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	<title>Mille Camps et Plus</title>
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		<title>2 000 mètres de chute &#8211; Thalassa !</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bernard Van Leckwyck]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 14 Apr 1951 18:08:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Carnet 12]]></category>
		<category><![CDATA[Alpes]]></category>
		<category><![CDATA[Midi]]></category>
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					<description><![CDATA[Barcelonnette – Croix Valmer &#124; 30 Mars – 14 Avril 1951 Je m’allège d’un paquet considérable que je réexpédie sur Paris et qui, par son contenu, symbolise assez mes renoncements...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;"><span style="text-decoration: underline;">Barcelonnette – Croix Valmer | 30 Mars – 14 Avril 1951</span></p>
<p>Je m’allège d’un paquet considérable que je réexpédie sur Paris et qui, par son contenu, symbolise assez mes renoncements à la montagne : mon réchaud, mon deuxième duvet, mes raquettes, mes moufles…</p>
<p>Hélas, à cette époque de l’année, surtout par une année aussi avalancheuse, la montagne un peu élevée est trop dangereuse à pratiquer en solo pour un débutant. Et les souvenirs de la Provence méditerranéenne me font signe du fond de ma mémoire pour m’appeler vers le Sud et la Grande Bleue. Au revoir donc, la vraie montagne !</p>
<p>Je redescends la route montée hier sous un ciel hésitant qui me dispense des averses de plus en plus longues avec des intervalles juste assez longs pour me laisser sécher entre deux ondées.</p>
<p>Je monte la tente au bord d’une falaise qui surplombe le Verdon et, sous la pluie, je récolte du bois mort sinon sec. Un long épluchage de mon combustible me permettra d’allumer, sous mon auvent, un feu méritoire qui m’asphyxie et me fait atrocement larmoyer et qui, accessoirement cuit mon diner.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-077-scaled.jpg" rel="grid-73" class="item view" title="Bois de chênes et de pins"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-077-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-092-scaled.jpg" rel="grid-73" class="item view" title="Camps presque officiel "><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-092-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-045-scaled.jpg" rel="grid-73" class="item view" title="Vue merveilleuse"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-045-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-046-scaled.jpg" rel="grid-73" class="item view" title=" sous un ciel pur"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-046-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>________________</p>
<p>A l’aube j’abandonne vivement mon duvet pour me réchauffer dans l’action car la nuit fut fraiche et il gèle dure sous un ciel pur. Avec un temps pareil en patientant 24 heures de plus je pouvais franchir le col des Champs et rester en montagne. Mais les dés sont jetés et je reprends la marche vers le midi.</p>
<p>Une longue grimpette me mène à la Colle Saint Michel après les interminables lacets d’une route dont les derniers kilomètres se font dans la neige qui tourbillonne sous le souffle du mistral. La Colle St Michel est un petit village perdu sans un seul commerçant où l’on me cède pourtant du pain, heureusement.</p>
<p>Puis, après la neige, sans transition, je descends sur la vallée d’Anost par un adret dont les pentes rôties sont couvertes de buis odorant et servent d’abri à des armées de lézards. Le raccourci que j’ai emprunté est magnifique et on y jouit d’une vue merveilleuse sur les monts difficiles à identifier du versant opposé.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-047-scaled.jpg" rel="grid-15" class="item view" title="les fameux grés d’Anost si bellifontains d’aspect"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-047-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-048-scaled.jpg" rel="grid-15" class="item view" title="La ville elle-même "><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-048-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Au cours de mon déjeuner, je fignole mon itinéraire et c’est à Sainte-Maxime que je décide d’atteindre la mer : j’aurais même peut-être le temps d’effectuer une reconnaissance de la presque île de Saint Tropez si je m’astreins à des étapes sérieuses. L’inconvénient est que pour un parcours aussi vaste je n’ai pas autre chose que la carte Michelin aussi je suivrai surtout les chemins importants et même les routes. Mais je sais cette région si belle qu’elle tolère une telle méthode. Projet adopté !</p>
<p>Je démarre dans une forme terrible et avale les kilomètres. Voici les fameux grés d’Anost si bellifontains d’aspect, puis la ville elle-même où une courte halte arrêtera un bref instant mon allure de bolide.</p>
<p>Puis, malgré l’heure tardive, je décide d’entrer dans les Gorges de la Galange : c’est à ce moment que l’horreur se produit ! Mes chaussures cèdent… La semelle de Belledonne baille largement et ceci au milieu des vacances ! J’imagine les différents supplices à appliquer au marchand d’où elles viennent et ceci me calme un peu. Des chaussures quasi neuves, l’abject mercanti… la mort est un châtiment trop bénin pour lui !</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-049-scaled.jpg" rel="grid-77" class="item view" title="la montée"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-049-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-050-scaled.jpg" rel="grid-77" class="item view" title="village de bout du monde"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-050-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p><span style="font-weight: 400;">La beauté des Gorges de la Galange me ramène à la sérénité avec leur aspect typiquement méridional, leurs belles falaises calcaires piquetés de lentisques qui grimpent à l’assaut du ciel. Après quelques temps de recherches j’y trouve un emplacement tout simplement merveilleux où passer la nuit.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">________________</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Le lendemain des cumulus chevauchent dans l’azur et ne m’inspirent pas confiance. En effet, après un débarbouillage spectaculaire à une source au bord de la route, le ciel, sans doute choqué par tant d’inhabituel, se couvre complètement et menace de pluie.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Il en restera à l’état de menaçant, m’évitant le supplice de la cape imperméable pendant la montée que je fais en coupant à la boussole pour éviter les méandres de la route allant au Thayet.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Le Tout y est encore un village de bout du monde au fond d’un cirque de prairies à moutons dominé par des cimes dont certaines sont encore sérieusement enneigées.</span></p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-052-scaled.jpg" rel="grid-41" class="item view" title="Col de la Sagne"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-052-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-053-scaled.jpg" rel="grid-41" class="item view" title="Le joli village de la Sagne"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-053-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p><span style="font-weight: 400;">L’état lamentable de mes chaussures me fait choisir un col plus bas que celui primitivement choisi et que les indigènes me décrivent plein de neige molle : c’est donc par le sentier du col de la Sagne que je passe. Très belle promenade découvrant des paysages dont l’aridité surprend. Par là-dessus un magnifique ciel plein de cumulus !</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Sur le versant sud, le sentier se fait presque de suite chemin confortable, presque route. Après le joli village de la Sagne, je descends vers la vallée de l’Esteron aux eaux si claires près desquelles je déjeune et paresse un peu.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Un raccourci épouvantablement pentu me mène à l’entrée du tunnel de la route de la Clue. Gorges magnifiques et terribles où l’œil est perdu dans la perspective plongeante et vertigineuse.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">A Saint-Auban : ravitaillement avant qu’en amont de la ville, je trouve dans une pinède un coin bien solitaire où camper.</span></p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-054-scaled.jpg" rel="grid-35" class="item view" title="Camps merveilleux"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-054-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-055-scaled.jpg" rel="grid-35" class="item view" title="St Auban"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-055-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-056-scaled.jpg" rel="grid-35" class="item view" title="J’arrive à la Bastide"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-056-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<div class="photoGrid four clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-057-scaled.jpg" rel="grid-24" class="item view" title="la vallée de l’Esteron"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-057-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-058-scaled.jpg" rel="grid-24" class="item view" title="Perspective plongeant et vertigineuse"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-058-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-059-scaled.jpg" rel="grid-24" class="item view" title="les pins "><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-059-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-060-scaled.jpg" rel="grid-24" class="item view" title="Les pins si sympathiques sur les rochers brûlés."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-060-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>________________</p>
<p>A partir de ce matin je ne connaitrais plus guère que les goudronnées dont le long ruban doit me conduire au bord de la mer. L’absence de cartes précises, mon temps limité et mes chaussures déliquescentes me poussent à ce compromis. Car je n’ai pas trouvé de bouif à St Auban où l’on m’a dit que le réparateur le plus proche était à la Bastide : une vingtaine de kilomètres d’ici que je compte abattre ce matin pour faire effectuer le ravaudage pendant que je déjeunerais. J’avale donc les bornes à une allure de cross-man en traversant un pays peu méridional d’aspect avec ses grasses pâtures aux reliefs mous.</p>
<p>Puis à nouveau, les pins si sympathiques sur les rochers brûlés où buissonnent les plantes odorantes du pays du Mistral. Je remarque des emplacements de camps merveilleux en amont du Logis du Pin au long du ruisseau Artuby.</p>
<p>J’arrive à la Bastide dans un temps record les jambes flageolantes et moi-même assez crevé pour m’entendre annoncer par sa femme que le cordonnier est absent ! Coup de cymbales à l’orchestre, comme dirait Samivel !!</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-061-scaled.jpg" rel="grid-96" class="item view" title="région très attachante"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-061-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/04/012-061-2-scaled.jpg" rel="grid-96" class="item view" title="Pins rabougris"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/04/012-061-2-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Je dépasse l’agglomération du strict nécessaire et, dans un bosquet de pins, je m’affale pour déjeuner.</p>
<p>Après ce petit repos, je traverse une région très attachante qui me rappelle le Mexique avec d’autant plus d’exactitude que je ne connais pour ainsi dire rien de ce pays. Mais de fiers et bariolés cavaliers feraient vraiment très bien dans cette vaste plaine sauvage entourée de montagnes de partout et où la végétation n’est que pins rabougris et buissons frissonnant dans le vent. Au loin, le village perché de Bargème avec ses remparts et son château fort en ruines, accentuent encore l’impression de désolation sous ce ciel où flotte une brume légère qui estompe les lointains et voile le soleil. L’ensemble fournit une bonne ambiance pour film romantique et mystérieux avec belle jeune fille séquestrée par méchant enchanteur puis délivrée par beau cavalier noir et masqué.</p>
<p>Puis les cultures reviennent aux alentours de Brovès (encore un pays sans bouif !) que je dépasse pour randonner dans une région elle aussi assez exceptionnelle : c’est une platière de Fontainebleau avec ses rochers et son aridité mais multipliée par dix. Solitude complète dans un paysage quasi lunaire. La seule végétation est une herbe grise et raide. Puis quelques chênes kermès paraissent et le plateau s’élève doucement pour culminer au sommet de la Blaque Meyanne.</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-062-scaled.jpg" rel="grid-64" class="item view" title="rochers…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-062-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-063-scaled.jpg" rel="grid-64" class="item view" title="Aridité"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-063-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-064-scaled.jpg" rel="grid-64" class="item view" title="quelques chênes kermès"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-064-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Une pancarte toute neuve y indique une table d’orientation et un panorama splendide. J’y monte par un sentier balisé à outrance. Ah ! Ah !Ah ! Quelle vue…</p>
<p>Près de cinquante kilomètres de côte s’offrent à l’admiration vers le sud alors que le nord est souligné par les montagnes. Les 360° de l’observatoire sont passionnants et je reste un bon moment à regarder les beautés qu’on y découvre et dont certaines me sont promises. Car d’ici, je suis des yeux mon itinéraire de bout en bout jusqu’à la Grande Bleue dont je ne suis plus séparé que par une cinquantaine de kilomètres ce soir.</p>
<p>Il faut absolument que je campe ici.</p>
<div class="photoGrid four clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-065-scaled.jpg" rel="grid-21" class="item view" title="Bargemon"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-065-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-066-scaled.jpg" rel="grid-21" class="item view" title="Un emplacement ….   "><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-066-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-067-scaled.jpg" rel="grid-21" class="item view" title="… providentiel pour monter ma tente"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-067-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-068-scaled.jpg" rel="grid-21" class="item view" title="… dans toutes ces pierres"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-068-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-069-scaled.jpg" rel="grid-45" class="item view" title="un sentier très agréable"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-069-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-070-scaled.jpg" rel="grid-45" class="item view" title="un sentier très agréable"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-070-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-072-scaled.jpg" rel="grid-45" class="item view" title="La petite ville"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-072-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Aussi je cherche avidement un emplacement providentiel pour monter ma tente dans toutes ces pierres. Voici mon affaire. Une ombre à ce magnifique tableau : je trouve des scorpions de-ci de-là sous les pierres que je retourne pour fixer mes tendeurs car les piquets sont une utopie dans cette rocaille. Aussi ne suis-je pas très en confiance et j’aimerais mon home plus hermétique à ces voisins indésirables.</p>
<p>Pourtant la longueur de l’étape (plus de trente kilomètres de montagnes russes) à raison de mes craintes et je sombre dans le sommeil.</p>
<p>________________</p>
<p>5 heures ½ du matin. C’est sans regret que je sors de la tente car j’ai passé une mauvaise nuit sur ce sol raboteux avec mon début de rhume attrapé hier alors que je m’attardais à la table d’orientation éventée. De plus je pense toujours aux scorpions et n’ai pas le goût de flâner dans mon duvet. Merveilleux levé de soleil et je mitraille du Foca ce camp exceptionnel avant de descendre sur Bargemon par un sentier très agréable.</p>
<p>La petite ville est bien méridionale et de plus, a le mérite de posséder un réparateur de chaussures qui ravaude mes ribouis en me tenant une conversation en français patoisant qui n’est pas rendu plus clair par le fait qu’il tient ses clous dans sa bouche. Puis promenade dans les vieilles rues.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-071-scaled.jpg" rel="grid-3" class="item view" title="les vieilles rues"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-071-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/04/012-071-2-scaled.jpg" rel="grid-3" class="item view" title="les vieilles rues"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/04/012-071-2-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p><span style="font-weight: 400;">Ravitaillé, chaussé de neuf, je n’en repars pas moins péniblement accablé par mon rhume et par un temps lourd et orageux. Je déjeune sans appétit au bord de la route puis me traine lamentablement au long des kilomètres.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Pour la n</span><span style="font-weight: 400;">ième</span><span style="font-weight: 400;"> fois, une paire de gendarmes me demandent mes papiers et cet intermède me réveille un peu de ma torpeur par son comique traditionnel. Pourtant j’ai un mal de chien à abattre la quinzaine de kilomètres me séparant de la cascade de Pennafort près de laquelle je compte camper.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Enfin m’y voici et c’est pour trouver un coin assez mathieusé ! Un peu de persévérance et en fouinant aux alentours je découvre un coin bien sauvage où je cherche et trouve non sans mal un coin où piquer ma tente.</span></p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-073-scaled.jpg" rel="grid-46" class="item view" title="Un à-pic de trente mètres  "><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-073-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-074-scaled.jpg" rel="grid-46" class="item view" title="dans le Midi sylvestre "><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-074-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Mon tendeur arrière est à une vingtaine de centimètre d’un à-pic de 30 mètres et j’espère ne pas avoir de crise de somnambulisme car je suis sur un promontoire rocheux dominant d’assez haut les Gorges du St Pont qui sont une merveille aux tons incroyables. Roches rouges, oranges, marrons, violettes, noires, et, mélangés à cette débauche minérale, tous les verts du règne végétal depuis les fougères pâles aux chênes kermès si sombres en passant par les pins aux troncs violacés.</p>
<p>J’allume mon feu avec discrétion car me voici dans le Midi sylvestre aux incendies dévastateurs et il ne ferait pas bon se faire prendre ici à enfreindre les lois forestières.</p>
<p>Je m’endors de bonne heure très fatigué par mon rhume.</p>
<p>________________</p>
<p>Aujourd’hui encore je précèderai le soleil dans son levé et quittant ce que, pour sa situation vertigineuse, j’appelle le Camp de la mort, je pars vers le Muy. J’y arrive après avoir traversé des océans de ceps de vignes qui se tortillent à perte de vue sur la terre ocre.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-075-scaled.jpg" rel="grid-82" class="item view" title="La route dégage de beaux panoramas"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-075-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-076-scaled.jpg" rel="grid-82" class="item view" title="caractère presque africain"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-076-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Je casse-croûte abondamment à la terrasse d’un café puis aborde la traversée des Maures. Après le franchissement de l’Argens, prima skön rivière, la route dégage de beaux panoramas.</p>
<p>La forêt des Maures est très sauvage, voire exotique, et l’accablante chaleur accentue encore ce caractère presque africain. Je fais halte près du ruisseau Couloubrier : déjeuner, débarbouillage, lessive, farniente.</p>
<p>La route grimpe ensuite au col de Gratteloup qui me donne bien du mal pour ses pauvres 225 petits mètres car ma forme physique est très mauvaise : mon rhume, d’une part, et d’autre part, mes misérables traitres de pieds qui n’ont cessé de me torturer pendant toutes mes vacances, font de moi un randonneur peu brillant. Ceci n’affecte bien sûr en rien mon moral qui est évidemment très haut et les beautés traversées font oublier bien des inconvénients matériels.</p>
<p>Puis c’est la descente sur la Méditerranée au long d’un filet d’eau affluent du Préconil qui porte le même nom que son frère de l’autre versant : Couloubrier.</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-077-scaled.jpg" rel="grid-5" class="item view" title="Bois de chênes et de pins"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-077-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-078-scaled.jpg" rel="grid-5" class="item view" title="Avec une vue imprenable"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-078-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-079-scaled.jpg" rel="grid-5" class="item view" title="La Patagonie représentée au Palm Beach"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-079-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>La fin de la journée me voit dans une région où s’épanouissent bastides et bastidons. Où trouver un coin solitaire ? Enfin dans les collines dominant Sainte-Maxime et conquises de haute lutte par des sentiers « montants, sablonneux, malaisés et de tous les côtés… », je découvre un emplacement parfait dans un bois de pins et chênes-lièges avec vue imprenable sur la Méditerranée. Veillée délicieuse.</p>
<p>________________</p>
<p>Au matin, le commando patagon, réduit à ma seule unité, lance son assaut sur Sainte-Maxime de bonne heure. La ville est rapidement atteinte et occupée. Pour mieux symboliser ma jonction avec la Grande Bleue je pousse la méticulosité jusqu’à patauger dans la mer !</p>
<p>Je longe à présent la côté pour atteindre Saint-Tropez et, pour ce faire, je me paye une randonnée sous les palmiers. J’imagine la photo à faire : La Patagonie représentée au Palm Beach !</p>
<p>La R.N s’allonge sans grand intérêt autre que le Golfe de St Tropez d’ailleurs bien mathieusé. Rares sont les endroits encore jolis</p>
<div class="photoGrid four clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-080-scaled.jpg" rel="grid-13" class="item view" title="Endroits encore jolis"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-080-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-081-scaled.jpg" rel="grid-13" class="item view" title="Saint Tropez "><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-081-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-082-scaled.jpg" rel="grid-13" class="item view" title="Saint Tropez"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-082-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-083-scaled.jpg" rel="grid-13" class="item view" title="Saint Tropez"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-083-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-084-scaled.jpg" rel="grid-47" class="item view" title="Saint Tropez"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-084-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-085-scaled.jpg" rel="grid-47" class="item view" title="Saint Tropez"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-085-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-086-scaled.jpg" rel="grid-47" class="item view" title="Saint Tropez"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-086-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-087-scaled.jpg" rel="grid-94" class="item view" title="je me promène dans la ville"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-087-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-088-scaled.jpg" rel="grid-94" class="item view" title=" La toute mignonne Chapelle Sainte Anne"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-088-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-089-scaled.jpg" rel="grid-94" class="item view" title=" La toute mignonne Chapelle Sainte Anne"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-089-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-090-scaled.jpg" rel="grid-91" class="item view" title="Cap de la Bonne Terrasse"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-090-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-091-scaled.jpg" rel="grid-91" class="item view" title="Un coin mieux que pas mal"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-091-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-092-scaled.jpg" rel="grid-91" class="item view" title="Camps presque officiel "><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-092-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Saint Tropez. Parmi les tenues excentriques des villégiaturant, mon équipements kaki et ma barbe de quinze jours prennent figure d’existentialisme. Je me promène dans la ville et comme souvent les douze coups de l’heure du crime, je décide de m’enmathieusé dans un restaurant : je trouve bien et pas cher !</p>
<p>Après quoi je reprends le trimard et salue au passage la toute mignonne Chapelle Sainte Anne où je prends des photos classiques.</p>
<p>Ce soir je vais chercher un camp au bord de la Grande Bleue. Entreprise délicate pour qui connait l’emmathieusage de cette mer infortunée qui, trop jolie, n’a pu résister à l’assaut philistin qui l’a couvert de villas et d’hôtels qui hérissent maintenant ses côtes.</p>
<p>Par chance, la presqu’île de St Tropez a été un peu préservée et au Cap de la Bonne Terrasse je trouve un coin mieux que pas mal où un épaulement fort opportun cache une maison toute proche. Camps presque officiel en somme puisqu’on m’a dit « Si le propriétaire n’arrive pas, on ne vous dira rien ! ».</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-093-scaled.jpg" rel="grid-90" class="item view" title="Dernier camps"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-093-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-094-scaled.jpg" rel="grid-90" class="item view" title="Dernier camps"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-094-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-095-scaled.jpg" rel="grid-90" class="item view" title="la côte"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-095-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>La jonction avec la Mer est maintenant effective et je ne regrette pas mon long trajet pourtant sur route. La Provence est si jolie que j’ai rarement eu l’impression de déchoir sauf pendant des traversées assez brèves.</p>
<p>En résumé d’excellentes vacances bien près de finir maintenant car demain est sans doute mon dernier jour de pédestrian.</p>
<p>Pendant que se lève le Mistral qui chahut dans les pins, je prolonge la veillée dans ce paysage assez exceptionnel pour moi, homme du Nord. La mer clapote doucement sur les rochers et sur la petite grève que je domine. Les étoiles s’allument.</p>
<p>Pour mon dernier camp que de beautés les dieux m’accordent !</p>
<p>________________</p>
<p>Ce matin m’attend le Cap Camarat et un sentier bien tracé m’y conduit : vue étendue, notamment sur la côte que je compte suivre maintenant un moment avant de prendre mon car de retour.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-096-scaled.jpg" rel="grid-90" class="item view" title="Côte Patagonne"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-096-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-097-scaled.jpg" rel="grid-90" class="item view" title="Côte Patagonne"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-097-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-098-scaled.jpg" rel="grid-77" class="item view" title="Au dessus de 2000 mètres"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-098-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-099-scaled.jpg" rel="grid-77" class="item view" title="Méditerranée"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-099-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Pas mathieusée, ici, la côte ! C’est un maquis généralement très pentu se terminant par des à-pics sur la mer. Le sentier de douaniers qu’avec optimisme la carte indique est inutilisé depuis dix ans et on s’en douterait à la voir où plutôt à le chercher parmi les buissons acérés qui me transforment en peu de temps en randonneur congestionné, suant et couvert de micro voir même de macro traumatismes.</p>
<p>La reconnaissance de cette partie de la côte parait concluante : une vraie brousse avec des camps exceptionnels quand on en trouve. Sur trois kilomètres environ de parcours éreintant j’en trouve un et en devine un autre !</p>
<p>Devant cette sauvagerie agressive je baptise ce coin : Côte Patagonne.</p>
<p>Ma fatigue, je peux dire mon épuisement, me fait abandonner cette région quasi vierge pour l’intérieur où je retrouve avec une honteuse satisfaction une nature moins exubérante et sentiers et chemins pour guider mes pas.</p>
<p>Suis-je encore loin de la Croix-Valmer où je dois prendre l’autocar ? Près de 9 km et je n’ai qu’une heure et demie devant moi. J’expédie un casse-croûte au lance-pierre, puis, vent du bas, je démarre à une allure forcenée.</p>
<p>J’arrive à la ville terminus de ma randonnée après un parcours de plus en plus mathieux : après les villes de moins en moins discrètes me voici parmi les Splendid’ Carlton et autres Riviera.</p>
<p>Je me procure de quoi déjeuner en roulant et puis voici le car qui va m’emmener vers Toulon où le chemin de fer mettra un point final à ma randonnée des montagnes à la mer.</p>
<p>Depuis ma montée extrême vers la tête de la Vescale au-dessus de 2000 mètres, jusqu’à la Méditerranée quelle magnifique voyage ! Et quelles images dans ma mémoire qui se voudrait plus fidèle pour enregistrer chaque moment de ces deux mille mètres de chute !</p>
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		<item>
