse se réveille permettant aux Quatre Grands de laisser éclater leur soif de bruit et de mouvements.</p>
<p>Trois alpinistes arrivent au refuge et confirment ce dont on se doutait : de la neige et du blizzard jusqu’assez bas. Ils viennent de Tignes et cassent la croûte au sec avant de repartir sur l’autre versant.</p>
<p>Pendant que le petit déjeuner cuit, conseil de guerre à la lueur de ces dernières informations.</p>
<p>« Il faut descendre chercher des vivres pour ceux qui doivent rester ici, prétend Bernard. »</p>
<p>« Nous descendrons tous ensemble, soutient Jean. »</p>
<p>Ce n’est pas la première fois que ces deux entêtés s’affrontent, mais comme d’habitude c’est une discussion et non une dispute. Chacun cherche des alliés pour soutenir sa cause.</p>
<p>« N’est-ce pas Monick ? »</p>
<p>« Marcelle est de mon avis. »</p>
<p>« C’est de la folie !&#8230; »</p>
<p>« On ne va pas moisir ici : la môme y gèle… »</p>
<p>« Elle gèlera bien plus à descendre par ce temps. »</p>
<p>Ce n’est qu’après le repas que la chose est réellement déterminée. Monick et Bernard trustant presque tous les vêtements imperméables descendront vers l’auto, achèteront des vivres et, tournant le massif en voiture par la route, remonteront par l’autre versant le reconnaissant ainsi car la voie parait plus courte par Tignes que par Nancroix.</p>
<p>Deux silhouettes emmitouflées disparaissent donc dans la brume que rayent les chutes de quelques grêlons.</p>
<p>Au refuge les trois autres commencent à attendre et à regretter la chaleur animale sinon la présence de l’autre équipe. Jean apporte encore quelques perfectionnements aux réparations déjà effectuées. Puis il guette le berger qui monte de temps à autre jusque là pour redescendre avec quelques fragments de bois qui sont sa seule source d’approvisionnement en bois. Bernard avait confié deux bidons à ce bonhomme qui les avait ramenés plein de lait. Mais maintenant plus de berger. Le ravitaillement devient la question n°1. Les malheureux tirent la langue devant des provisions qu’ils n’osent entamer craignant des circonstances pires.</p>
<p>Le froid est très vif d’autant plus que l’activité que l’on se donne n’est guère réchauffante sauf le feu pour la cuisine. Jean a les doigts si bien engourdis qu’il ne s’aperçoit même pas tout de suite qu’il se les brûle en tenant une queue de poêle trop chaude !</p>
<p>Quant à Nanou elle commence à avoir une pauvre figure crevassée et gerçurée. Sa mère lui improvise une paire de moufles encore que tenir l’aiguille par ce temps là…</p>
<p>Pourtant le moral reste bon et le soir, mangeant ses nouilles à l’eau, Jean se met à rire tout seul tant il surprend chez eux des attitudes de naufragés de la Méduse.</p>
<p>Réellement ces épreuves avivent la foi patagonne au lieu de l’éteindre. Voilà une aventure qui vaut la peine d’être vécue et qui sort du traintrain quotidien.</p>
<p>Pendant ce temps les deux autres refont rapidement le chemin parcouru les jours précédents. Au début, la grêle, portée par un vent debout inexorable, les fouette ferme surtout sur leurs jambes généreusement dénudées par les shorts. Puis la pluie remplace la grêle.</p>
<p>« Ça y est j’ai les pieds à la sauce fait Bernard. Et toi, ça tient tes chaussures ? »</p>
<p>« Pour le moment ça va… »</p>
<p>Pauvre Monick à cause de cela, elle cherche à éviter les trop grandes flaques d’eau et aux ruisseaux à franchir à gué, il se pose pour elle de pénibles problèmes de siccité. Pour Bernard, la chose est infiniment plus simple : au point où il en est, la seule différence est qu’il patauge dans une eau plus ou moins froide. Moralité : la chaussure non étanche, avant d’enrhumer le cerveau, le dégage fort agréablement de certaines contingences mesquines.</p>
<figure id="attachment_1435" aria-describedby="caption-attachment-1435" style="width: 2125px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-024.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-1435" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-024.jpg" alt="La fin de la route" width="2125" height="1379" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-024.jpg 2125w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-024-300x195.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-024-1024x665.jpg 1024w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-024-768x498.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-024-1536x997.jpg 1536w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-024-2048x1329.jpg 2048w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-024-1320x857.jpg 1320w" sizes="auto, (max-width: 2125px) 100vw, 2125px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1435" class="wp-caption-text">La fin de la route</figcaption></figure>
<p>Par moments la pluie est si drue que les deux Patagons ont peine à regarder vers l’avant. Enfin voici la barre rocheuse qui est le dernier obstacle avant les chalets du Plan de la Plagne. Ils la franchissent et voici un abri au sec où le vent ne souffle pas ! Merveille.</p>
<p>Court repas, puis la pluie ayant cessé ils repartent en vitesse pour profiter de l’éclaircie. La fin de la route se fera dans des conditions de plus en plus favorables. Pour finir, du soleil sèchera même les équipements.</p>
<p>Puis voici la 4 CV qui les mènera rapidement vers Nancroix où ils achètent un tas de choses formant une coquette addition.</p>
