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	<title>Carnet 2 &#8211; Mille Camps et Plus</title>
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		<title>Évasions</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bernard Van Leckwyck]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 16 Oct 1946 10:20:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Carnet 2]]></category>
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					<description><![CDATA[Une passion peut-elle être partagée ? Peut-on avoir plusieurs passions ? La passion n’est-elle pas unique, par définition ? La pêche n’est-elle plus une passion pour moi parce que je la partage avec...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Une passion peut-elle être partagée ? Peut-on avoir plusieurs passions ? La passion n’est-elle pas unique, par définition ?</p>
<p>La pêche n’est-elle plus une passion pour moi parce que je la partage avec le camping, le canoë, la photographie ?</p>
<p>Troublantes questions auxquelles je pourrais répondre par le biais imaginé par un ami à qui je m’ouvrais de mes incertitudes : « Tu n’as, sans doute, qu’une passion : la nature. Elle prend plusieurs formes. C’est tout ! »</p>
<p>Peut-être est-ce cela ?</p>
<p>Quoiqu’il en soit, le titre de ce recueil « Pêches d’ici et là » devient dès à présent trop étriqués. Je dois le remplacer par un autre.</p>
<p>« Evasions. »</p>
<p>Evasion de l’habituel. Evasion de la ville. Evasion de la poussière et des humanités que je côtoie ordinairement et auxquelles j’ai parfois de la peine à m’assimiler. Evasion de moi-même, peut-être ?&#8230;</p>
<p>Sous ce nouveau titre, je veux tenter de relater mes émotions de campeur, de pêcheur, de canoéiste, de photographe.</p>
<p>C’est sans importance si, parfois, l’un de ces personnages domine les autres au hasard de mes goûts du jour.</p>
<p>Paris, le 16 octobre 1946</p>
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		<title>Première croisière au long cours du Martin Pêcheur</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bernard Van Leckwyck]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 15 Jun 1946 08:34:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Carnet 2]]></category>
		<category><![CDATA[Bourgogne]]></category>
		<category><![CDATA[Carnet 3]]></category>
		<category><![CDATA[Franche Comté]]></category>
		<category><![CDATA[Besançon]]></category>
		<category><![CDATA[Chalons]]></category>
		<category><![CDATA[Dole]]></category>
		<category><![CDATA[Doubs]]></category>
		<category><![CDATA[Jean]]></category>
		<category><![CDATA[Martin Pêcheur]]></category>
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					<description><![CDATA[Franche-Comté – Bourgogne &#124; 15 Juin – 7 Juillet 1946 &#160; 15 juin – date tant attendue. J’ai devant moi trois semaines de camping-canoë-pêche avec mon vieux coéquipier Jean Blier…...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;">Franche-Comté<strong> – Bourgogne | 15 Juin – 7 Juillet 1946</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>15 juin – date tant attendue. J’ai devant moi trois semaines de camping-canoë-pêche avec mon vieux coéquipier Jean Blier…</p>
<p>L’auto engloutit nos bagages et, dans Paris matinal nous roulons vers la Gare de Lyon. Il y a loin de la coupe aux lèvres, place de la Bastille, nous devons nous arrêter pour changer un pneu crevé. Ceci sous l’œil étonnement intéressé d’un quidam aux réflexions idiotes (il est remarquable de noter combien stupides vous paraissent les raisonnements d’un quelconque spectateur quand on remonte une roue à une voiture alors que l’on sait que l’on a un train à prendre). Heureusement nous sommes en avance et avons nos places réservées.</p>
<p>Sans autre anicroche nous arrivons à la Gare où mon père nous accompagne jusqu’à notre wagon. Nous casons, sans trop de difficultés, notre pourtant volumineux bagage et ayant fait nos adieux à Papa nous attendons le Départ.</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-041.jpg" rel="grid-63" class="item view" title="La Forêt de Fontainebleau…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-041.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-040.jpg" rel="grid-63" class="item view" title=""><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-040.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-042.jpg" rel="grid-63" class="item view" title="Un camp récent…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-042.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>8h05 ! Nous partons ! Horreurs de la banlieue industrielle. Laideurs de la banlieue d’habitation. Après seulement, simple beauté de la campagne.</p>
<p>Nous traversons la Forêt de Fontainebleau ce qui nous remet en mémoire la vision d’un camp récent que nous y fîmes. Puis voici Morêt. Encore une vadrouille, en mémoire, il n’y a guère longtemps, pourtant c’était la Première.</p>
<p>Notre train roule à bonne allure. Voyage agréable où la conversation ne languit pas, alimentée de nos projets, de nos espoirs, de nos questions…</p>
<p>Les essieux du wagon chantent, toujours sur le même rythme : les-va-canc’s-les-va-canc’s-les-va-canc’s-…</p>
<p>12h35 – Dijon, changement de train. Petite anxiété à la vue des deux seuls autorails où la S.N.C.F optimiste jusqu’à l’inconscience espère faire entasser une foule hélas importante et, surtout, encombré abondamment de valises et colis divers.</p>
<p>Bagarre farouche, mâchoires serrées ! Cris ! Appels ! Hurlements ! Réclamations ! Crocs en jambes ! Jeux de coudes ! Sauvagerie…</p>
<p>Nous nous retrouvons à l’intérieur avec une de nos deux gourdes en moins, mais nous y sommes ce qui n’est pas si mal eu égard de ceux qui restent sur le quai.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-043.jpg" rel="grid-2" class="item view" title="Le Doubs, là-bas, au fond."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-043.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-044.jpg" rel="grid-2" class="item view" title="Premier contact !"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-044.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Et puis c’est l’arrivée tant espéré à Besançon où le « Martin-Pêcheur » nous attend sagement depuis quelques jours. Après quelques formalités nous en prenons possession et, y arrimant notre matériel, nous descendons vers la ville où nous devinons le Doubs, là-bas, au fond. Après quelques menues courses nous arrivons à la rivière. Premier contact ! Assez engageant, ma foi, n’était ce la couleur de l’eau exagérément jaunie par la crue. L’eau ne court pas : elle galope…</p>
<p>Malgré les présages de mort dont nous sommes gratifiés par les spectateurs qui paraissent assez bien médusés de nous voir prendre l’eau par une telle crue, nous embarquons de suite ce qui fait que nous ne connaitrons pratiquement rien de la Ville de Besançon qui semble pourtant jolie quant au peu que j’en aperçus : la Porte Battant, la Rue Battant, la Rue du Petit Battant, le Pont Battant.</p>
<p>Après quelques centaines de mètres nous abordons pour vider le canoë qui, desséché depuis longtemps a tendance à se transformer en baignoire flottante. Puis c’est le premier barrage ! Impressionné terriblement par le moutonnement du rapide qui j’aperçois après la ligne de crête je préconise un portage ou une passée à la corde. L’un puis l’autre s’avérant impossibles, nous charriotons après une laborieuse sortie de l’eau au long d’un mur verticale de 80 cm de haut.</p>
<p>Après deux cents mètres environ, nous reprenons le Doubs qui roule entre des collines que malgré notre enthousiasme nous n’osons appeler montagnes.</p>
<p>Bientôt nous apercevons une écume formidable dont le poudroiement nous annonce un second barrage qui gronde comme la mer au ressac mais avec une sonorité ininterrompu des plus impressionnantes pour les pauvres lutants que nous sommes. A la base de la dénivellation il y a un creux d’une importance non négligeable et, les jambes molles, je m’imagine me débattant au milieu de ces tourbillons (Teller-Saug und Stosswirbel de Joseph Kroener, Chenu dixit). Une fois encore, charriotons.</p>
<p>Nous défilons entre des paysages que l’homme semble avoir mis un point d’honneur à tenter d’esquinter avec ses maisons et ses usines, mais ce n’est encore que la banlieue de Besançon en somme, et dès Beurre, le paysage s’épure.</p>
<p>Nous discutons longuement, Jean et moi, la hauteur de ces presque-monts.</p>
<p>Nous camperons tout contre le Doubs qui mugit un peu en aval sur le barrage de Gouille.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-045.jpg" rel="grid-30" class="item view" title="Le Barrage de Gouille."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-045.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-046.jpg" rel="grid-30" class="item view" title="… j’avais jugé « çà » franchissable !"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-046.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>La tente dressée nous inaugurons une moustiquaire neuve et nous essayons également ce premier soir une nouvelle manière de coucher qui me donnerait toute satisfaction sous réserve que je rapetisse d’une vingtaine de centimètres, l’extrémité de mes jambes paraissant nettement gênante.</p>
<p>Bientôt c’est le silence et le sommeil sous Pascaline.</p>
<p>16 Juin – Dès le déjeuner terminé nous allons effectuer une reconnaissance approfondie du Barrage de Gouille à peine entrevu hier soir. C’est encore un trop gros morceau pour nous décidai-je ; à son pied se creuse un remous menaçant. En aval, l’eau, indignée de l’entrave que l’homme lui impose manifeste sa colère en vagues et contre courants multiples. Dire qu’hier, j’avais jugé « çà » franchissable ! Il est vrai que la rivière ayant descendu, la dénivellation doit être plus accusée qu’hier. Je capitule une fois encore. Même passer à la corde serait difficile avec la rapidité du courant, peut-être même impossible.</p>
<p>Nous aviserons donc, mais, auparavant, nous allons tâter de la rivière en tant que pêcheurs. Jean monte une ligne à plume et moi un Buldo, et au milieu des roseaux qui garnissent la rivière en queue d’une petite île nous attaquons à l’asticot.</p>
<p>Ainsi que bien souvent, Jean me surclasse par le nombre. Il prend même un gardon assez beau, quant à moi j’esquive la bredouille avec quelques ablettes et spirlins.</p>
<p>Mais comme dans l’ensemble çà ne mord plus guère, nous abandonnons ce joli coin et nous dirigeons vers le barrage par le bras de gauche qui m’inspire autant de méfiance que l’autre. Nous portons sur le déversoir à sac. (A sec ? Façon de parler car à ce moment un orage éclate et pluie et grêle nous sont généreusement distribuées). La pèlerine de Jean et mon anorak sont étrennés avec reconnaissance.</p>
<p>Le ravitaillement de Besançon étant consommé, nous nous mettons en quête de quelques légumes. Nous n’en trouverons qu’à Avannes après quelques démarches infructueuses sous une pluie qu’un ciel correctement bouché nous promet persistante. Mais hormis de rares légumes, rien à trouver ici, me confirme un gars occupé à engloutir un camembert entier à même sa boite…</p>
<p>Le barrage d’Avannes forme un vaste « V », mais malgré ce présage… Victorieux, je me dégonfle (une fois de plus !) et malgré les exhortations de Jean et ses regrets nous charriotons à travers Avannes où un lavoir à moitié immergé nous offre un refuge réduit contre la pluie qui vient de s’arrêter mais qui menace fort de « remettre ça ». Ici au moins, si nous n’avons guère de place, nous et notre Martin-Pêcheur sommes à l’abri. Ravitaillé en bois par eau (Jean étant resté en bateau pour m’en fournir et ne pas m’encombrer) j’ai vite fait de confectionner une potée qui embaume.</p>
<figure id="attachment_592" aria-describedby="caption-attachment-592" style="width: 300px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-047.jpg"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="size-medium wp-image-592" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-047-300x175.jpg" alt="Nous n’avons guère de place…" width="300" height="175" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-047-300x175.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-047-768x447.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-047-1024x596.jpg 1024w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-047.jpg 1469w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></a><figcaption id="caption-attachment-592" class="wp-caption-text">Nous n’avons guère de place…</figcaption></figure>
<p>Il fait bon manger quelque chose de chaud après s’être fait mouiller, car si nos imperméables protègent avec conscience nos épaules et le haut de notre corps, ils laissent au bas de nos anatomies le soin de se prémunir elles-mêmes de la pluie, aussi mon short est-il copieusement trempé.</p>
<p>Pendant notre déjeuner à l’abri la pluie avait cessé, maintenant que nous quittons le toit de notre lavoir, elle reprend ! Merci Saint Médard !</p>
<p>Après quelques minutes de navigation sur un Doubs de plus en plus boueux et débordant, Jean me demande « pour la forme », « nous n’avons pas oublié nos cannes, au moins ». Je pousse un juron qui pour n’être pas élégant n’en traduit pas moins fort bien mon angoisse. En effet, comme nos cannes toutes montées nous gênaient au moment du repas, je les avais placées dans un recoin, sous la toiture du lavoir où elles sont restées … si « le mondes sont honnêtes » (Maurice- Constantin Weyer, dixit).</p>
<p>Comme le courant est trop rapide pour être remonté, j’irai à pied : à peine 1 ou 2 km.</p>
<p>Profitant d’une éclaircie je vais en me répétant que j’ai toujours eu de la chance et que je dois retrouver les cannes. Se prétendre pêcheurs et oublier ses cannes ! Même pas de pêchaillons…</p>
<p>J’arrive à Avannes sous la pluie qui tombe à nouveau comme on la voit tomber, trop droite et trop abondante, dans les scènes tournées en intérieur dans les studios au cinéma.</p>
<p>Comment atteindre le lavoir isolé comme une île dans l’eau en crue ? Ce bateau est-il inaccessible ? Grâce au ciel sa chaîne n’est pas cadenassée…</p>
<p>Pour la forme, je demande à des spectateurs qui d’un balcon couvert regarde avec étonnement et curiosité le foin qui se promène sous un tel déluge :</p>
<p>« Je peux prendre le bateau ? Pour… »</p>
<p>Le reste de la phrase est un vague bredouillis car je n’ai pas de temps à perdre pour leur expliquer toute mon histoire. Ils n’ont compris qu’une chose : je veux utiliser la barque et leurs gestes larges signifient sans doute « pas à nous, peut pas savoir ». Il n’est pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre, aussi bondissant dans l’embarcation j’hurle dans la pluie un grand « Merci, M’sieu-dames » et désenchainant mon navire en route vers le lavoir ! Qu’importe les décalitres d’eau qui au fond du rafiot baignent mes pieds trempés, je viens d’apercevoir nos cannes ! Les prendre, replonger dans ma baignoire, regagner la rive, y sauter (dans les orties) rattacher la chaine : c’est l’affaire d’un moment. Et je pars retrouver Jean.</p>
<p>Avannes, blottit au pied de ses collines et surmonté d’un arc en ciel est un bijou et son clocher qui comme tous ceux du pays ressemblent à ceux du Tyrol, est une merveille rustique.</p>
<p>Maintenant le ciel est nettoyé et c’est par un temps ensoleillé que nous allons, glissant sur les méandres du Doubs qui revient sur ses pas ne pouvant se résoudre à abandonner le site d’Avannes.</p>
<p>Tout d’un coup nos cœurs battent plus fort : notre premier rapide s’offre à nous.</p>
<p>Il me parait très respectable et doit avoir environ 100 mètres de long. Sans avoir le temps de ranger nos cannes encore toutes déployées, nous l’abordons…</p>
<figure id="attachment_593" aria-describedby="caption-attachment-593" style="width: 205px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-048.jpg"><img decoding="async" class="size-medium wp-image-593" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-048-205x300.jpg" alt="Avannes, blottit au pied de ses collines…" width="205" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-048-205x300.jpg 205w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-048-768x1125.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-048-699x1024.jpg 699w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-048.jpg 1449w" sizes="(max-width: 205px) 100vw, 205px" /></a><figcaption id="caption-attachment-593" class="wp-caption-text">Avannes, blottit au pied de ses collines…</figcaption></figure>
<p>Ça danse ferme et je pagaie dur avec, au cœur une petite angoisse délicieuse. A part quelques éclaboussures qui font le charme de la chose, tout se passe sans incidents.</p>
<p>Après cet intermède, un deuxième rapide s’annonce mais avant de l’aborder nous ferons halte pour nous ravitailler à Rancennay. C’est un mignon village perché à flanc de coteau où je déniche quelques patates et un morceau de pain non sans difficultés car il n’y a pas de boulanger ici.</p>
<p>Je rejoins Jean et après une reconnaissance du second rapide qui est plus modeste que le premier, nous repartons et passons à l’extrême droite.</p>
<p>Nous approchons de l’endroit où nous allons quitter le Doubs pour rejoindre la Loue et soudain une crainte m’envahit : la route que j’ai aperçu à notre gauche alors que nous franchissions le premier rapide n’était pas celle-là qu’il fallait prendre ? Après examen de la carte notre erreur se confirme : nous avons dépassé la N83. Heureusement, un peu en aval, il nous reste un chemin dont les méandres aboutissent aussi à la Loue. Nous y arrivons bientôt et un petit affluent nous aide à sortir le Martin Pêcheur de l’eau.</p>
