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	<title>Carnet 5 &#8211; Mille Camps et Plus</title>
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		<title>Parmi les Châtaigniers</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bernard Van Leckwyck]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 21 Nov 1948 17:44:48 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Carnet 5]]></category>
		<category><![CDATA[Val de Loire]]></category>
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					<description><![CDATA[21 et 22 novembre 1948 &#8211; Camp d’Auvours Depuis quatre semaines que mon régiment est stationné près du Mans, au camp d’Auvours, en lisière d’une forêt, malgré les consignes qui...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;">21 et 22 novembre 1948 &#8211; <span style="text-decoration: underline;">Camp d’Auvours</span></p>
<figure id="attachment_1138" aria-describedby="caption-attachment-1138" style="width: 1096px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/large.jpg"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="size-full wp-image-1138" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/large.jpg" alt="Camp d’Auvours" width="1096" height="696" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/large.jpg 1096w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/large-300x191.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/large-1024x650.jpg 1024w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/large-768x488.jpg 768w" sizes="(max-width: 1096px) 100vw, 1096px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1138" class="wp-caption-text">Camp d’Auvours</figcaption></figure>
<p>Depuis quatre semaines que mon régiment est stationné près du Mans, au camp d’Auvours, en lisière d’une forêt, malgré les consignes qui sont censées nous cloitrer entre les barbelés, il est je pense inutile de préciser que j’ai déjà taillée la route à plusieurs reprises et fait quelques balades dans les bois. Mais mon matériel de camping n’étant pas avec moi je n’avais jamais passé de nuit sous la tente en ce coin  et j’avais été forcé de me contenter de promenades qui, sans être mathieuses, n’en étaient pas moi assez loin de mon idéal campeur.</p>
<p>Maintenant que j’ai ma tente et mon sac à dos l’espace est à moi. Aussi ce samedi soir après avoir diné le plus vite possible au mess (présence obligatoire) je m’esquive dans la nuit mon barda sur le dos.</p>
<p>Il fait une nuit d’encre : c’est du moins mon impression première, mais petit à petit, je commence à distinguer de vagues détails. Assez pour me diriger, d’autant plus que je sais à peu près où je vais planter ma tente. Après environ 2 km de route nationale, je tourne à droite où un sentier me conduit à travers un terrain très sablonneux tour à tour couvert de bruyères ou de pins.</p>
<p>C’est parmi ces derniers que je vais monter mon itisa. Il y a une huitaine j’avais déjà randonné de nuit dans cette partie de la forêt, mais alors le clair de lune éclairait généreusement l’ensemble, ce soir avec ce ciel couvert on n’y voit pas grand’chose. Je me débrouille pourtant et bientôt, après ces quelques moments de flânerie si délicieux qui caractérisent cet instant de la journée au camping, je me couche sur le lit élastique des bruyères qui gonflent mon tapis de sol sous mon sac de couchage.</p>
<p>Et c’est encore une nuit que le camping me fait gagner sur l’esclavage militaire.</p>
<p>Le lendemain, bien que levé avant l’aurore je ne profiterais d’aucun lever du soleil. Le ciel est aussi bouché qu’hier : il le restera toute la journée.</p>
<p>Le sac bouclé, en route.</p>
<p>Je cherche vainement un carrefour dit du Chêne Blanc qui n’existe plus que sur ma carte d’état major (involontaire générosité de l’Armée). En effet un vaste plateau dénudé remplace ici la forêt abattue et, seuls vestiges de la sylve défunte, quelques moignons de pins subsistent parmi quelques rochers, qui sont) vrai dire plutôt des grosses pierres.</p>
<p>Peu en forme ce matin, après une heure de marche je m’arrête, fatigué, pour récupérer un peu. Ragaillardi par cette halte je repars et tombe sur un paysan qui chasse (à noter d’ailleurs le grand nombre de détonations qui, rageuses, claquent de partout alors qu’on voit fort peu de gibier).</p>
<p>Au passage je jette au chasseur en guise de salut un banal : « Ça donne un peu ce matin ? »</p>
<p>Sans répondre il me dévisage, puis :</p>
<p>« D’où qu’vous v’nez ? »</p>
<p>« Du camp d’Auvours, pourquoi ? »</p>
<p>« Du camp d’Auvours ? V’savez pas l’allure d’un soldat pourtant… »</p>
<p>(Réminiscence d’une vadrouille hivernale solitaire de l’an passé où mon allure avait intrigué des gendarmes). Je joue le jeu du mystère :</p>
<p>« Vous savez il y a des soldats qui se déguisent… »</p>
<p>« C’est du louche ! Où qu’vous allez ? »</p>
<p>« A Parigné-l’Evêque. Je rejoins des amis, qui campent par là »</p>
<p>« Y’a personne qui campe là-bas ! C’est du louche ! »</p>
<p>Il s’approche, et, coïncidence troublante, son fusil est dans ma direction. Va-t-il me réclamer mes papiers ? Après quelques mots où revient comme un leit motive « c’est du louche, oui, c’est du louche ! » il me lâche sur un :</p>
<p>« On verra ça ! Mais c’est du louche ! »</p>
<p>Ceci dit sur un ton de juge d’instruction qui se propose de vérifier un alibi douteux.</p>
<p>Je dois avoir une gueule patibulaire au possible car à Saint Maixent déjà où je randonnais en tenue mi-civile, mi-militaire comme aujourd’hui on m’avait pris pour un « gefang » évadé.</p>
<p>Egayé par cet incident je continue ma route quasiment rien qu’à la boussole car la carte d’E.M est très discrète par ici et bien des chemins ne sont pas indiqués ce qui me brouille un peu les idées. Des châtaigniers me font un tapis de leurs feuilles.</p>
<p>A Parigné-l’Evêque ayant acheté quelques vivres je me mets en quête d’un endroit sympathique où déjeuner. Une pineraie fera très bien l’affaire et bientôt un fumet engageant se répend dans l’air aiguisant mon appétit qui n’en a pourtant guère besoin. Joie de prendre un repas mérité par des heures de marche.</p>
<p>C’est en me guidant uniquement à la boussole que je me dirige sur un versant boisé remarqué ce matin trop à l’écart de ma route et repéré maintenant du haut d’une colline. Après une progression qui n’est pas de tout repos (taillis, hautes herbes, quasi marécages) je parviens à mon but et le coup d’œil dont on jouit de là-haut est vraiment bien. Je tourne et retourne dans le coin et découvre quelques points d’observation dont la vue est très jolie. Intéressante aussi les châtaignes qui jonchent le sol !</p>
<p>Je décide alors de recherche encore ce fameux carrefour du Chêne Blanc introuvable ce matin et qui a piqué mon amour-propre. N’existe-t-il vraiment plus ? J’enfile une route qui se perd bientôt mais j’ai la certitude, plusieurs fois confirmée, d’être dans la bonne direction. Finalement je vérifie que le carrefour en question n’existe plus que sur la carte. C.2.F.D.</p>