		<title>2 000 mètres de chute &#8211; Présomption</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bernard Van Leckwyck]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 30 Mar 1951 16:22:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Carnet 12]]></category>
		<category><![CDATA[Alpes]]></category>
		<category><![CDATA[Midi]]></category>
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					<description><![CDATA[Barcelonnette – Croix Valmer &#124; 30 Mars – 14 Avril 1951 La nuit pâlit et cet encouragement me fait coller le visage à la vitre du couloir pendant que le...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;"><span style="text-decoration: underline;">Barcelonnette – Croix Valmer | 30 Mars – 14 Avril 1951</span></p>
<p>La nuit pâlit et cet encouragement me fait coller le visage à la vitre du couloir pendant que le train, en ralentissant, annonce les premières rampes sérieuses du parcours. Bientôt je devine quelques détails du pittoresque paysage de la vallée de la Drôme, puis la première neige aperçue me rend quasiment épileptique. Il faut que je partage ma joie avec quelqu’un car il y en a trop pour moi tout seul. Mais la petite demoiselle brune avec qui je tente un essai de conversation reste d’un mutisme peu encourageant. Tant pis ! Je profiterai tout seul de mon enthousiasme.</p>
<p>Le train, maintenant omnibus s’arrête partout comme pour retarder à plaisir l’instant de mon arrivée. Enfin voici ma gare et je saute dehors… une station trop tôt. Bah ! Il n&rsquo;y a que neuf kilomètres pour rejoindre l’autre gare où m’attend le car de correspondance et j’ai bien le temps d’y arriver.</p>
<p>Je démarre donc sur la goudronnée dans un paysage tout humide de rosé au-dessus duquel les montagnes neigeuses accrochent leur somptueuse toile de fond.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-002-scaled.jpg" rel="grid-67" class="item view" title="Reprendre la route"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-002-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-001-scaled.jpg" rel="grid-67" class="item view" title="Reprendre la route"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-001-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Après un beau parcours dans les collines puis au bord de la Durance, me voici à l’Ile-de-Rousset où je fais quelques achats, bois un verre et rédige ma première correspondance en attendant le car.</p>
<p>Une fois monté dans celui-ci, je suis ravagé par ma crainte habituelle des conducteurs étrangers et réellement ce chauffeur conduit très vite et je ne suis pas le seul voyageur à avoir les mains moites : certains émettent même de faibles protestations et précisent leur désir de vivre le plus longtemps possible. Contre toute attente, j’arrive à Barcelonnette en parfait état physique.</p>
<p>Il est midi passé et je n’ai pas de scrupule à déjeuner au restaurant avant de reprendre la route à pied. Je passe ensuite chez Mr Brun, un garde-pêche-skieur qui m’a été recommandé comme connaissant bien la montagne et à qui je voudrais demander quelques conseils pour le passage du col d’Allos auquel je voudrais m’attaquer.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-003-scaled.jpg" rel="grid-64" class="item view" title="La route maintenant de plus en plus enneigée…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-003-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-004-scaled.jpg" rel="grid-64" class="item view" title="… et je mets mes raquettes"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-004-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Ce brave homme, ainsi que son père, me reçoivent très aimablement et me documentent utilement.</p>
<p>Je me mets en route par un beau soleil, mais, après le village d’Uvernet, le temps se gâte au point que la neige se met bientôt à tomber. Je suis à mi-chemin des Agueliers où je compte passer la nuit : autant continuer car demain le temps peut s’être remis et me permettre le passage. J’entends encore les conseils de la famille Brun « s’il neige ou s’il fait du brouillard, n’insistez pas : Dieu garde ! ».</p>
<p>La route devient maintenant de plus en plus enneigée et je mets mes raquettes. Je n’en suis pas peu fier ! Et, mon Dieu, c’est beaucoup plus facile à utiliser que je le craignais. Rien qu’aujourd’hui de mes si pénibles débuts à ski faits l’an dernier. La neige est assez molle et avec mon gros barda je dépasse largement les 100 kilos, or je n’enfonce pas trop et quelques minutes sans raquettes tout à l’heure m’ont fait ressortir leur réelle utilité.</p>
<p>Le sommeil peu réconfortant pris dans le train et la longueur (plus de 20 km) de l’étape d’aujourd’hui commence à faire leur effet sur le gars peu entrainé que je suis encore et c’est avec un certain soulagement que, enfin, j’arrive en vue des Agueliers car je me sens très fatigué : j’y arrive en me trainant !</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-005-scaled.jpg" rel="grid-83" class="item view" title="En vue des Agueliers
Je monte ma tente
"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-005-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-006-scaled.jpg" rel="grid-83" class="item view" title="En vue des Agueliers
Je monte ma tente
"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-006-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-007-scaled.jpg" rel="grid-83" class="item view" title="En vue des Agueliers
Je monte ma tente
"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-007-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Le petit village composé d’une demi-douzaine de maisons seulement est pour moi tout seul car ses habitants le désertent en hiver.</p>
<p>Je monte ma tente à deux pas d’un vaste chalet où je pourrais trouver refuge cette nuit en cas de besoin : l’expérience de la tente arrachée au col du Palet m’a rendu méfiant. J’élève autour de l’itisa des murets de neige pour me protéger d’un vent possible, puis je prends quelques photos sous des angles trompeurs pour dissimuler traitreusement l’habitation toute proche.</p>
<p>Quelques buissons dépassent de la couche de neige et je leur prends le bois pour mon feu de ce soir qui crépite bientôt en jetant des reflets fantasmagoriques sur la neige.</p>
<p>Le ciel est à nouveau dégagé quand je me couche.</p>
<figure id="attachment_1971" aria-describedby="caption-attachment-1971" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-008-scaled.jpg"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="wp-image-1971 size-large" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-008-1024x666.jpg" alt="La croupe des Mauvais Pâturages" width="1024" height="666" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-008-1024x666.jpg 1024w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-008-300x195.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-008-768x500.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-008-1536x1000.jpg 1536w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-008-scaled.jpg 2048w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-008-1320x859.jpg 1320w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1971" class="wp-caption-text">La croupe des Mauvais Pâturages</figcaption></figure>
<p>Malgré les duvets, pull-overs, chemise, etc. Je n’ai pas eu très chaud cette nuit : un matelas pneumatique seul m’aurait, je pense, isolé de la neige.</p>
<p>Au petit jour, je sors dans un froid sibérien et m’empresse d’allumer du feu. Je prends aussi ce matin le départ de ma course à l’alcoolisme qui me fera une tradition, au cours des vacances, du petit coup de gnole au saut du lit pour résister aux premiers instants dans ce froid atroce.</p>
<p>Brun, mon cordial conseilleur d’hier, m’a dit que, s’il le pouvait, il monterait me rejoindre à ski vers 7 heures pour passer le col avec moi. Mais ne voyant personne arriver je pars seul vers la crête à gauche de la Tôte de Vescal plus haute mais plus praticable et moins avalancheuse que le col d’Allos lui-même. La neige bien gelée porte agréablement et je m’élève sans trop de peine en abandonnant la route pour gravir la croupe des Mauvais Pâturages. La pente s’adoucit un moment et j’en profite pour souffler un peu en admirant le merveilleux panorama qui commence à sortir des vallons que je domine.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-009-scaled.jpg" rel="grid-97" class="item view" title="vallons que je domine"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-009-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-010-scaled.jpg" rel="grid-97" class="item view" title="mi-pente"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-010-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Je repars et attaque maintenant une pente plus raide où mon bâton se révèle indispensable pour assurer mon équilibre car à ma gauche le ravin du Riou de Vescal se creuse de plus en plus impressionnant.</p>
<p>Le poids de mon sac joint au soleil qui maintenant tape comme un sourd me fait transpirer abondamment. J’ai le souffle de plus en plus court mais je m’encourage en me voyant dépasser le dernier arbre : me voici dans la zone des alpages. La neige me fait des blagues : tantôt j’y enfonce brusquement, tantôt je dois la frapper de toutes mes forces pour y faire mordre mes chaussures dans des marches à peine suffisantes.</p>
<p>Je pense être à mi-pente et mon extrême fatigue me force à une halte très rapide mais où je me restaure un peu. Après quoi je suis plus solide et c’est heureux car j’arrive à un endroit très difficile : la pente vers 40° et la surface profondément gelées empêche absolument la progression.</p>
<p>Il me faudrait des crampons pour franchir çà ou un piolet pour entamer cette croûte dure sur laquelle mon bâton est impuissant. Je tâtonne à gauche et à droite avec prudence car ici une chute ne pourrait se freiner que plusieurs centaines de mètres plus bas sur les arbres. Mais voici un passage moins dur qui me permet d’atteindre une selle où la marche facile me met en bonnes conditions au pied de la pente terminale. J’aperçois maintenant la corniche de neige qui souligne la ligne de crête et il me reste dans les trois cents mètres de dénivelé à franchir.</p>
<figure id="attachment_1979" aria-describedby="caption-attachment-1979" style="width: 698px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-011-1-scaled.jpg"><img decoding="async" class="wp-image-1979 size-large" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-011-1-698x1024.jpg" alt="Mes traces de montée " width="698" height="1024" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-011-1-698x1024.jpg 698w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-011-1-205x300.jpg 205w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-011-1-768x1126.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-011-1-1048x1536.jpg 1048w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-011-1-scaled.jpg 1397w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-011-1-1320x1935.jpg 1320w" sizes="(max-width: 698px) 100vw, 698px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1979" class="wp-caption-text">Mes traces de montée</figcaption></figure>
<p>La victoire est possible maintenant. Bientôt je dois déchanter car je tombe sur de la neige poudreuse qui glisse brusquement par plaques en découvrant la vieille neige gelées qui ni mes pieds ni mon bâton n’arrivent à entamer. En tentant des reconnaissances pour tourner cette défense je me trouve plusieurs fois en difficultés. La retraite semble inévitable alors que je suis à 2 200 environ.</p>
<p>Mes traces de montée me servent grandement pour la descente car je suis très fatigué. Je tombe plusieurs fois tant j’ai les jambes molles. J’arrive aux Agueliers vers 11 heures. Je déroule un duvet sur les marches ensoleillées d’un chalet et, à moitié groggy, je sombre dans le sommeil.</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-013-scaled.jpg" rel="grid-45" class="item view" title="J’arrive aux Agueliers"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-013-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-014-scaled.jpg" rel="grid-45" class="item view" title="La zone avalancheuse"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-014-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-012-scaled.jpg" rel="grid-45" class="item view" title="J’arrive aux Agueliers"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-012-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Une heure après je me réveille un peu retapé et me force à préparer un déjeuner que je mange sans grand appétit.</p>
<p>Voici mon plan : je vais passer l’après-midi dans le farniente intégral, puis après la nuit pendant laquelle je coucherais dans le chalet plus au chaud que sous ma tente, je tâcherai de franchir le col en suivant les traces de la route en démarrant de suffisamment bonne heure pour précéder les avalanches dont on m’a parlé.</p>
<p>Le lendemain me trouve prêt bien avant le lever du jour et il est moins de 6 heures ½ quand j’attaque les premiers lacets de la route pas toujours facile à deviner d’ailleurs sous l’épaisseur de neige qui la recouvre.</p>
<p>J’arrive dans la zone avalancheuse du Bois de Gache et le terrain, très bouleversé, me dit que « c’est déjà descendu ici ». Quel impressionnant spectacle : des arbres d’un demi-mètre de diamètre sont renversés et brisés sur la parcours de la coulée qui a laissé un large sillon de neige et de glace. Des débris jonchent le terrain depuis le léger rameau de mélèze jusqu’à la massive rambarde de fer arrachée plus haut à la route. Les cantonniers auront du travail aux beaux jours !</p>
<p>Le terrain traversé est très difficile et je bagarre avec des blocs de glace et des arbres renversés le tout recouvert de neige. Je suis vite en sueur malgré le froid que le soleil à peine levé n’a encore dissipé. Finalement, après plusieurs passages épuisants je capitule encore car les risques de se tordre ou casser une patte sont trop grands surtout avec ma lourde charge qui me rend maladroit. Et je n’aimerais pas attendre du secours ici : Brun ne m’a-t-il pas dit que personne encore n’était monté au Bois de Gache cette année ?</p>
<div class="photoGrid four clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-015-1-scaled.jpg" rel="grid-48" class="item view" title="le terrain traversé…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-015-1-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-016-scaled.jpg" rel="grid-48" class="item view" title="… est très difficile"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-016-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-017-scaled.jpg" rel="grid-48" class="item view" title=" en route vers la vallée"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-017-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-018-scaled.jpg" rel="grid-48" class="item view" title="Sites campagnards"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-018-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Je fais donc demi-tour plein de regrets d’être repoussé par le Col d’Allos. Mais l’itinéraire de secours prévu pour cette éventualité m’attends. En route vers la vallée.</p>
<p>A mi-chemin d’Uvernet je rencontre Brun père avec qui je bavarde un moment puis son fils. Touchant exemple de la sollicitude montagnarde, empêché la veille, il montait aujourd’hui voir ce que j’étais devenu. Après un peu de bavardage nous nous quittons sur un éventuel rendez-vous à Colmar, sur l’autre versant, pour vendredi prochain.</p>
<p>Je débouche dans la vallée de l’Ubaye large et plate par ici et la descends vers le Martinet où je compte coucher ce soir. La goudronnée me promène dans d’agréables sites campagnards mais un versant nord me réservé encore des surprises neigeuses de blancheur molle où je patauge à cœur-joie.</p>
<p>Aux Thuiles, je me ravitaille et rédige du courrier devant un verre de vin rouge, première étape d’une habitude qui deviendra traditionnellement quotidienne.</p>
<p>Un ruisseau parmi les buissons me verra déjeuner pendant que le temps se couvre dangereusement.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-019-scaled.jpg" rel="grid-86" class="item view" title="un camp merveilleux…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-019-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-020-scaled.jpg" rel="grid-86" class="item view" title="Le lendemain au petit jour tout est blanc"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2021/07/012-020-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p><span style="font-weight: 400;">Puis à nouveau la goudronnée où je rencontre les premiers gendarmes qui me demandent mes papiers : encore un fait que ces vacances vont rendre de tradition. Jouissance d’être en règle avec la Loi et de traiter ces représentants de l’ordre avec désinvolture.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Il commence à bruiner ferme quand j’arrive à Méolans, aussi je me repose un peu dans un café avant de reprendre la route qui me dépose au Martinet où un camp merveilleux m’attend au bord de l’Ubaye.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">________________</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Le lendemain au petit jour tout est blanc sous dix centimètres de neige. Voici qui renforce les dires du chasseur de chamois rencontré hier qui me déconseillait le col du Bernardez que je comptais franchir et où lui-même n’osait se risquer seul. Ce sera encore une reculade puisque je décide de passer par le col Saint-Jean une dizaine de kilomètres plus à l’ouest et qui est bien plus bas.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">J’attaque donc la nationale qui me supplicie les pieds pleins d’ampoules ce matin. Aussi la halte au Lauzet est-elle la bienvenue. Courrier. Vin rouge. Lecture d’itinéraire.</span></p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-021-scaled.jpg" rel="grid-50" class="item view" title="dix centimètres de neige"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-021-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-022-scaled.jpg" rel="grid-50" class="item view" title=""><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-022-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-023-scaled.jpg" rel="grid-50" class="item view" title="Vers le Col Saint-Jean"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-023-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-024-scaled.jpg" rel="grid-44" class="item view" title=""><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-024-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-025-scaled.jpg" rel="grid-44" class="item view" title="L’hiver du versant nord"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-025-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-026-scaled.jpg" rel="grid-44" class="item view" title="Le printemps du côté sud"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-026-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Je démarre ensuite vers le col Saint-Jean que franchit une goudronnée de tout repos, mieux en accord avec mes faibles facultés que les cols précédents. Seuls mes pieds déliquescents rendent la grimpette pénible et ce n’est pas sans mérite que je refuse l’aide spontanée d’automobilistes charitables.</p>
<p>A midi je déjeune sur la route en allumant péniblement du bois mal sec pendant que ma tente dégèle puis sèche au soleil. Sur ce versant tout est encore enneigé et les lunettes sombres sont une nécessité.</p>
<p>Ensuite ma montée ne sera coupée que d’un débarbouillage héroïque à la neige.</p>
<p>Quelques maisons occupent le col et de l’autre côté la nature est tout autre : je quitte l’hiver du versant nord pour plonger dans le printemps du côté sud. La végétation commence à être méridionale.</p>
<p>Après un court maquis, j’atteins le chemin qui mène à Seyne-les-Alpes, près de laquelle je pense passer la nuit. Le gentil village de Montelar est encore tout boueux de la fonte des neiges.</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-027-scaled.jpg" rel="grid-82" class="item view" title=""><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-027-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-028-scaled.jpg" rel="grid-82" class="item view" title="le Col de Bernardez"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-028-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-029-scaled.jpg" rel="grid-82" class="item view" title="Une coulée d’avalanche"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-029-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Au fur et à mesure que j’approche de Seyne, les coins campables disparaissent : je suis donc forcé de dépasser cette ville après un rapide ravitaillement. Encore 3 ou 4 km de route avant de trouver, dans un maquis près du torrent, un camp d’une extrême discrétion parmi les plaques de neige attardées : je m’y écroule les pieds en marmelade. Honte à mes pattes de derrière qui se révèlent tristement philistines !</p>
<p>________________</p>
<p>Lendemain : beau temps. J’allume un feu prudent car les risques d’incendie sont réels. C’est encore la goudronnée qui va me mener au col de la Maure d’où je dis adieu au vallon de la Blanche et à ses sommets neigeux. D’ici j’aperçois le col de Bernardez : pauvre de moi si j’avais tenté ça !</p>
<p>A midi je fais un rapide déjeuner où j’enfile mon short pour la première fois de l’année : brève et symbolique opération car malgré le soleil il fait très frais. Puis je reprends ma belle goudronnée.</p>
<p>Une coulée d’avalanche très impressionnante coupe le versant opposé : quelle impression de force irrésistible elle donne !</p>
<div class="photoGrid four clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-030-scaled.jpg" rel="grid-25" class="item view" title="Cadre grandiose"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-030-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-031-scaled.jpg" rel="grid-25" class="item view" title="La Clue de Barles"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-031-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-032-scaled.jpg" rel="grid-25" class="item view" title="Le torrent qui bondit"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-032-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-033-scaled.jpg" rel="grid-25" class="item view" title="Les clues diurne, Rare beauté"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-033-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<div class="photoGrid four clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-034-scaled.jpg" rel="grid-97" class="item view" title="du magnifique à tour de bras "><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-034-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-035-scaled.jpg" rel="grid-97" class="item view" title="du magnifique à tour de bras "><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-035-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-036-scaled.jpg" rel="grid-97" class="item view" title="du magnifique à tour de bras "><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-036-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-037-scaled.jpg" rel="grid-97" class="item view" title="du magnifique à tour de bras "><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-037-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>M’emmathieusant je continuerais la R.N jusqu’à Digne, mais quelle R.N ! Jusqu’à Verdaches elle se contente d’être jolie, mais, à partir de là, elle offre du magnifique à tour de bras à chaque moment car elle parcourt des clues d’une rare beauté. Puis voici Barles où mes raquettes font sensation : c’est déjà le Midi qu’on en juge par le dialogue suivant au sujet de ces instruments :</p>
<p>« C’est pourquoi faire ? »</p>
<p>« Ça sert à marcher sur la neige … »</p>
<p>« Ah ! » un temps, puis … « Nous, quand il y a de la neige, on ne sort pas… ! »</p>
<p>C’est très bizarre comme le pays a changé depuis quinze kilomètres environ : me voici au Pays du Soleil.</p>
<p>Ce soir, je camperai dans le cadre grandiose de la Clue de Barles où d’énormes murailles de rochers gris et roses tombent verticale sur le torrent qui bondit en furieux. Et dans toutes cette pierraille juste un bosquet de pins : voilà mon home.</p>
<p>________________</p>
<p>Ce matin, après une ovomaltine fleurant le cassoulet (souvenir du diner d’hier et comme l’eau est difficile à atteindre…) je démarre dans la forme des grands jours.</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-038-scaled.jpg" rel="grid-60" class="item view" title=""><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-038-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-039-scaled.jpg" rel="grid-60" class="item view" title="des ruines…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-039-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-040-scaled.jpg" rel="grid-60" class="item view" title="vestiges antédiluviens"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-040-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Les clues s’ouvrent et libèrent le torrent dans la vallée qui embaume maintenant le buis et la lavande. Je ne pourrais plus jamais sentir ces odeurs sans me rappeler ce paysage majestueux où le Bès élargit ses vastes méandres dans les galets, pendant qu’alentour, les collines s’abaissent de plus en plus mollement et où quelques échines rocheuses paraissent encore avec leurs formes bizarres. Ce sont tour à tour, des ruines, ou des séracs, et là on jurerait une gigantesque épine dorsale de montre préhistorique.</p>
<p>Dix-neuf kilomètres de route presque sans ombrage sous ce soleil ardent et j’arrive à Digne en longeant une curieuse paroi où s’incrustent des vestiges antédiluviens : des coquillages qui ont parfois plus de 40cm de diamètre.</p>
<p>Il est midi et j’ai près de 20 bornes dans les jambes ; le patagon s’endort, le mathieux se réveille : je déjeune au restaurant.</p>
<p>Puis, modifiant mes projets, je remets à demain de prendre le train pour Colmar : je démarre donc dans une chaleur pénible et aborde la longue montée de la route de Château Nédon.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-041-scaled.jpg" rel="grid-25" class="item view" title="Camps de repos idéal avec herbe douce et ruisseau"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-041-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-042-scaled.jpg" rel="grid-25" class="item view" title="Camps de repos idéal avec herbe douce et ruisseau"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-042-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>La fin de l’après-midi trouve un gars les pieds en sang, le gosier et les bidons secs et les jambes en coton. Alors Sainte Bougeotte des Randonnées fait un miracle. Au bord de la nationale voici une borne-fontaine et voilà, à deux cents mètres en contrebas, un camp de repos idéal avec herbe douce et ruisseau avec juste assez d’eau pour se débarbouiller et faire la lessive : le tout dans un très joli cadre avec une vue magnifique. Merci aux dieux !</p>
<p>Je m’installe et récupère en vacant aux réparations du matériel qui faiblit par endroits, puis je m’endors de bon cœur.</p>
<p>________________</p>
<p>Encore du ciel bleu ce matin. Aussi, en essayant d’oublier mes pattes de derrière si douloureuses, je reprends la route en bonne forme. Mon intention est de gagner Colmar par stop ou chemin de fer.</p>
<p>Le stop ne donnant rien, je prends une micheline qui me fait l’honneur de s’arrêter spécialement pour le seul voyageur que je suis sur le quai de la halte de Chabrières.</p>
<figure id="attachment_2015" aria-describedby="caption-attachment-2015" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-043-scaled.jpg"><img decoding="async" class="wp-image-2015 size-large" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-043-1024x657.jpg" alt="Colmar" width="1024" height="657" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-043-1024x657.jpg 1024w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-043-300x192.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-043-768x493.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-043-1536x985.jpg 1536w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-043-scaled.jpg 2048w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-043-1320x847.jpg 1320w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></a><figcaption id="caption-attachment-2015" class="wp-caption-text">Colmar</figcaption></figure>
<p>Je descends à Thorane d’où je ne suis plus qu’à dix-huit kilomètres de Colmar où j’ai rendez-vous ce soir. Le buffet de la gare me voit prendre le rituel vin rouge, puis, la honte au cœur, je cède aux fumets venant de la cuisine et déjeune en mathieux aujourd’hui encore.</p>
<p>Le patron de l’établissement monte, en auto, deux voyageurs à un patelin sur ma route : pour une somme modique je serai de la voiturée. On me dépose à une huitaine de bornes de Colmar : j’ai le temps d’arriver à mon rendez-vous avec mon ami le garde-pêche. J’arpente la route qui longe le Verdon quand une moto stoppe à ma hauteur : c’est justement mon homme. Salutations, puis il repart : à bientôt.</p>
<p>Peu après j’atteins Colmar, ville pittoresque dans ses vieux murs fortifiés et, après quelques achats, je monte ma tente près du Verdon à proximité de la ville.</p>
<p>Pendant que cuit ma soupe, voici Brun qui arrive et nous bavardons en faisant des projets pour demain. Il me met du baume au cœur en admirant ma tente.</p>
<p>________________</p>
<p>Au matin, les nuages qui se montraient hier ont persisté dans cette fâcheuse tendance : il fait gris.</p>
<p>Je retrouve Brun et nous partons ensemble pour une petite balade le long du ruisseau de la Chasse où il a immergé à l’automne des casiers à alvins de truites. Mais l’hiver fut si rude et la fonte printanière si pluvieuse que les précieuses boites ont disparu, emportées par les eaux. Nous revenons vers Colmar.</p>
<p>Brun me déconseille formellement de tenter le col des Champs par ce temps pluvieux : le temps parfait pour les avalanches, dit-il. Ce n’est donc pas cette année que j’aurai ma revanche sur ce coin qui m’avait déjà fait capituler l’an dernier ! Une fois de plus je me dis : je reviendrai !</p>
<p>Et au restaurant où je déjeune pour la 3ème fois en trois jours (horreur, honte, déshonneur) pendant que la pluie ruisselle dehors, je mets au point un nouvel itinéraire. Une fois de plus.</p>