<p>Après de sérieux efforts nous voici sur la route avec notre ami en bois sur son chariot, et comme nous attaquons la première côté la pluie se remet à tomber. Qu’est-ce que nous allons transpirer sous nos imperméables !</p>
<p>Petit à petit nous montons et cela ce révèle moins dur que je le craignais. Par contre Jean pousse de moins en moins énergiquement : le pauvre vieux est crevé, il mouche et renifle tout qu’il peut et comme nous avons les pieds trempés il craint une grippe ou au moins un corriza « maison ». Aussi pour qu’il récupère un peu je continue seul le charriotage du Martin Pêcheur pendant qu’il me suit en maugréant plus ou moins sur l’inutilité de poursuivre plus avant. Mais moi qui ai en tête depuis deux jours de camper sur une hauteur d’où l’on puisse découvrir la vallée, je continue dans la nuit qui est maintenant complètement tombée.</p>
<p>Après pas mal d’efforts j’arrive enfin à la N83 où le charriotage devient moins pénible. Nous sommes assez haut et le brouillard qui monte nous situe la vallée de la Loue. Dommage que l’obscurité nous cache le paysage. Vivement demain et le jour !</p>
<p>Enfin, la route se met à redescendre et il est grand temps de trouver un coin où camper. Hélas nous ne voyons que du fourrage… Que faire ? Nous ne voulons pas indisposer les paysans à notre égard en abimant leur foin mais je suis maintenant presque aussi crevé que Jean et nous optons pour un pré qui semble moins hautement touffus que les autres.</p>
<figure id="attachment_595" aria-describedby="caption-attachment-595" style="width: 204px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-049.jpg"><img decoding="async" class="size-medium wp-image-595" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-049-204x300.jpg" alt="Quels beaux points de vue sur la Loue !" width="204" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-049-204x300.jpg 204w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-049-768x1131.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-049-695x1024.jpg 695w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-049.jpg 1436w" sizes="(max-width: 204px) 100vw, 204px" /></a><figcaption id="caption-attachment-595" class="wp-caption-text">Quels beaux points de vue sur la Loue !</figcaption></figure>
<p>La tente montée à « la va-vite ».</p>
<p>Un rapide diné froid.</p>
<p>Ronflements.</p>
<p>Au matin du 17 juins je suis horrifié de notre lâcheté d’hier soir. Fallait-il que nous soyons fatigués pour monter ainsi en plein fourrage ! Et à chaque passant sur la route je m’attends à une sévère admonestation. Comme Jean partage mon sentiment, nous plions en vitesse et nous déjeunons tout en chariotant. Quels beaux points de vues sur la Loue ! Après 3 km environ nous arrivons à Chenecey où nous embarquerons car impossible de le faire avant bien que nous longeons la rivière depuis plusieurs kilomètres. Comment, en effet, rouler ailleurs que sur les routes avec ces prés dont la pente est si abrupt. A moins d’être alpinistes…</p>
<p>Avant la mise à l’eau une tournée s’impose dans le village car les vivres baissent. Je nous procure pain, saucisson et fromage. Ce dernier est un superbe Port Salut, entier, et d’un prix fort avantageux ce qui me fait augurer favorablement du ravitaillement du pays. J’en expédierais bien un, mais comme il n’y as pas de poste dans le pays et que j’hésite à transporter deux roues de Port Salut, je remets cet envoi à plus tard <em>(Jamais une telle occasion ne se présentera plus : il ne faut pas remettre au lendemain, ce qu’on peut faire le jour même !)</em>.</p>
<p>Nous étant installés à Chenecey pour y déjeuner, nous n’arrivons à faire cuire notre gamelle qu’après des heures d’efforts tant le vent souffle fort. Agréable contrepartie du zell : nos affaires mouillées depuis longtemps sèchent rapidement accrochés à une barrière.</p>
<p>Nous quittons ensuite le coin pour aborder les seuils de la Loue dont l’un d’eux s’est révélé à nous ce matin déjà, du fond de la vallée.</p>
<p>Jusqu’à présent, novices en canoë sportif, le mot de « seuil » nous intriguait. Maintenant nous voici renseignés : nous passons le premier après une longue reconnaissance en aval (et un repérage minutieux : nous passerons à gauche de… à droite de… entre … etc.). Finalement nous le franchirons au hasard la vue depuis l’amont différent totalement de celle depuis l’aval.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-050.jpg" rel="grid-44" class="item view" title="Honorable pour des novices…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-050.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-051.jpg" rel="grid-44" class="item view" title="Honorable pour des novices…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-051.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Premier seuil : plaisir, excitation, angoisse délicieuse… un léger talonnage vient encore ajouter à notre fierté, nous laissant imaginé que nous venons d’échapper à des dangers redoutables…</p>
<p>Ensuite de modestes rapides et des seuils amusants sont franchis sans encombre si bien que nous en sommes au deuxième degré de l’apprentissage : après la crainte injustifiée, la confiance aveugle en nos soi-disantes capacités. Aussi, sautons nous, sans même le reconnaitre, un barrage assez honorable pour des novices, et ceci en « embarquant » copieusement : Jean est trempé, moi, en tant que barreur, je suis indemne.</p>
<p>Ecopage… En route…</p>
<p>Bientôt il est l’heure de songer au camp et nous nous établissons près de Chay-Chay, sous les frênes, après que notre prudence (ou notre couardise) nous en chassé d’un coin qui aurait été idéal s’il n’avait été partagé avec des bovins.</p>
<p>Après un diner confortable et une courte rêverie devant la Loue toujours si belle, nous rentrons sous la tente</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-052.jpg" rel="grid-53" class="item view" title="Quingey"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-052.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-053.jpg" rel="grid-53" class="item view" title="Départ"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-053.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Le 18 juin au matin, nous arrivons à Quingey jolie petite ville où l’abondance du ravitaillement nous permet de faire une petite provision de graisse de cuisine, et avec ça : légumes, viandes, etc. Sauf des fruits. Jean trouve ici son premier courrier, rien pour moi. Bizarre ! Ma mère si épistolaire d’habitude…</p>
<p>Le barrage de Quingey est peu aidé à franchir, à moins que tout à fait à droite… Mais par ce temps couvert (il pleut même par moments) nous ne nous soucions pas de chavirer, aussi, nous chariotons à travers la ville.</p>
<p>Après un ou deux kilomètres, nous voici à Lavans-Quingey village où Jean a une adresse où se procurer des fruits : quelle aubaine. Recommandé par Môssieu le Receveur des Postes de Quingey, il ne pouvait que réussir dans sa mission : il revient des fraises plein sa musette.</p>
<p>Nous déjeunons dans le coin en nous laissant admirer par la fermière qui est venu avec son mioche pour lui faire voir « la barque de ces Messieurs ».</p>
<p>« Douce joie de la popularité », comme dit Jean qui aime à citer le Docteur Jaubert.</p>
<p>Départ.</p>
<p>Nous parcourons un pays charmant mais moins sauvage qu’au début, les collines s’abaissent, la vallée s’élargit. Quant aux coins de pêche ils sont épatants, mais, ici la Loue est, presque partout propriété privée et, d’autre part, phénomène curieux, sous l’action des paysages splendides que nous traversons, Jean et moi nous sentons moins pêcheurs que touristes et randonneurs, plus canoéistes que disciples de Saint Pierre. Aussi c’est sans grandes difficultés que nous observons les règlements et que nous ne pêchons pas en ces eaux splendides (mais encore boueuses). Quoiqu’au ver…</p>
<p>Comme nous manquons d’eau, nous faisons une courte escale après le pont de X…, baptisé par nous « Pont Pisseux », en raison du dégoulis qui s’écoule du fait d’une de ses arches. Sur la rive gauche, au village de … je vais chercher de l’eau après une courte averse qui ne nous chaut peu abrités que nous sommes sous nos imperméables d’une part et d’autre part sous un énorme ormeau qui nous couvre nous et notre Martin-Pêcheur.</p>
<p>Comme je suis à proximité d’une ferme j’y entre pour demander s’il y a moyen d’avoir un peu de lait. Après un court conciliabule dans un patois merveilleusement incompréhensible avec son mâle, la femme de l’antre crasseux où j’ai pénétré me dit d’attendre. Quelques instants après elle me tend mon bidon en me gratifiant du plus gracieux sourire que ses deux ou trois dents restantes lui permettent d’adresser.</p>
<p>Aujourd’hui nous sautons plusieurs barrages, notamment celui de Belle-Fontaine, notre plus haut à ce jour, 80 cm environ (mais après combien d’hésitation !)</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-054.jpg" rel="grid-41" class="item view" title="Sur le versant d’une colline…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-054.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-055.jpg" rel="grid-41" class="item view" title="…. En vue de Rennes"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-055.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Nous camperons ce soir sur le versant d’une colline, en vue de rennes, où nous hissons notre matériel le Martin-Pêcheur seul restant en bas plus ou moins camouflé  dans un buisson.</p>
<p>Quelle vue splendide nous avons !</p>
<p>Derrière nous le soleil doit se coucher dans une apothéose à en juger par les rayons qui font se découper la crête de la colline où nous campons en une magnifique ombre chinoise. Dommage que nous n’ayons pas le temps de grimper là-haut !</p>
<p>Mais, heureusement la vue par devant nous compense largement et que l’on regarde vers la gauche où s’enflamment des nuages irréels ou à droite où le village de Rennes se dore aux lueurs du couchant, c’est toujours aussi beau.</p>
<p>Et ce soir, grâce à la portière ouverte, sans sortir de la tente, je jouis encore longtemps avant de m’endormir de ce merveilleux coin de France, mes yeux le discernant encore dans « l’obscure clarté qui tombe des étoiles ».</p>
<figure id="attachment_612" aria-describedby="caption-attachment-612" style="width: 1919px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-056.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-612" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-056.jpg" alt="Pas bien difficile !" width="1919" height="1380" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-056.jpg 1919w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-056-300x216.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-056-768x552.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-056-1024x736.jpg 1024w" sizes="auto, (max-width: 1919px) 100vw, 1919px" /></a><figcaption id="caption-attachment-612" class="wp-caption-text">Pas bien difficile !</figcaption></figure>
<p>19 juin – Nous quittons notre nid d’aigle (j’exagère parfois !) pour nous embarquer vers midi.</p>
<p>A Rennes un barrage nous arrête : allons le reconnaitre. Après quelques instants de reflexions Jean le déclare « pas commode ». Un indigène nous crie du haut du pont : « Il y a un mauvais passage »…</p>
<p>Moi si couard aux premiers barrages j’ai donc bien changé que je le déclare : « Pas bien difficile ! ». Quand je pense que le guide nautique ne conseille pas de le sauter ! Pour les autres aussi, d’ailleurs il recommandait le charriotage et… nous avons sautés. Nous passerons soit dans ce bras en amont des herbes, soit dans l’autre à l’extrême gauche !</p>
<p>Galvanisé par ces paroles Jean est d’accord. Une première fois nous avançons… Trop à gauche ! me crie Jean … Demi tour à grands coups de pagaies et nous revenons dessus plus à droite … Trop lentement, mal dans l’axe (sacré barreur !). Une grosse pierre sur la ligne défaite… Nous talonnons durement… Le Martin-Pêcheur gite à gauche d’une manière inquiétante… Je me porte à droite… l’avant plonge… Plongeons…</p>
<p>Quand je remonte à la surface j’entends Jean haleter comme à l’arrivée d’un marathon. Se noierait-il ? Non, car bientôt je m’aperçois que je fais de même. L’explication : l’eau glacée nous oppresse par ce bain malgré tout inattendu.</p>
<p>J’ai rattrapé les deux pagaies qui, par chance, n’ont pas dérivées dans le courant. Sans succès nous tentons de remonter dans le canoë (<em>Une expérience ultérieure nous démontrera l’inutilité de cette manœuvre, un canadien plein d’eau ne coule pas mais est aussi instable qu’un tonneau</em>), et tout d’un coup je sens le fond.</p>
<p>« Nous avons pied ! » fais-je à Jean qui barbotte fort honorablement pour un débutant nageur surtout que nous sommes tout habillés.</p>
<p>Reprenant pied, nous stoppons le Martin-Pêcheur qui marque quelques velléités de continuer vers l’aval mais le tapis mousse, sur lequel mon coéquipier pagayait à genoux, file gaiement au fil de l’eau. « Nous l’aurons plus tard » dis-je optimiste (en réalité ce fut la dernière vision que nous eûmes de lui).</p>
<figure id="attachment_613" aria-describedby="caption-attachment-613" style="width: 1926px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-057.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-613" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-057.jpg" alt="Pendant que nos affaires sèchent…" width="1926" height="1381" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-057.jpg 1926w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-057-300x215.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-057-768x551.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-057-1024x734.jpg 1024w" sizes="auto, (max-width: 1926px) 100vw, 1926px" /></a><figcaption id="caption-attachment-613" class="wp-caption-text">Pendant que nos affaires sèchent…</figcaption></figure>
<p>Et d’écoper vigoureusement, qui avec une casserole, qui avec un seau en toile, tout en chantant les « Gars de la Marine » ce qui peut paraitre opportunité discutable.</p>
<p>Heureusement, le tapis mousse mis à part, tout le matériel était soigneusement arrimé : rien n’a bougé.</p>
<p>Une fois notre canoë un peu près vidé, en route pour la petite île après le pont. Nous y abordons et de la gymnastique, un peu de calvados et le travail à fournir pour étaler nos affaires pour les faire sécher ont vite fait de nous réchauffer. Le sac mathurin, mis à part, tout est trempé ! Y compris mon Gallus qui suinte de l’eau et a sa lentille embuée.</p>
<p>Pendant que nos affaires sèchent, sous un providentiel soleil, qui vient fuste de se montrer, je pars au ravitaillement. Hélas que trouver dans un hameau qui n’a aucun commerçant pas même un boulanger ? J’arrive cependant à réunir du pain, des œufs et des allumettes (les nôtres sont désastreusement mouillés).</p>
<p>Un déjeuner chaud achève de nous ragaillardir et pendant quand Jean retourne les affaires pour les faire sécher comme viande sur gril, je tente quelques photos avec mon Gallus qui parait sec. Il n’en est pas de même malheureusement du Brownie Kodak de Jean qui semble avoir souffert de son plongeon.</p>
<p>Et le soir tombe sur une équipe qui se dit non sans fierté « Nous ne sommes plus des débutants, car comme l’a dit Jaubert (toujours lui !) : Il faut avoir chaviré ! ». D’ailleurs notre moral qui n’a pas faiblit ne fait que s’affermir touché par la grâce de la Providence qui nous a fait chavirer dans un coin si jolie.</p>
<p>En effet, dans le crépuscule l’endroit est magnifique et les vieilles maisons qui bordent la Loue viennent témoigner que l’œuvre du « parasite humain » peut être harmonieuse parfois. Des troupeaux rentrent à l’étable mais on pourrait croire qu’ils se promènent uniquement pour le plaisir de faire tinter les cloches aux sons si charmants qui ornent le cou de vaches.</p>
<p>Nous nous glissons dans nos sacs maintenant secs et nous endormons, avec dans les oreilles, le bruit du barrage qui gronde à quelques mètres de nous.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-058.jpg" rel="grid-48" class="item view" title="Nous partons sur le Barrage de Belle-Fontaine."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-058.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-059.jpg" rel="grid-48" class="item view" title="Port Lesney"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-059.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Le 20 juin – Je me lève de tôt et, pendant que Jean dort encore, je prépare le petit déjeuner. Puis c’est le départ d’assez bonne heure.</p>
<p>Aujourd’hui nous naviguons sous le soleil et c’est le torse nu que je pagaie (imprudence regrettable dont les effets… mais n’anticipons pas).</p>
<p>Nous portons sur le Barrage de Belle-Fontaine dont la gardienne nous accueil peu civilement. Nous verrons par la suite que le pays entier semble avoir les nerfs tendus et maudire les « étrangers » à cause d’une colonie de vacances (la Colonie de Mouchard) qui ne sut pas se faire aimer.</p>
<p>A Port-Lesney (prononçons Port-Léné) un courrier assez abondant nous attend. J’y réponds en rédigeant mes lettres assis dans le M.P. pendant que mon dos commence à me cuire. Sacré Phébus ! J’en avais perdu l’habitude !</p>