<p>Après une nouvelle traversée du plateau dénudé vu ce matin je m’assieds un moment pour admirer le paysage… et un petit bout de ciel bleu : le seul vu depuis ce matin, ce qui explique d’autre part l’inaction de mon Foca.</p>
<p>Puis je prends le chemin du retour et n’arriverai à Auvours qu’à la nuit tombée (discrétion nécessaire à mon retour dans les barbelés).</p>
<p>Ce soir-là au mess je prêterais une oreille discrète à la conversation : je suis encore parmi les pins et les châtaigniers de la forêt de Lourdon.</p>
<p>&#8212;</p>
<p>N&rsquo;ayant pas de photo pour l&rsquo;illustrer j&rsquo;ai trouvé cette image : <a href="https://www.geneanet.org/cartes-postales/view/5127333#0" target="_blank" rel="noopener">https://www.geneanet.org/cartes-postales/view/5127333#0</a> avec cette licence : <a href="https://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/2.0/fr/" target="_blank" rel="noopener">https://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/2.0/fr/</a></p>
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		<title>Pèlerinage dans les Pyrenées</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bernard Van Leckwyck]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 18 Sep 1948 11:13:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Carnet 5]]></category>
		<category><![CDATA[Pyrénées]]></category>
		<category><![CDATA[Cauterets]]></category>
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					<description><![CDATA[18 et 19 Septembre 1948 &#8211; Cauterets On nous a annoncé qu’un Pèlerinage Militaire National devait avoir lieu à Lourdes : le campeur déguisé en soldat en a profité pour demander...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;">18 et 19 Septembre 1948 &#8211; <span style="text-decoration: underline;">Cauterets</span></p>
<p>On nous a annoncé qu’un Pèlerinage Militaire National devait avoir lieu à Lourdes : le campeur déguisé en soldat en a profité pour demander 48 heures de permission pour y participer. Et dans le car, qui emmène les pèlerins vers Tours où nous prendrons le train, je mets au point les derniers détails de ma vadrouille pyrénéenne avec un gars qui est justement de par là.</p>
<p>Quelle chance merveilleuse m’est offerte de visiter un coin de France inconnu de moi. C’est peu 48 heures mais c’est si inattendu que c’est magnifique.</p>
<p>Après un voyage de nuit assez pénible (onze heures dans le couloir d’un train bondé) nous débarquons au matin dans la ville miraculeuse. Je m’échappe aux formalités à remplir et bien que je ne sois pas un pèlerin au sens habituel du mot.</p>
<figure id="attachment_1101" aria-describedby="caption-attachment-1101" style="width: 2560px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-016-scaled.jpg"><img decoding="async" class="wp-image-1101 size-full" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-016-scaled.jpg" alt="Cette carte postale a été achetée 39 ans plus tard que la randonné initiale, lors d’une courte escapade pyrénéenne en Mai 1978. Bis repetita …. Placent !" width="2560" height="1756" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-016-scaled.jpg 2048w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-016-300x206.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-016-1024x703.jpg 1024w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-016-768x527.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-016-1536x1054.jpg 1536w" sizes="(max-width: 2560px) 100vw, 2560px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1101" class="wp-caption-text">Cette carte postale a été achetée 39 ans plus tard que la randonné initiale, lors d’une courte escapade pyrénéenne en Mai 1978. Bis repetita …. Placent !</figcaption></figure>
<p>Dieu m’est favorable puisqu’un train part dans quelques minutes pour Cauterets qui est ma base de départ. Itinéraire : route du Pont d’Espagne et la montée au lac de Gaube auprès duquel je compte camper ce soir.</p>
<p>Dans le train je pense que si bien des choses me séparent des autres pèlerins, j’ai pourtant la conviction d’effectuer, moi aussi, une action quasi religieuse. Je vais connaitre la Montagne en campeur alors que jusqu’ici je ne la connaissais qu’en touriste pressé et motorisé. Je vais admirer des merveilles de la Nature (un autre mot pour Dieu) et leur rendre grâce. Où le faire mieux qu’en montagne, le plus loin possible de ce qui rappelle l’Homme ? Pourquoi s’entasser dans des églises ? Et pourquoi tout le monde selon les mêmes rites ? Si Dieu existe, lui tout-puissant et tout-comprenant, pourquoi n’attacherait-il d’attention qu’aux prières faites suivant une loi choisie (pourquoi ? comment ?) par l’Homme ? Ne comprend-il que le latin ? La vraie manière d’honorer un créateur n’est-elle pas d’honorer ses créations ?</p>
<p>Je suis follement heureux des moments de liberté que je vais vivre d’autant plus que le ciel est idéalement pur et que le chaud soleil de cette fin d’année surprend après les pluies des jours précédents.</p>
<figure id="attachment_1102" aria-describedby="caption-attachment-1102" style="width: 2117px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-017.jpg"><img decoding="async" class="size-full wp-image-1102" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-017.jpg" alt="A Cauterets" width="2117" height="1360" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-017.jpg 2048w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-017-300x193.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-017-1024x658.jpg 1024w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-017-768x493.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-017-1536x987.jpg 1536w" sizes="(max-width: 2117px) 100vw, 2117px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1102" class="wp-caption-text">A Cauterets</figcaption></figure>
<p>&nbsp;</p>
<p>A Cauterets, je fais quelques provisions et achète des cartes postales représentant les coins que j’espère visiter. Mentalement, j’écris déjà à mes amis : voilà où je campe ! C’est vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué mais je suis si plein d’enthousiasme !</p>
<p>Le ciel est si beau sur les montagnes qui de toutes parts entourent cette petite station thermale que je me dépêche de faire le plein d’eau qui sera mon dernier contact avec la ville pendant 48 heures.</p>
<p>Joie ! Joie pure et sans restriction qui m’emplit à la veille de chaque randonnée. Joie toujours nouvelle et toujours semblable, faite de mille espérances basées sur mille souvenirs. Refaire les gestes rituels du randonneur, du campeur dans des sites toujours nouveaux. La France est si magnifiquement variée et inépuisable. Je voudrais plusieurs vies pour voir et revoir tous ses trésors.</p>