<p>Objectifs : la Grande Bleue et le Soleil.</p>
<figure id="attachment_2016" aria-describedby="caption-attachment-2016" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-044-scaled.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-2016 size-large" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-044-1024x674.jpg" alt="La montagne un peu élevée trop dangereuse.. en solo" width="1024" height="674" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-044-1024x674.jpg 1024w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-044-300x198.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-044-768x506.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-044-1536x1011.jpg 1536w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-044-scaled.jpg 2048w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1951/03/012-044-1320x869.jpg 1320w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></a><figcaption id="caption-attachment-2016" class="wp-caption-text">La montagne un peu élevée trop dangereuse.. en solo</figcaption></figure>
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		<title>Morvan sous la neige</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bernard Van Leckwyck]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 22 Dec 1950 18:07:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Carnet 11]]></category>
		<category><![CDATA[Franche Comté]]></category>
		<category><![CDATA[Morvan]]></category>
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					<description><![CDATA[22 au 25 Décembre 1950 &#8211; Barrage des Settons et retour &#160; Une 4 CV noire roule dans la nuit froide de Décembre… Ne dirait-on pas le début d’un roman...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;"><span style="text-decoration: underline;">22 au 25 Décembre 1950 &#8211; Barrage des Settons et retour</span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Une 4 CV noire roule dans la nuit froide de Décembre… Ne dirait-on pas le début d’un roman policier ? Et pourtant il s’agirait plutôt d’un roman d’aventures, car la 4 CV en question n’est autre que le Corbillard engin de transport officiel des Patagons. Ils sont trois à avoir décidé à passer les fêtes de Noël en campant dans le Morvan qu’ils appellent « Le Noir Pays ».</p>
<p>Un commando en avait déjà parcouru quelques chemins l’été dernier et en avait ramené beaucoup d’enthousiasme : de la sauvagerie, des forêts de sapins, des paysages de pré-alpes presque ! Bref, un paradis pas trop trop éloigné pour randonneurs parisiens. C’est ce qui explique cette expédition dont le premier but est le lac des Settons.</p>
<p>Quel est l’effectif des troupes ? Après de graves menaces de défections, ils ne sont plus que trois randonneurs : Monick, une ancienne de la vadrouille d’été dans cette région, Bernard, un des plus vieux soutien du clan patagon et enfin, François, un ami de régiment de Bernard et qui apporte parfois sa présence gouailleuse aux expéditions de la Tribu.</p>
<p>Sens. Auxerre. Joigny. Avallon. Route sans histoires où les deux pilotes prennent le volant à tour de rôle ; mais voici la neige qui fait son apparition sur la route. Jusqu’ici elle se cantonnait aux environs, mais elle s’enhardie maintenant et recouvre la chaussée elle-même. Quelques dérapages sans méchanceté incitent à la prudence et la moyenne faiblit.</p>
<p>A partir de Saulieu, où l’on quitte la grand’ route pour une autre plus modeste, la voiture roule sur une épaisse couche blanche et parmi un paysage de rêve où tout a été passé au sucre cristallisé.</p>
<p>Près du Saut de Gouloux, passage sur la Cure. Un arrêt s’impose, il est très court mais suffit à faire comprendre que les guêtres sont indispensables, car toute cette féerie blanche à un revers réaliste qui s’impose impérieusement.</p>
<p>Voici Montsauche et enfin le Réservoir des Settons. Le Corbillard est garé hors de la route, vidangé, déchargé, mis en tenue d’hiver. Et les trois amis l’abandonnent là pour s’enfoncer dans un décor de rêve que le clair de lune réalise sur ce paysage magnifié par la neige et la solitude.</p>
<p>Le silence n’est troublé que par le crissement des pas et par le craquement de la glace du lac qui se fend parfois avec de curieuses résonances. Les Trois sont sous le charme des beautés traversées. Pourtant, il est près de quatre heures du matin et la fatigue finit par avoir raison de leur émerveillement. Ils cherchent un coin où monter la tente.</p>
<figure id="attachment_1478" aria-describedby="caption-attachment-1478" style="width: 1435px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-027.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-1478 size-full" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-027.jpg" alt="le soleil joue sur la tente" width="1435" height="2089" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-027.jpg 1435w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-027-206x300.jpg 206w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-027-703x1024.jpg 703w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-027-768x1118.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-027-1055x1536.jpg 1055w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-027-1407x2048.jpg 1407w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-027-1320x1922.jpg 1320w" sizes="auto, (max-width: 1435px) 100vw, 1435px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1478" class="wp-caption-text">le soleil joue sur la tente</figcaption></figure>
<p>A une cinquantaine de mètres du lac voici un emplacement sous les arbres où la neige, pas trop épaisse, sera déblayée sans trop de peine.</p>
<p>Bientôt la tente est dressée et, enfoncés sous un nombre impressionnant de duvets, les Trois s’endorment.</p>
<p>Il est quatre heures passé.</p>
<p>Le soleil joue sur la tente : il est neuf heures passé mais avec l’heure où ils se sont couchés, les Trois ont droit à un repos supplémentaire. Vers dix heures Bernard se glisse dehors. Il ne fait pas froid et c’est presque regrettable car la tiédeur a déclenché le dégel qui détache des arbres des paquets de neige qui ne ratent pas toujours l’entrebâillement du col. Brrr !</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-029.jpg" rel="grid-16" class="item view" title="le lac gelé"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-029.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-030.jpg" rel="grid-16" class="item view" title="le jeu des rayons du soleil"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-030.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-028.jpg" rel="grid-16" class="item view" title="le jeu des rayons du soleil"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-028.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Petite concession à l’esprit mathieux, le réchaud à essence ronfle bientôt sous le petit déjeuner. Ceci laisse du temps pour admirer le paysage qui en est bien digne et l’on ne sait ce qui est le plus beau : le lac gelé où la neige chassée par le vent de cette nuit a dessiné des arabesques, les lointains de l’autre rive auxquels des sapins prêtent une allure canadienne ou le jeu des rayons du soleil dans la parure blanche des arbres.</p>
<p>Bientôt pourtant on s’adonne à des préoccupations d’ordre moins purement esthétique et le petit déjeuner est absorbé avec satisfaction.</p>
<p>Monick émerge aussi de sous la tente et dès lors il n’y a plus d’excuses pour flâner au camp, aussi les bagages sont bouclés et la colonne s’ébranle vers midi un quart. Visiblement, avec le retard pris dès ce matin, il faudrait une journée d’environ 36 heures pour retrouver le rythme normal de la vie patagonne !</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-032.jpg" rel="grid-67" class="item view" title="le sentier"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-032.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-033.jpg" rel="grid-67" class="item view" title="La Cure…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-033.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-031.jpg" rel="grid-67" class="item view" title="… gros ruisseau"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-031.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Le sentier suit le lac et sans cesse des aperçus magnifiques s’y découvrent. Les randonneurs n’osent plus dire leur admiration tant ils ont épuisé du premier coup leurs réserves d’épithètes d’enthousiasme.</p>
<p>Après Chevigny un rapide crochet jusqu’au pont qui enjambe la Cure leur donne une idée de cette belle rivière qui, ici, n’est encore qu’un gros ruisseau dans l’enfance.</p>
<p>Puis la route traverse un village qui semble un décor pour cartes de Noël-Nouvel An. Une courte halte pour faire provision d’eau chez des paysans qui s’étonnent quelque peu de voir des campeurs en cette saison, et l’on reprend la route.</p>
<p>Pas pour longtemps car la trop courte nuit a un peu ramolli les jambes et Bernard en particulier donne des signes de défaillance : un lacet du chemin qui serpente dans les bois sera le cadre de la halte du déjeuner.</p>
<p>Heureusement qu’il y a le réchaud à essence, car un essai de feu de bois donne des résultats pénibles à avouer.</p>
<p>Le chemin escalade ensuite une côte qui raréfie la conversation car la marche dans la neige est assez fatigante et le souffle est conservé pour chasser devant soi le petit nuage de buée qui souligne la basse température.</p>
<figure id="attachment_1485" aria-describedby="caption-attachment-1485" style="width: 200px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-034.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-1485" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-034-200x300.jpg" alt="neige…" width="200" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-034-200x300.jpg 200w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-034-683x1024.jpg 683w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-034-768x1151.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-034-1025x1536.jpg 1025w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-034-1367x2048.jpg 1367w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-034-1320x1978.jpg 1320w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-034.jpg 1414w" sizes="auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1485" class="wp-caption-text">neige…</figcaption></figure>
<p>La forêt pétrifiée sous la neige est un décor magnifique mais, chaque médaille a son revers, il est impossible de quitter la route car partout ailleurs que sur elle il y a soixante centimètres et plus de neige molle. Un très vaste point de vue s’offre sur la droite avant d’arriver à la Chaise, pittoresque petit village aux maisons saupoudrées de sucre cristallisé semble-t-il. Voici qui mériterait plus d’une photo mais le Foca est chargé en Kodachrome et comme le soleil s’est désintéressé de la situation depuis un bon moment, l’activité photographique est en veilleuse.</p>
<p>« La route d’Anost ? Vous la trouverez à deux cents mètres d’ici, on y marche bien : elle a été sablée » annonce une femme qui cède du lait à Bernard. Voici en effet la route en question, mais pour ce qui est du sablage il a probablement eu lieu cet été, c’est-à-dire que la neige a le dernier mot et le trio progresse sur une patinoire tassée par les voitures et regelée ensuite.</p>
<p>La nuit tombante ajoute la beauté de sa sérénité au décor hivernal. Après quelques prés et cultures voici les bois à nouveau et on retrouve la dentelle blanche après les arbres.</p>
<p>Un casse-croûte est pris assis sur les sacs, seul endroit sec, puis après cette pause voici le haut de la longue descente de 3 ou 4 kilomètres qui annonce Anost, aussi les enjambées reprennent-elles de la souplesse et de l’ardeur.</p>
<p>Brusquement les premières maisons de l’agglomération sortent de l’ombre. Les Patagons, fidèles aux traditions, font donc demi-tour sur quelque centaines de mètres pour trouver un coin de camp plus retiré et discret.</p>
<p>A flanc de coteau, dans les arbres, en voici un qui est atteint après une grimpette épique dans la neige profonde.</p>
<p>Pendant que François le bien-pensant va courageusement se renseigner sur les heures de messe du lendemain, les deux païens préparent le camp. Quelle épaisseur de neige à enlever ! D’agréables surprises se révèlent sous la forme de souches à l’endroit où l’on espérait étendre le tapis de sol. Enfin, après pas mal de temps et d’efforts, la tente est dressée.</p>
<p>François rentre les trois explorateurs du Noir Pays (osera-t-on encore l’appeler ainsi ce Morvan couvert de son manteau d’hiver ?) ont tellement envie de dormir qu’ils se contentent d’un repas froid pour ce soir.</p>
<p>Dans la nuit Bernard a la défaillance : frissons, insomnie, fièvre et évidemment léger délire ce qui est monnaie courant pour ce demi-somnambule.</p>
<p>Au matin, retour de la messe, c’est François qui devra préparer le petit déjeuner car les deux autres paressent sous la tente. Monick par penchant naturelle à ne rien faire, Bernard plus exceptionnellement car ça ne va vraiment pas fort malgré les métaspirines absorbées.</p>
<p>L’honneur de la Patagonie est donc sauvé par François qui prépare le chocolat sur feu de bois aux pris d’efforts qui ne font qu’ajouter à son mérite.</p>
<p>Il est midi cinq quand le commando au complet quittera le camp : dix minutes de gagnées sur l’horaire de la veille !</p>
<p>Descente jusqu’à Anost où l’on se ravitaille, puis après une halte dans un café où ils glanent quelques renseignements et ressemblent leurs énergies, les Trois reprennent la même route que la veille.</p>
<p>Cette décision est prise par le fait que Bernard n’est bon à rien aujourd’hui et que le sentier que l’on devait prendre est impraticable par ce temps affirment les indigènes en citant l’exemple d’un facteur du pays qui y a enduré un calvaire voulant l’emprunter comme raccourci. On se console en pensant que cette route déjà faite l’a été en partie de nuit et dans l’autre sens.</p>
<p>Monick et François sont en bonne forme mais Bernard se révèle bientôt un piètre randonneur : le « mal noir » ainsi qu’on a baptisé l’indisposition dont il souffre, lui ôte toute force et il avance la tête lourde et les jambes molles. Il y a deux précédents à ce cas : le même Bernard il y a quelque années était également malade pas très loin d’ici. Quant à Jean, autre Patagon agréé, il avait souffert du même mal mystérieux il y a quatre mois presque au même endroit.</p>
<p>Plutôt que d’expliquer les choses par une coïncidence, le manque de sommeil ou une digestion laborieuse, il est plus pittoresque d’invoquer la responsabilité du « mal noir » propre au Noir Pays et dont le principal symptôme est de s’attaquer aux Patagons.</p>
<p>Quoiqu’il en soit, le malade n’en mène pas large et il se traine lamentablement admirant à peine les beautés du paysage. De temps à autre il réclame une halte et s’effondre sur son sac en ressassant dans sa mémoire les kilomètres faits et ceux restants à faire. Il faut pourtant atteindre Gien-sur-Cure où il y a une église car c’est demain Noël et François qui s’adonne au culte catholique par priorité sur le culte patagon en a un besoin indispensable.</p>
<p>Le déjeuner sera rapidement expédié sur la route où le Radius vient vite à bout des beefsteaks et des petits pois. L’équipe n’a pas le temps de s’amuser à des feux de bois…</p>
<figure id="attachment_1486" aria-describedby="caption-attachment-1486" style="width: 2152px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-035.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-1486" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-035.jpg" alt="La canadienne montée" width="2152" height="1390" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-035.jpg 2152w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-035-300x194.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-035-1024x661.jpg 1024w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-035-768x496.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-035-1536x992.jpg 1536w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-035-2048x1323.jpg 2048w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-035-1320x853.jpg 1320w" sizes="auto, (max-width: 2152px) 100vw, 2152px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1486" class="wp-caption-text">La canadienne montée</figcaption></figure>
<p>Puis on reprend la route presque en silence car le bavard Bernard n’est pas en état de parler et les autres se taisent, peu loquaces à l’ordinaire. L’équipe se traine, retardé par le malade qui est au point de déchéance de tenter un stop sur un des rares véhicules rencontrés. En vain, d’ailleurs.</p>
<p>Voici enfin la Chaise traversée la veille et c’est alors un chemin inédit et pittoresque vers Gien-sur-Cure.</p>
<p>Peu avant ce village un camp se révèle sous les arbres bordant la route : ce sera le gîte de cette nuit.</p>
<p>Pendant que Monick et François travaillent d’arrache pied pour déblayer la neige et monter la guitoune, Bernard, sous plusieurs duvets grelotte en cadence : sa seule victoire aujourd’hui fut de ne pas céder son sac aux autres qui voulaient l’en décharger.</p>
<p>La canadienne montée, François se rend à Gien tout proche pour s’y enquérir des heures de messe. Son salut éternel semble compromis car si le pays possède une église il n’a pas de curé ! Dieu a besoin des hommes… la messe la plus proche ? A huit kilomètres. Défaillance : il n’ira pas.</p>
<p>Pendant ce temps Monick a couché Bernard complètement groggy qui roupille comme un sonneur aussitôt étendu.</p>
<p>Ce soir, réveillon de Noël pour les deux autres Patagons : somptueux menu en vérité ! Du pain, un peu de fromage et une tablette de chocolat…</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-037.jpg" rel="grid-33" class="item view" title="Les deux autres"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-037.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-036.jpg" rel="grid-33" class="item view" title="Les deux autres"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-036.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>De très bon matin, sur la route, passe un groupe de fêtards qui rentre du réveillon. Exclamations et palabres inquiétants : « Va-t-on les déloger ? Ohé ! Sortez donc de là-dessous… Faut-il employer les grands moyens ? » Les trois campeurs ne sont guère rassurés, mais le danger passe, les presque-agresseurs ne voulant sans doute pas se risquer dans la neige qui est profonde dès qu’on quitte la route alors qu’ils sont sans doute endimanchés.</p>
<p>Au levé, Bernard enfin d’aplomb prépare un chocolat fumant qui fait couler le pain étonnamment rassit qui tombe en miettes. Copieux déjeuner, puis départ quelques minutes avant midi.</p>
<figure id="attachment_1488" aria-describedby="caption-attachment-1488" style="width: 207px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-038-scaled.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-1488 size-medium" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-038-207x300.jpg" alt="des paysages de Noël" width="207" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-038-207x300.jpg 207w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-038-707x1024.jpg 707w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-038-768x1113.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-038-1060x1536.jpg 1060w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-038-1413x2048.jpg 1413w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-038-1320x1913.jpg 1320w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-038-scaled.jpg 1766w" sizes="auto, (max-width: 207px) 100vw, 207px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1488" class="wp-caption-text">des paysages de Noël</figcaption></figure>
<p>Il est vrai que les excuses se trouvent pour justifier ou au moins expliquer ce retard. Rien que l’enfilage des chaussures demandent des efforts inouïs de persuasion et de décongélation surtout si l’on répugne à la méthode Bernard qui, malgré les cris d’horreur de ses coéquipiers, fait pipi dessus pour les ramollir.</p>
<p>Le trio traverse Gien et s’engage sur la route des Settons dans des paysages de Noël dont on ne se lasse pas.</p>
<p>Une courte halte pour croquer une pomme à moitié gelée et on reprend la route qui zigzague pour escalader une colline dominant le lac. Malheureusement temps bouché et visibilité extrêmement réduite.</p>
<p>Les trois décident de sa payer un repas chaud bien que mathieux dans un restaurant dès qu’ils en auront la possibilité, c’est-à-dire quand ils auront atteint la voiture. Aussi pour parvenir à ce but, un peu avant Chevigny, un rapide et frugal casse-croûte est absorbé juste pour tenir le coup jusqu’au prochain repas qu’on espère situé à Château-Chinon, ville pittoresque par surcroit.</p>
<figure id="attachment_1490" aria-describedby="caption-attachment-1490" style="width: 2560px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-039-scaled.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-1490 size-full" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-039-scaled.jpg" alt="Avant Chevigny" width="2560" height="1658" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-039-scaled.jpg 2560w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-039-300x194.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-039-1024x663.jpg 1024w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-039-768x497.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-039-1536x995.jpg 1536w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-039-2048x1326.jpg 2048w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/011-039-1320x855.jpg 1320w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1490" class="wp-caption-text">Avant Chevigny</figcaption></figure>
<p>Traversée de Chevigny, chemin si pittoresque longeant le réservoir, lieu du camp de l’été dernier, traces de celui d’il y a deux jours, tout cela défile à toute vitesse malgré la neige qui se met à tomber pendant la fin du parcours.</p>
<p>Les jambes commencent à être molles mais le but est si proche ! Voici l’endroit où l’on a laissé la 4 CV et…</p>
<p>Las ! De généreux inconnus ont crevés deux pneus à la voiture, brisé tout son avant, phares compris, dérobé ou cassé les feux de signalisation arrière. Bref, véhicule inutilisable.</p>
<p>Joyeuse et bonne plaisanterie en vérité. Après bien des difficultés compensées par la chance et l’appui de braves gens (la race n’est pas complètement éteinte) le commando part pourtant avec le Corbillard en partie réparé. Mais que de temps perdu et de tracas inutiles créés par la méchanceté de quelques malfaisants !</p>
<p>Jour de Noël : paix sur la Terre aux hommes de bonne volonté !</p>
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		<title>Aventure en Tarentaise</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bernard Van Leckwyck]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 28 Jul 1950 19:40:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Carnet 11]]></category>
		<category><![CDATA[Alpes]]></category>
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					<description><![CDATA[28 Juillet au 5 Août 1950 &#8211; Nancroix-Les Lanches Ils sont quatre. Non cinq… et même cinq et demi ! Faisons le compte. D’abord le trio qui a déjà connu tant...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;"><span style="text-decoration: underline;">28 Juillet au 5 Août 1950 &#8211; Nancroix-Les Lanches</span></p>
<p>Ils sont quatre. Non cinq… et même cinq et demi ! Faisons le compte. D’abord le trio qui a déjà connu tant de camps communs : Marcelle, Jean et Bernard. Et puis un espoir de la tribu patagonne : la jeune Annette 19 mois. Et puis encore une nouvelle du camping : Monick. Cela fait cinq. Quant à la demi-portion qui rend le chiffre décimal on ne sait encore ce que c’est et même Marcelle, sa future mère, n’a pu fournir de précisions à son sujet. Donc voilà l’équipe.</p>
<p>Le lieu de ses exploits ? Depuis longtemps un calembour jugé affreux par tous mais adopté par chacun l’a désigné : entre Tarentaises. Départ de la Moyenne Tarentaises pour rejoindre la haute vallée en tournant le Mont Pourri par le sud au lieu de suivre bêtement l’Isère qui elle, trop timide pour faire autrement, continue son petit bonhomme de chemin par la vallée.</p>
<p>Ce vendredi soir, 28 juillet, la 4 CV gréée en voiture de haut tourisme et étrennant son toit ouvrant emporte la troupe vers les Alpes.</p>
<figure id="attachment_1412" aria-describedby="caption-attachment-1412" style="width: 2140px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-001.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-1412" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-001.jpg" alt="un camp de secours à deux pas de la 4 CV" width="2140" height="1391" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-001.jpg 2140w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-001-300x195.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-001-1024x666.jpg 1024w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-001-768x499.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-001-1536x998.jpg 1536w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-001-2048x1331.jpg 2048w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-001-1320x858.jpg 1320w" sizes="auto, (max-width: 2140px) 100vw, 2140px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1412" class="wp-caption-text">un camp de secours à deux pas de la 4 CV</figcaption></figure>
<p>Malgré les dieux farceurs qui font crever un pneu à Maisons Alfort, l’équipe continue sa route qui ne peut décemment s’arrêter si près quand on a de si grands projets pleins d’espoir.</p>
<p>Les phares dans la nuit. Des chants pour tenir le conducteur éveillé plus que pour charmer les oreilles des passagers. Le temps coule. Les kilomètres s’avalent. Un barrage de police. Tiens ! on a oublié le permis de conduire ! Vive le gradé au grand cœur qui n’est pas inflexible et qui a compris qu’on ne doit pas plus arrêter une progression patagonne qu’un défilé de procession un jour de fête sainte.</p>
<p>Encore les bornes qui défilent.</p>
<p>Saulieu. Première étape prévue. Un camp de secours à deux pas de la 4 CV dans un coin tranquille. Bientôt le silence et le sommeil sauf pour le conducteur dont les nerfs et le cœur résistent mal au café absorbé en masse pour tenir le volant de nuit.</p>
<p>Samedi 29 – Après quatre ou cinq heures de sommeil seulement la troupe est sur pied. Le fait qu’Annette s’éveille à telle heure c’est déjà remarquable. Mais que Marcelle soit levée et habillée en même temps voilà qui tient du prodige et passera sans doute à la postérité au même titre que les Travaux d’Hercule et le siège de Troie.</p>
<p>Après un rapide déjeuné, le quintette s’entasse à nouveau dans la 4 CV. Route sans histoires jusqu’aux premiers contreforts alpins où, sur les conseils d’un indigène, la troupe s’engage dans une route plus longue mais aux rampes plus accessibles aux possibilités du moteur. Cette route ayant été choisie à la va vite inutile de dire que d’ardentes polémiques s’engagent à son sujet, discutions auprès desquelles les duels d’artillerie lourde sont d’innocents jeux de bambins. Puis comme la pente s’accentue, autre sujet remarquable : la lampe témoin de la température du moteur qui commence à manquer de discrétion et s’allume à tout bout de champ. Les derniers kilomètres sont une succession de vidanges sans fin. Heureusement que les sources sont nombreuses.</p>
<p>Peisey-Nancroix. Terminus auto. C’est ici que va commencer la randonnée pédestre. Le Corbillard, nom officiel dans le monde patagon de la noire 4 CV, se range près d’un buisson où il pourra refroidir tout son saoul et les tentes sont montées, quelques centaines de mètres plus loin, dans un site classique avec rochers, sapins, torrent et glaciers comme toile de fond. Première nuit en montagnes.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-003.jpg" rel="grid-15" class="item view" title="le début de l’Aventure"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-003.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-002.jpg" rel="grid-15" class="item view" title="eaux glaciaires"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-002.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p><span style="text-decoration: underline;">Dimanche 30</span> – Crise aigüe d’héroïsme chez Bernard qui se lève à 6 heures, va chercher du lait puis, stupéfait de son courage… s’étend à nouveau et se rendort.</p>
<p>Après des ablutions où les corps font ou refont connaissance avec les eaux glaciaires, c’est le départ. Bernard va monter le Corbillard chargé des sacs jusqu’au hameau des Lanches où il s’est rendu à pied ce matin, pendant que les autres déchargés, suivront en pédestres. Pur exemple de patagon intégral, Jean refuse de se séparer de sa charge et montera bâté dès le début.</p>
<p>La 4 CV est garée près d’un chalet aux occupants très couleur locale (coiffes et patois). Le quintette va jusqu’à un bosquet ombragé où la petite s’endort pendant que les quatre grands s’occupent du déjeuner.</p>
<p>Ces dernières calories emmagasinées, le Commando Patagon s’ébranle pour le début de l’Aventure. Ordre de marche dispersé et fantaisiste au départ mais, dès que l’on aborde les sentiers où la file indienne s’impose, une disposition qui se révélera quasi immuable se dessine.</p>
<figure id="attachment_1415" aria-describedby="caption-attachment-1415" style="width: 2125px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-004.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-1415" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-004.jpg" alt="Le sentier suit une pente aisée" width="2125" height="1353" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-004.jpg 2125w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-004-300x191.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-004-1024x652.jpg 1024w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-004-768x489.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-004-1536x978.jpg 1536w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-004-2048x1304.jpg 2048w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-004-1320x840.jpg 1320w" sizes="auto, (max-width: 2125px) 100vw, 2125px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1415" class="wp-caption-text">Le sentier suit une pente aisée</figcaption></figure>