<p>Nous déjeunons dans un petit paradis de galets, de saules et d’eau très pure. Ce n’est qu’au départ que je m’enduirais de saindoux et de beurre plus ou moins rance. Mais il est trop tard pour échapper aux coups de soleil et le seul avantage ( ?) de mon procédé est de puer cordialement.</p>
<p>Après une courte halte pour faire eau (et quelle eau : pas trop trouble mais riche à souhait en aninacules diverses) nous arrivons au barrage de Champagne.</p>
<p>Rendus prudents par notre expérience de Rennes, nous décidons de le passer à la corde.</p>
<p>Jean qui barre par extraordinaire depuis ¼ d’heure prend un peu trop à gauche (après ma maladresse de Rennes, nous voila quittes). Nous sommes tous deux à la crête du barrage e, déversoir et maintenons le M.P qui s’engage trop à gauche… lutte contre une souche. Pourrons-nous le faire passer à droite ? Hélas, la bosse arrière est trop courte et notre pauvre canoë privé de ses maitres titube de bâbord à tribord pour finalement se mettre en travers. « C’est la fin, dis-je, honteux de le voir chavirer si peu glorieusement ». Jean qui n’a peut-être pas réalisé encore l’imminence du naufrage me dit « Attention, il s’emplit ! » Mais comment l’en empêcher, maintenant ? Crac ! C’est le chavirage…</p>
<p>Pendant que mon coéquipier court vers l’aval où il attrape et fixe adroitement la bosse avant à une branche, je m’arcqueboute sur la ligne de crête d’où je maintiens l’arrière. Quelle tension sur l’amarre ! A deux reprises je me vois presque entrainé.</p>
<p>Jean me faisant signe que la bosse avant est solidement assujetti à une branche, je lâche… Le M.P pivote dans le courant et s’y coince en travers sur une grosse pierre. Par chance les pagaies ont pu être récupérer avant de s’en aller au fil de l’eau.</p>
<p>Nous commençons alors un laborieux déchargement de notre canoë dont tout le chargement pèse bientôt trois fois plus, imbibé d’eau à saturation : Jean titube pour trainer les sacs à dois que j’ai peine à lui passer.</p>
<p>Mon copain n’est guère rassuré : « Si une bosse cède, tu seras balayé par le canoë… » Tout fiévreux de mes coups de soleil je travaille un peu comme un rêve, la tête lourde et les jambes molles.</p>
<p>Enfin, tout étant sur le plancher des vaches je me poste à l’aval pendant que Jean coupe les amarres : si le M.P passe hors de sa portée à ce moment, je me jetterais à l’eau et l’aurais.</p>
<p>Alors c’est le miracle. Sous l’action du courant, dès que la bosse est coupée, notre canadien se sort de l’eau, de plus en plus, se vide de lui-même et tout d’un coup l’autre amarre se rompt… Je vais me jeter à l’eau pour rattraper notre embarcation quand je la vois tourner dans un remous… et se ranger dans une petite crique où Jean bondit et s’en rend maître.</p>
<p>Nous peinons encore un quart d’heure environ pour sortir nos affaires du petit bras vaseux où elles sont provisoirement empilées et chaque voyage comprend une sorte de ramping sous des branches épineuses à souhaite. Et avec mes coups de soleil sur le dos !</p>
<p>Il est trop tard pour faire sécher notre matériel et s’en servir pour la nuit. Ah ! Si nous pouvions trouver une grange où coucher ! Pendant que Jean tord, essuie, éponge, je traverse la Loue en canoë pour parlementer avec le meunier d’en face et savoir où trouver un toit. Le bourg le plus proche, Arc-et-Senans (Arc et S’nan, comme on dit ici) est à 2 ou 3 kilomètres : il faut le rallier à tout prix, nous trouverons bien un hôtel, une chambre, une grange… un lit à cochons…</p>
<p>Entassement rapide dans le canoë. En route ! Nous atterrissons dans un bras d’alimentation au cœur d’une scierie. Débarquement difficile. Chariotage où je me révèle crevé. Charitablement Jean me rappelle qu’il y a …</p>
<p>Quelques jours, entre Doubs et Loue, je chariotais seul pendant sa défaillance. J’accepte avec soulagement sa gratitude, car j’ai les jambes en coton, la tête en plomb et mon dos n’est qu’un brasier.</p>
<p>Après pas mal de difficultés voici un hôtel qui nous offre nourriture et gite.</p>
<p>Devant des œufs au plat, un fromage et une bouteille d’Arbois nous faisons le bilan du naufrage : si je m’en tire bien, Jean, moins chançard, y laisse sa cape imperméable, qui a été rejoindre le tapis mousse, et son kodak qui a glorieusement péri dans les eaux.</p>
<p>La nuit, troublé par un cauchemar où je me verrais broyé sous la roue d’un moulin à eau, je pousserais des cris si sauvages que nos deux malheureuses voisines croiront que l’on m’assassine…</p>
<p>Le 21 juin, un vent chaud et vif souffle en dépit du ciel plombé et nos affaires ne sèchent pas mal. La matinée se passe donc en réparations du naufrage et en menues courses ainsi qu’une partie de l’après-midi. Ce n’est que vers 16 ou 17 heures que je demande l’addition. Coup au cœur ! Il y en a pour 780 francs. Et comme je m’étonne on me précise que le pourboire n’est pas compris et que le vin d’Arbois est responsable de ce coût astronomique.</p>
<p>Après les coups de soleil, le coup de fusil…</p>
<p>Nous regagnons la Loue en épiloguant sur cet intermède hôtelier qui marquera autant dans nos mémoires que dans nos porte-monnaies.</p>
<p>Evidemment nous ne pouvions quitter le Jura sans connaitre (et apprécier) le vin d’Arbois, mais quand même !</p>
<p>Nous ne naviguons pas longtemps aujourd’hui, car il est bientôt temps de camper et un coin ravissant s’offre à nous.</p>
<p>Pendant que Jean prépare le home, je vais à Cramans où, malgré le peu de générosité des habitants je me révèle assez bon mendiant.</p>
<p>Après un bon diner nous retrouvons avec satisfaction notre abri de toile à la suite de notre onéreuse expérience hôtelière.</p>
<p>Mes coups de soleil vont mieux et la petite pluie qui commence aura le temps de s’arrêter dans la nuit.</p>
<p>22 Juin – Non, elle ne s’est pas arrêtée et nous avons ce matin un vilain ciel plombé qui nous cache la « Montagne » (nous avons baptisé ainsi un mont assez élevé, m. nous indique la carte, que nous ne cessons de voir depuis 3 jours que les méandres de la Loue nous promène autour de lui).</p>
<p>Je retourne à Cramans où je fais provisions ayant dès à présent mis au point une histoire de chavirage des plus touchantes et qui commence à porter ses fruits : pain (sans tickets : j’ai perdu une carte) œufs, lait, fromage.</p>
<p>Nous passons la journée cloîtrés sous la tente sauf deux sorties pêchatoires où nous nous faisons tremper à tour de rôle pour de maigres résultats. Je prends une vaudoise et un vairon. Dans une rivière à truites ! Misère.</p>
<p>L’eau monte et c’est bientôt l’inondation des berges basses qui disparaissent rongées par le flot limoneux. Nous nous occupons en belottes, goûters, collations, five o’clocks, déjeuners, lunchs, dîners, soupers, etc.</p>
<p>Peut-être demain fera-t-il beau ?</p>
<p>23 Juin – Pluie encore. Je retourne à Cramans où je commence à être connu. J’y constitue un colis familial : de crèmes de gruyère et je reviens chargé de provisions. J’ai trouvé du pétrole grâce auquel nous ne toucherons plus à notre ultime réserve de conserves comme hier et qui permettra d’absorber quelque chose de chaud. Hélas ! Dans quel état ne se trouve pas notre batterie de cuisine après son utilisation sur un réchaud à pétrole de ma fabrication !</p>
<p>Enfin vers 15 heures : éclaircie. Nous bondissons, plions la tente, rangeons le matériel et en route ! Nous prenons l’eau. Et quelle eau !</p>
<p>La Loue en crue galope, jaune et menaçante, rongeant ses rives qui s’effritent ou s’écroulent par moments avec un « floc » assez lugubre. Déchaînée, elle renverse les obstacles qui s’opposent à sa course folle. Un barrage presque effacé par la crue nous impressionne cependant par son débit de turbine hydro-électrique et son opacité oppressante. Nous traînons le M.P. au travers d’une île presque submergée et reprenons la descente.</p>
<p>La rivière se rue à 15 ou 20 à l’heure entraînant une multitude de débris : souches, buissons, arbres, foin fauché et, pour la 3ème fois dans le mois elle étonnera les riverains par sa crue d’été qu’il n’avait pas vu depuis onze ans, parait-il.</p>
<p>Nous dévalons à toute allure sous l’œil étonné de quelques spectateurs qui nous considère comme des suicidés.</p>
<p>Après une heure environ de cette allure de bolide où plus d’une fois nous avons vu venir sur nous à une vitesse inquiétante, telle souche, telle rive, ou telle pointe amont d’île semi-noyée, nous atteignons Ounans où, à un coude de la Loue, des lames intimidantes déferlent comme dans un bras de mer.</p>
<figure id="attachment_616" aria-describedby="caption-attachment-616" style="width: 233px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-001.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-616" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-001-233x300.jpg" alt="Des lames intimidantes déferlent…." width="233" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-001-233x300.jpg 233w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-001.jpg 659w" sizes="auto, (max-width: 233px) 100vw, 233px" /></a><figcaption id="caption-attachment-616" class="wp-caption-text">Des lames intimidantes déferlent….</figcaption></figure>
<p>« Vite échouons-nous à gauche, on ne peut pas passer ça… »</p>
<p>Une première manœuvre rate. Vite nous tentons un deuxième échouage… gare aux piquets immergés… nous les frôlons… nous sommes passées… l’eau calme nous porte. A terre ! Sauvés !</p>
<p>Jean va à la poste et durant ce temps, m’habituant à ces lames qui m’effrayaient si fort, je décide de les franchir, car ici un chariotage serait pénible. Au retour de mon ami je ne peux lui faire partager mon projet et finalement, c’est en charriotant que nous passons le pont qui enjambe la rivière non sans une certaine grâce malgré son modernisme.</p>
<p>Pendant que Jean est au ravitaillement je monte la tente près de ce petit bras. Un indigène m’en dissuade car la Loue nous inonderait cette nuit à l’allure où elle monte m’affirme-t-il. Je démonte et remonte plus loin. Après un dîner dans l’obscurité c’est le sommeil.</p>
<figure id="attachment_617" aria-describedby="caption-attachment-617" style="width: 300px" class="wp-caption alignright"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-002.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-617" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-002-300x223.jpg" alt="Je me suis procuré un lapin…" width="300" height="223" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-002-300x223.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-002-768x572.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-002.jpg 861w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px" /></a><figcaption id="caption-attachment-617" class="wp-caption-text">Je me suis procuré un lapin…</figcaption></figure>
<p>24 Juin – Le ciel est presque complètement dégagé et un chaud soleil sèche ce qui était encore humide dans nos affaires. Sur les sages conseils de Jean, nous tombons d’accord pour faire un camp fixe quelques jours en attendant que la crue soit apaisée.</p>
<p>Nous passons près du petit bras (affluent plus exactement) où nous avions primitivement planté notre tente, les journées des 24 et 25 juin. Nous occupons nos loisirs à la pêche (peu fructueuse), au ravitaillement (à Ounans, Santans et Viller-Farlay) et à la cuisine. Je me suis procuré un lapin et fricote un civet que fera époque dans nos vacances.</p>
<p>Dans la matinée du 26 juin, nous repartons dans le soleil qui ne nous quittera plus maintenant. Jean, qui le considère comme son Dieu triomphe de moi, qui ai déifié l’Eau. Mais maintenant que mon dos qui pèle me conseille la prudence, je me méfie de Phébus.</p>
<p>Nous défilons au milieu de paysages charmant ou grandioses mais tous terriblement halieutiques et pourtant nous pêchons si peu.</p>
<p>Nous allons bientôt arriver au confluent de la Loue avec la Cuisance, mais sur la rivière encore grosse les bras d’inondation se confondent avec les affluents. Trompés par cette ressemblance, nous nous fourvoyons dans une sorte d’arroyo tropical. Enfin, croyant trouver l’insaisissable Cuisance, nous campons sur les rives d’un cours d’eau qui, nous n’apprendrons ensuite, n’est encore qu’un bras de la Loue : les Mortes Grappes.</p>
<p>Ce soir-là, nous faisons connaissance avec les moustiques. Oh !</p>
<p>Odieux. Supplicieurs. Infernaux. Terribles. Diaboliques. Affolants. Démoniaques. Sauvages. Horribles.</p>
<p>Aucun adjectif ne me parait suffisant pour qualifier comme elles le mériteraient ces damnées bestioles !</p>
<p>Ce n’est que par une activité volontairement fébrile et ininterrompue où les bras et les jambes sont sans cesse en mouvement qu’on peut leur échapper, partiellement, un ô combien !</p>
<p>Et toujours ils visent (et atteignent !) le point du corps qui n’est pas agité de sursauts épileptiques : la nuque, les oreilles ou la saigné du genou. Le tube d’Insectol est le bienvenu. Hélas son action bienfaisante n’est que momentanée et nous devons avoir recours à l’enfumage pour nous préserver un peu de ces sacrés diptères !</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-003.jpg" rel="grid-87" class="item view" title="Sur une gravière en plein soleil."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-003.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-004.jpg" rel="grid-87" class="item view" title="Sur une gravière en plein soleil."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-004.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-005.jpg" rel="grid-87" class="item view" title="Sur une gravière en plein soleil."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-005.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Nous suffoquons bien un peu mais nos ennemis, eux, doivent capituler. Et le bois mouillé de fumer abondamment…</p>
<p>Une fois la tente close par notre brave moustiquaire (ça fait tropical, exotique, aime à dire Jean) nous assassinons avec volupté les imprudents cousins qui se sont aventurées sous notre toit.</p>
<p>Bénies soient les moustiquaires efficaces !</p>
<p>27 Juin – Le matin, nous oublions avec soulagement les moustiques invisibles à cette heure et nous levons le camp.</p>
<p>Après un peu de lancer sans résultats dans les Mortes-Grappes (et pourtant, quels coins !) nous reprenons notre descente.</p>
<p>Après un barrage sauté et salué par le désormais rituel « Fonsnick… Fonsnick … Fonsnick … Yop ! » un bras secondaire nous tente, mais nous devons bientôt reculer devant les moustiques qui rendent la pêche impraticable à moins d’avoir une dose de patience ou de mépris pour leurs piqures que nous ne possédons ni l’un ni l’autre.</p>
<p>Nous déjeunons sur une gravière en plein soleil, où nous jouissons en connaisseurs de l’absence des affolants cousins.</p>
<p>Un peu de pêche au Buldo nous rapporte seulement quelques vairons, vaudoises et chevesnes minuscules.</p>
<p>Jean promène sans succès, ses cuillers pourtant irrésistibles.</p>
<p>Leur heure revenant avec le soleil qui baisse, les moustiques nous chassent de ce coin si charmant aux allures de plage de Loire.</p>
<p>Au milieu du courant nous sommes hors de leur atteinte et pagayons avec entrain et énergie sur cette eau redevenu si claire.</p>
<p>Un barrage qui n’a même pas l’excuse de sa beauté nous oblige à sortir le M.P. de l’eau car le sauter est impossible.</p>
<p>Nous arrivons alors à Parcey, dernière agglomération sur la Loue avant son confluent avec le Doubs.</p>
<p>Pendant que Jean va à la poste, me protégeant de mon mieux contre les sempiternels moustiques, je renouvelle ma provision de vers et retourne un coin de rive d’un mètre carré avec mon couteau pour tout outil. Ce travail de Romain me procure quelques vermisseaux rachitiques.</p>
<p>Jean de retour, nous passons sous le Pont de Parcey et campons dans un pré fauché où les moustiques (toujours eux) sont si nombreux et si belliqueux, qu’ils m’énervent au point, fait remarquable, que je me mets en colère contre Jean qui discutait l’utilité de l’achat d’un paquet de cigarettes (cigarettes = fumée = moustiques en fuite). Jean va au ravitaillement pendant que, gesticulant comme un possédé pour éloigné les satanées bestioles, je monte la tente et prépare le diner.</p>
<p>Mon compagnon ne reviendra qu’à la nuit avec d’incroyables histoires à me conter : le confluent Loue-Doubs n’est qu’un vaste marécage portant le nom encourageant de « Mortes » et où les moustiques règnent en maitres, où la vase est traitresse en diable, etc. etc. Le confrère canoéiste local dont il tient ces renseignements viendra nous rendre visite ce soir, après diner. Il arrive en effet, escorté d’un gosse avec qui j’ai déjà, tout à l’heure, taillé une bavette en attendant Jean. Notre nouvel ami apporte aussi une bouteille de Morgon auquel Jean fait grand honneur (dans le louable dessein de préserver notre connaissance d’une cuite déjà en bonne voie de réalisation, me confira-t-il, plus tard).</p>
<p>A la lueur de notre feu qui rougeoie, ce confrère nous conte ses traversées des Mortes.</p>
<p>« Si vous mettez pied à terre, vous êtes fichus : 8 mètres de vase est courant. Un aspect de marigot équatorial. Je connais le Tchad : c’est kif-kif. Des moustiques plus gros et plus féroces qu’ici (où il y en a déjà le double de sur les Mortes-Grappes que je baptisais hier : l’endroit le pire que j’ai jamais vu !). Par contre, aventure unique à vivre en France. Coin prodigieux. Ancienne ville perdu dans les marais. Le prestigieux Pays des Goubaux ! »</p>
<p>Nous décidons de tenter la chose, et, notre narrateur parti, nous nous endormons en rêvent de paysages de l’époque primaire dans des marais géants aux reptiles étonnants au milieu d’une flore tentaculaire.</p>