<p>Aujourd’hui la montagne m’accueille. Et comme j’ai vivement troqué ma tenue militaire contre le cher accoutrement habituel. Un peu comme un prêtre enfile son surplis pour officier, j’ai retrouvé mon short et ma chemise usagée pour pénétrer dans la nature.</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-018.jpg" rel="grid-17" class="item view" title="La route goudronnée déjà belle…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-018.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-019.jpg" rel="grid-17" class="item view" title="Cascades
Rapides
Jaillissements
"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-019.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-020.jpg" rel="grid-17" class="item view" title="Cascades
Rapides
Jaillissements
"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-020.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Et quelle nature ! La route goudronnée, déjà belle, est doublée par un sentier (l’ancienne route) qui longe la gave de très près et ne me cache presqu’aucune de ses merveilles. Ce ne sont que cascades, rapides, jaillissements et rebondissements de cette eau si idéalement nuancée. Ceci parmi une verdure à laquelle l’été finissant donne ses couleurs chaudes et harmonieuses.</p>
<p>Le gave bondit dans une vallée très encaissée entre des versants presque tous boisés mais où parfois un éboulis de pierraille met une note de sauvagerie qui tranche sur l’harmonie plus sereine des arbres.</p>
<p>Je m’arrête et déjeune auprès d’une cascade qui, ailleurs qu’ici où elles sont légions, aurait déjà été cataloguée, numérotée dans un guide qui lui aurait consacré des pages de descriptions enthousiastes.</p>
<p>Bientôt l’odeur de la grillade que je fricotte me rappelle à la réalité dont toute cette féérie m’avait écarté.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-022.jpg" rel="grid-8" class="item view" title="Cette féérie…."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-022.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-021.jpg" rel="grid-8" class="item view" title="Le sentier que je suis au long du Gave"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-021.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Après un copieux repas, je reprends l’ascension non sans fatigue car la côte est raide, je n’ai dormi que quelques heures cette nuit avachi dans un coin de couloir et, de plus, mon sac est alourdi par ma tenue roulée en boule qui le gonfle anormalement alors qu’ici le sac minimum serait de rigueur.</p>
<p>Mais peu importe le poids inutile quand on a la chance d’aller parmi de telles beautés.</p>
<p>En chemin je grappille quelques framboises sauvages d’arrière-saison miraculeusement épargnées sur cette route pourtant fréquentée. Surtout pas des motorisés il est vrai et très souvent j’entends le ronflement d’un autocar qui va déverser sa cargaison de mathieux au Pont d’Espagne point classique d’admiration. Comme si le sentier que je suis au long du Gave était négligeable !</p>
<p>J’arrive à ce fameux Pont d’Espagne vers 16 heures : j’ai gravi en trois heures environ les 572m et les huits kilomètres qui le séparent de Cauterets. Ma fatigue et les beautés du paysage expliquent cette moyenne.</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/09/005-025.jpg" rel="grid-25" class="item view" title="A travers les conifères"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/09/005-025.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/09/005-023.jpg" rel="grid-25" class="item view" title="Le Pont, aussi mathieusé que je le craignais"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/09/005-023.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/09/005-024.jpg" rel="grid-25" class="item view" title="Contempler de plus près ces sommets…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/09/005-024.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p><span style="font-weight: 400;">Après un coup d’œil et quelques photos au Pont, aussi mathieusé que je le craignais, je prends le sentier qui grimpe au lac du Gaube.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Quelle pente ! Un kilomètre pour s’élever de 300 mètres… Mes jambes d’homme de la plaine en prennent un coup et je dois m’arrêter à plusieurs reprises pour souffler un peu. Maintenant les feuillages caduques ont disparu et je progresse à travers des conifères où le soleil qui commence à décliner allume des reflets dorés.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Je fais une halte au sommet de la côte et quelques victuailles sont les bienvenues.  Je mange heureux de contempler de plus près ces sommets qui maintenant se montrent dénudés et fiers dans le soleil couchant. Le lac de Gaube ne dois plus être bien loin, en route ! Un kilomètre de montagnes russes sans grande fatigue m’y conduit : dans une vaste dépression je le devine, puis l’aperçois d’un bleu-vert laiteux enserré de sommet de plus de 2 000m boisés et verdoyants ou peureux et désolés suivant l’altitude. Au fond, le glacier du Vignemal parait narguer le soleil de sa neige qui ne fond jamais. Je camperai ce soir en vue des neiges éternelles : comment dépeindre mon émotion…</span></p>
<div class="photoGrid four clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/09/005-026.jpg" rel="grid-57" class="item view" title="Au bord du lac"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/09/005-026.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/09/005-027.jpg" rel="grid-57" class="item view" title="Seuls les sommets sont éclairés"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/09/005-027.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/09/005-028-scaled.jpg" rel="grid-57" class="item view" title="Carte envoyée par les Blier en 1976"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/09/005-028-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/09/005-029-scaled.jpg" rel="grid-57" class="item view" title="Carte envoyée par les Blier en 1976"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/09/005-029-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p><span style="font-weight: 400;">Je m’assois au bord du lac les jambes et les reins bien las mais le cœur bondissant de joie.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Des cascades bruissent un peu partout alimentant de leurs eaux glaciales cette merveille des Pyrénées. Des poissons (truites ?) se révèlent par leurs gobages discrets. L’ombre de la nuit monte de plus en plus sur les flancs des montagnes dont bientôt seuls les sommets sont éclairés d’or rouge. Sur le Vignemal la neige est rose, mauve, violette, bleue.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Les premières étoiles paraissent quand je cherche un emplacement pour mon itisa qui, ce soir aura l’honneur d’être montée à 1789 mètres au-dessus du niveau de la mer.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Une auberge dépare un peu le paysage par sa nouveauté : elle est à peine terminée, mais vue de l’autre côté du lac elle ne jurera pas trop je pense.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">« Attention aux éboulis de pierres » me conseille aimablement l’aubergiste, méfiez-vous des zones de chutes.</span></p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/09/005-031.jpg" rel="grid-26" class="item view" title="Un emplacement parmi les pins"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/09/005-031.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/09/005-030.jpg" rel="grid-26" class="item view" title="La rive ouest"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/09/005-030.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Je contourne le lac par la rive ouest et arrive dans un delta formé des alluvions du principal ruisseau que si jette ici. Mille bras bruissent sans arrêt.</p>