<p>En tête, Jean avec sa progéniture sur les épaules. Monick en numéro 2 : la place du novice dans une cordée. Numéro 3 : Bernard, enchanté de répéter qu’il tient la place du chef, du cerveau. Enchanté aussi d’être derrière Monick. Quant à Marcelle, fidèle aux traditions, elle ferme la marche.</p>
<p>Le sentier suit une pente aisée, mais la jeune Annette sur les épaules de son père constitue un handicap sérieux et bientôt Jean doit faire une pause torturé par ce qu’il définit comme « une barre à l’estomac ». Plus tard, avec une froide lucidité de martyr, il rectifiera son diagnostic en précisant qu’il s’agit d’une barre au foie. Estomac ou foie, le malheureux n’en mène pas large. Bernard tente de le remplacer dans son rôle de monture, mais la cavalière, par des pleurs éloquents, montre son désaccord. La preuve est faite que Bernard est un bon animal de bât mais pas une bête de selle.</p>
<p>Coupée de nombreuses pauses, la montée reprend. Le sentier traverse maintenant une zone de buissons qui ombragent charitablement l’itinéraire par endroits.</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-005.jpg" rel="grid-34" class="item view" title="ça coulait partout"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-005.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-006.jpg" rel="grid-34" class="item view" title="La belle cascade de la Gurraz"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-006.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-007.jpg" rel="grid-34" class="item view" title="Parmi les rochers"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-007.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Les rares bidons non vidés ne contiennent plus qu’une eau tiède et écœurante, aussi Bernard se détache en éclaireur pour trouver de quoi boire.</p>
<p>Toujours pas de sources malgré les dires des indigènes qui affirmaient que « çà coulait partout ». Ça coule en effet, mais sur le versant opposé, la belle cascade de la Jura notamment qui les marque depuis un moment, çà coule aussi au fond du ravin, mais partout inaccessible.</p>
<p>Comme il y a un endroit de camp fort bien, sécheresse mise à part, tout le monde tombe d’accord pour s’arrêter là ce soir pendant qu’un commando se détachera pour trouver une source. Cinquante mètres de dénivelé plus haut : enfin de l’eau. Provision. Descente. Glou. Glou. Glou…</p>
<p>Les deux itisas sont bientôt dressées parmi les rochers sur ce merveilleux matelas d’herbe élastique où il fait bon s’étendre. Courte mais sympathique veillée devant le feu qui rougeoie.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-010.jpg" rel="grid-17" class="item view" title="tardif breakfast"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-010.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-008.jpg" rel="grid-17" class="item view" title="Sympathique veillée"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-008.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-009.jpg" rel="grid-17" class="item view" title="à l’ombre d’un refuge"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-009.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p><span style="text-decoration: underline;">Lundi 31</span> – D’assez bon matin Bernard est redescendu à Nancroix pour rassembler le dernier ravitaillement car maintenant c’est l’assaut vers le col du Palet qui va commencer et va falloir tenir plusieurs jours sur les vivres de réserve. Quand il remonte, outre la nourriture, il ramène un pull-over trouvé en chemin confirmant ainsi sa réputation de découvreur à la renommée déjà solide. Après un tardif breakfast c’est le départ, mais la route parcourue n’est pas longue car Nanou s’endort sur les épaules de son père-martyr aussi la troupe doit elle s’arrêter à l’ombre d’un refuge de berger où elle déjeune.</p>
<p>Monick, confiante dans sa carnation de brune, se livre à une héliothérapie sans retenue qui portera bientôt ses fruits : de brun soutenu elle passe à brique foncée.</p>
<p>Un groupe de randonneurs arrive et casse la croûte non loin de la phalange patagonne qui s’en donne immédiatement à cœur joie dans la critique, voir la diffamation.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-012.jpg" rel="grid-9" class="item view" title="Les méandres du Nant Porturin qui paresse ici"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-012.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-011.jpg" rel="grid-9" class="item view" title="Le sentier s’amuse en modestes montagnes russes surplombant…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-011.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Marcelle estime leur vêture ridicule, Monick se moque de leur attitude. Jean et Bernard, en techniciens avertis, jugent sévèrement tout ce qu’il leur est donné d’apercevoir du matériel. Seuls les piolets trouvent grâce aux yeux des Patagons dont seule l’évidente infériorité numérique les empêche de trucider des dits piolets.</p>
<p>Puis départ. Le sentier qui s’élève depuis un moment au-dessus des derniers arbres serpente maintenant dans la rocaille. Décidément il y a autant de monde que sur les Champs Elysées un dimanche après-midi : voici un couple rencontré la veille. « Montez là-haut, c’est plein d’edelweiss ! » Remerciant du conseil les deux hommes montent la pente pour galamment fleurir ces dames.</p>
<p>La célèbre petite fleur des neiges est en effet très abondante et quel plaisir de la cueillir pour la première fois !</p>
<p>Plus loin, le sentier s’amuse en modestes montagnes russes surplombant les méandres du Nant Porturin qui paresse ici dans le Plan de la Plagne.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-013.jpg" rel="grid-80" class="item view" title=""><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-013.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-014.jpg" rel="grid-80" class="item view" title="Les pierres sont très brulantes et l’eau diablement froide"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-014.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Une passerelle dépose la troupe sur l’autre rive et, après quelques cabanes, une dernière barre rocheuse est franchie. Voici le lac qui tardait tout à se montrer. Il faut maintenant trouver un coin abrité pour camper car le vent souffle fort.</p>
<p>Manœuvre de traversée de torrent avec la corde comme rambarde. Les « fragiles », (Marcelle, Nanou, Foca et Lynx) une fois passés, le reste est jeu d’enfants. D’enfants avancés pour leur âge cependant, car les pierres sont très branlantes et l’eau diablement froide.</p>
<p>Les Patagons longent la rive ouest et finissent par trouver un endroit « comme ça » parmi les derniers blocs d’un éboulis. Quel camp, mes amis ! Evidemment avec vue imprenable sur le lac de la Plagne.</p>
<p>Après un rapide casse-croûte, Jean monte sa tente pendant que Bernard fait un raid vers la bergerie qu’on aperçoit là-bas dans l’espoir de ramener un peu de bois. Il annonce qu’il faudra y retourner à la nuit tombante car ce sera du vol caractérisé. Voilà où on en est quand on a dépassé la zone des arbres et que l’on n’a qu’une provision de méta ridiculement modeste.</p>
<p>En attendant, il grimpe rejoindre Monick qui fait le chamois là-haut dans les éboulis. Plus tard, quand ils redescendront, ils feront un crochet et reviendront avec deux bouts de bois anonymes. Discrets, ils oublieront de préciser qu’ils sont plus ou moins iconoclastes et que ce qu’ils rapportent sont les restes d’une croix à moitié ruinée qu’ils ont achevé de détruire. Bien que sec et débité en menus morceaux à coups de pierres coupantes faisant très outils paléolithique, ce sacré bois (pardon, ce bois consacré !) brûle en faisant mille manières, beaucoup de fumée et peu de chaleur malgré les efforts de Jean pourtant maîtres-ès-feu-de-bois.</p>
<p>Aussi ce soir faudrait-il un esprit critique particulièrement observateur pour différencier les nouilles d’une colle de pâte de troisième catégorie.</p>
<p>Ces dames, aux goûts encore nuancés de mathieusage, les refuse avec obstination. Bernard les mange avec moultes récriminations encore qu’il en ait modifié le goût avec force Viandox. Seuls, Jean et sa fille, purs entre les purs, les absorbent sans sourciller en traitant les autres de Patagons à la mie de pain et en leur reprochant de « trahir la cause ». Les mauvais esprits, Marcelle en tête, prétendront ensuite que la malheureuse Nanou, victime des immondes nouilles paternelles, en a rendu une partie, seule sa fringale traditionnelle l’ayant poussé à avaler cette horreur.</p>
<p>Puis la nuit met son apaisement sur ces questions culinaires.</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Mardi 1er</span> – Six heures du matin. Fidèle à ses habitudes matinales, Bernard part, vers les vaches qui, là-haut, secouent leurs clarines.</p>
<p>Après une sérieuse grimpette, il rencontre le berger et, ensemble, découvrent une des deux seules vaches du troupeau le restant n’étant que génisses, taureaux et autres animaux sans intérêt pour les lactivores.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-016.jpg" rel="grid-18" class="item view" title="Retour au camp"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-016.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-015.jpg" rel="grid-18" class="item view" title="là-haut "><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-015.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>De retour au camp, il se débarbouille dans le lac puis, histoire de dire qu’il s’est baigné vers 2 200 mètres, il saute à l’eau pour deux bains extra-rapides qu’il effectue encordé par un pied « pour qu’on puisse récupérer son corps en cas de congestion ». Cette baignade déclenche celle de Monick puis celle de Jean qui est le seul à rester dans l’eau plus de trois minutes consécutives. Ensuite la foule des baigneurs et non baigneurs fait honneur au petit déjeuner.</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-019.jpg" rel="grid-62" class="item view" title="Sacs au dos !	"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-019.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-017.jpg" rel="grid-62" class="item view" title="Farniente intégral"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-017.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-018.jpg" rel="grid-62" class="item view" title="le Plan de Grasse"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-018.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Le camp est levé relativement de bonne heure mais bientôt Nanou réalise le prodige d’être à la fois sur les épaules de son père et dans les bras de Morphée. Arrêt donc sur un versant où le soleil ruisselle de partout sauf pour la gosse qui dort abritée à l’ombre des cas. Photos. Discutions d’itinéraire. Puis farniente intégral.</p>
<p>Alerte ! Debout ! Sacs au dos ! Nanou vient de se réveiller… La troupe gagne le Plan de Grasse et projette de déjeuner près du lac du même nom. Mais point de lac. Bernard imprudemment catégorique affirme qu’il ne peut être que derrière cette crête. On n’y découvre qu’un trou avec un peu de neige et d’eau.</p>
<p>A la rigueur on s’en contenterait, mais voici, parmi d’autres, le berger contacté par Bernard ce matin et qui avait affirmé s’être baigné dans le lac.</p>
<p>« Où est-il le lac du Plan de Grasse ? »</p>
<p>«  A sec, cette année… »</p>
<p>« Mais vous disiez que… »</p>
<p>« Ah ! oui… Je parlais du lac de Gratteleux à un quart d’heure de marche »</p>
<p>Une équipe se détache pendant que l’autre prépare le déjeuner. A son retour, Nanou dort encore pendant que Jean gaspille des prodiges de persuasion pour faire flamber le fameux bois de la Plagne qui est surement à base d’amiante. Malgré tout, il a préparé une plâtrée réconfortante à base d’un tas de choses plus nourrissantes les unes que les autres. C’est déclaré bon par les plus difficiles.</p>
<p>On dresse une tente pour s’abriter du grain qui menaçait depuis un moment et qui tombe maintenant chassant vers la plaine quelques promeneurs que le commando patagon qualifie sans hésitations de défaitistes écœurants.</p>
<p>Le temps reste couvert, mais le berger, toujours lui, pronostique une éclaircie. Trop heureux de le croire sur parole (encore que ce matin il prédisait le beau temps). La troupe repart vers le col du Palet peu éloigné maintenant. Le lac de Gratteleux est atteint dans son cadre grandiose d’altitude alors que lui-même est sans grande beauté, et c’est la montée vers le col tout proche.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-021.jpg" rel="grid-58" class="item view" title="cadre grandiose d’altitude"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-021.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-020.jpg" rel="grid-58" class="item view" title="cadre grandiose d’altitude"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-020.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>On arrive près du poste militaire abandonné qui précède le Palet et le commando décide de monter les tentes sur le terrain l’avoisinant.</p>
<p>Recherche d’un emplacement remplissant les conditions suivantes : être hors de vue du refuge, avoir vue sur le lac, être à peu près plat, ne pas être juste dans un courant d’air trop violent, offrir un sol où il est possible de planter des piquets. Malgré ces désidératas compliqués un coin presque parfait est trouvé.</p>
<p>Les tentes montées Jean-le-Dévoué s’occupe du feu pour lequel Bernard a réduit en allumettes les restants du bois de la croix. Les parties ruinées du refuge ont fourni le reste du combustible.</p>
<p>Un peu de promenade-varappe pour l’équipe Monick Bernard leur permet de jeter un coup d’œil sur la vallée avoisinante : celle du Doron de Champagny que dominent des sommets que le temps de plus en plus nuageux rend davantage grandioses. La Grande Motte, la Pointe de la Grande Casse et toute la barre rocheuse qui les réunit forment un ensemble magnifique et terrible où la neige s’accroche encore un peu partout. Les deux redescendent à la nuit tombante.</p>
<p>Un diner plus réussi que celui de la veille, dont le spectre des nouilles frémit encore dans leurs entrailles, clôture cette journée.</p>
<p>Mercredi 2 – Il y a un clair de lune merveilleux cette nuit. « Viens donc voir, Monick » fait Bernard. Mais Monick aime trop la chaleur de son duvet pour en sortir maintenant.</p>
<p>C’était pourtant le moment d’admirer un ciel pur car bientôt le temps se couvre et…</p>
<p>Voix de Jean dans la nuit où gronde le tonnerre :</p>
<p>« Vous dormez, là-bas ? »</p>
<p>« Non ! »</p>
<p>« L’orage monte… il est sur le lac et bientôt sur nous… Je décroche vers le chalet. Ma tente ne tiendrait pas avec son double toit trop mûr. »</p>
<p>« O.K. »</p>
<p>Temps de la réflexion, puis, d’une voix sans conviction :  « Veux-tu un coup de main ? »</p>
<p>« Non ça va… Mais vous allez vous faire reléguer en restant là… »</p>
<p>Court conseil de guerre dans l’itisa restante</p>
<p>« On s’en va ou on tient le coup ? »</p>
<p>« On tient. »</p>
<p>« On verra bien. »</p>
<p>Pris de remords, Bernard s’habille pour prêter la main à l’autre équipe mais celle-ci s’est déjà repliée.</p>
<p>Courte somnolence, puis, pluie et vent.</p>
<p>Ensuite orage et trombe d’eau. Inondation.</p>
<p>Plan de détresse.</p>
<p>Ouragan et grêle. La tente n’est plus qu’une voile.</p>
<p>Monick décroche et Bernard la suit de peu au refuge à demi étouffé par la grêle, le vent et le double poids de son sac et de la tente trempée.</p>
<p>L’équipe Marcelle-Jean les voit arriver du fond de leurs duvets bien sec d’un œil un rien ironique.</p>
<p>Dans le refuge que le vent rageur secoue avec frénésie, l’équipe sinistrée s’agglomère en un tas humide sentant le chien mouillé et qui cherche la tiédeur.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-023.jpg" rel="grid-16" class="item view" title="Neige …."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-023.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-022.jpg" rel="grid-16" class="item view" title="…. Eclaircie … "><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-022.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Au matin, le brouillard voile tout le paysage pendant qu’on organise le vie dans le refuge. Chacun s’improvise : charpentier, balayeur, raccommodeur, cuisinier. Il y a des vivres pour trois jours. Une source est à trente mètres. Quant aux boiseries à moitié ruinées du chalet, elles montrent assez où le bois se prend habituellement.</p>
<p>Dans l’abondance des tâches à remplir, la première journée de claustration passe assez vite surtout pour l’équipe Monick Bernard qui se paye encore une promenade sur l’autre versant du col à l’occasion d’une éclaircie ensoleillée.</p>
<p>Le soir il commence à faire très froid aussi les tentes séchées sont-elles montées dans le refuge – même pour mieux conserver la chaleur animale.</p>
<p>Diner pendant lequel on pense à chaque bouchée : encore çà de moins dans les réserves !</p>
<p>Puis coucher.</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Jeudi 3</span> – Quel temps ce matin ? Ah ! pauvres gens ! Il y a de la neige…</p>
<p>Devant ce spectacle, Bernard fait rapidement le tour du refuge histoire de voir ce que le brouillard laisse apercevoir du paysage puis, n’écoutant que son courage… réintègre son duvet.</p>
<p>8 heures. 8 heures ½. 9 heures. 9 heures passées. La tente de l’équipe Blier reste silencieuse forçant tout le monde à l’imiter car le sommeil de Nanou est considéré comme une chose sacrée. Enfin, la gosse se réveille permettant aux Quatre Grands de laisser éclater leur soif de bruit et de mouvements.</p>
<p>Trois alpinistes arrivent au refuge et confirment ce dont on se doutait : de la neige et du blizzard jusqu’assez bas. Ils viennent de Tignes et cassent la croûte au sec avant de repartir sur l’autre versant.</p>
<p>Pendant que le petit déjeuner cuit, conseil de guerre à la lueur de ces dernières informations.</p>
<p>« Il faut descendre chercher des vivres pour ceux qui doivent rester ici, prétend Bernard. »</p>
<p>« Nous descendrons tous ensemble, soutient Jean. »</p>
<p>Ce n’est pas la première fois que ces deux entêtés s’affrontent, mais comme d’habitude c’est une discussion et non une dispute. Chacun cherche des alliés pour soutenir sa cause.</p>
<p>« N’est-ce pas Monick ? »</p>
<p>« Marcelle est de mon avis. »</p>
<p>« C’est de la folie !&#8230; »</p>
<p>« On ne va pas moisir ici : la môme y gèle… »</p>
<p>« Elle gèlera bien plus à descendre par ce temps. »</p>
<p>Ce n’est qu’après le repas que la chose est réellement déterminée. Monick et Bernard trustant presque tous les vêtements imperméables descendront vers l’auto, achèteront des vivres et, tournant le massif en voiture par la route, remonteront par l’autre versant le reconnaissant ainsi car la voie parait plus courte par Tignes que par Nancroix.</p>
<p>Deux silhouettes emmitouflées disparaissent donc dans la brume que rayent les chutes de quelques grêlons.</p>
<p>Au refuge les trois autres commencent à attendre et à regretter la chaleur animale sinon la présence de l’autre équipe. Jean apporte encore quelques perfectionnements aux réparations déjà effectuées. Puis il guette le berger qui monte de temps à autre jusque là pour redescendre avec quelques fragments de bois qui sont sa seule source d’approvisionnement en bois. Bernard avait confié deux bidons à ce bonhomme qui les avait ramenés plein de lait. Mais maintenant plus de berger. Le ravitaillement devient la question n°1. Les malheureux tirent la langue devant des provisions qu’ils n’osent entamer craignant des circonstances pires.</p>
<p>Le froid est très vif d’autant plus que l’activité que l’on se donne n’est guère réchauffante sauf le feu pour la cuisine. Jean a les doigts si bien engourdis qu’il ne s’aperçoit même pas tout de suite qu’il se les brûle en tenant une queue de poêle trop chaude !</p>
<p>Quant à Nanou elle commence à avoir une pauvre figure crevassée et gerçurée. Sa mère lui improvise une paire de moufles encore que tenir l’aiguille par ce temps là…</p>
<p>Pourtant le moral reste bon et le soir, mangeant ses nouilles à l’eau, Jean se met à rire tout seul tant il surprend chez eux des attitudes de naufragés de la Méduse.</p>
<p>Réellement ces épreuves avivent la foi patagonne au lieu de l’éteindre. Voilà une aventure qui vaut la peine d’être vécue et qui sort du traintrain quotidien.</p>
<p>Pendant ce temps les deux autres refont rapidement le chemin parcouru les jours précédents. Au début, la grêle, portée par un vent debout inexorable, les fouette ferme surtout sur leurs jambes généreusement dénudées par les shorts. Puis la pluie remplace la grêle.</p>
<p>« Ça y est j’ai les pieds à la sauce fait Bernard. Et toi, ça tient tes chaussures ? »</p>
<p>« Pour le moment ça va… »</p>
<p>Pauvre Monick à cause de cela, elle cherche à éviter les trop grandes flaques d’eau et aux ruisseaux à franchir à gué, il se pose pour elle de pénibles problèmes de siccité. Pour Bernard, la chose est infiniment plus simple : au point où il en est, la seule différence est qu’il patauge dans une eau plus ou moins froide. Moralité : la chaussure non étanche, avant d’enrhumer le cerveau, le dégage fort agréablement de certaines contingences mesquines.</p>
<figure id="attachment_1435" aria-describedby="caption-attachment-1435" style="width: 2125px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-024.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-1435" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-024.jpg" alt="La fin de la route" width="2125" height="1379" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-024.jpg 2125w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-024-300x195.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-024-1024x665.jpg 1024w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-024-768x498.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-024-1536x997.jpg 1536w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-024-2048x1329.jpg 2048w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-024-1320x857.jpg 1320w" sizes="auto, (max-width: 2125px) 100vw, 2125px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1435" class="wp-caption-text">La fin de la route</figcaption></figure>
<p>Par moments la pluie est si drue que les deux Patagons ont peine à regarder vers l’avant. Enfin voici la barre rocheuse qui est le dernier obstacle avant les chalets du Plan de la Plagne. Ils la franchissent et voici un abri au sec où le vent ne souffle pas ! Merveille.</p>
<p>Court repas, puis la pluie ayant cessé ils repartent en vitesse pour profiter de l’éclaircie. La fin de la route se fera dans des conditions de plus en plus favorables. Pour finir, du soleil sèchera même les équipements.</p>
<p>Puis voici la 4 CV qui les mènera rapidement vers Nancroix où ils achètent un tas de choses formant une coquette addition.</p>
<p>Ensuite c’est l’emmathieusage.</p>
<p>Voiture sur une route où le moteur ne chauffe même pas. Pâtisserie où ils retrouvent sans dégoût des mœurs philistines. Et pour finir, complète d’échéance de l’esprit patagon, on peut voir les deux misérables attablés à l’Hôtel Restaurant de la Chaumière devant un repas que leurs consciences élastiques ne leur empêchera même pas de digérer. Pire ! Ils rient en pensant aux trois autres du refuge… Sainte Bougeotte des Randonnées voile toi la face !&#8230;</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Vendredi 4</span> – Au refuge Nanou a fait une nuit de onze heures. Toujours çà de pris pensent ses parents. Puis petit déjeuner de siège : une tablette de dextrosport par personne pour les adultes. Seule, Annette a droit à l’ovomaltine classique.</p>
<p>L’attente…</p>
<p>Pendant ce temps la caravane de secours, partir de bonne heure, est déjà engagée sur la route du col. Le lac de Tignes est dépassé et vers 2 200 la neige accueille l’équipe. Ce n’est encore qu’une mince couche mais suffisante pour tremper les pieds de Bernard dont les chaussures éponges sont une merveille du genre.</p>
<p>Monick ouvre la marche car son sac est plus léger et surtout l’autre s’est claqué quelque chose du côté des côtes flottantes en poussant tout à l’heure la 4 CV hors d’un fossé où, à la suite d’une manœuvre discutable, elle paraissait exprimer le désir de vieillir en paix.</p>
<p>Ce claquage l’empêche de respirer normalement aussi la montée est-elle pénible pour lui. Bientôt elle devient un calvaire et il a à peine la force de réclamer des haltes.</p>
<p>Une pause un peu plus longue permet un casse-croûte dans un site grandiose encore embelli par la neige qui comme à devenir épaisse. Luxe unique depuis le début des vacances ils boivent du vin…</p>
<p>Ils repartent. De temps à autre Monick se retourne pour voir si l’éclopé suit. Il s’y essaye en se répétant mentalement que la montagne est une école de volonté. Dans sa tête bourdonnant repassent des histoires d’agonies dans le Grand Nord… La brume se déchire un moment et ils aperçoivent les rochers reconnus l’avant-veille au cours de leur promenade : le col est tout proche.</p>
<p>Dans le refuge Jean suppute les chances des deux évadés : ils seront sans doute là ce soir, peut-être dans l’après-midi. Pour les vivres ça ira. Quelle aventure ! Son cœur patagon en est justement fier : bloqué par la neige dans un refuge vers 2 600 avec une femme enceinte et une gamine de deux ans été demi !</p>
<p>Des cris dehors ? Il sort… Mais oui ! c’est l’autre équipe… Il annonce la nouvelle et bientôt la garnison patagonne entière sort de son fortin pour se porter à la rencontre de la caravane de secours qui dégringole du col.</p>
<figure id="attachment_1436" aria-describedby="caption-attachment-1436" style="width: 1397px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-025.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-1436" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-025.jpg" alt="Puis la descente commence" width="1397" height="2008" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-025.jpg 1397w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-025-209x300.jpg 209w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-025-712x1024.jpg 712w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-025-768x1104.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-025-1069x1536.jpg 1069w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-025-1320x1897.jpg 1320w" sizes="auto, (max-width: 1397px) 100vw, 1397px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1436" class="wp-caption-text">Puis la descente commence</figcaption></figure>
<p>Poignées de mains. Congratulations réciproques. Les isolés s’occupent activement du ravitaillement pendant que Monick raconte le voyage. Pendant ce temps, Bernard, grand pantin écroulé, récupère plongé dans une jouissance sauvage de repos.</p>
<p>Copieux déjeuner.</p>
<p>Ensuite, profitant du beau temps, le commando patagon, au complet cette fois, quitte le Refuge.</p>
<p>Un peu au-dessous du col, une troupe de jeune menée par un curé les croise. « Il y a un vent à décorner les bœufs là-haut, lance le prêtre. ». Un peu blasés à ce sujet, nos amis qualifieraient ce soi-disant vent violent de « douce brise pour jeune mariée. ».</p>
<p>Puis la descente commence par des pentes où la neige achève de fondre : patauger est conjugué au plus-que-parfait.</p>
<p>Le soleil se met de la partie et permet quelques photos qu’on peut espérer réussies.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-026.jpg" rel="grid-40" class="item view" title="Au lac de Tignes"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/011-026.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/Sans-titre-1.jpg" rel="grid-40" class="item view" title="Les Patagons"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/06/Sans-titre-1.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Au lac de Tignes, joli mais manquant de sauvagerie, halte prolongée et discution sur la conduite à tenir.</p>
<p>C’est la fin de la Randonnée, la voiture est proche. Les Patagons vont devenir automobilistes…</p>
<p>Qu’en dire maintenant ?</p>
<p>Et puis ce retour au bercail par la route malgré la beauté des sites traversés, ce n’est déjà plus des vacances.</p>
<p>Les peuples heureux n’ont pas d’histoire ? Voir ! Ce qui est sûr c’est que les non glorieux n’en sont pas dignes.</p>
]]></content:encoded>
					
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			</item>
		<item>
		<title>Everest, échelle 1/100</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bernard Van Leckwyck]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 13 Jul 1950 10:41:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Carnet 10]]></category>
		<category><![CDATA[Normandie]]></category>
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					<description><![CDATA[13 au 16 Juillet 1950 &#8211; Pont d’Ouilly – Le Bô &#160; Nous roulons vers la Suisse Normande. C’est l’appellation traditionnelle de cette partie de la vallée de l’Orne et...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;"><span style="text-decoration: underline;">13 au 16 Juillet 1950 &#8211; Pont d’Ouilly – Le Bô</span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Nous roulons vers la Suisse Normande. C’est l’appellation traditionnelle de cette partie de la vallée de l’Orne et de la région qui l’entoure. Mais pour un extrémiste comme moi ceci n’est pas encore assez pompeux et j’ai trouvé, après coup d’ailleurs, ce terme encore plus prestigieux d’Everest, échelle 1/100,</p>
<p>Il est très tard dans la nuit et même maintenant, très tôt dans le matin. Mais, grâce au café absorbé ; je tiens à peu près le coup au volant du Corbillard. Et je cherche à ne pas songer à la réaction désagréable que ce dopping me produit habituellement le lendemain.</p>
<p>La 4CV fonce sans encombre dans la nuit et l’itinéraire ne présente guère de difficultés. Ce n’est qu’à Pont Erambourg, sur le Noireau, que les Blier et moi, réunis pour les trois jours de congé du 17 Juillet, commençons à vasouiller à la perfection. Finalement je me réoriente et reprend la route en dépit des protestations de Jean qui s’arrache les cheveux, persuadé que je me trompe encore. Il se trouve que j’ai raison et je triomphe encore avec plus ou moins de discrétion.</p>
<p>Voici Pont d’Ouilly et la route qui nous permettra de longer l’Orne auprès de laquelle nous voulons camper.</p>