<p>28 Juin – Je vais à Parcey me procurer des vivres pour cette expédition redoutable. J’en reviens avec la ferme conviction que notre homme d’hier soir n’est qu’un hâbleur à l’imagination méridionale (il est pourtant Suisse).</p>
<p>Les personnes à qui j’ai parlé des Goubaux me les ont décrits comme un coin très faisable et nullement si terrifiant. Le vétérinaire chez qui, toujours sur les conseils de notre Suisse, j’allais chercher un produit anti-moustique à base d’huile de cade, m’a répondu en souriant discrètement que les Mortes n’étaient guère plus « emmoustiquées » qu’ici (<em>A noter qu’à Parcey, les habitations ont, presque toutes, une porte en grillage, genre porte de garde-manger. C’est tout dire !</em>).</p>
<p>Et dans Parcey ensoleillé sur qui veille sa mignonne église, j’ai la quasi certitude que le compatriote de Guillaume Tell est, sinon un menteur, du moins un imaginatif.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-006.jpg" rel="grid-76" class="item view" title="Dans Parcey ensoleillé sur qui…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-006.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-007.jpg" rel="grid-76" class="item view" title="… veille sa mignonne église…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-007.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Je rejoins Jean, et tout en pêchant, nous nous laissons dériver vers l’inconnu sitôt avalé notre rapide déjeuner.</p>
<p>Je sors deux vaudoises honnêtes et d’autres plus petites quand la Loue (encore un peu haute et rapide) nous force à rentrer nos cannes des obstacles se présentant : souches et arbres déracinés sont nombreux par ici.</p>
<p>Bientôt nous sommes tout à la manœuvre et abordons les Goubeaux.</p>
<p>Notre Suisse aurait-il dit vrai ? Plusieurs bras s’éloignent du lit principal. On nous a recommandé de toujours prendre à gauche. Après une fausse direction nous revenons sur nos pas, non sans peine, et reprenons ce que nous espérons bien être le bras principal. Il s’étrangle entre des ilots de plus en plus nombreux. Le courant reste très rapide et des souches s’embusquent à fleur d’eau, des troncs entiers obstruent la route : nous faisons du slalom. A gauche, à droite. Finalement nous sommes bloqués dans une impasse.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-008.jpg" rel="grid-49" class="item view" title="Le courant reste très rapide…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-008.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-009.jpg" rel="grid-49" class="item view" title="En nous accrochant aux rives…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-009.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Au fond de ce cul-de sac, le courant s’engouffre sous un amoncellement d’arbres qui bouchent complètement le lit de la rivière. Et sur des centaines de mètres nous apercevons le même spectacle. Quand on a vu ce que la Loue en crue pouvait charrier on comprend l’inextricabilité de ce chaos.</p>
<p>Notre suisse n’avait pas menti.</p>
<p>Quant aux marécages, il est fort possible qu’à force de se diviser en autant de bras l’eau perde son courant et meurt en marigots.</p>
<p>Pour ce qui est des moustiques, il n’est que 15 heures (heure de repos, donc) et quelle activité !</p>
<p>Et nous devons faire demi-tour.</p>
<p>Ce qui nous demande des efforts considérables pour remonter ce terrible courant. Nous y parvenons en nous accrochant aux rives là où la pagaye n’est plus assez rapides. Jean entre dans l’eau jusqu’à mi-corps pour nous traîner aux passages délicats.</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-010.jpg" rel="grid-28" class="item view" title="Les damnés moustiques…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-010.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-011.jpg" rel="grid-28" class="item view" title="En eaux moins vives …"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-011.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-012.jpg" rel="grid-28" class="item view" title="En eaux moins vives …"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-012.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Enfin, nous voici en eaux moins vives où nous souffrons un peu.</p>
<p>Nous arrivons à Parcey vers 18 heures après avoir tantôt poussé, tantôt tiré le canoë la où la pagaie se révélait peu efficace.</p>
<p>Avant de charioter vers Dôle où nous rejoindrons le Doubs, nous nous octroyons chacun une demi-heure de pêche pour essayer le Buldo.</p>
<p>Des chevesnes et surtout des vaudoises se laisseront tenter par la sauterelle.</p>
<p>Combien cette pêche serait amusante si les damnés moustiques nous fichaient la paix !</p>
<p>Après un rafraichissement à Parcey, à la boulangerie – épicerie &#8211; articles de pêche &#8211; parfumerie – mercerie – buvette où le M.P. obtient un franc succès de curiosité, nous partons vers Dôle et le Doubs, à 8 km environ. Nous rencontrons avant notre départ, notre Suisse à qui nous expliquons notre échec devant les Goubaux.</p>
<p>C’est le chariotage jusqu’à Villette-lès-Dôle où après avoir passé à la laiterie nous camperons, ô horreur ! à 10 mètres de la Nationale.</p>
<figure id="attachment_629" aria-describedby="caption-attachment-629" style="width: 920px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-013.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-large wp-image-629" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-013-1024x664.jpg" alt="La ville, qui, tout de suite, nous ravi" width="920" height="597" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-013-1024x664.jpg 1024w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-013-300x194.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-013-768x498.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-013.jpg 2048w" sizes="auto, (max-width: 920px) 100vw, 920px" /></a><figcaption id="caption-attachment-629" class="wp-caption-text">La ville, qui, tout de suite, nous ravi</figcaption></figure>
<p>Alors que nous dinons dans l’obscurité, deux pandores à qui nous devons sembler suspects nous demandent nos papiers. Comme nous sommes en règle (<em>C’est une des rares fois où nous avons demandé l’autorisation préalable de camper !</em>) nous exhibons fièrement nos cartes d’identité et je pousse même le luxe jusqu’à montrer ma licence de campeur.</p>
<p>Visiblement impressionnés par ce document assez mystérieux pour eux semble-t-il, nos gendarmes deviennent aimables au point de nous adresser la remarque d’usage du Mathieu compatissant « Vous ne devez pas avoir chaud, la nuit… ».</p>
<p>Peu de temps après, nous dormons.</p>
<p>29 Juin— Après un chariotage sans histoire nous arrivons à Dôle où, dans les faubourgs, nous faisons emplette de fruits si difficiles à trouver jusqu’ici. (même des bananes !)</p>
<p>Et puis c’est le magnifique coup d’œil sur la  ville qui, tout de suite nous ravit avec sa collégiale massive dominant les vieilles maisons espagnoles. Quand je pense au Suisse revu (encore une fois) ce matin sur la route avait décrété Dôle « peu intéressante hormis quelques vieilles maisons et la cathédrale ».</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-014.jpg" rel="grid-99" class="item view" title="Un pittoresque gamin…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-014.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-015.jpg" rel="grid-99" class="item view" title="les jolies maisons…."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-015.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-016.jpg" rel="grid-99" class="item view" title="Les vitraux"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-016.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-017.jpg" rel="grid-99" class="item view" title="Ces sculptures…."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-017.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-018.jpg" rel="grid-99" class="item view" title="Cette collégiale est magnifique"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-018.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Une fois n’est pas coutume, nous décidons de déjeuner au restaurant pour avoir loisir de visiter la ville. C’est d’abord un pittoresque gamin qui pêche « à la harpette » les ablettes se pressant par milliers dans le canal, puis d’autres spectacles nous attirent.</p>
<p>Ah ! les jolies maisons si pittoresques sous le soleil ! Et ces sculptures, et ces grilles ouvragées qui vous surprennent à chaque coin de rue ! Je n’oublierai pas de sitôt la cathédrale devant laquelle nous nous extasions longuement et dont les vitraux feraient la joie de Rébicoff, ce photographe en couleurs que nous admirons Jean et moi.</p>
<p>Le porche, monumentale comme une œuvre de la nature, me remémore cette remarque de Chenut, je crois : « une forêt fait songer à une cathédrale, alors que les cathédrales évoquent les forêts. ». Cette collégiale est magnifique : immense, (mais sans être lourde comme les Salines d’Arc dont la masse colossale dégageait une oppressante impression de ville morte) elle semble veiller sur Dôle.</p>
<p>La Pomme d’Or, nous confirme dans notre impression que Dôle est un paradis : dans un cadre agréable nous faisons un bon déjeuner à un prix raisonnable.</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-019.jpg" rel="grid-23" class="item view" title="Au fond d’une rue… la collégiale"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-019.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-020.jpg" rel="grid-23" class="item view" title="Nous reprenons la rivière"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-020.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-021.jpg" rel="grid-23" class="item view" title="Dôle « gracieuse en son séjour »"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-021.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Après déjeuner nous continuons notre visite dans Dôle où nous effectuons quelques emplettes. Et puis, n’oublions pas les amis : ample moisson de cartes postales.</p>
<p>Et à chaque instant, au fond d’une rue, par-dessus un pâté de maison, surplombant un square : la collégiale.</p>
<p>Une courte visite à une de ces appétissantes pâtisseries dôlaises et allons chercher le M.P. au garage où nous l’avons confié. Pour parfaire notre excellente impression de la cité, l’aimable propriétaire nous annonce que son garage est gratuit.</p>
<p>Pas une seule désillusion dans cette ville charmante. Et nous reprenons la rivière après un dernier adieu à Dôle « gracieuse en son séjour ».</p>
<p>Est-ce la chère trop copieuse ? Le manque d’exercice ? L’air de la ville ? Toujours est-il que cet après-midi je me sens patraque et pagaie sans vigueur.</p>
<p>Un infranchissable barrage nous oblige à un chariotage qui m’est bougrement pénible, surtout que notre pauvre « carrétou » donne des signes évidents de lassitude, le malheureux ! Une rapide réparation lui permettra, je l’espère de tenir jusqu’à à Châlons.</p>
<p>Ce soir nous camperons dans un coin qui, avec son sable, son soleil et ses « ranchs » me rappelle avec persistance ma chère Loire.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-022.jpg" rel="grid-60" class="item view" title="… un gros chevesne qui occupera"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-022.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-023.jpg" rel="grid-60" class="item view" title="Une place savoureuse dans le déjeuner"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-023.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-024.jpg" rel="grid-60" class="item view" title="Un bain si agréable…."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-024.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-025.jpg" rel="grid-60" class="item view" title="Un bain si agréable…."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-025.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>30 Juin – Ce matin, après notre départ, nous montons de suites les Buldos et, cherchant en vain un barrage fantôme mentionné dans le guide nautique, nous faisons une assez honorable friture. Jean pique au traine-bûche (au vermisseau, dirait-on ici) un gros chevesne qui occupera une place savoureuse dans le déjeuner que nous prendrons sur une charmante plage après un bain si agréable dans un tel site.</p>
<p>Par endroits les gravières « font » Loire d’une manière frappante.</p>
<p>Nous continuons une descente enchanteresse sur une rivière sans danger, mais vive et limpide assez pour nous rappeler qu’elle est la même qu’au fameux Saut du Doubs et à Pont-du-Roide, noms prestigieux…</p>
<p>Aujourd’hui nous accomplissons une longue étape sans fatigue et même, par forfanterie, devant certains spectateurs, nous poussons des « sprints » furieux.</p>
<p>Ce soir nous campons non loin du Pont de Peseux où les moustiques, sans atteindre l’intensité de Parcey, sont, cependant, très suffisamment agressifs à notre gré. Jean prend son diner environné d’un nuage de fumée (vive l’herbe verte !) aussi jouit-il d’une tranquillité relative, mais moi, émoustillé par les chasses multiples (perches et brochets) qui claquent un peu partout, j’essaie de lancer.</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-026.jpg" rel="grid-49" class="item view" title="Merveilleux coucher de soleil"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-026.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-027.jpg" rel="grid-49" class="item view" title="Après un bain agréable"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-027.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-028.jpg" rel="grid-49" class="item view" title="Les chevesnes…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-028.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Je dis bien « j’essaye », car, si ma figure est à peu près à l’abri des odieuses bestioles (… cigarettes) mes bras et mes jambes en prennent pour leur compte : je dois bientôt capituler… et bredouille.</p>
<p>Vite j’expédie un repas froid et, prenant à peine le temps d’admirer le merveilleux coucher du soleil, au lit !</p>
<p>1er Juillet – Lever à 6h20. Malgré l’exemple d’un pêcheur local qui, avec une gaule immense, tente la pêche au vif, c’est au Buldo et à la sauterelle que nous opérons tout en nous laissant descendre le courant. Et nous massacrons les chevesnes qui payent pour les carnassiers qui dédaignaient hier nos cuillers pourtant si tentantes.</p>
<p>A Longuy, nous cherchons notre courrier à la poste. En débarquant, j’ai brisé un de nos pagaies et cherche vainement un menuisier qui veuille nous la remettre en état. Tant pis, nous continuerons avec une seule pagaie !</p>
<p>Après un bain agréable (pour Jean seulement car je suis en pleine digestion après avoir absorbé une canette pour « faire couler » des figues sèches trouvées à Longuy) nous déjeunons près d’une rive à pic. Nous nous apercevons soudain que celle-ci est habitée par une colonie d’abeilles maçonnes. Faire du feu dans ces conditions ? Nous nous y risquons vu l’heure tardive et notre paresse naturelle. Rendons grâce aux Dieux, il ne se passe rien de fâcheux, ni de piquant.</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-029.jpg" rel="grid-13" class="item view" title="Chrono pour almanach des P.T.T."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-029.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-030.jpg" rel="grid-13" class="item view" title="Vue camarguaise…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-030.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>A quelques centaines de mètres de nous, des vaches s’abreuvent dans la rivière et s’essayent à fabriquer un chrono pour almanach des P.T.T., pendant que plus loin des chevaux en liberté sur une gravière campent une vue camarguaise saisissante.</p>
<p>Nous reprenons l’eau et le Doubs nous prouve qu’il est encore capable de nous émouvoir autrement que par sa beauté tranquille. Les ponts, très souvent sautés, sont remplacés par des bacs glissant le long de câbles qui rasent la surface de l’eau : fâcheux pour les canoéistes peu attentifs. Nous manquons de peu de chavirer sur un de ces filins et le scion de ma canne a eu affreusement chaud !</p>
<p>Nous campons près de Lays où les moustiques nous retrouvent comme de vieilles connaissances.</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-031.jpg" rel="grid-44" class="item view" title="Mont-les-Sœurs"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-031.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-032.jpg" rel="grid-44" class="item view" title="Le soir…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-032.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-033.jpg" rel="grid-44" class="item view" title="Le soir…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-033.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Un orage gronde sur nous et s’il ne nous arrose que de quelques gouttes seulement, il nous offre par contre, un saisissant spectacle de féérie où le paysage se découpe en noir sur un ciel de sang et d’or.</p>
<p>2 Juillet – Ce matin Jean est patraque et il incrimine la soupe au poisson que j’ai confectionnée hier soir. Est-ce une injure la trouvant mal cuisinée et indigeste, ou un compliment l’estimant trop bonne et avouant s’en être gavé jusqu’à l’indigestion ? Mon amour-propre me pousse à faire litière de la première hypothèse…</p>