<p>Je trouve un emplacement (comme j’en espérais dans mes rêves les plus audacieux) parmi les pins, face au lac, entouré par ces grandioses montagnes.</p>
<p>Ce soir-là après le diner je veillerai longuement ivre de joie à un tel point que j’en arriverai à considérer comme harmonieux les sons que je tire de mon harmonica. Que d’imagination…</p>
<p>Les nuits sont pleines de brume en cette saison, m’avait-on dit, pourtant ce matin au tout petit jour pas le moindre brin de brouillard : j’ai toutes les chances, le ciel est aussi pur qu’hier.</p>
<p>Après un copieux déjeuner et un débarbouillage dans l’eau glaciaire (brrr !) je plie ma tente, fais mon sac et me dirige vers l’auberge où je compte le laisser pour être plus léger et faire une grimpette sur un de ces sommets. Sur le sentier longeant le lac en corniche je rencontre un troupeau de bovins. Ce sont des vaches et comme je veux en écarter une de la main, un coup de corne me fait comprendre qu’elles ne prisent pas la familiarité. Elles sont non seulement agressives comme des taureaux ces vaches, mais elles sont d’une virilité déplacée, car outre cette voie de faits sur ma personne, elles se livrent, entre elles, à des voies de faits d’un autre genre. Où la pédérastie va-t-elle se nicher !</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/09/005-032.jpg" rel="grid-17" class="item view" title="J’entame ….

…. L’escalade
"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/09/005-032.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/09/005-033.jpg" rel="grid-17" class="item view" title="J’entame ….

…. L’escalade
"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/09/005-033.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Délesté à l’auberge du poids inutile, j’entame l’escalade d’un des sommets avoisinants avec une musette contenant le strict nécessaire : chocolat, un peu de pain, un bidon d’eau et le Derlux qui depuis hier mitraille des merveilles. Mais je ne me fais que peu d’illusion à ce sujet : je sais que depuis quelques temps il est terriblement fantaisiste quant aux résultats.</p>
<p>Maintenant la lumière redescend vers le lac qu’elle parait avoir du regret d’avoir quitté hier et durant mon ascension je rejoins brusquement le soleil pendant que l’ombre s’enfuit vers le bas.</p>
<p>Au bout d’un quat d’heure de montée je m’estime à mi-chemin mais une demie heure plus tard le sommet parait aussi éloigné.</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/09/005-036.jpg" rel="grid-33" class="item view" title="une autre vallée…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/09/005-036.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/09/005-034.jpg" rel="grid-33" class="item view" title="Une vue grandiose…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/09/005-034.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/09/005-035.jpg" rel="grid-33" class="item view" title="La limite de la montagne à vaches"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/09/005-035.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Remarquant  quelques plantes inconnues de moi, ma fierté va croissante : je suis à la limite de la montagne à vaches. Bientôt c’est la pierraille puis finalement des roches où s’accrochent de maigres lichens. Enfin, j’atteins le col, premier objectif d’où je découvre une vue grandiose sur une autre vallée. D’ici le lac est tout petit et l’auberge minuscule. Après un moment d’admiration devant les merveilles découvertes je continue vers un sommet proche : deuxième objectif.</p>
<p>Je varappe sans trop de vertige parmi des blocs énormes côtoyant parfois des abimes qui font que la sueur qui humecte ma chemise n’est pas due qu’à l’effort… Malgré ces défaillances discrètes, je suis infiniment moins gêné par le vertige que je le craignais. Qui sais si avec de l’entrainement je n’arriverai pas à faire sinon un acrobate de montagne du moins un ascensionniste honorable ?</p>
<p>J’arrive finalement au dernier point atteignable par moi, le reste étant vraiment trop difficultueux.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/09/005-038.jpg" rel="grid-70" class="item view" title="Les primitifs diviniseraient la Montagne"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/09/005-038.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/09/005-037.jpg" rel="grid-70" class="item view" title="Les primitifs diviniseraient la Montagne"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/09/005-037.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Assis sur un énorme rocher où je rêve je ne sais combien de temps je comprends que la montagne m’a conquis.</p>
<p>Certes, je jure de revenir, de retrouver ces sentiments si purs qui donnent une joie, un bonheur si grand et si différent de tout le reste qui parait mesquin et ridicule en comparaison. Je comprends que les primitifs diviniseraient la Montagne et je ne suis pas loin d’agir comme eux.</p>
<p>Puis je commence, hélas, la descente. Un touriste est monté, un « mordu » redescend.</p>
<p>Au cours du retour vers l’auberge, je manque de marcher sur une montre-bracelet perdue mais encore en très bon état de marche. Heureux présage pour mon initiation à la Montagne.</p>
<p>Les Dieux des Cimes m’ont fait un signe favorable…</p>
<p>A l’auberge où je reprends mon sac, je me paye un litre de délicieux Gaillac dont le reste remplira une gourde. Puis c’est le chemin du retour.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/09/005-040.jpg" rel="grid-39" class="item view" title="Toujours aussi tumultueux…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/09/005-040.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/09/005-039.jpg" rel="grid-39" class="item view" title="Un pont rustique"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/09/005-039.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Près d’un pont rustique je rencontre un chasseur porteur d’un sac à dos émerge la tête d’un isard : explication des coups de fusil entendus.</p>
<p>A peu de choses près, même route qu’à l’aller. Je déjeune au bord du Gave toujours aussi tumultueux et magnifique.</p>