<p>Un chemin assez raide descend vers la rivière et la petite Renauld s’y engage avec prudence. Comme ce n’est pas ce qu’il nous faut, nous repartons en marche arrière. Ou plus exactement nous essayons de repartir, car avec un merveilleux à propos, c’est le moment choisit par le moteur pour nous informer qu’il n’en veut plus.</p>
<p>Comme je suis le seul à prétendre m’y connaître un peu en mécanique je dois soutenir cette réputation : lourde responsabilité. Je tripote un peu différents organes sans autre résultat que de me salir atrocement les doigts. Des déductions, que j’espère faire passer pour savantes, m’ont fait penser que nos ennuis venaient de la pompe à essence. Je me mets donc en devoir de démonter. Icelle sous la pluie qui tombe depuis peu, d’une part, et, d’autre part, sous l’œil de Jean où le scepticisme le dispute à l’angoisse. Quant à Marcelle, avec un sang-froid digne d’éloges, elle dort, répandue sur la banquette arrière et je l’envie bougrement.</p>
<p>Dieu qu’il y a des vis dans cette mécanique. Je souffle dans différentes tubulures pour éventuellement les déboucher. C’est un exercice que j’affectionne tout particulièrement pour les délicieux rots à l’essence qu’il détermine par la suite.</p>
<p>Après un bout de temps, le moteur est toujours silencieux et moi j’ai envie de l’être moins. Aussi devons-nous capituler sur le terrain mécanique. La Renault descend en roue libre le raidillon pour aboutir au bord de l’Orne. Brusquement une lueur, sans doute de génie, traverse mon cerveau : l’essence n’arriverait-elle pas en raison de la trop forte pente ? Un coup de démarreur et, le ronronnement que j’ai parfois qualifié d’odieux charme mes oreilles. Il a bonne mine le mécano !</p>
<p>Un demi tour où les roues avant plongent dans les ronces pendant que celle d’arrière baignent presque dans la rivière, et hop ! nous voilà repartis… Presque de suite nous trouvons un endroit pas mal du tout à quelques mètres du bord de l’Orne au bout d’un chemin pierreux où cahotte notre Corbillard.</p>
<p>Bientôt les deux itisas sont dressées dans un pré fauché.</p>
<p>Sous mon home de toile, je fais l’expérience que le mélange café-fort-essence est peu propice au sommeil et je passe un reste de nuit un peu agité.</p>
<figure id="attachment_1733" aria-describedby="caption-attachment-1733" style="width: 197px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/11/010-005-scaled.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-1733" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/11/010-005-197x300.jpg" alt="l’agréable paysage qui nous entoure" width="197" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/11/010-005-197x300.jpg 197w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/11/010-005-672x1024.jpg 672w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/11/010-005-768x1170.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/11/010-005-1008x1536.jpg 1008w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/11/010-005-scaled.jpg 1344w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/11/010-005-1320x2011.jpg 1320w" sizes="auto, (max-width: 197px) 100vw, 197px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1733" class="wp-caption-text">l’agréable paysage qui nous entoure</figcaption></figure>
<p>Ce matin le ciel paraît avoir usé toute son eau pendant la nuit, car le soleil brille sur l’agréable paysage qui nous entoure.</p>
<p>Je vais chercher du lait à une ferme proche, puis, pendant que Jean s’occupe du reste, je pars garer la voiture à Pont d’Ouilly. Là, je complète notre ravitaillement, et rentre à pied au camp qui n’est qu’à un ou deux kilomètres de la localité.</p>
<p>Nous démarrons alors tous les trois vers l’amont où nous avons rendez-vous avec les fameuses gorges de Saint Aubert.</p>
<figure id="attachment_1734" aria-describedby="caption-attachment-1734" style="width: 223px" class="wp-caption alignright"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/11/010-006.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-1734" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/11/010-006-223x300.jpg" alt="Partie nautique" width="223" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/11/010-006-223x300.jpg 223w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/11/010-006-760x1024.jpg 760w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/11/010-006-768x1035.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/11/010-006-1140x1536.jpg 1140w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/11/010-006.jpg 1248w" sizes="auto, (max-width: 223px) 100vw, 223px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1734" class="wp-caption-text">Partie nautique</figcaption></figure>
<p>Ici, une parenthèse s’impose pour préciser notre situation vis-à-vis de ces lieux.</p>
<p>Il y a un an, jour pour jour, deux canoéistes-martyrs trainaient leur embarcation au fond du lit d’une Orne à moitié sec. Leur canoë, leurs pieds et leur orgueil souffraient de ce manque d’eau à un point que l’on imaginera sans peine. Or, à l’entrée des Gorges de Saint Aubert, les difficultés rencontrées jusque là s’étaient révélées des hors d’œuvre et de véritables enfantillages à côté de ce qui les attendait. Ils avaient dû, la mort dans l’âme, la rage au cœur et le canoë sur le chariot, abandonner la partie nautique pour une randonnée pédestre sans gloire à côté du sport exaltant auquel ils s’attendaient dans les gorges.</p>
<p>Ces deux vaincus, c’étaient Jean et moi. La reconnaissance à pied, mal dirigée, sans carte ou presque, avait sombré dans le ridicule car nous n’avions même pas vu ces fameuses gorges. Défaite sur toute la ligne.</p>
<p>Quelques mois plus tard, je prenais ma revanche parcourant à pied, dans les deux sens. Mais Jean, absent ce jour là, était resté sur sa faim et conservait le goût amer de la défaite.</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/11/010-008-scaled.jpg" rel="grid-52" class="item view" title="Jean, était resté sur sa faim et conservait le goût amer de la défaite"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/11/010-008-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/11/010-007.jpg" rel="grid-52" class="item view" title="Jean, était resté sur sa faim et conservait le goût amer de la défaite"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/11/010-007.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/11/010-009.jpg" rel="grid-52" class="item view" title="Terre promise"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/11/010-009.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>C’est pourquoi aujourd‘hui, les Patagons, au complet, revenaient pour effacer tout souvenir non glorieux, et pour fouler le sol de cette terre promise qui avait jusqu’ici résisté à la valeur de certains d’entre eux.</p>
<p>Nous voici donc tous les trois, longeant la rivière qui décrit ici de vastes méandres pour se faufiler parmi les croupes qui l’enserrent. Nous nous élevons aux flancs de collines à allures de montagnettes qui la bordent et d’où la vue est très belle sur les rochers qui, un peu partout, montrent leur couleur rouge sombre.</p>
<p>Le ciel est devenu menaçant depuis un moment et un grain s’annonce. Nous le voyons tomber suffisamment de loin pour avoir le temps de chercher un abri. Quelques buissons au bord de cette route nous en fournissent un pendant que Zeus ouvre ses vannes. Une fois assis, la trop courte nuit se rappelle à nous par une lassitude insinuante qui rend la tête lourde. Mais le soleil reparait et force nous est de chasser ces velléités de sommeil.</p>
<p>Nous quittons la route pour un chemin de terre, puis c’est un parcours tout terrain et il devient délicat de s’orienter exactement.</p>
<p>Voici une habitation où une dame nous donne très aimablement de l’eau… et quelque indications pour nos repérer. Non loin de l’Orne nous nous arrêtons pour déjeuner pendant que le Bon Dieu, se croyant sans doute encore au mois de Mars, liquide son stock de giboulées.</p>
<p>Nous comptions suivre les berges de la rivière, mais les prés non encore fauchés la cernent de partout. Soucieux de gâcher le foin, nous nous demandons par où passer. Le repas terminé, une reconnaissance faite nous indiquera qu’en longeant les rives de très près il n’y aura pas trop de mal pour le fourrage. Il n’en est pas de même pour nos jambes, par exemple. Les orties, par endroits d’une généreuse abondance, ne manquent pas de nous saluer d’une manière un peu trop familière.</p>
<p>La rive droite, que nous suivons, devient bientôt un maquis horriblement « poignaçant » et nous décidons un passage à gué pour gagner l’autre rive qui parait plus hospitalière.</p>
<p>Pieds nus sur les cailloux raboteux ce n’est pas toute douceur, mais l’eau froide est un soulagement sur les piqures d’orties. L’arrivée sur l’autre rive est rendue sportive par quelques ronces artificielles qui trainent négligemment dans les parages.</p>
<p>Après ceci, un léger détour nous est recommandé par un pêcheur aimable (ou farceur ?) qui nous parle d’un taureau qui occupe un pré voisin. Comme nos conceptions du camping ne cadrent pas du tout avec celles des courses de taureaux, nous nous éloignons avec fermeté et discrétion de l’endroit signalé.</p>
<p>Et voici, dans son très joli cadre de verdure le Pont de la Forêt. C’est ici, aux portes des gorges de Saint Aubert que nous avons prévu le camp de ce soir. Anicroche imprévue : les foins ne sont pas encore coupés. Nous cherchons donc aux environs et l’île auprès du pont est bien tentante mais… il y a les occupants. Séparées seulement par un étroit bras de la rivière, des vaches sont juste à côté. Et les traces laissées disent assez qu’elles franchissent souvent ce fossé.</p>
<p>Pour réduire les risques (tragique réminiscence d’un camp attaqué en pleine nuit par les bovins), il est décidé qu’on ne montera qu’une tente : la mienne, qui est la plus grande et la plus solide.</p>
<p>Je laisse aux Bliers le soin d’établir le camp, car moi une autre mission m’attend. Je dois regagner ce soir Pont d’Ouilly pour y reprendre la 4 CV qui, conduite ici, sera ainsi à pied d’œuvre demain matin. Bien que je compte suivre les routes les plus rapides, cela représente quand même une dizaine de kilomètres. Avant de partir je m’administre un casse croute ce qui me rend les forces nécessaires. Départ. Je n’ai pas de sac et les bornes défilent avec moins de peine que je le pensais. Vers le Mesnil-Villement, une camionnette me transportera sur les quatre derniers kilomètres. Car l’auto stop n’est pas toujours méprisable et dans le cas présent en particulier.</p>
<p>Ma petite Renault gagne dans le soir et me voici bientôt de retour auprès de mes amis. Horreur et damnation ! Le diner n’est pas encore prêt. Les cuisiniers plaident non coupables car le bois de chauffage convenable est rare dans ce coin.</p>
<figure id="attachment_1738" aria-describedby="caption-attachment-1738" style="width: 1024px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/11/010-010-scaled.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-1738 size-large" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/11/010-010-1024x659.jpg" alt="Le soleil qui règne à nouveau" width="1024" height="659" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/11/010-010-1024x659.jpg 1024w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/11/010-010-300x193.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/11/010-010-768x494.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/11/010-010-1536x989.jpg 1536w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/11/010-010-scaled.jpg 2048w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/11/010-010-1320x850.jpg 1320w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1738" class="wp-caption-text">Le soleil qui règne à nouveau</figcaption></figure>
<p>Je suis le seul à apprécier les haricots verts demi-cuits, c’est-à-dire demi-crus.</p>
<p>Puis nous nous couchons en adressant de ferventes prières à Sainte-Bougeotte, patronne des randonneurs, pour que les vaches nous accordent une nuit paisible.L’ennemi bovin ne s’est signalé par aucune activité offensive. De plus le ciel est bleu. Conclusion. La vie est belle.</p>
<p>Je vais encore abandonner mes coéquipiers pour faire la manœuvre inverse d’hier. Je conduis la voiture au Pont de Sainte-Croix à l’autre bout des gorges où nous le retrouverons ce soir. Pendant cette expédition le ciel me présente un échantillonnage assez complet de la collection d’été de la Maison Zeus, Dieu, Allah et Compagnie. J’ai tour à tour soleil, temps couvert, crachin, pluie.</p>
<p>Quand j’arrive au camp, c’est le soleil qui règne à nouveau et il nous permet quelques photos.</p>
<p>Et voici la revanche, les Patagons vont attaquer les Gorges de Saint Aubert !</p>
<figure id="attachment_1739" aria-describedby="caption-attachment-1739" style="width: 202px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/11/010-011-scaled.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-1739" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/11/010-011-202x300.jpg" alt="Les vaillants conquérants des gorges" width="202" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/11/010-011-202x300.jpg 202w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/11/010-011-690x1024.jpg 690w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/11/010-011-768x1139.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/11/010-011-1036x1536.jpg 1036w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/11/010-011-scaled.jpg 1381w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/11/010-011-1320x1958.jpg 1320w" sizes="auto, (max-width: 202px) 100vw, 202px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1739" class="wp-caption-text">Les vaillants conquérants des gorges</figcaption></figure>
<p>L’offensive se dessine bientôt et l’assaillant enlève les premiers retranchements. La résistance est d’ailleurs mole et, seules, quelques orties esquissent une contre attaque, mais en vain. L’avance se poursuit victorieusement et de nombreux souvenirs sont faits prisonniers par les Patagons.</p>
<p>Des indigènes font leur soumission et, en signe de paix, offre de l’eau au commando vainqueur alors qu’il traverse une ferme.</p>
<p>Mais la bataille n’est pas terminée : les appareils mitraillent et l’enthousiasme des randonneurs éclate aux bons moments.</p>
<p>Pour regrouper les forces on décide un temps d’arrêt dans un pré au bord de l’eau où l’on s’installe pour déjeuner. Les vaillants conquérants des gorges y reprennent souffle.</p>
<p>Puis on repart de l’avant !</p>
<p>Encore un kilomètre de progression facile, puis, voici une résistance plus efficace qui se manifeste. C’est un vaste réseau de défenses à base de rochers, de ronces et d’orties. L’assaut sera-t-il repoussé ? Les renseignements recueillis au cours de la reconnaissance précédente indiquent que c’est là la dernière barrière opposée à l’avance patagonne. Aussi, en dépit de l’opposition renforcée, le commando durcit son effort et progresse dans un paysage très sauvage.</p>
<p>Bientôt l’issue de la lutte n’est plus douteuse car la fin des Gorges est proche et une percée victorieuse est réussie à travers une armée d’élite d’orties géantes qui est décimée après un rude combat.</p>
<p>Les Patagons, couverts de gloire et de sueur débouchent dans les prés qui annoncent le Pont la Sainte Croix.</p>
<p>Les Gorges de Saint Aubert ont trouvé leurs maitres !&#8230;</p>
<p>Après ce morceau de bravoure, nous dégustons dans le café où est garé la 4 CV une triste bibine qui est, paraît-il, du cidre bouché.</p>
<p>Puis, promenade motorisée jusqu’au Bô où nous laissons à nouveau la voiture dans un jardin de restaurant-épicerie-mercerie-café-bar-hôtel-etc ce qui, entres autres avantages, lui permettra de sécher intérieurement car Jean a eu l’adresse discutable d’y renverser en partie une boîte de lait condensé sirupeux à souhait.</p>
<p>Il est déjà tard et la fatigue se fait sentir pour tout le monde aussi le chemin que nous grimpons est-il parcouru assez péniblement.</p>
<p>Enfin, voici le haut de la butte et nous atteignons le sentier qui borde le fait des Rochers du Vey. J’ai également parcouru cette région en solo il y a peu de temps, mais outre que je la revois avec plaisir, je suis heureux de la faire découvrir à mes amis qui l’ignoraient ainsi que le reste de la Suisse Normande.</p>
<p>Les Hauteurs du Vey tombent sur l’Orne très abruptement sauf dans leur partie basse encombrée d’éboulis qui rappelle, en plus modeste, la disposition géologique des reculés du Jura. La roche a une belle teinte rouge sombre où la végétation rabougrie en majorité : fougères, bruyères, ajoncs.</p>
<p>Ce soir le vent souffle et le ciel est menaçant aussi nous souhaiterions un abri pour installer le camp. Un petit bois nous le fournira et nous bénéficierons d’un camp « comme ça ».</p>
<p>Ce matin, ciel peu encourageant. Nous ne sommes pas très matinaux car la journée d’hier demandait du repos aussi nous musardons un peu. Je vais jusqu’à une ferme proche me procurer un peu de ravitaillement et j’en trouve, mais dans quelle épouvantable saleté ! Enfin ! un appétit de randonneur ne se laisse pas rebuter par de semblables détails…</p>
<p>Notre route est toute tracée : un sentier bien foulé suit le haut des rochers et nous n’avons qu’à nous laisser guider par lui et nous nous extasions en chœur sur le panorama découvert. Voici maintenant la pluie qui nous salue pendant notre descente sur le village du Vey : ce n’est qu’une brève averse et après avoir fait le plein d’eau à une ferme somptueuse nous repartons sous le soleil.</p>
<p>Toujours suivant mes anciennes traces, nous nous dirigeons vers le Pain de Sucre, une des principales collines de la région, mais alors que je l’avais joint par une progression patagonne peut-être, mais épouvantable à travers d’impitoyables ajoncs sur la crête des rochers, nous y parviendrons, cette fois, par un sentier qui s’élève paisiblement à leur flanc. Ce n’est que vers la fin de la montée que nous retrouverons les redoutables ajoncs.</p>
<p>Au somment du Pain de Sucre, nous nous amusons un peu à lire la carte que le paysage étend sous nos yeux, mais la pluie nous chasse et nous descendons vers l’Orne.</p>
<p>Un pré en bordure de la rivière sera notre lieu de déjeuner. Non sans peine nous trouvons du bois qui veuille bien brûler et profitons d’une éclaircie ensoleillé pour faire la cuisine. Il faut faire très vite car le temps s’obscurcit à nouveau. Pour finir nos beefsteaks seront transformés en ragoûts tant la pluie ajoutera de sauce dans la poêle.</p>
<p>Malgré ces incidents humides le moral est excellent et nous nous étranglons en mangeant tant nous rions du spectacle que nous offrons en déjeunant sous l’averse, plus ou moins protégés par nos capes imperméables, qui ruissellent dans nos assiettes qu’elles sont censé protéger.</p>
<p>Il est malheureusement trop tard pour que nous passions tous par Clécy, petite ville restée sympathique dans mes souvenirs. Aussi, je me dévoue une fois de plus, pour aller seul chercher la voiture, et je retrouverai les autres non loin d’ici. Puis je me ravise et rappelle mes amis : après tout autant aller ensemble un bout de chemin encore et ils m’attendront au bord de l’Orne un peu plus loin.</p>
<p>Nous longeons encore quelques endroits pittoresques puis je laisse mes amis et continue seul vers le Bô, Marcelle étant décidemment trop fatiguée pour aller plus loin. Il faut dire à sa décharge qu’elle attend un bébé et que cette défaillance est explicable. Ouvrons une parenthèse anticipative pour dire que trois semaines plus tard elle fera encore mieux, et nous nous retrouverons en randonnée alpestre !! Une femme de Patagon, quoi…</p>
<p>Sans sac à dos, je vais d’un pas rapide et un raccourci pittoresque me dépose presque au pont du Bô.</p>
<p>Rejoindre le café. Acheter quelques vivres. Prendre la voiture. C’est tôt fait. Je retrouve ensuite mes coéquipiers et, tous ensemble, nous roulons vers le retour en échafaudant des projets pour revenir dans cette Suisse Normande qui, relativement proche de Paris, offre de si jolis paysages au relief si accidenté qui entretiennent en nous la nostalgie de la vraie montagne.</p>
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		<title>On retrouve la Bergeronnette</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bernard Van Leckwyck]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 23 Jun 1950 15:16:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Carnet 10]]></category>
		<category><![CDATA[Ile de France]]></category>
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					<description><![CDATA[23 au 25 Juin 1950 &#8211; Courteron à l’Allemagne (Haute Seine) Il y avait longtemps que nous n’avions pas fait de croisière canoë Jean et moi, et la Haute Seine...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;"><span style="text-decoration: underline;">23 au 25 Juin 1950 &#8211; Courteron à l’Allemagne (Haute Seine)</span></p>
<p>Il y avait longtemps que nous n’avions pas fait de croisière canoë Jean et moi, et la Haute Seine dont nous avions entendu dire pas mal de choses tentantes nous attendait.</p>
<p>Voilà pourquoi ce vendredi soir, la 4 CV avec la Bergeronnette sur le toit roule vers l’est.</p>
<p>Jean conduit tant que la visibilité reste bonne puis voici la nuit qui demande des reflexes plus prompts que ceux d’un chauffeur aussi peu confirmé et je reprends le volant.</p>
<p>Du café noir absorbé en doses massives me préserve du sommeil mon grand ennemi pour la conduite nocturne. A tel point qu’une fois à destination et l’itisa montée à deux pas de la voiture j’aurais bien du mal à m’endormir.</p>
<p>Au matin, ciel non découvert mais pourtant en progrès sur la pluie d’hier soir. Nous mettons le canoë à l’eau où il gonflera ses clins pendant que Jean commence le chargement. Quant à moi je pilote la Renault une trentaine de kilomètres en aval où nous devons la retrouver demain soir.</p>
<p>L’aller est sans histoires. Je gare dans la cour d’un café restaurant puis repars sur l’interminablement rectiligne route nationale espérant en le « stop » pour me ramener à Courteron où j’ai laissé Jean. Trains et autocars ont des heures défavorables pour moi.</p>
<p>Un ou deux kilomètres de footing avec essais infructueux puis une voiture s’arrête : c’est celle de mon garagiste. Il me véhicule encore quatre ou cinq bornes mais ne va pas plus loin : c’est toujours ça de pris. De nouveau la route à pied et les automobilistes qui me dépassent ont des cœurs de pierre ou sont complets. Tout d’un coup une somptueuse Chevrolet américaine s’arrête et un sympathique jeune couple me convie à poser mes hémisphères sur les luxueux coussins de cuir.</p>
<p>Pendant que l’aiguille du compteur oscille entre 100 et 120 je tiens le crachoir suivant les principes du parfait stoppeur-pique-assiette classique. Louanges discrètes et de bon ton sur la voiture, paroles à base de miel et sourires aimables. Coup d’œil à la plaque de propriétaire : Manon de Montbrison à Neuilly. Juste ciel ! Je suis tombé sur du sang bleu. Manon elle-même m’offre des cigarettes blondes (sur lesquelles j’avais distraitement posé mon céans tout à l’heure). Voici des hôtes agréables et charmants.</p>
<p>Mais à la vitesse où nous allons, voici déjà le coin où j’ai laissé Jean. Ce dernier parait légèrement suffoqué de me voir descendre de ce somptueux équipage. Remerciements. Ronds de jambes. Tape amicale au gigantesque boxer. Très régence…</p>
<p>Et maintenant à nous les pelles ! Nous embarquons et de suite un petit rapide timide cherche à nous rappeler que la Haute Seine se classe dans les rivières sportives.</p>
<p>Courant agréablement vif. Paysage fort joli. Mais… la Bergeronnette présente une fâcheuse analogie avec une baignoire aussi cherchons nous un endroit de débarquement. Les rives, peu propices, retardent cette manœuvre aussi pendant que Jean poids plume à l’avant s’étonne de mes plaintes, à l’arrière j’ai plus de 10 cm d’eau.</p>
<p>Finalement nous abordons et vidons la Bergeronnette non sans peines. Nous calfatons avec des moyens de fortune puis repartons.</p>
<p>Nous traversons Gyé-sur-Seine par un petit bras pittoresque où la limpidité de l’eau est presque regrettable car dans les traversées de localités les rivières sont toujours plus ou moins converties en dépotoir. Ici aussi cette règle est vraie et on voit le fond où pas mal de débris inesthétiques accusent les riverains.</p>
<p>Arrivant à Neuville, après un débarquement-reconnaissance sur la passerelle basse précédant le barrage, je ne puis croire que tout le monde saute ça. C’est la propre phrase des lavandières du coin. La dénivellation est assez forte et il est difficile, de plus, de prendre de l’élan vu la forme à angle droit du barrage. Et en aval il y a de ces remous… Jean, très gonflé, me menace de passer seul ! Plutôt qu’un tel déshonneur, je supporterais tout, même le dessalage qui me parait quasi inévitable et la noyade probable.</p>
<p>Un discret rappel de ma part à la mort du président du K.C.F sur un barrage insignifiant d’aspect ne pourra même pas faire réfléchir mon coéquipier.</p>
<p>Nous sauterons donc !</p>
<p>Embarquement. Court recul. Fons nick ! Yop… Nous gitons assez fort… Miracle nous flottons et ce n’est pas la quille en l’air.</p>
<p>Cet effort moral m’a sans doute épuisé car maintenant je me ressens de la nuit sans sommeil suffisant. Et puis le café anti somnifère me laisse toujours des réactions pénibles.</p>
<p>Bref, j’ai le coup de pompe et la tête à la fois vide et lourde j’ai une grande mollesse dans le coup de pagaie. L’allure ne s’en ressent guère car le courant, pris de pitié, nous traine charitablement à une allure soutenue.</p>
<p>Nous rencontrons quelques barrages que nous franchissons tous en portant ou à la corde, soit qu’ils sont insautables, soit qu’ils m’impressionnent trop.</p>
<p>Car c’est moi l’empêcheur de sauter en rond ; Jean parait avoir mangé du lion et pour calmer son « ardeur saltatoires » je lui avoue : mon vieux, si je tombe à l’eau en ce moment, je suis capable de me noyer. ».</p>
<p>Et le pire, c’est que c’est vrai !</p>
<p>La rivière est amusante sans difficultés sérieuses avec petits seuils et rapides sans méchanceté de place en place. Nous vivons dans leur attente et le courant rapide ne nous laisse pas languir.</p>
<p>Nous commençons à avoir faim et les collègues nautonniers rencontrés maintenant sont tous occupés à déjeuner et ceci aiguise encore notre appétit.</p>
<p>Un minuscule ilot de cailloux et d’herbes nous offrira l’hospitalité pour le repas froid que nous prendrons les pieds dans l’eau.</p>
<p>Deux équipes de Kayaks, déjà rencontrés par Jean ce matin, nous dépassent en adressant quelques compliments pour notre saut du barrage de Neuville. Notre renommée est déjà extra-locale !</p>
<p>Et voici Bar où nous attend un portage d’une centaine de mètres avec une sortie de l’eau peu commode et une remise à l’eau pas facile. Les Barois aiment à faire travailler les canoéistes !</p>
<p>Mine de rien, histoire de souffler un peu au milieu de ce travail de forçait, je m’avise que nous allons manquer d’eau potable. Je laisse donc tout en plan et rempli les bidons après les avoir longuement rincés. Jean, sans pudeur ou sans imagination, se repose sans l’ombre d’un prétexte.</p>
<p>Aimablement les kayakistes, retrouvés ici, nous donnent la main. Gloire à eux pour ce geste samaritain. Sans aucune gratitude pour ces braves, je remarque une jolie coéquipière parmi eux et confie à Jean des propos lubriques.</p>
<p>Mais voici bientôt les rapides de Pont aux Dames que nous voulons avoir pour cadre de notre camp de ce soir. C’est l’une des deux suites principales de rapides dont parle le guide nautique.</p>
<p>Dans un site légèrement boisé, ils sont peu difficiles. Juste un passage un peu délicat au ras d’une ile et où la dénivellation est assez forte. Nous dansons un peu et nous gonflons de vanité…</p>
<p>Après un laborieux débarquement en slip dans des plantes à majorité urticante, nous cherchons un coin pour la nuit. Il s’en révèle un sur la rive opposée. Rembarquement. Traversée. Courte remontée du courant qui voudrait bien nous expulser vers l’aval. Débarquement sur la terre promise. L’endroit est parfait avec vue sur les derniers remous des rapides de Pont aux Dames qui chantent tout près.</p>
<figure id="attachment_1674" aria-describedby="caption-attachment-1674" style="width: 203px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/09/010-001-scaled.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-1674" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/09/010-001-203x300.jpg" alt="L’endroit est parfait" width="203" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/09/010-001-203x300.jpg 203w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/09/010-001-692x1024.jpg 692w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/09/010-001-768x1137.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/09/010-001-1038x1536.jpg 1038w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/09/010-001-scaled.jpg 1384w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/09/010-001-1320x1954.jpg 1320w" sizes="auto, (max-width: 203px) 100vw, 203px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1674" class="wp-caption-text">L’endroit est parfait</figcaption></figure>
<p>Pendant que Jean s’occupe de l’installation, je vais au village de Favières assez proche et reviens avec lait et vin.</p>
<p>Je trouve le dîner prêt et nous ne nous attardons pas à la veillée après lui, malgré l’ambiance agréable de l’endroit, car nous avons du sommeil à rattraper.</p>
<p>Ce matin la grande affaire c’est le cinéma. Non que nous allions nous enfermer dans une salle obscure. Nous allons, en tant qu’acteurs, metteurs en scène, caméraman et techniciens, faire du cinéma !</p>
<p>En effet, j’ai apporté une caméra et quelques chargeurs. Déjà hier j’avais pris quelques images mais fort peu. Aujourd’hui nous allons profiter du temps favorables et de l’intérêt du site pour continuer quelques images sur le nautisme. Simple essai de scènes de la vie au grand air pour une fresque de plus grande envergure que nous projetons. Mais ceci est encore un avenir assez vague et lointain.</p>
<p>Je commence par quelques images tentantes de notre coin. La chance me sourit car voici nos kayakistes d’hier qui descendent au fil de l’eau. Saluts… et bout de film.</p>