<p>Ensuite c’est l’emmathieusage.</p>
<p>Voiture sur une route où le moteur ne chauffe même pas. Pâtisserie où ils retrouvent sans dégoût des mœurs philistines. Et pour finir, complète d’échéance de l’esprit patagon, on peut voir les deux misérables attablés à l’Hôtel Restaurant de la Chaumière devant un repas que leurs consciences élastiques ne leur empêchera même pas de digérer. Pire ! Ils rient en pensant aux trois autres du refuge… Sainte Bougeotte des Randonnées voile toi la face !&#8230;</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Vendredi 4</span> – Au refuge Nanou a fait une nuit de onze heures. Toujours çà de pris pensent ses parents. Puis petit déjeuner de siège : une tablette de dextrosport par personne pour les adultes. Seule, Annette a droit à l’ovomaltine classique.</p>
<p>L’attente…</p>
<p>Pendant ce temps la caravane de secours, partir de bonne heure, est déjà engagée sur la route du col. Le lac de Tignes est dépassé et vers 2 200 la neige accueille l’équipe. Ce n’est encore qu’une mince couche mais suffisante pour tremper les pieds de Bernard dont les chaussures éponges sont une merveille du genre.</p>
<p>Monick ouvre la marche car son sac est plus léger et surtout l’autre s’est claqué quelque chose du côté des côtes flottantes en poussant tout à l’heure la 4 CV hors d’un fossé où, à la suite d’une manœuvre discutable, elle paraissait exprimer le désir de vieillir en paix.</p>
<p>Ce claquage l’empêche de respirer normalement aussi la montée est-elle pénible pour lui. Bientôt elle devient un calvaire et il a à peine la force de réclamer des haltes.</p>
<p>Une pause un peu plus longue permet un casse-croûte dans un site grandiose encore embelli par la neige qui comme à devenir épaisse. Luxe unique depuis le début des vacances ils boivent du vin…</p>
<p>Ils repartent. De temps à autre Monick se retourne pour voir si l’éclopé suit. Il s’y essaye en se répétant mentalement que la montagne est une école de volonté. Dans sa tête bourdonnant repassent des histoires d’agonies dans le Grand Nord… La brume se déchire un moment et ils aperçoivent les rochers reconnus l’avant-veille au cours de leur promenade : le col est tout proche.</p>
<p>Dans le refuge Jean suppute les chances des deux évadés : ils seront sans doute là ce soir, peut-être dans l’après-midi. Pour les vivres ça ira. Quelle aventure ! Son cœur patagon en est justement fier : bloqué par la neige dans un refuge vers 2 600 avec une femme enceinte et une gamine de deux ans été demi !</p>
<p>Des cris dehors ? Il sort… Mais oui ! c’est l’autre équipe… Il annonce la nouvelle et bientôt la garnison patagonne entière sort de son fortin pour se porter à la rencontre de la caravane de secours qui dégringole du col.</p>
<figure id="attachment_1436" aria-describedby="caption-attachment-1436" style="width: 1397px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-025.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-1436" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-025.jpg" alt="Puis la descente commence" width="1397" height="2008" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-025.jpg 1397w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-025-209x300.jpg 209w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-025-712x1024.jpg 712w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-025-768x1104.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-025-1069x1536.jpg 1069w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-025-1320x1897.jpg 1320w" sizes="auto, (max-width: 1397px) 100vw, 1397px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1436" class="wp-caption-text">Puis la descente commence</figcaption></figure>
<p>Poignées de mains. Congratulations réciproques. Les isolés s’occupent activement du ravitaillement pendant que Monick raconte le voyage. Pendant ce temps, Bernard, grand pantin écroulé, récupère plongé dans une jouissance sauvage de repos.</p>
<p>Copieux déjeuner.</p>
<p>Ensuite, profitant du beau temps, le commando patagon, au complet cette fois, quitte le Refuge.</p>
<p>Un peu au-dessous du col, une troupe de jeune menée par un curé les croise. « Il y a un vent à décorner les bœufs là-haut, lance le prêtre. ». Un peu blasés à ce sujet, nos amis qualifieraient ce soi-disant vent violent de « douce brise pour jeune mariée. ».</p>
<p>Puis la descente commence par des pentes où la neige achève de fondre : patauger est conjugué au plus-que-parfait.</p>
<p>Le soleil se met de la partie et permet quelques photos qu’on peut espérer réussies.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-026.jpg" rel="grid-37" class="item view" title="Au lac de Tignes"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-026.jpg" alt="">
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                </a>
        </div>

<p>Au lac de Tignes, joli mais manquant de sauvagerie, halte prolongée et discution sur la conduite à tenir.</p>
<p>C’est la fin de la Randonnée, la voiture est proche. Les Patagons vont devenir automobilistes…</p>
<p>Qu’en dire maintenant ?</p>
<p>Et puis ce retour au bercail par la route malgré la beauté des sites traversés, ce n’est déjà plus des vacances.</p>
<p>Les peuples heureux n’ont pas d’histoire ? Voir ! Ce qui est sûr c’est que les non glorieux n’en sont pas dignes.</p>
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