<p>Mon état physique est peu brillant depuis une heure : j’ai les jambes en coton et mes oreilles bourdonnent. Mais le moral est formidable : je suis littéralement envouté par la Montagne. Et je fais le serment d’y revenir. Quand ? Mystère… Mais l’avenir qui est né entre nous n’est pas près de s’éteindre. Et comme me le disais mon ami Jean, montagnard de fraîche date, lui aussi : « quand on a vu ça, on imagine mal le camping ailleurs ! ».</p>
<p>A l’approche de Cauterets je me remets en militaire à la faveur d’un coin discret.</p>
<p>Une heure d’attente à la gare me permet d’envoyer mes premières impressions. Cartes postales. Le trajet dans le tacot qui me mène à Pierrefitte-Nestalas (où je prendrais un « vrai » train pour Cauterets) est encore très joli.</p>
<p>Des mathieux remplissent le compartiment ; presque tous sont amorphes. L’un d’eux (oui j’aurais du plaisir à le tuer proprement) me sort de mon mutisme qu’au passage devant une usine pour donner à sa compagne quelques renseignements industriels. Puis re-torpeur jusqu’à ce que la même scène se renouvelle un peu plus loin : le malheureux ne vibre que devant des cheminées crachant de la fumée ou devant la grisaille du béton des usines !</p>
<p>J’arrive à Lourdes où je retrouve les pèlerins. Qui de nous, eux ou moi, comprend-il Dieu sous sa vrai forme ?</p>
<p>&nbsp;</p>
]]></content:encoded>
					
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		<title>Intermède Breton</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bernard Van Leckwyck]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 29 Aug 1948 14:23:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Carnet 5]]></category>
		<category><![CDATA[Bretagne]]></category>
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					<description><![CDATA[29 – 30 Août 1948 &#8211; Presqu’ile de Rhuys Voilà deux mois que je suis en garnison à Saumur et j’ai déjà visité pas mal de coins de l’Anjou. Aussi,...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;">29 – 30 Août 1948 &#8211; <span style="text-decoration: underline;">Presqu’ile de Rhuys</span></p>
<figure id="attachment_1079" aria-describedby="caption-attachment-1079" style="width: 213px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-003.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-1079" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-003-213x300.jpg" alt="48 heures en Bretagne" width="213" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-003-213x300.jpg 213w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-003-726x1024.jpg 726w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-003-768x1083.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-003-1089x1536.jpg 1089w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-003.jpg 1362w" sizes="auto, (max-width: 213px) 100vw, 213px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1079" class="wp-caption-text">48 heures en Bretagne</figcaption></figure>
<p>Voilà deux mois que je suis en garnison à Saumur et j’ai déjà visité pas mal de coins de l’Anjou. Aussi, cette fois, j’ai vu plus grand et j’ai décidé une escapade de 48 heures en Bretagne. Prétextant des fiançailles, j’ai obtenu les deux jours nécessaires pour passer suffisamment de temps au bord de la mer.</p>
<p>Ce qui explique que ce soir là je quitte l’Ecole de Cavalerien en tenue n°2 : celle que je réserve pour mes randonnées. En effet, elle passera le weekend roulée en boule au fond de mon sac à dos et il est inutile que je réserve ce que j’ai de plus smart à cet usage.</p>
<p>Je vais jusqu’au garage où j’entrepose mon matériel, j’enfourche ma pétrolette (ma « pette-à-roue » comme l’appelle un copain) et, sac au dos, je file vers la gare, car je manque de temps pour faire le voyage entier par la route, et prends le train jusqu’à Pornichet.</p>
<p>A Angers, premier changement de train. Je vais au fourgon à bagages pour vérifier si mon vélo moteur suit bien. Heureuse précaution ! On m’apprend qu’il ne voyagera que par le train suivant. Autrement dit il n’arrivera à Pornichet à je ne sais quelle heure pendant que je me morfondrais à l’attendre. Je baratine désespérément et arrive à le faire admettre en « bagage accompagné ».</p>
<p>A Nantes, deuxième correspondance et comme je dois maintenant emprunter une micheline plutôt pleine où l’espace vital est très restreint j’entrevois des difficultés sérieuses pour mon engin. Nouveaux palabres, mais la partie est dure ! Je feins la résignation et m’embusque à la dernière portière (la plus éloignée du chef de convoi). Puis au coup de sifflet de départ, j’empoigne ma pétrolette et la hisse, non sans mal dans la micheline où les voyageurs d’abord étonnés puis aimablement compréhensifs me donnent un coup de main. Nous roulons et mon matériel est au complet ! Merci Seigneur !</p>
<p>Je suis dans la situation du passager clandestin qui, en se révélant en pleine mer, espère que l’on ne le jettera pas par-dessus bord. C’est ce qui se passe, le contrôleur est bien un peu estomaqué de me voir avec ma pette-à-roue dans une micheline qui est réservée aux voyageurs munis de bagages légers, mais il ne me fait pas de reproches sérieuses. Sauvé !</p>
<p>Je débarque à Pornichet à minuit passé, et, en moto, je pousse vers un emplacement de camping autorisé et assez mathieux mais qui a le mérite de m’être connu, d’être aisément repérable en pleine nuit et d’être d’un accès facile aux motorisés. C’est là que Monsieur Richard et sa femme ont passé leurs vacances et m’ont invité il y a un mois environ.</p>
<p>Je monte ma tente dans la nuit tiède et m’endors bientôt bercé par le bruit de la mer qui roule à 200 mètres et celui du vent dans les pins ce qui fait oublier la proximité des maisons et les ruines du mur de l’Atlantique que je devine dans la nuit.</p>
<figure id="attachment_1080" aria-describedby="caption-attachment-1080" style="width: 298px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-004.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-1080" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-004-298x300.jpg" alt="Monsieur Richard et sa femme… m’ont invité il y a un mois environ" width="298" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-004-298x300.jpg 298w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-004-1017x1024.jpg 1017w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-004-150x150.jpg 150w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-004-768x773.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-004.jpg 1261w" sizes="auto, (max-width: 298px) 100vw, 298px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1080" class="wp-caption-text">Monsieur Richard et sa femme… m’ont invité il y a un mois environ</figcaption></figure>
<p>Le lendemain matin je me lève d’assez bonne heure et, ma tente pliée, le sac arrimé sur la moto je suis prêt à partir quand sort de sa tente le campeur voisin qui partageait avec moi ce grand camp désert. Il est là depuis quelques jours avec sa femme et un jeune garçon : nous échangeons quelques mots avant mon départ.</p>