<p>Ensuite nous vidons le canoë et remontons courageusement les rapides pour… les redescendre alternativement Jean et moi. A tour de rôle nous prenons des prises de vue de nos évolutions. Puis retour au camp pendant que les derniers mètres de pellicule enregistrent encore les charmes de la rivière.</p>
<p>Tout ceci a demandé pas mal de temps car nous avons multiplié les précautions et les manœuvres pour éviter de mouiller la caméra. Et ce n’était pas toujours facile d’opérer dans ce rapide courant avec de l’eau jusqu’au ventre et les pieds crispés sur les rochers. Bref il est près de midi quand nous reprenons la croisière proprement dite.</p>
<p>Encore quelques seuils et rapides. L’un d’eux est assez mauvais : un arbre mort couché tend des moignons menaçant vers l’amont. Il ne faudrait pas s’empaler là-dessus. Un passage visiblement artificiel se creuse dans la riche friable à gauche pour éviter ce rubicon. Il n’y a guère qu’à se laisser sucer par le courant de cette large rigole qui rappelle la « rivière magique » du jardin d’Acclimatation.</p>
<p>Je passe sur les briefs tranquilles rencontrés et d’ailleurs souvent très beaux, pour ne parler que des passages un peu sportifs. L’un d’eux est un peu angoissant : une énorme veine d’eau gicle dans une brèche de barrage. Ce serait enfantin sans des branches d’arbres surplombantes qui menacent nos yeux, nos visages, nos troncs, soit tout ce qui dépasse des plats-bords. Nous nous lançons… houp… Vite, couchés… C’est passé !</p>
<p>Au barrage de Villemoyenne (limite Bourgogne-Champagne) nous retrouvons nos kayakistes qui déchargent leurs embarcations pour un portage obligatoire. Ce déménagement est paraît-il, très recommandé à qui veut ménager l’armature de son kayak au moment des portages. Nous sommes heureux de les aider pour les remercier de leur coup de main de Bar. Petite déception quand nous voyons la petite kayakiste repérée hier : ce supplément d’enquête ne lui est pas favorable !</p>
<p>Nous démarrons les premiers et d’un accord tacite nous pellons en style et à une cadence rapide pour épater (ou essayer d’épater) la galerie. Pendant quelques kilomètres nous soutenons cette allure forcenée pour faire figure honorable vis-à-vis des rapides pagaies doubles qui nous talonnent. Puis, aussi crevés de l’effort de nos bras que de celui de nos rates qui ne peuvent rester insensibles à notre ridicule, nous reprenons une cadence normale.</p>
<p>Fidèle à mes habitudes de découvreurs de trésors (?!) je repère un bidon flottant au long de la berge. Prise de guerre patagonne !</p>
<p>Non loin de Courcelles, un îlot précédant un barrage nous servira à la halte du déjeuner. Nous stoppons et reconnaissons le saut possible malgré les gros remous au pied de la chute. Surviennent les Kayaks. Nous les forçons moralement au passage.</p>
<p>A la vue de leurs étraves disparaissant profondément à l’arrivée notre opinion sur le problème évolue dans de notables proportions. Je ne risque pas ça ! Jean n’est plus très chaud non plus. Conclusion : vive le passage à la corde !</p>
<p>Auparavant baignade et repas nous occupent un moment.</p>
<p>Nous embarquons ensuite et le courant nous drosse vers des basses branches sous lesquelles nous manquons chavirer. Et l’eau qui nous paraissait si froide tout à l’heure lors du bain ! Non sans peine, nous nous dégageons et prenons un petit bras pittoresque.</p>
<p>Nous atteignons Clerey notre terminus fort en avant sur l’horaire prévu, aussi, malgré le ciel devenu soudain très menaçant, nous décidons de pousser jusqu’au prochain pont ce qui nous permettra de parcourir la Noue d’Enfer, parcours au nom prometteur. En fait, ce n’est qu’une partie d’une belle sauvagerie où le courant rapide nous promène entre des rives boisées. Une courte pluie nous salut au passage.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/09/010-003-scaled.jpg" rel="grid-28" class="item view" title="Fin de la croisière"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/09/010-003-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/09/010-002-scaled.jpg" rel="grid-28" class="item view" title="Fin de la croisière"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/09/010-002-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Franchissement du barrage de Terrière aux abords remplis de baigneurs et la fin de la croisière est toute proche.</p>
<p>Nous abordons sur une belle plage près du pont, où Jean est chargé de ranger le matériel pendant que je vais chercher la voiture, à quelques kilomètres de là.</p>
<p>Route sans intérêt pour la majorité du trajet d’ailleurs fort abrégé par un auto-stop réussi encore une fois.</p>
<p>Je retrouve ensuite Jean ; le Bergeronnette est de nouveau perchée sur le toit, et voilà : nous avons parcouru la Haute Seine.</p>
<p>Deux belles journées de récolte de souvenirs.</p>
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		<title>Falaises</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bernard Van Leckwyck]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 29 Apr 1950 15:09:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Carnet 10]]></category>
		<category><![CDATA[Normandie]]></category>
		<category><![CDATA[Jean]]></category>
		<category><![CDATA[Marcelle]]></category>
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					<description><![CDATA[29 Avril au 1er Mai 1950 &#8211; Yport et retour Pendant le voyage Paris-Fécamp, la 4CV qui transporte les Patagons n’a essuyé qu’une seule averse. Il est juste de dire...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;"><span style="text-decoration: underline;">29 Avril au 1er Mai 1950 &#8211; Yport et retour</span></p>
<p>Pendant le voyage Paris-Fécamp, la 4CV qui transporte les Patagons n’a essuyé qu’une seule averse. Il est juste de dire que celle-ci, ininterrompue, dure depuis le départ…</p>
<p>Mais en arrivant à destination, Zeus manifeste clairement sa décision de protéger la glorieuse phalange, car la pluie cesse brusquement.</p>
<p>Dans les calmes rues du petit port normand, on fait quelques emplettes de dernière heure. Puis la 4 CV repart sur Yport où il a été décidé qu’elle attendrait ses maîtres.</p>
<p>A Yport, quelques difficultés pour trouver un garage, mais finalement le Corbillard est casé et la randonnée pédestre commence.</p>
<p>Elle ne dure pas longtemps car, sur la falaise dominant le bourg, dès qu’ils découvrent un coin tranquille, les voyageurs s’occupent de régler la question du déjeuner. Sandwichs et fruits. Heureusement qu’il y a du vin pour relever un peu ce menu froid car le temps humide demanderait plutôt des nourritures réchauffantes. Mais, comme la raison d’état, la raison patagonne a d’implacables directives et il est trop tard pour perdre un temps précieux à fricoter un repas ou pour faire bombance dans un restaurant. En guise d’exhortation au stoïcisme, Jean place à ces coéquipiers sa phrase célèbre : « L’homme ne se nourrit pas seulement de pain, mais aussi de paysages. ».</p>
<p>Une fois la faim appaisée, les Trois reprennent la conquête des falaises du Pays de Caux.</p>
<p>Le temps bouché ne permet pas des vues très lointaines, mais ce n’est qu’un détail pour les trois amis qui rêvaient depuis si longtemps de cette escapade en commun au bord de la mer. Bernard est le seul a avoir déjà campé sur un littoral ce qui lui permet de prendre des airs protecteurs bien dans la note du « monsieur-qui-a-déjà-fait-ça-et-même-plus-dur ». Quant à Marcelle et Jean ils savourent à l’avance leur premier camp maritime.</p>
<p>Le haut de la falaise est classique de la région : prés et cultures sont les seules parures du terrain sur les parties dominantes et il n’y a guère que les valleuses qui abritent quelques arbres généralement chétifs. Le bord de la falaise se révèle brusquement en tombant à pic dans la mer d’une hauteur de soixante à quatre-vingt mètres. Et, malgré les débris guerrier du Mur de l’Atlantique (sur la Manche ?) qui subsistent par endroits, le paysage est assez sauvage par son aspect désert.</p>
<p>Le ciel se fait de plus en plus menaçant, et partout à l’entour on voit la pluie tomber. Les Patagons marchent dans un îlot de temps sec miraculeusement préservé, ce dont ils ne se font pas faute de louer le ciel.</p>
<p>Le terrain est vallonné et la marche est assez fatigante dans ces continuelles montagnes russes casse mollets qui forment les valleuses aux pentes très raides. C’est pourquoi, à l’occasion d’un chemin-escalier qui conduit à la plage du pied de falaise, les randonneurs descendent et font une courte halte pour explorer sans sacs la partie basse des falaises qui est ici curieusement burinée d’une multitude de trous. Quelles prises pour la varappe si tout ce gruyère n’était pas suintant d’humidité grasse… Des surplombs et même de petites cavernes sont remarqués.</p>
<p>Puis on remet les sacs et en route ! On verra au passage une valleuse où les terriers de lapins de garenne sont d’une densité peu ordinaire et insidieusement des idées de braconnage s’infiltrent dans des esprits impurs…</p>
<p>Voici la Valleuse du Curé où il y aurait un camp magnifique à faire mais il est encore trop tôt pour s’arrêter aussi doit-on repartir le cœur plein de regrets de ne pas séjourner dans ce cadre splendide.</p>
<p>Le terrain s’aplanit et la marche s’en trouve accélérée, aussi apparait bientôt cette merveille de la nature qu’est la porte d’Amont qui précède Etretat. Cette arche naturelle, creusée dans la marne blanche des falaises, entre dans la mer en formant la pointe d’un éperon qui marque la côte ici.</p>
<p>Déjà tout à l’heure, la troupe s’était extasiée sur une branche du rivage en forme de tour qui s’en isolait à une centaine de mètres, mais ceci est encore bien plus beau.</p>
<p>C’est ici qu’il faut camper et quiconque tenterait seulement d’émettre un avis différent serait immédiatement précipité à la mer par les Patagons pleins d’enthousiasme.</p>
<p>Bientôt les deux itisas dressent leurs silhouettes sur un soleil couchant, qui commence à résister honnêtement aux nuages, et le Radius de Bernard ronfle sous le diner. Heureusement qu’un réchaud a été emporté car le combustible naturel brille par son absence et les conseils glanés et précisant la nécessiter d’emporter un appareil de chauffage se trouvent absolument confirmés.</p>
<p>Jean fait une courte reconnaissance aux environs et revient ne pouvant sortir trois mots sans y mettre un superlatifs tant il est charmé par la grandeur de ce qu’il a vu plus bas. Evidemment l’endroit est aménagé avec escalier et rambardes ce qui le mathieuse un peu, mais sans ces ustensiles il serait presque inaccessible.</p>
<p>Le reste de la troupe se réserve pour demain de voir tout çà et bientôt tout le commando est couché.</p>
<p>Le lendemain matin, merveille des merveilles, le ciel est pur et le soleil brille.</p>
<p>Après quelques reconnaissances aux environs immédiats, les appareils fixent pour la postérité l’aspect de ce camp superbe. Puis on s’attaque à la préparation du petit déjeuner, et malgré le réchaud, on ne l’obtiendra pas sans peine car le gicleur bouché crachote abondamment avant de vouloir ronfler correctement. Puis, mais ceci n’est plus la seule faute du Radius, ces adroits cuisiniers, renversent la casserole deux fois de suite…</p>
<p>Les randonneurs lèvent ensuite le camp et, empruntant un passage souterrain qui perce la porte d’amont, ils suivront le pied des falaises pendant une courte marche sur Etretat.</p>
<p>C’est une petite station balnéaire assez sympathique où, après quelques achats, on peut voir les explorateurs du Pays de Caux occupés à siroter des apéritifs tout en rédigeant quelques cartes postales. Par hasard, Jean rencontre un collègue de bureau, mathieux endimanché comme il se doit. Considérations habituelles sur le camping : avantages, inconvénients. Opinions divergentes.</p>
<p>Après cet intermède philistin, les trois reprennent le chemin des falaises, puis, par une descente épique dans un sentier glissant et dont la pente moyenne doit être proche de la verticale (!), ils atteignent une plage déserte entre la Porte d’Aval et la Marneporte.</p>
<p>L’endroit est à cette heure prodigieux de grandeur, de tranquillité et de beauté. Une quantité impressionnante de superlatifs d’admiration y est consommée en un temps record.</p>
<p>Ce midi, déjeuner fin ; entre autres plats de raffinés : huitres, soupe au poisson, raie au beurre noir.</p>
<p>Ensuite pendant que Marcelle lézarde au soleil en frôlant la congestion, les deux autres se livrent aux joies de la pêche. Joies peu productives si l’on considère les résultats d’une manière objective. Le butin, une crevette, est dévoré sur place sans perdre de temps à une cuisson décrétée inutile.</p>
<p>Puis l’heure tourne ramenant les mathieux indésirables qui envahissent sournoisement les lieux par un couloir souterrain que la municipalité d’Etretat, visiblement vendue à la cause détestée des Philistins, a fait aménager pour les personnes que rebuterait le sentier de chèvres dont il est parlé plus haut. Quel dommage et aussi quelle criante iniquité que les Patagons n’aient pas le droit de défendre leur tranquillité et leur solitude par les armes ! Seule solution restante : le repli stratégique.</p>
<p>On escalade donc le sentier-échelle et la vadrouille reprend chassant le démon du camp fixe qui rodait là en-bas sur la petite plage.</p>
<p>Les mouettes sont nombreuses et, défiant le vertige, se perchent au rebord de la falaise. Quelques photos sont tentées sur ces sujets, mais, sans téléobjectif, on sait trop ce que donnent ces essais.</p>
<p>La promenade est encore mieux qu’hier et, de plus, le soleil est de la partie aujourd’hui.</p>
<p>Voici le cap d’Antifer qui s’annonce par son sémaphore après une valleuse où la descente sur la plage est si raide qu’elle se fait au long d’un filin disposé spécialement à cet effet…</p>
<p>Les environs du cap sont jonchés de débris guerriers (Bruneval est tout proche). Ici, les falaises changent d’aspect. C’est de la terre rougeâtre qui remplace, au moins dans la partie haute, la marne blanche rencontrée jusqu’à présent. Quant à la hauteur, elle atteint ici, au point culminant, plus de cent mètres. Et instinctivement on songe au plongeon que cela représenterait. « Un beau plouf » répète Bernard sur qui le vertige ne reste pas sans effet.</p>
<p>Il commence à se faire tard et la phalange patagonne cherche un lieu de camp. Une dépression dans un pré, à cent mètres du rebord de la côte en fournira un très tranquille où les lapins effrontés observent les campeurs du bord de leurs terriers. Ce soir, feu de bois, car les arbres sont proches entourant une ferme derrière un épaulement, et une expédition en ramène du combustible.</p>
<p>La nuit tombe après un très beau coucher de soleil.</p>
<p>Au matin Bernard s’est détaché pour aller au ravitaillement à la ferme. C’est une vaste et riche propriété où subsiste encore des souvenirs de l’occupation allemande : murs décoré de peintures soldatesques entres autres choses.</p>
<p>On roule les tentes, on dit au revoir à la mer et on aborde la partie de l’itinéraire qui va faire voir l’hinterland.</p>
<p>Après la traversée de la Poterie, où les Blier renouvellent leur provision de bonbons qui leur est si chère, un peu de parcours en plateau s’annonce. Mais très vite le terrain s’accidente et le chemin est très pittoresque par des sentiers creux et des vallonnements boisés.</p>
<p>Le groupe commence à trainer la jambe et après qu’une paysanne particulièrement aimable aura renouvelé le plein d’eau, on cherche un endroit convenable pour la halte-déjeuner.</p>
<p>A l’entrée du Bois des Loges, les Patagons seront très bien. Dommage que Marcelle ait si peu d’appétit, d’autant plus qu’elle finirait par faire croire que les autres n’ont pas des talents de cuisiniers remarquables.</p>
<p>A la fin du repas, le soleil se couche et on ne le regrettera pas trop car Marcelle s’obstine à conserver pull-over sinon cache-nez et l’apoplexie la guette. L’un ou l’autre devait céder : heureusement c’est Phébus le moins entêté.</p>
<p>La suite de la randonnée se fait dans un bois de taillis où on rencontre beaucoup de bouleaux et qui n’est pas sans ressembler à certains coins des Vaux de Cernay avec la tranquillité en plus, car les Vaux de Cernay un 1er Mai ce doit être quelque chose d’assez pénible.</p>
<p>Puis, après une orientation un peu délicate, la troupe quitte le creux du Bois des Loges pour rattraper la route qui va la ramener sur Yport.</p>
<p>Ce sont à nouveau les cultures et pacages du plateau : peu d’intérêt après les jolis paysages précédents.</p>
<p>L’allure ralentit car Marcelle a le coup de pompe et en profite pour faire la tête, ce dont Jean prend son parti avec un stoïcisme qui force l’admiration.</p>
<p>Après diverses tergiversations, on décide que Bernard se détachera seul pour chercher la 4 CV encore lointaine.</p>
<p>Après une route sans incident et une jolie arrivée sur Yport pour récompenser d’une certaine monotonie précédente, la petite Renault est retrouvée et bondit sur la goudronnée. A son passage Jean bondit du fossé où il attendait avec sa femme, mais il a compté sans la traitrise du conducteur qui fait mine de ne l’avoir pas remarqué et qui disparait derrière un virage. Ce n’est qu’après avoir ainsi satisfait son besoin naturel de taquinerie que le perfide Bernard fera demi-tour pour rejoindre ses amis.</p>
<p>Les Patagons chargent la voiture et c’est de nouveau la route en motorisés.</p>
<p>Mission terminée : le commando a reconnu le Pays de Caux</p>
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		<title>Au Pays du Soleil</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bernard Van Leckwyck]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 19 Apr 1950 14:15:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Carnet 9]]></category>
		<category><![CDATA[Alpes]]></category>
		<category><![CDATA[Midi]]></category>
		<category><![CDATA[var]]></category>
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					<description><![CDATA[avril 1950 Je me suis réveillé à plusieurs reprises au cours de la nuit et souvent j’ai entendu le petit bruit monotone oublié là-bas dans le Nord. Top top top...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;"><span style="text-decoration: underline;">avril 1950</span></p>
<p>Je me suis réveillé à plusieurs reprises au cours de la nuit et souvent j’ai entendu le petit bruit monotone oublié là-bas dans le Nord. Top top top font les gouttes pour se moquer de mon étonnement. Pourtant au matin je pourrais croire avoir rêvé tout le ciel est beau à nouveau et bleu sans anicroche.</p>
<p>Je rejoins le Var où la campagne, encore toute de pluie, luit sous le soleil comme un sourire après les larmes. Quel contraste entre les gorges d’où je sors et la vaste vallée où roule le fleuve. La plaine s’annonce mais le paysage est encore très bien dans cette zone de transition où le large sillon du cours d’eau est tout garni de cultures riches.</p>
<p>Je vais torse nu sous le soleil très chaud et malgré cela je suis en eau et puis ma malheureuse gapette donne si peu d’ombre sur cette sacrée route sans arbres. Après une courte halte à Touêt, je repars et vais d’un bon pas aussi j’arrive à Villars aux environs de midi avant la fermeture de la poste où m’attend un peu de courrier que me distribue un receveur bavard bien qu’exogène qui en profite pour me raconter sa vie. C’est de justesse que j’échappe aux récits de sa première communion et de sa nuit de noce !</p>
<p>Après m’être ravitaillé, je sirote un pastis à l’ombre des platanes pendant qu’un ancien colonial éthylique me raconte (lui aussi !) ses souvenirs du Maroc. Puis je redescends dans la vallée que Villars surplombe de deux cents mètres environ. Un sentier bien entretenu me mène à la route nationale qui enjambe un petit affluent du Var. Ce sera ma halte de midi où caché dans les buissons je me fricotte mon repas, me débarbouille et flâne un peu pendant que le vent se lève rendant la grande chaleur plus supportable.</p>
<p>Puis à nouveau la goudronné fondante sous le soleil. Heureusement, ici il y a des arbres, sinon je serais bon pour le coup de bambou. Je croise et échange quelques mots avec un instituteur de l’Est qui « stoppe » (ou essaye) pour rentrer au bercail, ses vacances de Pâques terminée. La vallée se rétrécit et je casse la croûte à l’entrée des gorges où le fleuve va pénétrer. Un peu fatigué je me repose un peu avant de repartir : j’en profite pour purifier par le feu ce joli coin semé de papiers gras.</p>
<figure id="attachment_1641" aria-describedby="caption-attachment-1641" style="width: 231px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/09/009-051.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-1641 size-medium" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/09/009-051-231x300.jpg" alt="Var" width="231" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/09/009-051-231x300.jpg 231w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/09/009-051-790x1024.jpg 790w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/09/009-051-768x996.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/09/009-051-1185x1536.jpg 1185w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/09/009-051-1320x1712.jpg 1320w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/09/009-051.jpg 1402w" sizes="auto, (max-width: 231px) 100vw, 231px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1641" class="wp-caption-text">Var</figcaption></figure>
<p>J’entre dans les gorges après avoir passé devant un chantier de l’E.D.F désert comme une ville morte où seul est visible un gréviste montant la garde au bout d’une passerelle barricadée où se lit une grande pancarte catégorique : « Nous voulons nos 3 000 francs et la Paix ! ».</p>
<p>Les Basses Gorges du Var sont presque aussi impressionnantes que celles du cours supérieur, mais la route qui en suit le fond est actuellement sillonnée par de nombreuses autos et cars retour d’excursions. Un véhicule s’arrête spontanément et son conducteur me propose de me charger. Pendant que je décline son offre en remerciant, un autre automobiliste, moins courtois, passe en trombe (pour ne pas gâcher sa moyenne en ralentissant, peut-être ! Dans un coin pareil !). Le coup passa si près que le chapeau tomba… Non, mais assez près pour bousculer mon sac. Si j’avais un P.M et un chargeur en voici un qui y aurait droit !</p>
<p>Je trouve à camper au milieu des gorges dans un site grandiose. Contraste du paysage très sauvage où se blotti mon itisa et les rutilants cars des mathieux qui circulent sur la route à grand renfort de hurlement de leurs avertisseurs. J’ai un net succès de curiosité et beaucoup de ces philistins, aimables malgré tout, me saluent de la main après s’être montré mon camp. Et c’est la nuit…</p>
<p>Le petit bout de ciel que les roides parois des gorges me laissent voir est parcouru de nuages. Comme ce soir je compte passer la nuit non loin de Vence, j’ai pour aujourd’hui une longue sinon dure étape aussi je démarre de bonne heure.</p>
<p>Le début du trajet se fait encore en gorges, dernier au revoir à la Montagne, puis la vallée s’élargit, les oliviers s’y établissent (je goûte à des olives sur l’arbre : pouah ! on dirait des prunes fades avec des relents gras). Après le Ciaudau, voici la masse grise de béton enjambant le Veaubin qui rejoint le fleuve ici : c’est ce pont qui marque le Plan du Var avec ses quelques maisons alignées au bord de la nationale.</p>
<p>Mon ravitaillement est à zéro : je fais le plein et m’engage sur la route épouvantable de rectitude. Je la quitte assez vite car voici le Pont Charles. Albert dont les innombrables arches me déposent sur la rive droite où s’amorcent plusieurs routes plus pittoresques. Celle que j’emprunte gagne lentement de l’altitude en me ménageant des vues assez belles sur l’Estéron.</p>
<p>Le ciel très menaçant depuis quelques temps précise encore plus ses intentions : il se met à pleuvoir. Première pluie diurne subit au pays du soleil ! Veste imperméable, casquette : la marche continue. Il est midi bien sonné et je cherche un abri pour y faire du feu. LA chance me fait un signe favorable : sur le petit chemin qui remonte les gorges de l’Estéron, voici un surplomb rocheux qui me ménage plusieurs mètres carrés de sec. Bientôt le feu pétille et l’odeur des tomates à la férigoulette aiguise mon appétit qui n’a pourtant pas besoin de çà.</p>
<p>Les nuages bas se déchirent aux collines environnantes et il bruine d’une manière obstinée aussi je prends la grande tenue de pluie avec pantalons et guêtres avant de repartir vers Carros prochain village étape.</p>
<p>La route offre constamment de belles vues mais le temps bouché limite fort la visibilité, aussi je me contente du paysage immédiat qui est d’ailleurs très riant. La montagne n’est plus : ce ne sont que des collines avec pinèdes, vignes et autres cultures qui vaut l’orientation  si importante ici où le soleil cuit quand il s’attarde.</p>
<p>Mais aujourd’hui il ne s’attarde pas ! Voici trois heures que le ciel prodigue ses eaux sans interruption. Je fais une pause dans un cabanon à moitié ruiné. Je me remémore joyeusement la formule classique : « Climat méditerranéen précipitations courtes mais abondantes ». Or voici un crachin breton des mieux imités et qui tombe avec une application et une persévérance dignes de meilleures causes. Je repars, toujours sous la bruine, et arrive à Carros village fortifié et perché sur un sommet comme souvent dans ce pays où les Sarrasins ont longtemps fait parler d’eux. Très pittoresques avec ses noms de rues écrites en provençal sur ses vieilles maisons caractéristiques, Carros est presque désert. Horreur sans nom, le village parait privé de café ! Enfin, j’en déniche un dont l’installation commerciale et le matériel est surement antérieur aux incursions sarrasines citées plus haut. Qu’importe puisque l’on y trouve le rosé que je me suis fait une tradition de déguster à mes haltes. Solitaire dans une pièce claire-obscure, je casse la croûte pendant que dehors l’eau ruisselle paisiblement.</p>
<p>Après quelques achats dans une épicerie minuscule je repars sur la route de Vence.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/09/009-052-scaled.jpg" rel="grid-1" class="item view" title="sur la route de Vence"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/09/009-052-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/09/009-053-scaled.jpg" rel="grid-1" class="item view" title="sur la route de Vence"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/09/009-053-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Sauf de rares accalmies la pluie continue et une fois encore un cabanon me servira d’abri pour une halte de plus d’une demi-heure pendant laquelle je guetterai une trêve de mon ennemi qui cascade des tuiles.</p>
<p>Enfin, laissant Gattières (qui parait ressembler à Carros comme deux gouttes d’huile d’olives) à ma gauche j’arpente la route de Vence à une allure de dératé pour profiter de l’arrêt des écluses célestes. Saint-Médard en aurait-il assez ? J’avale ainsi 2 ou 3 km. en pulvérisant probablement plusieurs records olympiques quand un camp me fait signe sur ma droite.</p>
<p>Sur une colline où subsistent des terrasses maintenues par des mulets aux trois quarts ruinés, parmi les pins, avec vue sur la mer (elle se montre par intervalles depuis un quart d’heure) sur la montagne, sur le Var et sur des ruines historiques (d’ailleurs trop massives pour être belles). Que peut-on vouloir de plus ?</p>
<p>Petite capitulation inspirée par l’humidité générale je mangerai froid d’autant plus qu’un repas léger s’impose car les dernières victuailles prises ne semblent pas d’accord à l’intérieur du bonhomme</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/09/009-055.jpg" rel="grid-51" class="item view" title="Un tour dans le vieux Vence"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/09/009-055.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/09/009-054-scaled.jpg" rel="grid-51" class="item view" title="Un tour dans le vieux Vence"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/09/009-054-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Le ciel débarbouillé est maintenant d’un bleu tout propre. Pendant que mes affaires sèchent je récolte assez de bois sec pour faire un feu qui servira surtout à brûler mes détritus car mon chocolat cuit sur le réchaud à essence. Il faut bien qu’il me serve de temps à autre celui-là !</p>
<p>Départ tardif pour Vence vers 9 heures.</p>
<p>Un vieux paysan bavard, mais pourtant sympathique, me fait un bout de conduite sur la route.</p>
<p>Avant d’entrer à Vence, je fais une toilette extra rapide à une borne-fontaine car je suis un peu trop crasseux d’autant plus que, méprisant le rasage depuis le début des vacances, je commence à avoir une mine patibulaire et que ce minimum s’imposait.</p>
<p>Un tour dans le vieux Vence. Photos. Puis pastis bienvenu à la terrasse d’un café ombragé où je lie connaissance avec deux petites girls-scouts qui me garantissent des camps agréables au bord de la Grande Bleue côté de Cagues. Sur ces conseils c’est donc là que je finirais ma randonnée et une fois de plus voici la route devant moi.</p>
<p>Un peu avant Saint-Paul de Vence, je déjeune dans un maquis en surveillant étroitement mon feu car ici tout est très sec et une imprudence pourrait avoir des proportions redoutables.</p>
<p>Après une rapide traversée de St-Paul la sophistiqué où tout parait décors de cinéma à force de vouloir être trop pittoresquement campagnard et médiéval (combien de boutiques d’antiquaires et comme partout on sent l’exploitation du touriste), je descends dans des cultures écrasées de soleil. Un petit bois de bambous offre un curieux aspect exotique puis ce sont des jardins de maraichers, des cabanons. La côté est proche et le pittoresque vrai disparaît. Voici Cagues dont la ville haute me regarde passer du haut de son rocher et après bien des détours pour la joindre, la Mer.</p>
<p>Ininterrompue, une digue-promenade la borde, et je me demande où mes scouts conseillers ont pu voir des « champs où l’on campe agréablement ». Une fois de plus l’esprit scout diverge de l’esprit patagon.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/09/009-056-scaled.jpg" rel="grid-9" class="item view" title="Camps montagnards"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/09/009-056-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/09/009-057-scaled.jpg" rel="grid-9" class="item view" title="Camps montagnards"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/09/009-057-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Je me restaure à l’abri d’une terrasse couverte de café et commande un thé très complet pour me mettre à l’unisson car ici le fromage arrosé de vin rouge n’est plus de mise.</p>