<p>Après un laborieux ravitaillement à Lays je pique une tête dans le Doubs et déjeune seul, Jean étant à la diète.</p>
<p>Nous partons vers 14 heures 30 et pagayons et pêchons à tour de rôle jusqu’à Mont-lès-Seurre après une halte à Navilly (courrier abondant).</p>
<p>A Mont-lès-Seurr, nous nous laissons admirer (le mot n’est pas trop fort) par un groupe d’indigènes dont l’un nous compare à Alain Gerbaut qui passa par ici, parait-il.</p>
<p>Le soir je me couche avec un mal au cœur qui me fait craindre que la soupe au poisson, après tout…</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-041.jpg" rel="grid-98" class="item view" title="En route pour le chariotage"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-041.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-042.jpg" rel="grid-98" class="item view" title="… étape … Châlons…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-042.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-043.jpg" rel="grid-98" class="item view" title="Châlons… Sa plage…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-043.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Jean feint de partager mes convictions et en route pour le chariotage. Pourvu que le carrétou tienne le coup ! S’il nous lâche au cours de la dizaine de kilomètres environ qu’il y a à faire, nous allons en baver, soit dit sans élégance…</p>
<p>Après une longue étape de 13 kilomètres sous un soleil cruel, nous arrivons à Châlons et à sa plage forte bien agencée, vers 18 heures…</p>
<p>Après une baignade qui nous délasse de nos efforts du chariotage, nous montons notre camp sur la rive gauche à proximité immédiate de Châlons (exactement dans son faubourg de Saint-Marcel). Pendant que je dresse la tente, Jean négocie l’achat d’un peu de bois chez des bonnes ( ?) gens qui prennent le frais sur le pas de leur porte. Il se heurte à un refus catégorique… et pourtant quelques instants après, ayant su que nous ne sommes pas des « gars de Châlons » mais des Parisiens, le brave homme, car c’en est un maintenant, nous apporte l’abondance : une brassé de bois.</p>
<p>Nous nous couchons bercés par les flons-flons d’un orchestre qui joue sur la rive d’en face.</p>
<figure id="attachment_662" aria-describedby="caption-attachment-662" style="width: 198px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-044.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-662" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-044-198x300.jpg" alt="Châlons" width="198" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-044-198x300.jpg 198w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-044-768x1161.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-044-677x1024.jpg 677w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-044.jpg 1400w" sizes="auto, (max-width: 198px) 100vw, 198px" /></a><figcaption id="caption-attachment-662" class="wp-caption-text">Châlons</figcaption></figure>
<p>5 Juillet – Quelle transformation chez nos gens qui hier nous refusaient un peu de bois ! Ce matin on nous apporte café sucré et pain beurré sous la tente comme des offrandes à des divinités ! On nous offre d’utiliser la cuisinière et quand j’affirme hardiment connaitre fort bien La Varenne Saint-Hillaire dont ils sont originaires, nous devenons les meilleurs amis du monde. Leur générosité s’étend alors à me promettre l’envoi de beurre à Paris.</p>
<p>Versatilité des foules…</p>
<p>Je vais au ravitaillement à Châlons où je trouve penty de fruits, légumes, viande et découvre cet amusant écriteau à la devanture d’un bistrot « On peut eppouter sa marande » Traduction facile !</p>
<p>Après un déjeuner cuit sur la cuisinière de nos nouveaux amis les Augagneur, nous partons embarquer le Martin-Pêcheur, et, le pauvre, nous le laissons dans une laide gare de marchandise où sa coque, qui a connu la Loue et le Doubs, doit se dessécher de tristesse et d’ennui plus que de manque d’eau.</p>
<p>Et maintenant visitons Châlons, ses vieilles maisons, son enceinte romaine (ce qu’il en reste), ses ponts (dont un assez curieux en partie détruit) un coup d’œil à l’obélisque et une visite au Syndicat d’Initiative où l’on nous recommande une promenade à Givry. Nous décidons d’y camper ce soir.</p>
<p>Nous rentrons donc chez les Augagneurs où, après un repas de civilisé (pris à une table et cuit sur une cuisinière) nous reprenons nos bardas que nous y avions laissés et en route après de chaleureux adieux à nos amis et leurs connaissances.</p>
<p>Il est près de 20h30 et comme nous arrivons dans Châlons même que nous devons traverser, une des bretelles du sac de Jean casse…</p>
<p>Horreur, où trouver un bourrelier à cette heure ?</p>
<p>Un premier nous refuse la réparation, un second est malade. Heureusement sa femme nous tire d’affaire. Mais il est près de 21h30 quand nous partons pour la Forêt de Givry.</p>
<p>Marche pénible avec un barda de canoéistes sur des épaules de pedestrians : une musette me scie le cou pendant que Jean est embarrassé des cannes à pêche.</p>
<figure id="attachment_663" aria-describedby="caption-attachment-663" style="width: 225px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-045.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-663" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-045-225x300.jpg" alt="… fervent hydrophile…" width="225" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-045-225x300.jpg 225w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-045.jpg 652w" sizes="auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px" /></a><figcaption id="caption-attachment-663" class="wp-caption-text">… fervent hydrophile…</figcaption></figure>
<p>Dans la nuit, nous campons à proximité de la Forêt de Givry après une longue marche dans le noir.</p>
<p>6 Juillet – Après d’infructueux efforts pour nous procurer du lait nous déjeunons en vitesse et ayant rangé rationnellement nos accessoires nautiques, désormais inutiles, depuis le « mathurin » jusqu’aux « nautoniers » (<em>Il s’agit de vieilles chaussures avec lesquelles nous marchons dans l’eau et baptisées « chaussure de nautoniers » puis, par abréviation « nautoniers »  tout court.</em>), nous partons pour Givry.</p>
<p>Balade en forêt, malheureusement le temps se couvre et nous craignons la pluie après un déjeuner près de la « Fontaine Couverte ». Mais non, rien ne tombe.</p>
<p>Nous arrivons à Givry où le vin est rare bien que le crû soit réputé. Par contre, nous trouvons des bananes. Régal oublié ! (Quoiqu’à Dôle… mais Dôle est un paradis extraterrestre). Gentil village aux fontaines multiples et pittoresques, auxquelles je rends hommage en fervent hydrophile. Nous quittons ce joli bourg pour prendre la route de Châlons où notre train part demain matin vers 10 heures.</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-046.jpg" rel="grid-21" class="item view" title="Je range…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-046.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-047.jpg" rel="grid-21" class="item view" title="le matériel"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-047.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-048.jpg" rel="grid-21" class="item view" title="Flâner dans Châlons."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-048.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Campement à proximité de la ville, à laquelle nous tournons le dos pour jouir du beau coucher de soleil qui magnifie le couchant.</p>
<p>Notre dernier camp de vacances…</p>
<p>Pourtant, pas de mélancolie, tant nous sommes sûrs d’en connaître d’autres.. plus tard.</p>
<p>Avenir.</p>
<p>Espoir.</p>
<p>7 Juillet – Réveil matinal pour attraper le train qui part bientôt. Je range le matériel pour combien de temps ?</p>
<p>Sur la route nous chantons (enfin, nous faisons du bruit avec la bouche…) et arrivons à la gare assez en avance pour écrire encore un peu de courrier et flâner dans Châlons.</p>
<p>Et c’est l’embarquement dans le train où nous rencontrons des compagnons assez sympathiques : un méridional accompagne à l’harmonica une Belge qui fredonne quelques chansons agiles, pendant que l’officier américain qui est avec elle est plongé dans un bouquin en anglais dont je déchiffre quelques lignes : une histoire d’Indiens et de cow-boys pour enfants de 10 à 12 ans…</p>
<figure id="attachment_667" aria-describedby="caption-attachment-667" style="width: 223px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-049.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-667" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-049-223x300.jpg" alt="Dijon" width="223" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-049-223x300.jpg 223w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-049.jpg 651w" sizes="auto, (max-width: 223px) 100vw, 223px" /></a><figcaption id="caption-attachment-667" class="wp-caption-text">Dijon</figcaption></figure>
<p>Curieuse assemblée en ce wagon !</p>
<p>Nous repassons à Dijon (de célèbre mémoire, voir plus haut à l’aller…) à Beaune, le long de l’Yonne, pendant que, penchés sur les cartes Michelin achetées à Châlons, Jean et moi échafaudons déjà des projets pour l’an prochain.</p>
<p>Loire ? Taru ? Vienne ? Dordogne ?</p>
<p>Les vacances sont mortes…</p>
<p>Vivent les vacances !</p>
]]></content:encoded>
					
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			</item>
		<item>
		<title>Randonnée pascale en Gâtinais</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bernard Van Leckwyck]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 20 Apr 1946 10:21:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Carnet 2]]></category>
		<category><![CDATA[Ile de France]]></category>
		<category><![CDATA[Jean]]></category>
		<category><![CDATA[Nemours]]></category>
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					<description><![CDATA[20 – 22 avril 1946 Samedi. Le train nous décharge à Nemours, et, au milieu de la foule qui en débarque et de celle qui stationne nous nous frayons un...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;"><strong>20 – 22 avril 1946</strong></p>
<p>Samedi. Le train nous décharge à Nemours, et, au milieu de la foule qui en débarque et de celle qui stationne nous nous frayons un chemin vers la Grand’Rue. Gagnons le large ! Symbole…</p>
<p>Le ciel est bleu, le soleil brille. Nous avons le Lac aux épaules : nous sommes heureux… l’avenir (3 jours) est à nous.</p>
<p>Nous sommes des débutants en camping, moi surtout, car Jean, depuis sa déportation S.T.O. a malgré tout une certaine expérience des bivouacs et popotes en plein air.</p>
<p>Nous sommes pleins d’espoirs. Parce que nous sommes des débutants, peut-être ? Et bien, non ! Nous retrouverons toujours, je crois, cet enthousiasme des départs, le même qui m’étreint régulièrement quand je vais à la pêche (et je pêche depuis plus de dix ans). Et cette fois-ci nos 3 jours de vacances de Pâques au plein air se doublent de 3 jours de pêche à peine nuancés du regret de la fermeture prochaine qui est pour après-demain.</p>
<p>Plein-air. Pêche. Camping. Quel programme !</p>
<p>Quelle devise !</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-013.jpg" rel="grid-99" class="item view" title="Les maisons de Nemours se déguisent en palais vénitiens."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-013.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-014.jpg" rel="grid-99" class="item view" title="Jean est un fervent du lancer"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-014.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Maintenant après ces élans enthousiastes et quasi-poétiques, soyons terre-à-terre : une boulangerie puis les tréteaux d’un marché nous complètent notre ravitaillement. En route vers le Loing ! Poissons en garde !</p>
<p>Cependant, avant la pêche tentons une photo de ce petit bras de rivière où les maisons de Nemours se déguisent en palais vénitiens.</p>
<p>Mais voici le Loing : à droite, l’amont où à 1 ou 2 kilomètres se profilent des îles boisées bien sympathiques. Nous nous dirigeons cependant vers l’aval moins tentant car nous avons décidé de reprendre le train à Morêt lundi soir et nous avons une trentaine de kilomètres à couvrir : ce n’est pas énorme mais nous ne sommes pas des randonneurs ordinaires qui ne font que marcher. Nous flânons, gaules à la main, partageant notre temps à chercher des coins de pêche intéressants et à prendre des photos en admirant le paysage. Comme la dit, ou à peu près, le docteur Faubert dans son charmant « un canoë passe… », « notre unité est la photo et non le kilomètre. ».</p>
<p>Après une courte halte où nous nous mettons en tenue plus légère, nous repartons lignes montées.</p>
<p>Deux pêcheurs, deux méthodes.</p>
<p>Jean est un fervent du lancer et moi j’ai un faible pour la pêche à l’esche naturelle, aussi ma longue gaule est-elle peut-être moins élégante que le court refendu de mon camarade, mais chacun ses goûts.</p>
<figure id="attachment_548" aria-describedby="caption-attachment-548" style="width: 2100px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-015.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-548" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-015.jpg" alt="La maison de l’éclusier" width="2100" height="1348" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-015.jpg 2048w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-015-300x193.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-015-768x493.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-015-1024x657.jpg 1024w" sizes="auto, (max-width: 2100px) 100vw, 2100px" /></a><figcaption id="caption-attachment-548" class="wp-caption-text">La maison de l’éclusier</figcaption></figure>
<p>Nous changeons de rive mais les résultats sont nuls : ils seraient même décevant sans notre foi farouche : rien que de rares touches d’alvins et rien au lancer.</p>
<p>Pour le moment, le Loing n’est guère pittoresque car il porte tristement les stigmates que lui à laissé le « parasite humain ». Canalisé, portant des péniches qui se chargent à des sortes d’élévateurs qui en déshonorent  les rives, qu’il est différent du Loing sauvage et charmant que je connus il y a deux ans en amont de Morêt !</p>
<p>Mais, bientôt la rigidité utilitaire du Canal se sépare de la délicieuse musardise de la Rivière, et dès la maison de l’éclusier-garde-barrage qui délimite ce divorce, le paysage devient joli. Jean me laisse d’ailleurs le loisir de le détailler une de ses cuillers s’étant pris soudain d’un amour subit et indéracinable pour une tige de nénuphar.</p>
<p>C’est d’ailleurs l’heure de préparer le déjeuner : néophytes du camping nous sommes timides et un feu si près des habitations nous effraie si on allait se faire dresser procès verbal ? Je me rabats donc sur le méta, mais il souffle un vent suffisamment fort pour rendre notre tâche quasi impossible.</p>
<div class="photoGrid four clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-016.jpg" rel="grid-49" class="item view" title=""><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-016.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-017.jpg" rel="grid-49" class="item view" title="Derrière de savant pare-vent…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-017.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-018.jpg" rel="grid-49" class="item view" title="Jean monte un Baldo…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-018.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-019.jpg" rel="grid-49" class="item view" title="Nous attaquons farouchement notre viande."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-019.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Ce n’est qu’après 2 ou 3 pastilles que le beurre commence à fondre ; encore 3 ou 4 morceaux et le beefsteak se résout à grésiller faiblement. Nous sommes quoiqu’il en soit fiers de ce résultat et attaquons farouchement notre viande pendant, qu’abrité derrière de savants pare-vents, (couvercles, assiettes, sacs, etc.) la flamme du méta vacillante et faible comme celle d’un cierge devant l’icone, s’efforce courageusement de réchauffer une grande casserolée de patates.</p>
<p>Vite une rapide vaisselle et en route vers l’aval.</p>
<p>Je prends de-ci-delà une ablette et 2 ou 3 gardonneaux non gardables.</p>
<p>Quant à Jean, avec une patience inlassable il continue à promener ses leurres les plus attrayants devant des poissons dont le moins que l’on puisse dire d’eux c’est qu’ils sont horriblement indifférents.</p>
<p>J’ai maintenant une dizaine de prises, et pour éviter la bredouille qui le guette, Jean monte un Buldo. Il sort rapidement quelques ablettes.</p>
<p>De places en places, une barrière renversée nous indique une propriété privée. Nous remarquons (impressions qui ne feront que se confirmer les jours suivants) que dans le Gâtinais, les propriétés privées n’inspirent aux indigènes qu’un respect très limité. Si c’est fâcheux pour les propriétaires, quelle bénédiction pour les pêcheurs vadrouilleurs…</p>
<p>Nous nous sommes si bien assimilés cet état d’esprit, que bientôt nous nous trouvons, de clôtures renversées en barrières méprisées dans l’intérieur de l’enceinte d’un moulin.</p>
<p>Un homme s’approche de nous pour nous faire poliment remarquer que non seulement nous sommes en propriété privée, mais qu’encore, ici la pêche est réservée. Naturellement je parais positivement frappé d’étonnement et de confusion et fait l’idiot (exercice où j’excelle naturellement) avec une telle sincérité que notre interlocuteur définitivement désarmé, s’offre à nous reconduire jusqu’à la porte et nous indique aimablement le chemin de Grez où nous arrivons vers 17 heures et où nous recherchons un coin pour camper. Après quelques tâtonnements je tombe sur un groupe de personnes s’informant si nous sommes « correctes, raisonnable et ne laisserons pas de détritus ».</p>