<p>J’ai gardé ma tenue militaire en draps car le temps est couvert et en roulant je n’ai pas trop chaud. La pétrolette est vraiment un merveilleux instrument pour se refroidir.</p>
<p>Je quitte la côte à la Baule-Escoublac et roule vers Herbignac. La route fantaisistement empierrée est pittoresque et le pays traversé me familiarise avec la Bretagne que je ne connais presque pas. Terre assez pauvre où partout le genet apparaît sur le sable. Quelques petits hameaux dont les maisons noires et blanches (granit et eau de chaux) sont parfois coquettes mais inspirent toujours malgré tout une confiance limitée quant à la propreté de leurs habitants car partout le sol est fangeux des fumiers qui s’étalent à quelques mètres des demeures.</p>
<p>Je rejoins bientôt la route nationale, et, après une quarantaine de kilomètres, je parviens à la Roche Bernard où la Vilaine mérite peu son nom, encaissée, bien que très large, par ses berges rocheuses, taillées en falaises, et couronnées de pins maritimes.</p>
<p>La rivière est franchie par un pont de bateaux, solidement amarré, car le flux remonte largement jusqu’ici et le courant change de sens à chaque marée. A gauche, les débris du viaduc sauté gisent encore dans l’eau sale. Car comme tous les fleuves côtiers de la région que remonte la marée, la Vilaine a, près de son embouchure tout au moins, une eau trouble et grise.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-006.jpg" rel="grid-91" class="item view" title="Un rivage un peu rocheux et découpé"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-006.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-005.jpg" rel="grid-91" class="item view" title="Un rivage un peu rocheux et découpé"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-005.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>J’abandonne la large route goudronnée pour un chemin sinueux et très pittoresque serpentant dans des paysages qui rappelle parfois Fontainebleau. Traversée de hameaux très pauvres d’apparence, puis arrivée à Billiers où je revois la mer : désillusion : côte plate quand non vaseuse que faisait, à vrai dire, pressentir les multiples marécages plus ou moins prés salés remontés auparavant.</p>
<p>Par Muzillac (bizarres ou tout au moins imprévus ces noms en « ac » qui sonnent gascons !) je continue vers la presqu’ile de Rhuys au sud de Vannes. J’arrive à St Gildas de Rhuys dont le nom m’enchante et où, indice plus sérieux, j’ai lu sur la carte : pointe du Grand Mont. Voilà qui suppose une côte moins plate que les autres. Car pour la randonnée pédestre que je compte commencer maintenant j’espère rivage un peu rocheux et découpé.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-008.jpg" rel="grid-97" class="item view" title="La côte est rocheuse et découpée comme je le souhaitais"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-008.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-007.jpg" rel="grid-97" class="item view" title="La côte est rocheuse et découpée comme je le souhaitais"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-007.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Je laisse mon engin garé dans un hôtel restaurant du patelin où flotte une odeur très tentatrice de mangeaille succulente. Or il est midi passé et depuis le déjeuner de ce matin (qu’il est loin) je n’ai rien mangé… Héroïque, je pars l’estomac vide ne voulant m’enmathieuser dans cette hôtellerie. Quelques achats de vivres et en route vers la mer à pied, cette fois.</p>
<p>Merci Dieu, la côte est rocheuse et découpée comme je le souhaitais. Le ciel est couvert par moments et les nuages, chassés par le vent, fuient le large. Atmosphère parfaitement bretonne.</p>
<p>Au point de vue prosaïque du cuisinier c’est moins bien car le pays est assez nu et comment faire un feu utilisable avec ce zeff ? Je décide de longer la côte vers la gauche où elle parait le plus pittoresque. Après peu de temps de marche l’équipement motocycliste se révèle trop chaud et je me mets en short. Bientôt j’ai la chance de trouver un bois minuscule en bordure de la mer où je m’installe pour déjeuner à l’abri du vent.</p>
<p>Quelques pierres, un peu de bois et bientôt je puis espérer un repas chaud.</p>
<figure id="attachment_1085" aria-describedby="caption-attachment-1085" style="width: 212px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-009.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-1085" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-009-212x300.jpg" alt="Trois bateaux-jouets se racontent des histoires de pêche" width="212" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-009-212x300.jpg 212w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-009-725x1024.jpg 725w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-009-768x1085.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-009-1088x1536.jpg 1088w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-009.jpg 1356w" sizes="auto, (max-width: 212px) 100vw, 212px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1085" class="wp-caption-text">Trois bateaux-jouets se racontent des histoires de pêche</figcaption></figure>
<p>Les arbres de ce coin sont bizarres, et par la suite je verrais que c’est l’espèce ( Il s’agissait de Tamaris) la plus répandue par ici. Leur aspect rappelle les arbres méridionaux : mi-ciprès, mi-pins. Leurs basses branches semblent mortes mais restent souples et témoignent ainsi qu’il n’en est rien. Le bois mort est presque rare. En tous cas leurs formes tourmentées par le vent sont bizarres et on imagine fort bien des Korikans folâtrant parmi eux au clair de lune.</p>
<p>Le déjeuner terminé je repars en longeant toujours la côte.</p>
<p>Une petite station balnéaire d’arrière-saison, une marchande de friandises seule avec son éventaire, deux ou trois estivantes qui espèrent un dernier sursaut de l’été, frileusement engoncés dans des pull-overs. C’est tout.</p>
<p>Bientôt, après un minuscule port où trois bateaux-jouets se racontent des histoires de pêche, c’est une côte sauvage et nue. Une herbe rase couvre des mamelons qui tombent soudain à la mer en montrant le sous-sol rocheux à peine recouvert d’une mince couche de terre pauvre.</p>
<p>Parfois l’on découvre une petite crique sableuse où s’amasse le goémon.</p>
<p>Soudain il bruime et j’ai à peine le temps de mouiller ma cape imperméable que c’est fini, et que le soleil, un peu boudeur, se remet de la partie, par intervalles.</p>