<p>Des nuages couvrent peu à peu le ciel poussés par un vent furieux qui a au moins le mérite de faire disparaitre les mathieux.</p>
<p>Puis je pars à la recherche d’un camp qui ne pourra être que de secours car ici c’est la Côte d’Azur et il ne faut pas demander l’impossible ! Je longe la mer rempli de la nostalgie de mes beaux camps montagnards. Un terrain vague m’offre ses possibilités de camp. Quelle déchéance ! Un champ de course en cours d’établissement me fait moins horreur car il conserve des arbres majestueux et il est plus à l’écart, mais une solide barrière le protège. Le chef contremaître duquel je sollicite une autorisation me répond aimablement mais négativement. Où aller sans déchoir ? La ville est dominée par des collines boisées : voyons là-haut.</p>
<p>J’arrive dans un endroit faisable parmi les pins où une herbe rare est agréable aux reins. Je domine la mer et la ville que la brume commence à me dissimuler. Je fignole mon installation en position de combat paravent avec un rameau d’olivier pour changer la hauteur de mon mat et rendre la silhouette plus aérodynamique car le vent se lève.</p>
<p>Mon radius ronfle. Et moi peu après.</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/09/009-060-scaled.jpg" rel="grid-96" class="item view" title="Que de souvenirs…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/09/009-060-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/09/009-058-scaled.jpg" rel="grid-96" class="item view" title="Que de souvenirs…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/09/009-058-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/09/009-059-scaled.jpg" rel="grid-96" class="item view" title="Que de souvenirs…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/09/009-059-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>La nuit la pluie a encore frappé à ma porte puis ce matin, lassée de ces politesses sans fin, elle est entrée dans ma tente en sournoise. Je lutte contre son intrusion pendant que le Radius ronfle d’irritation sous le breakfast qui cuit. Mais je ne suis pas le plus fort et, mon ovomaltine avalée, je suis contraint à un repli stratégique et laisse la place à mon ennemie. Je plie le matériel et décroche vers la gare où la pluie m’accompagne en me rendant les honneurs militaires mérités par ma belle résistance.</p>
<p>Malgré la pluie. Malgré les vêtements humides. Malgré l’attente du train. Malgré la fin des vacances. Que je suis heureux de ces magnifiques journées passées dans de si beaux décors. Que de souvenirs pour les jours à venir ! Quel orgueil ! Pas tant vis-à-vis de ces malheureux mathieux qui dans leurs vêtements endimanchés attendant la fin de l’averse en maugréant impatients de courir à leurs pauvres distractions habituelles.</p>
<p>On les appelle mes semblables…</p>
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		<title>Par Monts et par Vaux</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bernard Van Leckwyck]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 05 Apr 1950 17:22:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Alpes]]></category>
		<category><![CDATA[Carnet 9]]></category>
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					<description><![CDATA[avril 1950 Après un peu de route, un raccourci s’offre vers le Bourguet et je descends dans un décor charmant de buis et de rocailles où les lézards courent partout....]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;"><span style="text-decoration: underline;">avril 1950</span></p>
<figure id="attachment_1566" aria-describedby="caption-attachment-1566" style="width: 225px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-009.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-1566" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-009-225x300.jpg" alt="Saint-Sauveur…" width="225" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-009-225x300.jpg 225w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-009-769x1024.jpg 769w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-009-768x1023.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-009-1154x1536.jpg 1154w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-009.jpg 1321w" sizes="auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1566" class="wp-caption-text">Saint-Sauveur…</figcaption></figure>
<p>Après un peu de route, un raccourci s’offre vers le Bourguet et je descends dans un décor charmant de buis et de rocailles où les lézards courent partout. Après une passerelle rustique sur la Tinée, voici la goudronnée où mon car roulait il y a deux jours : je descends vers Saint-Sauveur d’où je compte joindre la vallée du Cians par le col de la Couillole.</p>
<p>Cette belle nationale suit le torrent qui bondit dans un site légèrement boisé où les coins de camps sollicitent partout le randonneur. Mais il est encore trop tôt.</p>
<p>Quelques kilomètres avant Isola un compagnon de route s’adjoint à moi : un gars du pays qui ne peut sortir dix mots sans y mettre « Ah ! Diable ! ». Il me quitte en arrivant à Isola à l’église rose bonbon où un gendarme un peu soupçonneux me demande d’où je viens. Son enquête n’ira d’ailleurs pas plus loin.</p>
<p>A moins de dix mètres de la R.N. un coin cependant très sympathique s’offre à moi et pendant que j’y monte l’itisa un gamin du pays vient se planter là en cherchant à lier conversation. Après m’être renseigné il est évident qu’il ne peut m’être utile à me procurer du lait. Aussi devant mon mutisme il finit par battre en retraite. Quelques passants me taillent une bavette au passage. C’est à peine si j’écoute ce qu’ils disent tant je connais ce genre de parlottes et je réponds invariablement :</p>
<p>« Oui, on est chargé quand on porte sa maison sur son dos. » « Non, le sac n’est pas lourd quand on a l’habitude. » « Non, je n’ai pas froid la nuit, je suis bien couvert. » « Non, je ne m’ennuie pas tout seul. ».</p>
<p>Je me souviens avoir lu, guide Michelin dixit qu’on distingue deux types de Provençaux : le montagnard taciturne et l’habitant des plaines prolixe. Que doivent être ceux d’en-bas !</p>
<p>Ces fréquentations ont pourtant de bons côtés : ici j’arrive à me procurer un litre de lait sans avoir à me déranger. Heureuse contre-partie.</p>
<p>Bientôt je m’endors au bruit de la Tinée qui batifole à deux pas devant ma tente.</p>
<p>Je lève le camp de bonne heure pour éviter la grande chaleur. La rivière est ici très encaissée dans des gorges fort pittoresques : de plus en plus je soutiens qu’il est des nationales non hideuses, où les bornes défilent allègrement. Sur 7 ou 8 km, je longe la frontière franco-italienne marquée ici par la Tinée dont quelques passerelles enjambent les eaux bouillonnantes. Chauvin convaincu je ne daigne poser mes pieds patagons en terre étrangère ! Au Rocher de Valabre un petit blockhaus et quelques mots tracés dans le ciment rappellent ou apprennent l’existence des « Défenseurs de Valabre » qui montèrent la garde face à la vallée italienne qui rejoint ici celle de la Tinée. Ambiance « pour qui sonne le glas » avec sentier muletier où il devait faire bon bousiller les bonhommes d’en face depuis cette position dominante.</p>
<p>Après ce court témoignage de l’esprit guerrier en voici un du mathieusage des hommes. Aux abords de l’usine hydro-électrique du Pont de Paule où un barrage escamote les 9/10 du torrent pour l’envoyer au diable vauvert sous la montagne, des scouts ont établit un camp. Chef d’œuvre de discernement qui leur à fait choisir avec un sûr instinct le seul coin industriel qu’on puisse vraisemblablement trouver à 10 km. à la ronde. Tout ceci avec pancarte indiquant le district dont ils dépendent et tentes rangées en avenue. Le camp officiel tout craché !</p>
<figure id="attachment_1567" aria-describedby="caption-attachment-1567" style="width: 197px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-010-scaled.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-1567" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-010-197x300.jpg" alt="une grange charmante" width="197" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-010-197x300.jpg 197w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-010-671x1024.jpg 671w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-010-768x1172.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-010-1006x1536.jpg 1006w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-010-scaled.jpg 1341w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-010-1320x2015.jpg 1320w" sizes="auto, (max-width: 197px) 100vw, 197px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1567" class="wp-caption-text">une grange charmante</figcaption></figure>
<p>Une halte près d’une grange charmante avec point de vue impeccable sur la vallée redevenue pittoresque me console un peu plus loin des divagations de ces scouts mathieux.</p>
<p>Puis je repars vers Saint-Sauveur assez proche maintenant. Malgré l’excellence de la route, les 14 km. avalés depuis ce matin commencent à se faire sentir, et comme, de plus, le soleil est descendu partout et rôtit la vallée à présent, j’ai la tête aussi lourde que les pieds mous.</p>
<p>Enfin voici l’agglomération. Je m’y ravitaille, fais quelques photos avant de regagner péniblement la campagne au pont-route de Roubion, seul endroit pas trop éloigné où l’on puisse trouver ombre, tranquillité et au besoin monter la tente. Car je suis si fatigué que j’envisage de ne pas aller plus loin aujourd’hui.</p>
<p>Mais je récupère petit à petit et, après le déjeuner que je fignole je me sens mieux. Je profite de mon repos pour coudre un mouchoir en couvre-nuque à ma casquette norvégienne. Cela me donnera l’air d’un « joyeux » mais sans cette précaution l’insolation est pour moi une proche certitude.</p>
<p>En route vers Roubion maintenant. Des raccourcis m’évitent les innombrables lacets de la route qui lézarde sans fin et me voici au flanc d’une gorge boisée au fond de laquelle coule la Vionène parfois resserrée en des clues impressionnantes. Curieux aspect d’une cascade sur la rive d’en face, qui en dit majestueusement après avoir trouvé le rocher à l’emporte-pièce.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-012.jpg" rel="grid-76" class="item view" title="Une source est la bienvenue"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-012.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-011.jpg" rel="grid-76" class="item view" title=""><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-011.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Me voici à nouveau sur la goudronnée et la chaleur m’accable car je monte presque face au soleil. Je dois encore tenir au moins deux kilomètres avant le moindre espoir d’arrêt, car l’itisa est impossible à monter ici. Au carrefour de la route qui grimpe sur Roure une source est la bienvenue. Enfin, miséricordieux, le versant nord étend son ombre jusqu’à moi. Il était temps car seuls quatre tunnels m’avaient rafraichi et j’étais presque étonné de ne pas voir ma cervelle couler par mes oreilles.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-014-scaled.jpg" rel="grid-37" class="item view" title="Roubion "><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-014-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-013-scaled.jpg" rel="grid-37" class="item view" title="Quel emplacement…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-013-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Voici le pont qui me fait changer de versant et un camp y est possible. Mais comme sa maçonnerie me semble manquer de pittoresque et comme j’ai retrouvé la grande forme, je décide de monter plus haut pour le camp de ce soir.</p>
<p>Un vieux berger m’avait parlé d’un raccourci : je le trouve en effet, mais mon bonhomme n’a pas dû le prendre depuis un moment : le sentier que je suis un peu est complètement abandonné et couvert d’éboulis de pierre délitée et coupante où la marche est pénible et dangereuse. Je redescends donc vers la route qui d’ailleurs gagne vite en altitude et devient de plus en plus pittoresque. Possibilités de camper un peu partout. Comme le héron de la fable, j’hésite longtemps et ce n’est qu’in extremis que je découvre ce qu’il me faut : quel emplacement, mes amis !</p>
<p>Quelques paysans montant à Roubion qui me domine de quelques centaines de mètres me font tous la même réflexion : « Vous êtes en plein courant d’air, vous allez gelez cette nuit ». Outre que les histoires de nuits froides commencent à me laisser sceptique, je suis persuadé qu’une vue pareille vaut tous les courants d’air du monde.</p>
<p>Ce matin beau temps : tout naturel, n’est-ce pas, la Provence n’est-elle pas le pays du soleil ? Laissant à regret mon si beau camp, je pars vers Roubion où je fais provision d’eau. Pittoresque village dont j’aurais pourtant peu de souvenirs photographiques car Foca me joue des tours et la grande vide que j’improvise chambre noire pour réparer mon engin n’est pas assez sombre : film voilé.</p>
<figure id="attachment_1572" aria-describedby="caption-attachment-1572" style="width: 700px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-015.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-1572 size-large" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-015-700x1024.jpg" alt="Un paysage d’une aridité peu commune" width="700" height="1024" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-015-700x1024.jpg 700w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-015-205x300.jpg 205w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-015-768x1123.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-015-1051x1536.jpg 1051w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-015.jpg 1234w" sizes="auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1572" class="wp-caption-text">Un paysage d’une aridité peu commune</figcaption></figure>
<p>Par un sentier qui serpente parmi les buis, j’attaque le col. Montée sans histoires au milieu de panoramas qui s’élargissent sans cesse en aperçus nouveaux. Les derniers kilomètres se déroulent dans un paysage d’une aridité peu commune où quelques plaques de neige attardées soulignent l’altitude. Marqué d’un poteau rustique voici le col atteint et la descente sur la face nord se fait sur la neige. Mon alpenstock improvisé en noisetier est utile pour prévenir les dérapages sur la « tôlée ».</p>
<div class="photoGrid four clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-017.jpg" rel="grid-37" class="item view" title="l’autre côté du vallon est encore tout enneigé"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-017.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-016-scaled.jpg" rel="grid-37" class="item view" title="Sur la neige"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-016-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-019-scaled.jpg" rel="grid-37" class="item view" title="Un torrent à sec"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-019-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-018-scaled.jpg" rel="grid-37" class="item view" title="Un torrent à sec"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-018-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Bientôt les herbages reparaissent de sous leur parure hivernale et je fais une halte casse-croûte. Un sentier facile serpentant sur un versant sud me laissera ensuite rôtir au soleil pendant la descente, alors qu’à moins de deux cent mètres l’autre côté du vallon est encore tout enneigé et que ses mélèzes jouent les arbres de Noël. Je descends rapidement malgré la gêne dans mon genou gauche qui subsiste dès que je fatigue un peu depuis ma chute à ski : le chemin est très bon.</p>
<p>Voici la vallée du Cians presque à sec avec Beuil qui monte la garde sur un mamelon. Un torrent à sec bordés de rochers particulièrement déchiquetés me conduit au fond de la vallée. Quel dommage de ne pouvoir s’arrêter au bord du Cians pour le repas ! Je dois monter à Beuil avant midi pour me ravitailler : un sentier escalier, quand ce n’est pas échelle, m’épargne la route serpentine qui allonge son ruban de goudron jusqu’à la ville. C’est un important centre touristique et cela se sent aux multiples hôtels, restaurants et marchands de souvenirs. Plus difficiles d’y trouver des légumes frais, par exemple ! Un maraicher amblant achève de ranger ses marchandises dans son camion : « Trop tard pour avoir des tomates, Madame ? » « Non, combien en voulez-vous ? ». Ce kilo m’est compté 200 francs ! Les immondes Philistins… Peut-être pris de remords tardifs, ils me proposeront une place dans leur camion un peu plus tard sur la route. Je préfère la dignité de la marche à pied, évidemment.</p>
<figure id="attachment_1577" aria-describedby="caption-attachment-1577" style="width: 1908px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-020.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-1577" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-020.jpg" alt="Le lac de Beuil" width="1908" height="1170" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-020.jpg 1908w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-020-300x184.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-020-1024x628.jpg 1024w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-020-768x471.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-020-1536x942.jpg 1536w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-020-1320x809.jpg 1320w" sizes="auto, (max-width: 1908px) 100vw, 1908px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1577" class="wp-caption-text">Le lac de Beuil</figcaption></figure>
<p>Il est près de 14 heures quand je trouve un coin assez loin de la ville pour y être tranquille et dans un cadre agréable pour déjeuner. Mais que l’ombre est rare ! Quelques nuages bienvenus tempèrent par moment l’ardeur du soleil. Après manger, je laisse passer le plus gros de la chaleur en écrivant un peu de courrier, puis départ pour le lac de Beuil, prochain objectif. Aux Larmes, deux muletiers avec leurs bêtes constituent une photo de choix, hélas ils s’aperçoivent que je vais les photographier : ils prennent aussitôt des poses dites avantageuses qui retirent tout intérêt au cliché.</p>
<figure id="attachment_1578" aria-describedby="caption-attachment-1578" style="width: 748px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-021-scaled.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-1578 size-large" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-021-748x1024.jpg" alt="Quelle surprise me réservait la face nord" width="748" height="1024" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-021-748x1024.jpg 748w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-021-219x300.jpg 219w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-021-768x1051.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-021-1122x1536.jpg 1122w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-021-scaled.jpg 1496w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-021-1320x1807.jpg 1320w" sizes="auto, (max-width: 748px) 100vw, 748px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1578" class="wp-caption-text">Quelle surprise me réservait la face nord</figcaption></figure>
<p>Traversée d’un plateau où se trouvent multiples vestiges militaires, c’est-à-dire ordures, du grand camp qui fut établi ici. Encore deux petites gorges à traverser et voici les environs immédiats du lac avec un camp « comme ça » à faire avec une vue impressionnante. En short et jambes nues je fais de vastes zigzags pour éviter l’épaisse neige molle qui traine partout ici. Enfin voici le lac qui me déçoit un peu. Il est d’une étrange couleur vert jaunâtre et couvert de neige à moitié fondue. Après une délicate traversée de gros éboulis chancelants, j’atteins une crête.</p>
<p>Quelle surprise me réservait la face nord ! Quelle épaisseur et abondance de neige ! Après quelques pas je comprends que les guêtres s’imposent. Guêtres américaines sur jambes nues et en short le torse nu voilà qui fait très pin-up du music-hall…</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-023-scaled.jpg" rel="grid-73" class="item view" title="une route"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-023-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-022-scaled.jpg" rel="grid-73" class="item view" title="1 km de neige	"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-022-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>La marche est épuisante dans cette soupe où à chaque pas on enfonce de 20 à 60 cm. De plus, la lumière est cruelle : je sors les lunettes.</p>
<p>Parfois, à l’ombre, la neige porte encore. Ici, dans ce creux de vallon, un pont de neige enjambe un ruisselet qu’on entend chantonner. J’avance avec peu de confiance en sondant avec mon bâton : la neige me portera-t-elle ? Brusquement une vaste plaque de neige dont je suis le centre s’affaisse de quelques centimètres avec un bruissement étouffé. Impression angoissante : je passe en vitesse…</p>
<p>Après environ 1 km. de neige, j’arrive au col de l’Espaul où j’emprunte le versant sud. Une route boueuse suit de haut le ruisseau de Roya. Je l’abandonne pour un sentier auquel je dois bientôt renoncer car il devient invisible sur un plateau couvert de neige. Il me resterait la possibilité de me diriger à la boussole mais il est près de 18 heures, et je commence à être las car j’ai fourni une assez dure étape aujourd’hui et les possibilités de camps par ici… Aussi, je rattrape ma route qui me mène en vue de Valberg au-dessus duquel je m’installerai sans le voir, limitant mon point de vue aux ¾ de l’horizon seulement.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-024-scaled.jpg" rel="grid-5" class="item view" title="Point de vue"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-024-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-025-scaled.jpg" rel="grid-5" class="item view" title="Point de vue"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-025-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Le soleil se couche dans une débauche de lumière où se découpe avec une netteté merveilleuse une barrière rocheuse figurant, à un endroit, une chauve-souris ailes déployées. La voici baptisée.</p>
<p>Je dine assez tard ayant passé mon temps à admirer le paysage. De plus, le rare bois découvert brûler horriblement mal et je me livre à de longs exercices pulmonaires sans grands résultats.</p>
<p>Je me lève à 5h ½ pour profiter du lever du soleil. Mais ce misérable me fait attendre près d’une heure avant de se montrer : ceci dans un froid glacial. Mais quel spectacle magnifique…</p>
<p>Comme une source chante à deux pas c’est grand nettoyage ce matin, sauf ma barbe que j’ai décidé de ne pas raser autant pour m’épargner cette corvée que pour m’alléger d’un rasoir.</p>
<p>Je lève le camp assez tard malgré mon réveil matinal et prend le sentier qui double la route de Péone.</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-026-scaled.jpg" rel="grid-95" class="item view" title="Péone"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-026-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-027-scaled.jpg" rel="grid-95" class="item view" title="Péone"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-027-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-028-scaled.jpg" rel="grid-95" class="item view" title="Péone"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-028-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Un peu de neige au début puis marche facile dans d’amusants lacets qui découvrent sans cesse des points de vue nouveaux. Après la traversée à gué d’un filet d’eau qui a nom Aigue Blanche, voici Péone où j’achète quelques ravitaillements et muse un peu dans les vieilles rues pittoresques.</p>
<p>Puis la goudronnée me mène au long du torrent Tuébi perdu dans son lit immense de rocaille. Il est midi passé et il fait une chaleur épouvantable, mais cette route en corniche est sans pitié et je dois aller presque jusqu’à Guillaume avant de trouver un ombrage où m’arrêter. Par goût plus que par paresse je mange froid puis, écroulé, je digère un peu avant de repartir sur Guillaume tout proche. La température est d’ailleurs encore très dure et les deux kilomètres restant me laissent anéanti à la terrasse d’un café où la rédaction de courrier est un honorable prétexte à un indispensable repos.</p>
<p>Ce n’est que vers 17 heures que je prends la route le long du Var que je remonte maintenant. Mon plan : tenter le passage du Col des Champs au-dessus de 2 000 mètres ce qui est très aléatoire vu l’époque et l’orientation du col. Demain sera une étape dure aussi ce soir dois-je camper le plus près possible de mon objectif. Je trouverai un pré surplombant la route à un kilomètre en aval de Saint Martin d’Entraumes. Beau décor pour cette nuit.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-030-scaled.jpg" rel="grid-87" class="item view" title="Aiguilles de Palens"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-030-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-029-scaled.jpg" rel="grid-87" class="item view" title="Beau décor pour cette nuit"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-029-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Vers 7 heures je traverse Saint-Martin où presque tout le monde dort encore et j’attaque la route en corniche qui remonte la vallée du Monnard. Le vent qui souffle et l’heure matinale rendent la chaleur supportable et au hameau dit Le Monnard où je renouvelle ma provision d’eau, un vieux de 70 ans me taille une bavette en me donnant quelques conseils pour franchir le col : « Attention, tout doit être en neige là-haut. Il y a X années j’avais de la neige jusqu’au ventre. J’ai failli y laisser ma peau… ». Sous ces heureux auspices, je continue la montée.</p>
<p>Je suis maintenant au pied des Aiguilles de Paleus, la montagne à profil de chauve-souris que j’admirais avant-hier soir à l’horizon et là-haut le vent doit souffler ferme à en juger par les écharpes de neige s’envolant aux sommets déchiquetés.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-032-scaled.jpg" rel="grid-55" class="item view" title="Chastelonette"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-032-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-031-scaled.jpg" rel="grid-55" class="item view" title="La forêt du Désert"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-031-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Je chemine sur une crête d’où l’on jouit d’une vue très étendue sur les vallées du Var à droite et du Monnard à gauche et voici la neige qui reparait. Je fais halte sur un plateau que borde à l’Ouest la forêt du Désert et de cet endroit d’où j’ai une assez bonne vue sur le col j’étudie l’itinéraire en cassant la croûte.</p>
<p>Le passage sera sans doute très dure car le col est tout blanc et malgré mes efforts pour aller aussi vite que possible il est déjà plus de 10 heures et la neige ramollit fort malgré le vent froid qui souffle en furieux.</p>
<p>Je mets les guêtres et en route. Le chemin devient rapidement délicat avec les habituelles alternatives de « soupe » et de « tôle ». Arrivé à Chastelonnette, dernier hameau avant le col, je voudrais avoir quelques conseils mais pas un chat.</p>
<p>Je monte encore dans la neige de plus en plus profonde. Bien que ma route soit bien tracée il me faut bientôt capitulez car j’ai encore plus de 300m de dénivelé à franchir et déjà la neige me vient jusqu’aux cuisses. Il y a encore une huitaine de km. dans la neige et l’autre versant comporte des à-pics enneigés. Seul, la partie est trop dangereuse pour être tenté à cette époque surtout avec la hauteur de neige de cette année. Je suis donc contraint à faire demi-tour ce que je fais la mort dans l’âme, mais continuer serait un quasi suicide.</p>
<figure id="attachment_1590" aria-describedby="caption-attachment-1590" style="width: 670px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-033-scaled.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-large wp-image-1590" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-033-670x1024.jpg" alt="Seul, la partie est trop dangereuse… surtout avec la hauteur de neige de cette année" width="670" height="1024" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-033-670x1024.jpg 670w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-033-196x300.jpg 196w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-033-768x1174.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-033-1005x1536.jpg 1005w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-033-scaled.jpg 1340w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-033-1320x2018.jpg 1320w" sizes="auto, (max-width: 670px) 100vw, 670px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1590" class="wp-caption-text">Seul, la partie est trop dangereuse… surtout avec la hauteur de neige de cette année</figcaption></figure>
<p>C’est un vaincu qui redescend ! Deuxième défaite des vacances…</p>
<p>Au Monnard je choisis un sentier qui m’évitera la route prise à l’aller.</p>
<figure id="attachment_1591" aria-describedby="caption-attachment-1591" style="width: 2048px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-034-scaled.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-1591" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-034-scaled.jpg" alt="Deuxième défaite des vacances…" width="2048" height="1284" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-034-scaled.jpg 2048w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-034-300x188.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-034-1024x642.jpg 1024w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-034-768x482.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-034-1536x963.jpg 1536w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-034-1320x828.jpg 1320w" sizes="auto, (max-width: 2048px) 100vw, 2048px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1591" class="wp-caption-text">Deuxième défaite des vacances…</figcaption></figure>