<p>Affirmant vivement la pureté de nos intentions et l’excellence de nos mœurs, j’obtiens la permission de camper dans un pré, en bordure du Loing.</p>
<p>Après quelques minutes de marche, nous voici devant une tente, déjà dressée, devant laquelle fume un feu de bois. Bientôt nous sommes à l’abri d’un bosquet et la place nous paraissant bonne, nous montons notre home.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-021.jpg" rel="grid-4" class="item view" title="Notre home"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-021.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-020.jpg" rel="grid-4" class="item view" title="Notre home"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-020.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Un débris métallique nous fournit un foyer épatant et pendant que je commence la cuisine Jean va chercher de l’eau au village car l’eau du Loing ne nous tente guère pour être bue.</p>
<p>Je m’aperçois alors que les arbres qui avoisinent notre tente sont bourdonnants d’insectes que je crois identifier des frelons ! Désagréable impression à laquelle je préférerais encore les lozzis de mon camarade qui, une fois revenu, m’apprendra que ce sont d’inoffensifs hannetons.</p>
<p>Décidément où ai-je la tête ce soir ? Ne mets-je pas de la graisse (graisse de veau excellente et dont nous sommes si pauvres) dans l’eau des nouilles croyant encore préparer la soupe ! Etourderie qui deviendra célèbre et, par la suite, plus d’une fois Jean me feras rentrer sous terre par ces simples mots « Et ta graisse dans l’eau des nouilles ? »</p>
<p>Quant à lui, il décide de faire fondre des lardons pour huiler notre salade, mais le cuisinier joue de malchance et les lardons s’enflamment dans la poêle. Tant pis pour la salade. Ce dernier incident nous laisse une poêle affreusement noircie et une désillusion amère quand à nos talents respectifs. Décidément nous laisserons la vaisselle pour demain…</p>
<p>Nous sommes des caricatures de débutants !</p>
<p>Et nous nous apprêtons à passer notre première nuit suis la Tente. Que l’on y est bien ! Et que l’on apprécie, dans la fraicheur du soir, la tiédeur de notre toit. Nous nous glissons dans nos sacs de couchage pour goûter un sommeil qui ne peut être que celui des consciences tranquilles ou tout au moins oublieuses des innombrables propriétés privées violées par nos soins.</p>
<p>Nuit. Silence.</p>
<p>Dimanche. Première nuit sous la Tente ! Souvenir magnifique que je ne me rappellerais surement pas sans attendrissement quand, « ayant subit des ans, l’irréparable outrage » et devenu, hélas !, un « retraité » du camping, un vétéran ne pratiquant plus, j’égrènerais avec quelques compagnons chenus et un peu radotants comme moi, les souvenirs de notre jeunesse randonneuse.</p>
<p>Premier Camp ! Mot magique qui nous remettra en mémoire mille petits faits qui, sur le moment, auront paru sans importance, mais qui prendront leur relief quasi historique avec leur retrait dans le temps. Car les souvenirs ont ceci de commun avec les bons vins qu’ils prennent du bouquet et de la valeur en vieillissant. Connait-on un vieillard pour qui le temps passé n’est pas le « bon temps » ?</p>
<p>Si c’est vers l’Avenir que les Jeunes tendent souvent impatiemment leurs pensées, c’est vers leur cher Passé, que les Vétérans regardent avec une complaisance attendrie. Le Passé que leur imagination se plait à enjoliver encore, jusqu’à ce qu’il rejoigne la Légende.</p>
<p>J’avoue que j’avais quelques inquiétudes au sujet de cette première nuit. J’avais bien, en 1939, durant l’exode devant les Allemands, couché sous une tente mais, autre que cela remontait à un âge assez tendre, c’était – horreur et sybaritisme – sur un matelas de lit ordinaire ce qui enlevait tout esprit de camping à la chose.</p>
<p>Cette fois le Vrai Début, et tout fut très bien. Hormis qu’au matin nous sortîmes de la tente copieusement recouvert par le duvet vagabond qui s’échappait du sac de Jean, tout se passa le plus normalement du monde sans que le moins important des tendeurs ne s’arrache, sans que le plus minime piquet ne cède, sans que rien ne coupe notre nuit.</p>
<p>Etant chroniqueur scrupuleux je mentionnerais pourtant une légère fraicheur que je ressentis par moments, sous mon corps, le tapis de sol ne se révélant pas rigoureusement suffisant. Mince inconvénient qui fut solutionné dès le lendemain par l’addition d’un imperméable fort heureusement emporté.</p>
<figure id="attachment_555" aria-describedby="caption-attachment-555" style="width: 228px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-022.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-555" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-022-228x300.jpg" alt="Au matin " width="228" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-022-228x300.jpg 228w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-022.jpg 677w" sizes="auto, (max-width: 228px) 100vw, 228px" /></a><figcaption id="caption-attachment-555" class="wp-caption-text">Au matin</figcaption></figure>
<p>Bref, une bonne nuit. Et pourtant, au matin, quel ne fut pas notre étonnement (et notre fierté) de nous apercevoir que notre première nuit de campeur avait été une nuit de gel ! L’eau laissée hier dans la popote est recouverte d’un ou trois millimètres de glace !</p>
<p>Il ne nous en faut pas plus pour décider que le camping sous la neige est très faisable et que tout campeur qui se refuse) camper l’hiver est le dernier des mathieux (Mathieu est un mot que nous connaissons depuis peu et que nous employons maintenant d’autant plus souvent qu’il nous faut rattraper le temps perdu).</p>
<p>Vite, dans la brume matinale (nous sommes à 100 mètres du Loing) je cours chercher un sceau d’eau à la rivière pour me débarbouiller.</p>
<p>Bientôt le feu est allumé et un solide déjeuner nous remplit de vitamines et de confiance. D’ailleurs le ciel est aussi bleu qu’hier et le soleil a déjà éparpillé la brume matinale. Pendant que Jean fait la vaisselle je range mes affaires, mais avec mon habituelle lenteur nous ne serons pas prêts avant 10 heures ½ ou 11 heures.</p>
<figure id="attachment_556" aria-describedby="caption-attachment-556" style="width: 181px" class="wp-caption alignright"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-023.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-556" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-023-181x300.jpg" alt="… lançons quelques coups de ligne…" width="181" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-023-181x300.jpg 181w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-023-768x1276.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-023-616x1024.jpg 616w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-023.jpg 1425w" sizes="auto, (max-width: 181px) 100vw, 181px" /></a><figcaption id="caption-attachment-556" class="wp-caption-text">… lançons quelques coups de ligne…</figcaption></figure>
<p>Avant d’aller au village chercher du pain et remplir nos bidons d’eau potable, nous lançons quelques coups de ligne dans les bras si pittoresques que le Loing forment à Grez et baptisés les Bouts du Monde.</p>
<p>A l’énoncé de ce nom on s’imagine tout de suite des gorges terriblement rocheuses et inhumainement sauvages au fond desquelles des rapides broyeurs écument en grondant comme des fauves.</p>
<p>Et bien pas du tout.</p>
<p>Les Bouts du Mondes sont formés par une digue qui partage la rivière, suivant la longueur, sur une distance d’environ 500 mètres, et tandis qu’à gauche l’eau coule à une vitesse normale, à droite elle musarde dans de petits biefs qui semblent inventés par un architecte paysagiste qui serait doublé d’un pêcheur.</p>
<p>Par-dessus cela de délicats ombrages : surtout des saules. Tout d’un coup, l’eau s’aperçoit qu’elle a trop lambiné et vite elle court sur un maigre pour rattraper le temps perdu tandis que les vaguelettes du bras de gauche se hissent par-dessus le barrage et l’enjambent en murmurant joyeusement pour voir ce qui peut bien retenir leurs sœurs de ce côté. Et après quelques cascadettes et remous, elles sont prises, elles aussi par le charme de l’endroit et se calment pour flâner elles aussi dans ce décor enchanteur.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-024.jpg" rel="grid-46" class="item view" title="Que de paysages vus en deux jours !"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-024.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-025.jpg" rel="grid-46" class="item view" title="Que de paysages vus en deux jours !"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-025.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Hélas dans ce coin magnifique les poissons semblent mépriser souverainement mes stratagèmes et j’ai l’impression offensante qu’ils se moquent délibérément de moi. Quelques gardons et chevesnes honorables s’éloignent avec une lenteur dédaigneuse de l’appât que je leur tends. Seuls quelques vairons et un goujon charitables prennent à cœur de ne pas m’imposer une bredouille dans un endroit pareil.</p>
<p>Puis nous remontons jusqu’au pont où Jean m’attends pendant que je vais au ravitaillement.</p>
<p>Nous abandonnons ensuite Grez et longeons le Loing rive droit. Un pont de chemin de fer qui enjambe la rivière nous porte sur la rive gauche d’où nous battons la rivière pour en tirer une friture.</p>
<p>Au cours de notre randonnée d’hier nous n’avons rencontré presque personne. Aujourd’hui nous ne verrons que 4 ou 5 pêcheurs. C’est épatant ce que ces coins sont solitaires. Et si jolis. Que de paysages vus en 2 jours ! Je voudrais être poète pour célébrer de tels coins. Ah ! Descendre le Loing en canoë comme nous verrons plus loin le faire, quel ravissement ce serait de glisser au milieu ce ces merveilles !</p>
<div class="photoGrid four clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-026.jpg" rel="grid-72" class="item view" title="… ces merveilles…."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-026.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-027.jpg" rel="grid-72" class="item view" title="… ces merveilles…."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-027.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-028.jpg" rel="grid-72" class="item view" title="… ces merveilles…."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-028.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-029.jpg" rel="grid-72" class="item view" title="Le déjeuner cuit."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-029.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Bientôt une agglomération s’annonce avec son avant-garde de constructions plus ou moins esthétiques. Nous nous arrêtons pour déjeuner avant qu’elles ne deviennent trop nombreuses.</p>
<p>Un foyer est vite creusé et, avec les piquets du double toit j’improvise un support de casserole car les pierres sont rares ici, et bientôt le déjeuner cuit.</p>
<p>Menu : friture et pommes de terre. La friture, je dois l’avouer a plutôt triste allure : manque de graisse ? Poissons trop humides ? Poêle trop chaude ? Toujours est-il que nos malheureux poissons se présentent sous l’aspect d’un agglomérat de chairs imparfaitement cuites et surtout d’arêtes ! (Je pense au rêve d’Athalie : un horrible mélange d’os et de chairs meurtries…) Je rechigne quelque peu à l’absorption de ce magnat et cherche abondamment arêtes et chair tandis que Jean, avec un stoïcisme que je lui admire avale tout après une mastication laborieuse et obstinée. Est-il tombé sur des poissons mieux cuits ? Je crois surtout qu’il a une bouche et un œsophage en acier chromé.</p>
<p>Nous nous égayons d’un groupe de 3 ou 4 randonneurs qui, débouchant des verdures de la gauche, semble exténués et brusquement font une pause en s’écroulant quasiment de fatigue.</p>
<figure id="attachment_563" aria-describedby="caption-attachment-563" style="width: 1377px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-030.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-563" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-030.jpg" alt="L’église domine la route" width="1377" height="2101" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-030.jpg 1377w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-030-197x300.jpg 197w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-030-768x1172.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-030-671x1024.jpg 671w" sizes="auto, (max-width: 1377px) 100vw, 1377px" /></a><figcaption id="caption-attachment-563" class="wp-caption-text">L’église domine la route</figcaption></figure>
<p>Et maintenant : vaisselle ! Et en route !</p>
<p>Nous ne pêcherons plus guère aujourd’hui et la truite que nous espérons chacun depuis le début ne sera pas encore pour cette journée. Un groupe de pêcheurs auprès desquels nous nous documentons sur les possibilités en truites du Loing ont d’ailleurs paru étonnés, sinon narquois, par tant de naïveté. « Des truites dans le Loing ? Finies ! » Et pourtant… mais n’anticipons pas.</p>
<p>Le sac qui, hier, me fatiguant les épaules, me les torture carrément aujourd’hui, surtout qu’avec ma gaule à la main je ne puis soulager qu’une bretelle à la fois. Les dents serrées je me répète que « c’est le métier qui rentre », que je dois m’endurcir.</p>
<p>Voici Montigny, gentille petite ville dont l’église domine la route où nous passons et semble m’encourager à lever la tête pour la contempler… mais c’est à peine si je suis en état d’apprécier le pittoresque de quoique ce soit.</p>
<p>Jean insiste pour que je remplisse mon bidon qui est presque vide maintenant, mais la perspective de ce supplément de poids me fait retarder à l’extrême cette opération, si bien que nous sortons de Montigny (après un rapide coup d’œil au Gué du Loing et aux confortables restaurants qui le bordent) sans avoir remplit ce sacré bidon ! Et les propriétés somptueuses qui bordent la route nous inspirent un respect trop craintif pour que nous nous risquions à y demander de l’eau. Dame ! Nous sommes des campeurs et notre tenue n’est pas assez reluisante pour que nous nous risquions au milieu des shorts blancs et des élégants sweaters que j’imagine peuplant ces lieux.</p>
<figure id="attachment_564" aria-describedby="caption-attachment-564" style="width: 300px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-031.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-564" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-031-300x245.jpg" alt="Nous sommes en bordure du Loing" width="300" height="245" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-031-300x245.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-031-768x628.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-031.jpg 861w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px" /></a><figcaption id="caption-attachment-564" class="wp-caption-text">Nous sommes en bordure du Loing</figcaption></figure>
<p>Optimiste (surtout d’aspect et en paroles, car au fond, je n’en mène pas  large…) je déclare que nous trouverons plus loin de quoi remplir nos gourdes. Mais je parle en aveugle car le seul vague croquis que nous avons de la région est au fond de mon sac peu atteignable. Naturellement !</p>
<p>Victoire, j’avais oublié le village de Sorques où dans un jardin nous trouvons de l’eau chez une personne complaisante. Et maintenant, je me souviens parfaitement qu’il s’y trouve un camp. Nous avons donc eau et coucher assurés.</p>
<p>Quoiqu’il en soit les camps et l’entassement que nous craignons d’y trouver ne nous tente guère. Peut-être un autre emplacement sera-t-il disponible ? Mais voici le camp, peu tentant, certes, avec son enceinte grillagée et son peu d’espace, mais nullement surchargé : un feu seulement. Mes épaules endolories me dictent une solution de lâcheté : il est assez tard et trouverons nous mieux ? Après tout nous sommes en bordure du Loing. Juste à côté se trouve un écriteau inhospitalier : propriété privée. Un tas d’autres raisons me semblent excellentes et Jean les accepte avec bien peu d’opposition.</p>
<p>Nous montons donc celle que plus tard en souvenir de son imagination à Pâques, je nommerai « Pascaline ».</p>
<p>Soudain, j’aperçois un groupe d’une demi-douzaine de campeurs qui semblent vouloir venir partager le peu d’espace vital qui nous est impartie entre ces inesthétiques clôtures. Et le bois mort qui parait déjà si rare ! Avec un magnifique sentiment de solidarité je me précipite à la recherche de ce qu’il peut rester comme bois mort et j’invite Jean à suivre mon exemple pour rafler le combustible avant l’arrivée de l’ennemi. Rendons grâce aux dieux ! L’ennemi fait demi-tour.</p>
<figure id="attachment_565" aria-describedby="caption-attachment-565" style="width: 202px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-032.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-565" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-032-202x300.jpg" alt="Bientôt il flambe..." width="202" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-032-202x300.jpg 202w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-032-768x1140.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-032-690x1024.jpg 690w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-032.jpg 1387w" sizes="auto, (max-width: 202px) 100vw, 202px" /></a><figcaption id="caption-attachment-565" class="wp-caption-text">Bientôt il flambe&#8230;</figcaption></figure>