<figure id="attachment_1086" aria-describedby="caption-attachment-1086" style="width: 211px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-010.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-1086" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-010-211x300.jpg" alt="Le château en ruines que je visiterai" width="211" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-010-211x300.jpg 211w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-010-721x1024.jpg 721w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-010-768x1091.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-010-1082x1536.jpg 1082w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-010.jpg 1343w" sizes="auto, (max-width: 211px) 100vw, 211px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1086" class="wp-caption-text">Le château en ruines que je visiterai</figcaption></figure>
<p>Je dépasse un port à peine plus important que le premier et où quelques marins font mine de s’occuper.</p>
<p>Puis c’est une côte basse et sableuse où la culture s’arrête, comme à regret, à quelques mètres de la mer.</p>
<p>Maintenant que j’ai dépassé les maisons soigneusement alignées en une rue unique de je ne sais quel village, je commence à apercevoir les ruines du château de Suscinio que je compte visiter et qui marquera, hélas, le terme de ma randonnée car il me faudra faire demi-tour avant ce soir de retour en vélo-moteur présentant toujours des risques de pannes et une marge de sécurité est à prévoir.</p>
<p>Je marche maintenant entre la mer et un marais plus ou moins asséché recouvert de longues herbes ondulantes que l’on fauche par endroits.</p>
<p>Et enfin voici le château en ruine que je visite tranquillement tout seul, le guide n’ayant pour mission que d’ouvrir la porte. Dominant, non sans peine, un vertige qui me couvre de sueur, je monte sur les remparts d’où l’on voit assez loin un pays plutôt plat d’ailleurs.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-012.jpg" rel="grid-58" class="item view" title="A quelques mètres de la mer"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-012.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-011.jpg" rel="grid-58" class="item view" title="Sur les remparts…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-011.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>L’heure avance et je me demande où planter ma tente : les environs sont très plats et de peu d’intérêt avec ce vaste marécage. Si je campais dans la cour du château ? J’y renonce malgré l’originalité de l’assemblage d’une itisa dans une cour d’honneur d’un château moyenâgeux car j’ai envie de camper en vue de la mer : je décide de filer à marche forcée vers un coin repéré à l’allée mais qui est assez éloigné.</p>
<p>J’y arrive à la tombée de la nuit : à quelques mètres de la mer sur une dune basse à peine recouverte d’une herbe aussi courte qu’une moquette trois de ces arbres étranges esquissent un bosquet. Je monte ma tente avec précaution car il vente ferme et les tendeurs sont secoués avec rage.</p>
<p>Un feu polynésien enterré me permettra, à l’abri d’un vague buisson, de cuisiner malgré le vent qui se lève de plus en plus.</p>
<figure id="attachment_1089" aria-describedby="caption-attachment-1089" style="width: 213px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-013.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-1089" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-013-213x300.jpg" alt="La marée basse ce matin" width="213" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-013-213x300.jpg 213w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-013-725x1024.jpg 725w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-013-768x1084.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-013-1088x1536.jpg 1088w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-013.jpg 1343w" sizes="auto, (max-width: 213px) 100vw, 213px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1089" class="wp-caption-text">La marée basse ce matin</figcaption></figure>
<p>Toute la nuit il sifflera et secouera ma tente.</p>
<p>Le lendemain matin me voit faire le même chemin que la veille. Je pourrais évidemment revenir par un itinéraire différent en passant par l’interland mais l’intérieur je le verrai tout mon saoûl en pétrolette tandis que la côte ! L’ambiance est d’ailleurs très différente de la veille car le vent est tombé, le ciel est assez pur et la marée basse ce matin.</p>
<p>De retour à Saint Gildas de Rhuys, je retrouve ma pétrolette (garée gratuitement m’annonce avec générosité la patronne de l’hôtel), j’expédie quelques cartes postales et reprends ma route vers le sud.</p>
<p>Je passe par certaines trances car mon niveau d’essence baisse dangereusement sans que je puisse me ravitailler n’ayant pas de bons et les garagistes se montrant intraitables sans ces précieux bouts de papier. Enfin à la Roche-Bernard, un philanthrope m’en « donne » cinq litres pour le prix d’un vélo d’avant-guerre. Merci quand même.</p>
<p>A Herbignac au lieu de prendre la même route qu’à l’aller je bifurque sur Guérande pittoresque ville encore entourée de ses vieux remparts et dont l’église m’émerveille.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-015.jpg" rel="grid-35" class="item view" title="Sur cette côte aux falaises claires"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-015.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-014.jpg" rel="grid-35" class="item view" title="La mer très pittoresque"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/005-014.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>C’est ici que je suis censé passer ma permission pour me fiancer et j’ai bon nez d’y aller réellement car, outre qu’il eut été dommage de méconnaître cette jolie ville, mon capitaine, signataire de la permission, me demandera des tuyaux sur l’endroit. Un peu de mémoire et d’imagination et je m’en sortirai.</p>
<p>Puis c’est la fin du retour motorisé après un crochet par Batz et le Pouliguen où je prends pas mal de photos de la mer très pittoresque sur cette côte aux falaises claires.</p>
<p>A la Baule je passerais encore une heure agréable avant de me réembarquer dans le train à nouveau déguisé en militaire après avoir joué les Frégolis dans une arrière salle de café.</p>
<p>Et je me remémore mon précédent repas dans les pins alors que ce soir je casse la croute sur le quai de la gare !</p>
<p>Que de bons souvenirs j’ai fait provision pendant cette escapade et me voici prêt à retrouver la vie peu intéressante du troufion avec un courage ou plutôt une patience nouvelle.</p>
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		<title>« Liberté »</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bernard Van Leckwyck]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 01 Jan 1948 13:52:08 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Carnet 5]]></category>
		<category><![CDATA[Val de Loire]]></category>
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					<description><![CDATA[Janvier 1948 &#8211; Orléanais Voilà bientôt deux mois que je suis soldat. C’est parfois long deux mois à ne rien faire d’autre que du travail d’automate : maniement d’armes, revues diverses...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;">Janvier 1948 &#8211; Orléanais</p>
<p>Voilà bientôt deux mois que je suis soldat.</p>