<p>De l’autre tente, se détache, alors, notre colocataire qui nous offre aimablement de profiter de son feu pour notre cuisine. Nous refusons en nous excusant d’être resté assez gosses pour trouver du plaisir à faire « notre » feu.</p>
<p>Bientôt il flambe et l’eau de la soupe chauffe. A table ! Et c’est sans se faire prier que nous saisissons nos fourchettes pour passer à l’action.</p>
<p>Tout en mangeant nous nous demandons fera-t-il beau demain ? Quelques nuages se montrent au couchant où le soleil disparait dans un déploiement de mauves et de roses. Avec ce vent qui souffle les nuées vers nous, je crains la pluie pour demain. Qui vivra verra !</p>
<p>Et c’est notre deuxième nuit sous la tente.</p>
<p>Lundi. Je somnole quelques minutes dans mon sac de couchage avant de me lever et je me demande le temps qu’il peut faire dehors. Je suis loin d’être assez expert en camping pour discerner l’état du ciel à travers la toile de tente rien qu’à l’intensité de la lumière. J’entends les oiseaux chanter dans le bois voisin et leurs gazouillis me réchauffent le cœur. Chanteraient-ils s’il ne faisait pas beau ? Immédiatement je décidé qu’il doit y avoir un ciel très pur et que nous aurons une journée aussi belle que les deux premières.</p>
<p>J’éveille Jean, et les yeux  encore bouffies de sommeil, je jette dehors un regard curieux encore qu’endormie.</p>
<p>Décidément mes raisonnements météorologiques basés sur le chant des oiseaux perdent en exactitude ce qu’ils avaient gagné en poésie ! Qu’on en juge : le ciel est plein de gros nuages assez menaçants qui glissent chassés par un vent violent.</p>
<p>Nous n’en sortons pas moins de la tente et le débarbouillage fait nous nous trouvons aux prises avec de pénibles difficultés d’économie domestique : panne de combustible ! Dans le camp le bois est en effet devenu aussi rare que l’uranium. Aux grands maux, les grands remèdes : voilons-nous la face : j’enjambe la clôture et razzie tout une brassée de bois mort à un tas qui gie dans la propriété d’à côté.</p>
<p>De nombreux pêcheurs au lancer prospectent le Loing aux environs du pont ruiné qui se trouve à quelques centaines de mètre de notre camp. Soudain, l’un d’eux se débat avec sa canne en cerceau : une belle pièce ! (Il est vrai qu’avec le courant qu’il y a entre les piles un vairon tirerait comme un forcené !&#8230;) Nous bondissons vers le bagarreur dans l’espoir d’assister à la bataille de plus près.</p>
<p>Las ! Comme nous arrivons la prise ( ?) se décroche et la canne se détend fait sautiller la cuiller qui pendille, hochet dérisoire.</p>
<p>Les pêcheurs sont maintenant de plus en plus nombreux et il faut avouer qu’il y en a parmi eux de peu sympathiques. L’un d’eux, gourdin et mathieu à souhait, a surtout de don de nous énerver Jean et moi. Où Saint Pierre a-t-il l’auréole (pardon ! la tête…) c’est justement ce mathieu ridicule qui sort une truitelle. Il la gardera après quelques instants de palabres avec les témoins de sa prise. Les complices, dirais-je.</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-033.jpg" rel="grid-22" class="item view" title="Cette anse si prometteuse…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-033.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-034.jpg" rel="grid-22" class="item view" title="Ce petit affluent à allure normande."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-034.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-035.jpg" rel="grid-22" class="item view" title="Cette vanne de moulin…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-035.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Depuis cette prise, pourtant si modeste, Jean est furieusement excité. Des truites ! Il y a des truites ! Et les pêcheurs d’hier qui semblaient nous considérer comme des hurluberlus et des pince-sans-rire parce que nous parlions de truites dans le Loing !</p>
<p>Sacré Jean, en un clin d’œil son sac est bouclé et pendant que, toujours lambin, j’achève le mine, il est la gaule au poing à la « chasse à la truite ».</p>
<p>Bientôt ma ligne est montée aussi, et je prospecte à l’asticot cette eau où horreur ! Je pourrais prendre des truites avec un procédé qui est si décrié par les purs.</p>
<p>Nous prenons la rive droite et pêchons sans résultats positifs. Et pourtant on voit des gardons, et de taille… Ma ligne est un peu légère mais j’avoue avoir la paresse de la modifier ce dont elle aurait pourtant besoin avec ce fort courant. Quoiqu’il en soit la bredouille est évitée car, au pont ruiné, j’ai pris quelques vairons et une vaudoise.</p>
<p>Le paysage est pleins de charmes aussi je ne puis résister au plaisir de prendre un cliché de cette anse si prometteuse (et si menteuse) et de ce petit affluent à allure normande. Cette vanne de moulin vaut certes une photo aussi.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-036.jpg" rel="grid-22" class="item view" title="… ces beautés…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-036.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-037.jpg" rel="grid-22" class="item view" title="Le Loing hérissé de vaguellettes…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-037.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Et c’est le petit village Episy où une désillusion nous attend. Pas de boulangers et nous n’avons plus de pain. Nous mendions notre pain de portes en portes jusque dans une boucherie où nous trouverons à prix modique foie de bœuf et pot-au-feu à défaut de brignolet.</p>
<p>Le prochain boulanger vers l’aval est à Ecuelles (4 km). Amateur passionné de pain je suis d’avis de faire ce parcours à marche forcée sans pêcher ni même admirer le paysage (pour ne pas être tenté de m’arrêter). Non sans peine, Jean parvient à me faire abandonner ce projet.</p>
<p>Comme la Bête se réveille vite en nous : je préférais la boustifaille aux délices du Touriste amoureux de la Nature.</p>
<p>Honte sur moi !</p>
<p>Que j’aurais dont été puni en ne voyant pas toutes ces beautés ! Avec le vent qui souffle ferme maintenant et charrie de si beaux cumulus dans le ciel, le Loing hérissé de vaguelettes a vraiment l’air sauvage surtout que la rive opposé est un pré, rongé, en bordure de l’eau par d’épais massifs de roseaux et d’herbe drue. Au loin la forêt de Fontainebleau « l’antique forêt de Bierre » étend ses premières avant-gardes.</p>
<p>Nous trouvons, après pas mal de recherches, un endroit abrité du vent. C’est au milieu de l’espèce de maquis qui garnit l’intervalle entre Loing et canal. Quel beau coin à incendies avec ces buissons et ces feuilles sèches. Et comme le « Jeff » attiserait vite cela. Heureusement, j’ai vis-à-vis du feu, une prudence que Jean qualifie de maladive. Peut-être a-t-il raison, d’ailleurs…</p>
<p>Des nouilles mangées en quantité, remplacent assez bien le pain. Après une vaisselle hâtive, nous repartons.</p>
<figure id="attachment_571" aria-describedby="caption-attachment-571" style="width: 202px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-038.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-571" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-038-202x300.jpg" alt="Vite, un cliché !..." width="202" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-038-202x300.jpg 202w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-038-768x1138.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-038-691x1024.jpg 691w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-038.jpg 1385w" sizes="auto, (max-width: 202px) 100vw, 202px" /></a><figcaption id="caption-attachment-571" class="wp-caption-text">Vite, un cliché !&#8230;</figcaption></figure>
<p>La pêche ? Pas formidable ! Ma ligne est trop légère mais je m’entête à la garder ainsi.</p>
<p>D’ailleurs le paysage est trop joli pour que je prenne à cœur mon manque de succès à la pêche. Il y a pourtant des coins idéalement fait pour la « rôde » mais je ne prends que de-ci delà une petite cochonnerie de chevesne en-dessous de la taille légale naturellement. A l’eau, naturellement !</p>
<p>Mais mon « Gallus » n’est pas bredouille lui. Et j’ai une peine affreuse à refreiner mon ardeur à m’en servir. De fait je le manie un peu comme une mitraillette. Et pan ! Sur ce contre-jour… Crac ! Sur cette aubépine… Aïe donc ! Sur ce petit bras… Laisserais-je cet arbre si pittoresque s’effacer de nos mémoires ? Vite un cliché !</p>
<p>Tant pis donc pour la pêche… Et pourtant, je conserve encore la vision de ce panier qu’un pêcheur entrouvrait complaisamment et où gisaient outre des chevesnes fort respectables… une truite. Belle, ma foi ! 30 cm je pense. Et dans le café d’Episy où cela se passait, les deux apprentis pêcheurs que nous nous révélons être aujourd’hui, Jean et moi, auraient des yeux ronds et s’ils ne disaient rien, ils n’en pensaient pas moins. Confusément, pour excuser notre maladresse, des excuses s’ébauchent : connaissance local de la rivière, appât différent…</p>
<p>Nous sommes maintenant à proximité de Morêt, et, après un passage épique de « ramping » à genoux sous les ronces, avec tout le barda de pêcheur-campeur, nous prenons la route de halage le long du canal devant abandonner les bords du Loing qui sont propriétés privées strictement défendues par des barbelés inflexibles.</p>
<p>Hélas que ce port sur le canal nous parait odieusement civilisé après ce que nous avons vu de splendeurs, et maintenant que le paysage n’est plus là pour nous distraire nous peinons sous nos sacs.</p>
<p>Entrée à Morêt. Désillusion ! La guerre a durement éprouvé la perspective du Port et des jolies maisons qui l’entouraient. Les ravages du feu font encore des plaies vives. Trop de ruines. Des ruines fraiches que le temps et la nature n’ont pas encore sanctifiées et qu’aucune verdure ne panse.</p>
<p>Un affreux pont de bois enjambe le Loing en aval de l’ancien et semble vouloir, en le doublant, démontrez la vétusté et l’inutilité du vieil édifice. Vieux ! Inutile ! Crève aux yeux des hommes d’affaires. C’est-à-dire des hommes tout court.</p>
<figure id="attachment_572" aria-describedby="caption-attachment-572" style="width: 198px" class="wp-caption alignright"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-039.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-572" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-039-198x300.jpg" alt="La Porte Sanois qu’on aperçoit au fond." width="198" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-039-198x300.jpg 198w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-039-768x1162.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-039-677x1024.jpg 677w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-039.jpg 1366w" sizes="auto, (max-width: 198px) 100vw, 198px" /></a><figcaption id="caption-attachment-572" class="wp-caption-text">La Porte Sanois qu’on aperçoit au fond.</figcaption></figure>
<p>La politique a complété l’œuvre des engins guerriers. La Porte de Bourgogne que les bombes et l’incendie avaient laissé quasi intacte porte une énorme inscription qui déshonore les vieilles pierres. Ou plutôt, qui déshonore les politicaillons vandales qui l’ont peine là.</p>
<p>Le soleil se couche derrière la Porte Sanois qu’on aperçoit tout au fond. Le ciel prend des couleurs irréelles. Que dire sur un coucher de soleil qui n’ait été dit et redit ? Et pourtant c’est si beau qu’on se voudrait peintre ou poète pour glorifier ces choses.</p>
<p>Mais, redevenant terre-à-terre nous cherchons le pain de notre diner. Boulangeries vides. Magasins fermés. Restaurant ou café dévalisés de leurs dernières miettes de pain ; voilà ce que nous trouvons ce soir de lundi de Pâques. Il fallait s’y attendre.</p>
<p>Enfin, je déniche un demi-pain qu’une dame compatissante veut bien nous céder.</p>
<p>Nous casserons la croûte sur le quai de la gare. Nous prendrons le train d’assaut.</p>
<p>C’est vraiment le retour à la civilisation !</p>
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		<title>Essais sur l’Eure</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bernard Van Leckwyck]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 14 Feb 1946 18:18:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Carnet 2]]></category>
		<category><![CDATA[Ile de France]]></category>
		<category><![CDATA[Jean]]></category>
		<category><![CDATA[Maintenon]]></category>
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					<description><![CDATA[Quand Jean Blier et moi débarquons du train à Maintenon il fait encore noir : le jour ne sera guère levé que dans une demi-heure : il est 7h50. Nous nous y...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Quand Jean Blier et moi débarquons du train à Maintenon il fait encore noir : le jour ne sera guère levé que dans une demi-heure : il est 7h50.</p>
<p>Nous nous y attendions : c’est normal. Ce qui l’est moins c’est que nous ne voyons pas la gare. Serions-nous descendus en pleine campagne ? Pourtant ce quai… ce doit être une gare… Nous cherchons à droite, rien ; à gauche, rien non plus. Allons pourtant à droite en bons moutons de Panurge car la grosse majorité va dans cette direction.</p>
<p>Quand le train est reparti Jean et moi inspectons l’horizon. Toujours pas de gare ! J’avais entendu dire que Maintenon avait été bombardé assez sévèrement car son viaduc formait un objectif de première importance. Mais de là à imaginer que la gare avait été « rincée » à ce point…</p>
<p>Nous nous dirigeons vers une espèce de portillon qui, coupant une barrière forme, avec celle-ci et un espace de terre battue, la nouvelle gare. A droite doivent aussi se trouver quelques baraquements.</p>
<p>Une route descend le long d’une grande masse sombre qu’avec le jour, nous identifierons pour l’Aqueduc. Je déduis que l’Eure doit être au fond de cette vallée. A un carrefour, nous hésitons : gauche ? droite ? A la grâce de Dieu : à gauche. Mais voici un groupe qui va pouvoir nous renseigner :</p>
<p>« Pardon Messieurs, existe-t-il encore une maison ou un hôtel où l’on puisse coucher à Maintenon ? Et pour manger ? » Je suis impressionné par l’anéantissement de la gare que je m’attends tout naturellement à m’entendre dire que tout est en ruine.</p>
<p>« Pour manger vous avez la cantine là-bas. Quant aux hôtels, faut voir, mais vous aurez du mal… Voyez à Maintenon. »</p>
<p>Et de nous indiquer la route opposée à celle que nous suivons.</p>
<p>« Bah ! fais-je, d’ici ce soir nous aurons le temps de nous préoccuper de tout ça. Il fait nuit à 5h ½ et nous commencerons à chercher quand nous ne pourrons plus pêcher. »</p>
<p>« Mais, objecte Jean, et notre déjeuner ? »</p>
<p>« Nous avons nos casse-croûtes, fais-je… »</p>
<p>« Pas moi, répond Jean ! »</p>
<p>« Tu n’as pas ton casse-croûte ! Nom de … »</p>
<p>Je laisse alors échapper quelques expressions aussi inélégantes que peu courtoises que Jean entend et encaisse avec une sérénité remarquable. Enfin, tout s’arrange j’ai emporté un repas copieux (j’avais prévu déjeuner et diner) et nous le partagerons ce midi. Quant à ce soir nous trouverons bien un restaurant et un hôtel.</p>
<p>Vite un boulanger pour compléter le casse-croute. En voici un. Nous nous y documentons sur les ressources halieutiques du pays. On nous parle, avec geste évocateur à l’appui, de brochets « comme ça » dans les trous de bombes, près du viaduc bombardé.</p>
<p>En route donc pour la Viaduc, où nous arrivons alors que cesse de tomber la pluie fine qui tombait depuis quelques temps.</p>
<p>Arrivés sur place nous sommes considérablement refroidis : des mares d’eau plus ou moins engageantes alimentées par une jolie petite rivière, la Voise, mais profonde de 30 à 40 cm ! Et comme toile de fond : le Viaduc en réparation. Un chantier ! Nous serions venus jusqu’ici pour pêcher ça ?</p>
<p>Jean est catégorique : « J’aime mieux ne pas prendre de brochets que de les sortir dans un tel décor… »</p>
<p>Je suis entièrement de son avis !</p>
<p>Tant pis pour la Voise ; allons vers l’Eure. Nous y arrivons après quelques tâtonnements.</p>
<p>Quel joli cours d’eau ! Rivière à truites, disons-nous, or celle-ci est en train de frayer. Nous promettons de remettre à l’eau tous salmonidés qui se laisseraient prendre à nos engins.</p>
<p>Nous montons : j’étrenne aujourd’hui une canne à mouche (de nom seulement, car je pêche au ver) et un moulinet neuf. Que ne vais-je pas sortir avec ces deux bijoux et dans une rivière où je trouve des réminiscences du Petit Morin et de l’Epte…</p>
<p>Nous avons quelques touches l’un et l’autre et Jean sort une épinoche de 3 ou 4 cm.</p>
<p>C’est un poisson que je ne connaissais pas mais que j’aurais bientôt l’occasion d’examiner car j’en sors une presque aussitôt après mon camarade qui me fait un cour de morphologie épinoche : il connait ce poisson depuis sa déportation au titre du S.T.D. en Pologne.</p>
<p>Nous remettons le cours de l’Eure, du moins nous supposons que c’est elle, car je n’ai pas pensé à regarder le guide Michelin, mais Jean m’a dit que la rivière se divise en nombreux bras. Quant aux indigènes il semblerait que les bombardements ont quelque peu ébranlé leurs facultés d’analyse et d’observation, car, de ceux que nous avons interrogés jusqu’ici, bien peu nous ont fourni des renseignements clairs et précis.</p>
<p>En remontant le cours de la présumée Eure j’avise soudain un objet cylindrique rouillé qui me fait ressouvenir brusquement de nos craintes de tout à l’heure : y aurait-il des mines, par ici ?</p>
<p>Je désigne ma trouvaille à Jean et nous contournons précautionneusement l’objet suspect. Mais bientôt les « choses cylindriques » se multiplient ce qui nous rassure bien que cela paraisse paradoxale : en effet, si c’était des mines, les indigènes, si myopes et bornés semblent-ils être, les auraient vus et nous auraient prévenus. Nous continuons donc à remonter le cours d’eau mais nous ne sommes que partiellement rassurés malgré tout.</p>
<p>Bientôt nous arrivons devant une clôture qui limite une prairie où paissent des vaches… ou des taureaux ? Jean et moi sommes médiocrement attirés par la tauromachie, cependant, à la vue du détour à faire si nous ne coupons pas cet herbage (que nos imaginations transforment déjà en arènes sanglantes) nous résout à faire acte de courage bien involontaire d’ailleurs.</p>
<p>Et nous passons la barrière, si préoccupés des bovidés, que nous pensons à peine que nous sommes dans une propriété privée et que nous pourrions encourir les foudres du propriétaire.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-006.jpg" rel="grid-68" class="item view" title="Nous bravons vaches, taureaux, propriétaire et tout."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-006.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-007.jpg" rel="grid-68" class="item view" title="L’herbage que nous venons de traverser si piteusement."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-007.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>A mesure que nous nous rapprochons des ruminants (ruminent-ils de mauvaises pensés à notre égard ?) nous obliquons vers la gauche où une barrière salvatrice pourrait éventuellement s’interposer entre nous et les cornes des animaux qui, là-bas… Nom d’un chien voilà un des animaux en question qui s’occupent à une besogne nettement virile : pas de doute il y a au-moins un taureau ! Et ces broussailles qui rendent la clôture quasi infranchissable, surtout avec notre attirail : sac à dos, épuisette, cannes, etc.</p>
<p>Horreur ! En voilà un qui nous regarde drôlement et le bout de l’herbage qui est encore à 500 mètres !</p>
<p>Enfin, nous y arrivons et, de la route où nous sommes maintenant, nous bravons vaches, taureaux, propriétaire, et tout.</p>
<p>Voici un moulin assez joli et, nous aventurant sur une digue, nous arrivons à un coin où ce remous est bien prometteur et d’où nous avons, dans tous les cas, un point de vue épatant sur l’herbage que nous venons de traverser si piteusement.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-008.jpg" rel="grid-51" class="item view" title="L’Aqueduc en ruine…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-008.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-009.jpg" rel="grid-51" class="item view" title="L’Aqueduc dont les piles semblent si vieilles qu’on les croirait faites de blocs de falaises."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-009.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Jean et moi lançons nos lignes dans ce remous et nous y accrochons tous deux : moi avec ma chance habituelle j’arrive à sortir de la branche qui le retient, l’hameçon de ma ligne. Mais Jean doit casser.</p>
<p>Peu après touche pathétique à la ligne de mon compagnon : ferrage… rien. De même une seconde fois… puis une 3ème reprise et il sort… une épinoche ! Voilà donc ces touches pathétiques.</p>
<p>Allons voir plus loin… 800 mètres ou un kilomètre de marche et voici l’Aqueduc en ruine que nous avions entrevu ce matin dans le petit jour. Quel magnifique point de vue avec l’Eure qui coule paisiblement sous deux de ses arches. Nous passons au-travers d’une clôture de barbelés et après une descente à pic le long de l’Aqueduc dont les piles semblent si vieilles qu’on les croirait faites de blocs de falaises, nous voici au bord de l’eau.</p>
<p>Splendeur du soleil qui revient dans ce cadre charmant ! Je mitraille l’Aqueduc de photos. Une seule ombre au décor, ce parc (car c’en est un) où nous sommes est par endroits couvert de débris de munitions, d’obus plus ou moins désamorcés, de douilles déchiquetées, d’ailettes de bombes, de tôles crevées comme des écumoires par mille éclats.</p>
<figure id="attachment_535" aria-describedby="caption-attachment-535" style="width: 1457px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-010.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-535" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-010.jpg" alt="Jean inaugure son nouvel appareil." width="1457" height="2079" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-010.jpg 1457w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-010-210x300.jpg 210w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-010-768x1096.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-010-718x1024.jpg 718w" sizes="auto, (max-width: 1457px) 100vw, 1457px" /></a><figcaption id="caption-attachment-535" class="wp-caption-text">Jean inaugure son nouvel appareil.</figcaption></figure>
<p>Mais, dans le coin où nous sommes, c’est propre de débris guerriers et la nature semble paisible et pacifique : à droite, un pont de bois est jeté sur un bras de l’Eure, en face, les futaies dépouillés par l’hiver nous offrent des sons très doux, à gauche, seulement, dans l’encadrement d’une arche de l’Aqueduc, on aperçoit le Château de Maintenon dont une tour en réparation (reste du bombardement) lui donne un vague aspect de pagode chinoise.</p>
<p>Jean inaugure son nouvel appareil sur un bien joli décor !</p>
<p>Nous déjeunons et après nous être un peu essayé au lancer à la mouche, nous abandonnons le ver pour tenter le lancer.</p>
<p>J’ai aujourd’hui un moulinet Orédon neuf et une refendue de 2 000 avec laquelle je n’ai pas encore fait de lancer.</p>
<figure id="attachment_536" aria-describedby="caption-attachment-536" style="width: 230px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-011.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-536" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-011-230x300.jpg" alt="Un écriteau des plus encourageants… " width="230" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-011-230x300.jpg 230w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-011.jpg 648w" sizes="auto, (max-width: 230px) 100vw, 230px" /></a><figcaption id="caption-attachment-536" class="wp-caption-text">Un écriteau des plus encourageants…</figcaption></figure>
<p>L’ensemble se révèle trop lourd pour ici car il n’y a pas de profondeur et avec 3 grammes, on racle le fond pour peu qu’on ne récupère pas trop vite.</p>
<p>Bientôt je délaisse la pêche pour essayer quelques photos, notamment pour tâcher de saisir un envol de poules d’eau dans le fond du parc.</p>
<p>Puis comme nous ne prenons rien nous évacuons la propriété par le même chemin que celui que nous avons emprunté pour entrer.</p>
<p>Sur la route nous trouvons un entassement de petites bombes avec un écriteau des plus encourageants : DANGER ! et plus loin un autre écriteau avec le même mot, et cet écriteau opposé sur le parc d’où nous sortons !</p>
<p>Cela nous fait réfléchir…</p>
<p>Plus loin, quand, découragés par le manque de profondeur d’eau de l’Eure, nous « plions » sur un pont, un vieux bonhomme, qui se révèle comme le démineur du Château, (propriété privée, explique-t-il en exhibant son permis pour y pénétrer), nous apprends que les eaux du Château sont pleines de toutes sortes de poissons ! Que croire ?</p>
<figure id="attachment_537" aria-describedby="caption-attachment-537" style="width: 226px" class="wp-caption alignright"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-012.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-537" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-012-226x300.jpg" alt="Ce confluent" width="226" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-012-226x300.jpg 226w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-012.jpg 642w" sizes="auto, (max-width: 226px) 100vw, 226px" /></a><figcaption id="caption-attachment-537" class="wp-caption-text">Ce confluent</figcaption></figure>
<p>Le soir tombe et nous faisons une promenade avant le diner.</p>
<p>Que de jolis coins : ce ruisseau, ce confluent, cette cascade… que l’Eure est donc belle ! Mais si peu de poissons !</p>
<p>Bah ! Dans tous les cas ce n’est pas un dimanche perdu : que de jolis paysages !</p>
<p>Et puis j’ai découvert l’Eure. Tant pis si je n’ai pris que 7 épinoches !</p>
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		<title>Une tempête sous un crâne</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bernard Van Leckwyck]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 16 Dec 1945 19:05:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Carnet 2]]></category>
		<category><![CDATA[Ile de France]]></category>
		<category><![CDATA[Meaux]]></category>
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					<description><![CDATA[Il est 7 heures du matin et je vais partir à la pêche : Euphorie… En disant au revoir à ma mère, celle-ci me dit : « Il ne pleut pas au moins ? »...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Il est 7 heures du matin et je vais partir à la pêche : Euphorie…</p>
<p>En disant au revoir à ma mère, celle-ci me dit :</p>
<p>« Il ne pleut pas au moins ? »</p>
<p>Catastrophe ! Force m’est de répondre « qu’il pleut un peu » car tout à l’heure, dans la cuisine j’entendais l’eau ruisseler des toits. Evidemment maintenant c’est calmé mais pour combien de temps ?</p>
<p>« Tu vas encore revenir trempé, enrhumé et les vêtements gâchés. Ce n’est pas un temps à aller à la pêche. » Entends-je avec horreur… Comment ? Cette sortie que j’attendais avec tant de plaisir la voici donc dans l’eau (à tous les points de vue…)</p>
<p>« C’est complètement idiot d’aller se faire tremper : il faut être fou… »</p>
<p>Et oui, je suis fou ! Fou de pêche ! Ce n’est pas d’hier que je le sais d’ailleurs…</p>
<p>Aussi, la mort dans l’âme, pour, malgré tout, aller au bord de l’eau, je promets ; je promets l’imprometable : je rentrerais si le temps devient par trop pluvieux.</p>
<p>Et je pars.</p>
<p>Avec cette épée de Damoclès au-dessus de ma joie : pleuvra-t-il ?</p>
<p>Attente mortelle sur le quai de métro dans l’espoir d’une rame qui n’arrive pas, avec des regards de plus en plus angoissés sur le bracelet-montre.</p>
<p>Enfin, voici mon métro… Une correspondance… sueur froide de la rater… Victoire, ça colle, voici mon train… Grosse chance de ne plus manquer mon train à la Gare de l’Est. Arrivée 8 minutes avant le départ… Rush vers le guichet… Rush vers le train… Chance : une place assise. Et c’est l’ébranlement dans la nuit.</p>
<p>Tout le temps mon obsession : fera-t-il sec ? Devrais-je rentrer ? Sacrée promesse ! Quelle misère pour un vrai pêcheur de devoir subordonner une sortie à une si ridicule condition !</p>
<p>En arrivant à Esbly (encore un coin où je devais pêcher un de ces jours) je vois avec allégresse une route qui est sèche : donc : il ne pleut pas ! Saint Pierre et Saint Médard, en particulier, et tous les saints du Paradis, en général, soyez bénis,… et faites que le temps reste sec.</p>
<p>Me voici à Meaux, où, à la sortie de la gare, je retrouve le groupe d’amis avec qui j’ai rendez-vous. Ceux du Jeudi : il y a Desmarest qui avoue doucement ne rien avoir pris pour mettre ses prises : « je ne prends plus rien » fait-il doucement. Enfin ! un modeste !() Il y a Morin-au-Pied-Bot qui cavale des dizaines de kilomètres de rives malgré son infirmité, il y en a d’autres que je connais peu ou pas du tout : nous sommes une dizaine en tout.</p>
<p>En route vers la Marne. Hélas ! il commence à bruiner. Au premier pont, notre groupe se scinde : trois prennent une rive et le gros de la troupe, l’autre. Je reste avec la majorité.</p>
<p>Après les deux ponts qui enjambent deux canaux, nous prenons à gauche et c’est la Marne. Il ne pleut plus.</p>
<p>Sacrée Marne ! Toujours aussi claire. Je la retrouve pareille à celle que voici 3 mois, je connus à la Ferté-sous-Jouarre. Trop claire. Elle m’effraie : les poissons doivent trop bien y voire.</p>
<p>Il re-bruine faiblement et ma promesse m’obsède.</p>
<p>Nous montons et, espacés sur un pont de 2 à 300 mètres, nous attaquons la Marne, tous les six.</p>
<p>Je n’ai pas une confiance excessive dans la Marne car je me rappelle trop mes déboires de la Ferté, mais les autres m’ont tant vanté la fructuosité de la rivière à Meaux que, ma foi, je suis de plus en plus optimiste.</p>
<p>D’ailleurs, pour moi, prendre du poisson n’est que relativement important. L’essentiel est de voir de jolis paysages. Ici, les rives sont trop nues et rectilignes, mais, plus à gauche, à seulement 7 ou 800 mètres j’aperçois un petit bras qui s’annonce par une île boisée qui paraît plaisante à ce que j’en juge d’ici. Desmarest est déjà là-bas qui prospecte les eaux.</p>
<p>Je pêche consciencieusement les rives, si consciencieusement que je suis bientôt l’avant-dernier de la chaîne que nous formons et je laisse ma première cuiller de la journée dans un accroc quelconque. Je me rappelle l’adage « Laisses passer ce confrère trop pressé…  Il n’a fait que courir et il a cru pêcher ».</p>
<p>Soudain, alors que je récupère ma cuiller le long d’un banc d’herbes aquatiques, secousses très caractéristiques. Juste quelques secondes. Pas un poisson, ça !</p>
<p>Je raconte cet incident à un P.I. qui me dépasse à ce moment.</p>
<p>« Une petite perche » fait-il.</p>
<p>Je le pense aussi. Déjà tout à l’heure sur la rive d’en face, un autre P.I. avait signalé une perche qui suivait. Ma cuiller destinée en principe aux brochets, aura été un peu grosse. Je la conserve néanmoins car Esox me tente plus que les percidés.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-001.jpg" rel="grid-80" class="item view" title="La pluie tombe serrée maintenant"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-001.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-002.jpg" rel="grid-80" class="item view" title="Les arbres de l’autre rive qui semblent se diluer dans la pluie"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-002.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Hélas, la pluie tombe serrée maintenant, m’empêchant de prospecter comme je l’aurais désiré les eaux du Petit Bras, le long de l’Ile. J’ai cependant le temps de laisser une cuiller dans la rive d’en face.</p>
<p>La bruine qui  bouchait les lointains depuis un moment déjà, est maintenant serrée et nous oblige, un autre P.I. et moi-même, à nous abriter sous les arbres, une cabane où nous espérions trouver refuge s’avérant hermétiquement défendu par un grillage impénétrable.</p>
<p>Nous bavardons un peu en fumant une pipe et en regardant les arbres de l’autre rive qui semblent se diluer dans la pluie.</p>
<p>Sacrée pluie ! Vais-je devoir rentrer ?</p>
<p>Pas tout de suite… Voici une accalmie. Nous re-pêchons. Je suis maintenant le dernier à la queue, mon compagnon de tout à l’heure étant parti vers les autres, en amont après avoir fait suivre une perchette.</p>
<p>Décidément les dames zébrées semblent décider à se laisser tenter aujourd’hui, c’est pourquoi je troque ma cuiller contre une Vogue de taille plus modeste.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-003.jpg" rel="grid-10" class="item view" title="La tentation"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-003.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-004.jpg" rel="grid-10" class="item view" title="Le devoir"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-004.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Hélas ! Trois fois hélas ! La pluie retombe et assez fort.</p>
<p>Je suis tiraillé entre mon désir de rester à m’amuser (car cette pluie ne m’inquiète guère !) et la promesse que j’ai faites de rentrer s’il pleuvait.</p>
<p>A droite : l’amont et les plaisirs de la pêche.</p>
<p>A gauche : l’aval et le retour à la maison.</p>
<p>A droite : la tentation.</p>
<p>A gauche : le devoir.</p>
<p>Sacré devoir : je rentre en maugréant et me venge de mon mécontentement en prenant quelques photos : que donneront-elles sous cette pluie ?</p>
<p>Dans tout les cas, je dirais aux autres P.I. que ma rentrée était motivée par une crise de foie car ils ne croiraient jamais à mon obéissance et à ma discipline. Ils croiraient que je « cane » devant la pluie ! Que je capitule ! Cela me serait odieux s’ils imaginaient cela : moi, me laisser vaincre par une simple averse…</p>
<figure id="attachment_517" aria-describedby="caption-attachment-517" style="width: 2294px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-005.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-517" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-005.jpg" alt="Je rentre" width="2294" height="1786" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-005.jpg 2048w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-005-300x234.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-005-768x598.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-005-1024x797.jpg 1024w" sizes="auto, (max-width: 2294px) 100vw, 2294px" /></a><figcaption id="caption-attachment-517" class="wp-caption-text">Je rentre</figcaption></figure>
<p>Décidément la version de la crise hépatique est la plus vraisemblable à mon avis.</p>
<p>Quand même drôle de sortie halieutique. Je n’avais pêché que deux heures : c’est bien maigre.</p>
<p>Sacré devoir ! Sacrée promesse !</p>
<p>Je rentre.</p>
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