<p>C’est parfois long deux mois à ne rien faire d’autre que du travail d’automate : maniement d’armes, revues diverses généralement plus inutiles les unes que les autres, corvées où chacun tire au flanc le plus possible. Combien est rare le travail constructif ou seulement intéressant ! Et puis c’est le « matthieuisme » poussé à la caricature, après les travaux ridicules le délassement est minable : bal, cinéma, café. Quant à la tenue de sortir elle paraît avoir été soigneusement étudiée pour gêner ou empêcher tout amusement tant soit peu sportif. Le manteau, ample à souhait et trop large d’épaule, vous engonce. Le calot, qu’il faut porter réglementairement à 1 cm au-dessus du sourcil droit est en équilibre généralement instable et ne protège pas plus du soleil que de la pluie. Bien entendu « streng verboten » de mettre ses mains en poche et les gants… Avec tout cela, comment s’arranger pour randonner ce qui est, pour moi, la forme la plus tentante du sport ?</p>
<p>J’ai pourtant résolu le problème.</p>
<p>Ce matin dimanche je me présente au poste avec mon treillis de travail en dessous de ma tenue de sortie réglementaire. Une musette et un sac à dos américain contiennent mon bagage de randonneur : ravitaillement entre autre car je déjeune en plein air.</p>
<p>« Permission de sortir, chef de poste ? »</p>
<p>Un œil inquisiteur me toise. Ça va.</p>
<p>Salut. Demi-tour à droite.</p>
<p>Je sors et ramasse mon bagage discrètement laissé dehors car dans tout ce que je sors c’est bien le diable s’il n’y a pas quelque chose d’interdit.</p>
<p>Impatients, mes pas sonnent sur le chemin de la Liberté. Et bientôt je transpire car avec mon treillis en plus de ma tenue de sortie et de mon manteau…</p>
<p>Le jour se lève à demie et, Dieu merci, le ciel est à moitié dégagé : c’est inespéré car ce matin il bruimait d’une façon peu encourageante.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/01/005-001.jpg" rel="grid-65" class="item view" title="Les coins vus il y a trois mois"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/01/005-001.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/01/005-002.jpg" rel="grid-65" class="item view" title="Les coins vus il y a trois mois"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/01/005-002.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Je passe le Pont Georges V sur la Loire et me trouve reporté trois mois en arrière alors que, civil, je partais pour une vadrouille automnale solitaire sur les bords de ce fleuve que j’aime tant.</p>
<p>Aujourd’hui, je gagne un petit bistrot repéré il y a quelques temps où, après une consommation (pour me concilier les bonnes grâces du patron) je laisse mes pelures inutiles : je reste avec mon treillis vêtement agréable pour la randonné d’hiver.</p>
<p>Je suis parti dans le matin un peu brumeux mais qui déjà promet une belle journée avec Phébus qui cherche, là-bas, à pointer derrière la levée.</p>
<p>Et tout de suite je retrouve la merveilleuse ambiance de la randonnée-camping.</p>
<p>Après une courte halte à un petit bras de Loire (futures intentions halieutiques) je continue vers l’amont où je retrouve avec joie, presque attendrissement, les coins vus il y a trois mois. Leur physionomie est transformée avec la saison, mais c’est toujours la même tranquillité, la même solitude que l’on apprécie encore mieux en sortant de la caserne où tout est bruit grossier et agitation ridicule quand ce n’est pas apathie amorphe.</p>
<p>Comme on comprend mieux la calme beauté d’un paysage et comme on respire mieux l’air pur de la campagne quand il y a si peu de temps encore on était assourdi par les hurlements des diesels puants et lacrymogènes des chars d’assaut. Et comme ces grosses masses de ferraille symbolisent bien la brutale emprise que l’homme cherche à imposer à la Nature.</p>
<p>Mais j’oublie vite ces mauvais souvenirs et suis tout au bonheur de l’heure présente et de ma chère liberté recouvrée pour 24 heures.</p>
<p>J’ai la chance que le soleil soit de la partie et quand il se cache, par courts moments, derrière des cumulus si photogéniques, je me morigène d’avoir oublié mon appareil photographique. Imagine-t-on semblable oubli ?</p>
<p>Vers 10 heures je fais une petite halte pour me restaurer et je pense à ces paroles de la Tombelle : « le casse-croute au sommet du col après l’effort, c’est la suprême récompense ». Sans avoir autant mérité mon repas que ce cycliste escaladeur de montagne, je n’en comprends pas moins, une fois de plus, la vérité de ces paroles.</p>
<p>Et puis, départ.</p>
<p>Je traverse un petit bois par un sentier qui par moments, semble se perdre tant il est étroit et tant la végétation l’absorbe et l’efface. A la fin il devient tellement symbolique que je progresse presque à quatre pattes. C’est pour déboucher sur un chemin de tout repos qui me conduit sur la levée qui maintenant longe la Loire. Je laisse à ma droite la ruine repérée et visitée lors de mon dernier passage et continue vers Sandillon dont je dois encore être à 4 ou 5 km.</p>
<p>Après une visite à une ferme où je fais provision d’eau, je quitte la levée qui s’éloigne du fleuve. Cheminant au bord de ce dernier je traverse un terrain coupé de petites montagnes russes puis trouve une place sympathique au pied d’un pin et m’y installe pour déjeuner.</p>
<p>Malgré le vent assez violent j’allume un feu de bois où, non sans difficultés, je fricotte mon repas. Quelle joie de procéder au rituel de la cuisine de camping et comme cela me reporte à d’autres camps merveilleux du passé et de l’avenir pour lequel j’ébauche des projets.</p>
<p>Quel plaisir aussi de manger, seul dans la Nature, une tambouille faite par soi ! Ici encore, malgré moi, j’établis un parallèle entre le réfectoire bruyant et incommode et ce coin idéalement solitaire.</p>
<p>Je repars après une rapide vaisselle et pousse une pointe jusqu’au lieu où j’avais déjeuné la dernière fois et où je reprends la levée que je suivrais pour rentrer à Orléans.</p>
<p>On m’avait toujours prédit : « quand vous serez soldat, cela vous guérira du camping ».</p>
<p>Ridicule ! J’aime la nature plus que jamais et la randonnée-camping devient une religion à mes yeux.</p>
<p>C’est dans le bruit de la caserne que j’ai pensé à la musique mélodieuse du vent ou de l’eau, c’est dans la fumée des diesels qui voilait le ciel et transformait sa clarté que j’ai mieux compris la douceur d’un air pur et d’un paysage champêtre.</p>
<p>Aussi c’est plein du courage puisé dans cette journée de liberté que je retrouve la ville vers 17 heures et, redéguisé en élégant ( !?) militaire, j’ai encore le temps de m’y promener un peu à la lumière du soleil qui se couche.</p>
<p>Voilà toujours une journée où je n’aurais pas vécu la vie stupide des autres soldats.</p>
<p>Voilà toujours une journée de liberté gagnée sur l’esclavage mathieux.</p>
<p>Voilà toujours une journée de Vie.</p>
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