<p>Abondance de bien ne nuit pas, mais abondance de sentiers ? Je vasouille dans des sentiers forestiers à flanc de coteaux et pour avoir tenté, dégoûté de leur multiplicité dont la carte ne dit pas un mot, de couper au plus court, je me trouve sur des à-pics impressionnants couverts d’un maquis que j’arrose de litres de sueur. Pour souffler un peu je déjeune et enfin je trouve le bon sentier qui retourne à la jungle comme on me l’avait dit. Plus qu’un torrent à traverser à gué et revoici la goudronnée où marchait hier si fièrement le passeur de cols. Pauvre passeur de cols !</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-036-scaled.jpg" rel="grid-92" class="item view" title="Nuages qui s’amassent au nord"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-036-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-035-scaled.jpg" rel="grid-92" class="item view" title="Je campe dans un petit bosquet de pins"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-035-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Après un pastis à Villeneuve d’Entraunes, je campe dans un petit bosquet de pins repéré à la montée non loin de cette ville. Le vent qui ne faiblit pas amène de menaçants nuages qui s’amassent au nord. Pleuvrait-il parfois en Provence, pays du Soleil ?</p>
<p>Le feu de ce soir me donne bien du souci car tout est très sec à l’entour et avec ce zeff infatigable je dois surveiller de très près le feu de bois de pin qui ronfle comme une forge.</p>
<p>Aujourd’hui lundi de Pâques, je passe la matinée en camps de repos : lavage du gars, du linge et travaux de couture. Trêve bien méritée car après la dure journée d’hier, j’ai passé une assez mauvaise nuit tourmenté par les coups de soleil que la réverbération de la neige n’a pas manqué de me donner. De plus le vent n’a cessé de la nuit me donnant un peu de crainte pour la solidité de la tente. Heureusement qu’une innovation de montagne du tendeur avant me renforçait ma confiance. Quoiqu’il en soit me reposer jusqu’à midi c’est la limite. Le camp fixe n’est pas pour moi : surtout seul le temps s’y traîne.</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-038.jpg" rel="grid-96" class="item view" title="Jeu de boules"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-038.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-039-scaled.jpg" rel="grid-96" class="item view" title="Jeu de boules"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-039-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-037.jpg" rel="grid-96" class="item view" title="un petit coup"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-037.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Je pars donc intelligemment vers midi quand le soleil est au plus haut. Résultat normal : coup de pompe au bout de 4 ou 5 km. Je dois me reposer à Guillaume où après un petit coup au café je m’initie aux mystères du jeu de boules avec une équipe de Provençaux typiques jusqu’à la caricature. Je finis ainsi la journée dans un farniente intégral, ne pouvant même pas téléphoner à Paris d’où je dois avoir des nouvelles indispensables car lundi de Pâques il n’y a surement personne pour me répondre là-bas. Demain à la première heure je donnerai mon coup de fil, aussi ce soir il me faut camper tout près de la ville. A deux cents mètres de l’agglomération je trouve un endroit cependant très pittoresque et tranquille au pied d’une falaise à pic. Des buissons abritent discrètement. C’est quasiment un camp officiel car c’est situé au bout de la propriété d’une jeune donc très aimable qui me permet de passer la nuit là. Mathieusage, tu montres le bout de ton oreille !</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-041-scaled.jpg" rel="grid-9" class="item view" title="Les fameuses gorges de Daluis"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-041-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-042-scaled.jpg" rel="grid-9" class="item view" title="Les fameuses gorges de Daluis"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-042-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-040-scaled.jpg" rel="grid-9" class="item view" title="Mignonne chapelle"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-040-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Ce matin, je suis à la poste dès l’ouverture. « C’est long pour avoir Paris ? ». « Depuis quelques mois ça va très vite » me répond le receveur des P.T.T. dont l’accent « pointu » jure avec celui de ses habituels clients. En fait ce n’est qu’1h ½ après que j’aurais ma communication. Je reprends la route en savourant mieux mes vacances après ce rappel de la vie parisienne.</p>
<p>Après un court trajet au long du Var (mignonne chapelle à gauche) la route se laisse distancer par le fleuve qui s’enfonce dans les fameuses gorges de Daluis. La goudronnée est large et mathieux au possible avec ses sens giratoires aux endroits les plus dangereux, mais pourtant quelles vues ! Le Var serpente minuscule aux fonds d’à-pics de 2 à 300 mètres de haut taillés dans un schiste rouge carminé piqué çà et là d’arbustes rachitiques. Sauf le fleuve, atteignable nulle part sauf un ou deux sentiers de chèvres, sur plus de 10 km. de route je ne vois pas une goutte d’eau. Seules, sur l’autre versant, quelques cascades hors de portée.</p>
<p>Je suis dans une bonne forme physique après mon repos d’hier aussi les bornes défilent-elles mangées par le pittoresque du paysage. Temps idéal qui écrase de chaleur et de soleil ce pays couleur de sang : le touriste est servit à souhait. Notre Dame de la Route, saluée au passage, et qui veille à l’entrée des gorges m’aura reconnu pour un de ses amis.</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-045-scaled.jpg" rel="grid-46" class="item view" title="La sortie des gorges"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-045-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-043.jpg" rel="grid-46" class="item view" title="Notre Dame de la Route…
Saluée au passage
"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-043.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-044-scaled.jpg" rel="grid-46" class="item view" title="Pittoresque du paysage"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-044-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Voici la sortie des gorges et le village de Daluis où je me ravitaille avant de descendre déjeuner près d’un petit ruisseau affluent du Var. C’est un coin discret dans les broussailles mais non tranquille car au-dessus de moi des ouvriers ébranlent les échos du bruit de leurs perceuses pneumatiques travaillant à élargir la route. Comme si leurs machines ne suffisaient pas ils braillent je ne sais quoi. Et puis silence ! Bravo pour eux aussi ce doit être la pause.</p>
<p>Baôôôômmmm ! Kès à Ko ? C’est la guerre ? Une pluie de pavetons arrose mon coin discret certains parpaings étant gros comme mon poing ! Je comprends soudain les cris (de mise à l’abri), le silence et l’explosion : ils font sauter du rocher à l’explosif ! Je continue mon déjeuner en prêtant une oreille moins distraite aux bruits d’alentours.</p>
<p>Après cette halte bombardière, je suis la nationale un court moment jusqu’à la passerelle qui enjambe le Var. Sur l’autre rive débute le sentier qui monte au col de Saint-Léger. Enfin il devrait débuter car il est d’une remarquable discrétion, pour ne pas dire timidité, à son début. Puis il s’affirme au fur et à mesure qu’il s’élève. S’affirme aussi la force du vent qui amasse derrière moi des nuages livides du plus réjouissant effet sur un fond gris fer : un orage parait couver sur les montagnes à l’ouest. Ceci à au moins cela de bon, le soleil pâlit et autrement je rôtirais sur ce versant sud. D’ailleurs je suis tellement persuadé que le beau temps est de règle en Provence que je ne m’inquiète pas du temps à venir.</p>
<p>Le sentier a cessé de grimper pour serpenter sur un plateau couvert d’une maigre végétation de chênes nains. Rencontre avec un animal blanc que je n’ai aucun mal à identifier comme l’ursus alpinum méridionalis. A noter que ce fauve farouche a un comportement étonnamment proche de celui du toutou (clébarus vulgaris). Quelques aboiements, demi-tour et vent du bas ! C’est d’ailleurs le seul être vivant d’importance que je rencontrerai aujourd’hui. Le village de Saint-Léger lui-même est désert comme au temps de la grande peste noire. Après le petit pays, le sentier se fait route et j’atteins facilement le col de Saint Léger qui se rend sans combat aux environs de 1 070 mètres.</p>
<figure id="attachment_1603" aria-describedby="caption-attachment-1603" style="width: 215px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-046.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-1603" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-046-215x300.jpg" alt="L’endroit est sympathique" width="215" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-046-215x300.jpg 215w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-046-735x1024.jpg 735w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-046-768x1069.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-046-1103x1536.jpg 1103w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-046.jpg 1147w" sizes="auto, (max-width: 215px) 100vw, 215px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1603" class="wp-caption-text">L’endroit est sympathique</figcaption></figure>
<p>L’endroit est sympathique et je dresse l’itisa après de minutieux essais pour voir où souffle le moins le vent. Ces études aérodynamiques me sont dictées par le front de nuages du plus en plus épais qui s’établit derrière le col. La Provence a beau être le pays du ciel pur…</p>
<p>Ma première idée au matin est de regarder le ciel. Hum ! moins menaçant qu’hier mais moins pur que ce que j’avais pris l’habitude de contempler. Ce matin, plus d’eau potable, aussi je fais bouillir de l’eau croupie, la seule trouvable ici, pour préparer mon petit déjeuner. Avec quelques pastilles d’hydrostéryl en plus, j’espère échapper aux typhus, malaria, scorbut, septicémie et autres inconvénients.</p>
<p>Au moment de quitter le camp, mon regard tombe sur un nid perché à moins de deux mètres du sol dans un pin près duquel j’ai passé la nuit. Brusquement je me souviens du gros oiseau (ramier ?) qui s’est envolé hier soir alors que je n’étais plus qu’à quelques pas de son perchoir et qui m’a si bien fait sursauter. C’était sans doute la mère qui couvait. Hélas, les oisillons sont morts de froids cette nuit les parents n’ayant osé revenir avec ma tente si proche.</p>
<p>La route me reprend et après quelques raccourcis faciles donnant une vue très étendue sur la région me voici sur le pont suspendu qui enjambe La Roudoulé en doublant le vieux pont à demi ruiné qui fait le gros dos quelques centaines de mètres en aval.</p>
<p>Une grimpette très dure sur une sente des plus roides me conduit à la Croix où l’on m’apprend hélas qu’il n’y a pas de boulanger. « Allez à Auvare, ils ont des champs là-bas : ils boulangent ! » Parfait c’est sur ma route. Mais au paravent je me débarbouille un peu sérieusement au lavoir du village sous l’œil étonné et parfois réprobateur de divers bestiaux qui vienne s’abreuver. Frais comme une rose ( ?!) après ces ablutions, me voici sur le large sentier qui serpente à flanc de coteau vers Auvare et ne se décide à monter dur que quand il aperçoit la corniche de la route le surplombant. Je casse la croûte sur ce parapet et bientôt je vois monter une cravate-drapeau ornée de bateaux sur un fond agressif. Derrière la cravate une tenue fatiguée. Dans la tenue, un facteur tout content de causer un brin en interrompant sa montée. Le malheureux fait la route tous les jours pour monter le journal aux « paysans d’Auvare » (dédain, furieux de la cravate qui pour un peu pâlirait de dépit). Un peu soulagé d’avoir pleuré dans mon gilet, la cravate martyre s’éloigne.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-048-scaled.jpg" rel="grid-27" class="item view" title="Auvare"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-048-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-047-scaled.jpg" rel="grid-27" class="item view" title="Auvare"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-047-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Quelques maisons vieillottes serrées frileusement autour de la route qui finit là.</p>
<p>Je continue la route jusqu’à une pancarte indiquant « Auvare » mais derrière le vide ! La route en corniche fait un coude brusque et derrière voici quelques maisons vieillottes serrées frileusement autour de la route qui finit là. Le ciel maintenant gris et couvert accentue encore l’impression de Village de Bout du Monde. Des femmes lavent à une fontaine et m’indiquent où je pourrais trouver du pain. Quelques pas en arrière, monter cette cote et à tous les saints en général, une jeune fille est justement en train de pétrir de la pâte. Elle me cède une livre de brignolet.</p>
<figure id="attachment_1606" aria-describedby="caption-attachment-1606" style="width: 1891px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-049.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-1606" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-049.jpg" alt="pierrailles" width="1891" height="1243" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-049.jpg 1891w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-049-300x197.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-049-1024x673.jpg 1024w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-049-768x505.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-049-1536x1010.jpg 1536w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-049-1320x868.jpg 1320w" sizes="auto, (max-width: 1891px) 100vw, 1891px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1606" class="wp-caption-text">pierrailles</figcaption></figure>
<p>Cinq cents mètres avant le col, le sentier s’éparpille dans la nature et après un mémorable passage dans les églantiers voici le point culminant de la journée. Que me réserve l’autre versant ? Ce n’est que pierrailles en éboulis sans fin. Quant à parler de sentier là-dedans c’est faire preuve d’une naïveté frisant la bêtise. Une vague trace recouverte aux ¾ par les éboulis semble paraître deci delà.</p>
<p>Je commence la descente et dès que je suis hors du courant d’air qui souligne le col je m’arrête pour déjeuner. Un feu est allumé et pendant que j’admire la sauvagerie de ce qui environne, le ciel devient gris, quasi noir. Je suis face à une muraille rocheuse où s’accrochent quelques traces de neige et où des cailloux roulent de temps à autre. Vers le bas des pins rendent le paysage moins sévère et un petit lac étend ses eaux vertes. Mais quelle descente m’attend : près de deux kilomètres d’éboulis de première qualité avant d’avoir la possibilité de poser le pied sur quelques chose d’à-peu-près sûr. Je pars et m’aperçois n’avoir pas sous estimé les difficultés. J’ai les muscles des pattes en guimauve et la tête bourdonnante de ces sauts ininterrompus. Enfin voici que les traces du sentier prennent un peu de continuité et m’épargnent des difficultés. Je suis le ravin au fond duquel j’avais aperçu le lac et le terrain garde enfin une pente de moins de 15%. Il est vrai qu’il se venge à coups d’églantiers…</p>
<figure id="attachment_1607" aria-describedby="caption-attachment-1607" style="width: 2048px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-050-scaled.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-1607" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-050-scaled.jpg" alt="muraille…" width="2048" height="1280" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-050-scaled.jpg 2048w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-050-300x187.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-050-1024x640.jpg 1024w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-050-768x480.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-050-1536x960.jpg 1536w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1950/04/009-050-1320x825.jpg 1320w" sizes="auto, (max-width: 2048px) 100vw, 2048px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1607" class="wp-caption-text">muraille…</figcaption></figure>
<p>Je suis un peu groggy en arrivant à Rigaud où je m’écrase à la terrasse d’un bistro où quelques verres de rosé, pas des petits des « pointus » (traduction : des grands à pied) m’aident à me remettre de mes fatigues pendant que mon hôtesse va me chercher du ravitaillement. Eloignée, je ne l’entends plus et c’est le seul moyen d’être tranquille pour rédiger un peu de correspondance, car pour la faire taire…</p>
<p>Le temps, à force de devenir de plus en plus menaçant, est devenu un ciel d’apocalypse et ceci ajouté à ma fatigue me fait modifier mon itinéraire dans le sens mathieux. Au revoir la montagne, je descends à pied vers la côte et voilà pourquoi les gorges du Cians me voient ce soir arpentant la nationale qui en traverse les beautés.</p>
<p>Autant les Gorges de Daluis m’ont parues sèches et arides vues d’en haut, autant celles du Cians que je parcours par le fond sont remplies de sources, de fraicheur et de verdures. Elles sont d’une grandeur peu ordinaire et très chaotique. Impossible de monter une tente ici à moins de traverser à gué car l’autre rive présente quelques coins presque plats. Mais l’importance et la froidure de la rivière me poussent à continuer sur la rive droite dans l’espoir d’y trouver plus loin un endroit où m’arrêter. D’ailleurs, stimulé par le petit rosé de Rigaud, je suis en grande forme et rempli d’optimisme qui me fait également mépriser les menaces des nues.</p>
<p>Je croise un cyclo-campeur : un des rares frères rencontrés à ce jour. Comment diable le camping n’est-il pas plus développé dans une région pareille ? Paresse et mathieusage seraient-elles vraiment les deux mamelles de la Provence ?</p>
<p>J’arrive bientôt à la Clue à un km. environ de la sortie des gorges et comme le relief indique sur la carte le laissait espérer, voici un terrain plat. Je dresse ma tente juste sous le parapet de la nationale, mais, outre les buissons qui me la cachent, cette présence est effacée par la grandeur du cadre.</p>
<p>La tente est vite montée et bientôt le feu danse sous la casserole.</p>
<p>C’est alors que se produit l’incroyable : la Provence n’est pas le Pays de la Sècheresse Eternelle !</p>
<p>Il commence à pleuvoir…</p>
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		<title>Randonnée provençale &#8211; Vive le ski !</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bernard Van Leckwyck]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 03 Apr 1950 16:43:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Carnet 9]]></category>
		<category><![CDATA[Alpes]]></category>
		<category><![CDATA[Itisa]]></category>
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					<description><![CDATA[3 Avril 1950 Le car puant le gazole roule et tangue dans les rues de Nice, bientôt, il s’élance le long du Var sur la nationale toute droite qui mène...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;"><span style="text-decoration: underline;">3 Avril 1950</span></p>
<p>Le car puant le gazole roule et tangue dans les rues de Nice, bientôt, il s’élance le long du Var sur la nationale toute droite qui mène vers le but qui s’étale, prometteur, sur le fond rouge de sa carrosserie : Vallée de la Tuée.</p>
<p>Mon sac sur les genoux, je suis aux anges et, ne pouvant contenir ma joie, je l’extériorise par des chansons. La vie est belle : quinze jours de liberté en montagne… Et des projets plein la tête et le cœur. Dans l’ensemble, voici mon plan : profiter de la neige encore abondante pour m’initier au ski et, quand je pourrais me débrouiller, en route pour une petite randonnée vraiment alpine dans la neige.</p>
<p>A côté de moi, des campeurs skieurs me donnent quelques renseignements utiles. Ils descendent au Pont de Paule et vont passer la nuit avec des scouts qui ont établit ici un énorme camp à deux pas… d’une usine hydro-électrique ! Sans commentaires.</p>
<p>Le crépuscule tombe maintenant et les premiers versants nord sérieusement enneigés paraissent. Quelle féérie qu’une nuit en montagne ! Malgré le ferraillement du car je me sens déjà dans la vraie nature. Après trois heures et demie en tout d’un trajet qui m’a paru bref par sa beauté, voici le Terminus, Saint-Etienne-de-Tinée où je descends dans une nuit de paix. On m’indique la route et la grimpette commence. Je n’ai qu’une huitaine de km à faire avant Auron près duquel je compte camper ce soir et, de plus, la route est goudronnée qui ne justifie guère le propos qu’on m’a tenu tout à l’heure : « Tenez bien votre droite, à gauche c’est le vide ! ». Sacré méridionaux…</p>
<p>Par moments la lune se débusque de derrière les nuages et je devine des points de vue merveilleux. Voici les premières plaques de neige conservées dans les creux, quelle joie en moi ! Je monte dans une forme éblouissante qui vient encore relevé si possible le paysage que le ciel maintenant clair me permet d’observer. On voit des sommets neigeux un peu partout et c’est merveilleux de grandeur.</p>
<p>Sur la route un groupe de gars arrive à ma rencontre : ils descendent d’Auron à la rencontre d’un de leur ami pour qui ils me prennent d’abord dans l’obscurité.</p>
<figure id="attachment_1515" aria-describedby="caption-attachment-1515" style="width: 1968px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/009-001.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-1515 size-full" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/009-001.jpg" alt="Position de combat pour l’itisa" width="1968" height="1397" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/009-001.jpg 1968w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/009-001-300x213.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/009-001-1024x727.jpg 1024w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/009-001-768x545.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/009-001-1536x1090.jpg 1536w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/009-001-1320x937.jpg 1320w" sizes="auto, (max-width: 1968px) 100vw, 1968px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1515" class="wp-caption-text">Position de combat pour l’itisa</figcaption></figure>
<p>En cinq minutes, méridionaux bavards, ils m’ont appris où et comment ils ont connu cet ami, qu’il doit passer quelques jours avec eux, que s’il n’est pas là maintenant c’est qu’il a manqué son car, qu’ils retournent à Auron, qu’il y a une séance de cinéma ce soir, qu’ils ne veulent pas la manquer. Quel débit de paroles, et ce n’est pas fini… Et moi, qu’est-ce que je compte faire ? Du ski ! L’un d’eux a justement une paire de « lattes » à vendre. Comment, vous voulez camper sur la neige demain ? Folie ! Congélation garantie… et randonner seul en montagne ! Suicide inévitable… Que de fois ai-je entendu cet air depuis que je me suis ouvert à quelques uns de mes projets. Ce ne sont pas ces pies bavardes qui me feront changer d’avis. Je les quitte pour aller piquer ma tente au dessus d’Auron dont les toits luisent doucement sous la lune parmi les montagnes toutes blanches maintenant.</p>
<p>Quel camp ! Je revois les pauvres scouts près de leur usine hydro-électrique…</p>
<p>Si le vent se lève ce serait ici, dans une zone très soufflée, aussi, le ciel se couvrant à nouveau, j’adopte pour ce soir la position de combat pour l’itisa en supprimant les murs et je consolide les piquets par des pierres.</p>
<p>Il est 23 heures. Bonsoir.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/009-003.jpg" rel="grid-41" class="item view" title="Premier camp"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/009-003.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/009-002.jpg" rel="grid-41" class="item view" title="Premier camp"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/009-002.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>4 Avril – Ce matin ciel pur et soleil : que diable, je suis en Provence et les menaces des nuages d’hier soir n’étaient que galéjades. Je cuis mon déjeuner et après les rituelles photos du premier camp, je plie et descends vers le village.</p>
<p>Un village mort ! Pas un chat ! Tout le monde y dort et il est 8 heures passé. Pas courageux le monde par ici !</p>
<p>Au refuge fédéral, chalet d’autant plus sympathique que l’ensemble de l’agglomération fait assez mathieux, je trouve pourtant quelqu’un de levé. En attendant un professeur de ski avec qui je voudrais prendre contact, je déjeune une deuxième fois en expédiant des cartes postales, histoire de passer le temps. Puis je loue une paire de skis à un certain Erik, gars sympathique à l’accent nordique ou germanique qui me donne des conseils intelligents pour camper sur la neige au lieu des traditionnelles et idiotes prédictions défaitistes habituelles.</p>
<p>Le professeur de ski enfin levé (il est près de 9 heures) il me conseille de passer sans lui la première séance. Je prends donc la borne du téléphérique après quelques achats de ravitaillement. Là encore mon volumineux sac à dos fait sensation et quand on apprend que je compte coucher « là-haut », ce sont les mêmes condoléances attristées que partant relatives aux pneumonies, rhumatismes, membres gelés, etc. Je passe pour un fou ou un désespéré. On note la direction que je compte prendre pour m’envoyer des secours dès que nécessaire ! Ils finiraient par me faire peur si je n’étais pas entêté comme une mule. A propos de peur, je suis tout étonné de n’être pas ravagé par le vertige dans la benne qui nous véhicule au dessus de paysages aux perspectives plongeantes.</p>
<p>Plateau de Las Donnas. Terminus : 2 300 et quelques mètres. Je pose mon sac près de la gare du téléphérique et chausse mes skis : il y a une heure environ qu’on m’a montré comment faire. Puis je m’escrime sur mes planches et les résultats ne sont pas décourageants : j’arrive à faire une trentaine de mètres sans tomber. Mais les hics, ce sont les pentes un peu fortes. Là, je ne suis guère brillant et, par malheur pour mon entrainement le plateau offre une surface moyennement pentue très restreinte. Tout de suite ce sont des versants où ce serait actuellement un suicide pour moi de me risquer.</p>
<p>Il est midi et je prends mon sac pour gagner le col de Blainon où je veux monter mon itisa ce soir. Il s’y trouve un abri où je pourrais éventuellement passer la nuit si le froid est vraiment aussi terrible que tous le prétendent. Certains ne parlent ils pas de 20 à 30°C sous zéro ! Le sac sur le dos, le peu d’adresse que j’ai pu acquérir disparait totalement car je suis terriblement raidi par cette charge et par la fatigue qui commence à se faire sentir. Mais le col n’est qu’à 3 ou 4 km à 300 mètres plus bas, aussi, en route. Les premières centaines de mètres se passent sans trop de difficultés mais bientôt la pente s’accentue et alors ce n’est que chutes sur chutes. Et dans la neige maintenant très molle ce n’est pas rien de se relever avec le barda sur le dos. C’est à peine si j’y arrive. A ma droite une crête de rochers perce la neige : je m’y rends et, déchaussant je gagne vers le bas, les skis sur l’épaule. Dès que le terrain est faisable pour moi (en fait à moins de 10% ou 15% de pente) je rechausse et continue à ski.</p>
<p>Heureusement c’est l’heure du déjeuner et personne n’est là pour me voir me débattre. Un gars qui fait du ski ses planches sur l’épaule doit être assez comique et entendre rire de moi alors que je sue sang et eau me serait plutôt pénible.</p>
<figure id="attachment_1518" aria-describedby="caption-attachment-1518" style="width: 220px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/009-004.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-1518" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/009-004-220x300.jpg" alt="Je pique mes skis" width="220" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/009-004-220x300.jpg 220w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/009-004-749x1024.jpg 749w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/009-004-768x1049.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/009-004-1124x1536.jpg 1124w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/009-004-1320x1804.jpg 1320w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/009-004.jpg 1414w" sizes="auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1518" class="wp-caption-text">Je pique mes skis</figcaption></figure>
<p>Ici, plus de rochers et une pente trop raide pour moi. A ski, je fais deux mètres et je tombe. Héroïque ou inconscient je déchausse et continue en enfonçant dans la neige bien souvent jusqu’au ventre. Après plus d’une heure d’efforts, je suis complètement liquéfié et à peine à mi-chemin. Sous peine de tomber faible il faut manger. Je pique mes skis, je pique mes bâtons et, assurant mon sac sur eux, je m’installe en plein soleil pour casser la croûte. Quel soulagement de troquer les lunettes de glacier toute embuées pour d’honnêtes lunettes de soleil normales ! La réverbération est aveuglante et malgré toute ma bonne volonté il m’est impossible de regarder le paysage à l’œil nu plus de deux ou trois mètres. Quelle catastrophe si l’on perdait ou cassait ses verres dans de telles conditions !</p>
<figure id="attachment_1519" aria-describedby="caption-attachment-1519" style="width: 223px" class="wp-caption alignright"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/009-005.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-1519" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/009-005-223x300.jpg" alt="A l’ombre " width="223" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/009-005-223x300.jpg 223w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/009-005-761x1024.jpg 761w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/009-005-768x1033.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/009-005-1142x1536.jpg 1142w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/009-005-1320x1775.jpg 1320w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/009-005.jpg 1435w" sizes="auto, (max-width: 223px) 100vw, 223px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1519" class="wp-caption-text">A l’ombre</figcaption></figure>
<p>Pruneaux secs, abricots secs, ovomaltine, chocolat, sucre. Ça va mieux ! Je range mes affaires avec des soins méticuleux car si quelque chose m’échappait ici quelle dégringolade. Et en route vers le col de Blainon. Encore quelques centaines de mètres de marche épuisante dans la neige de plus en plus molle en s’écartant de la corniche de droite qui parait dangereuse, puis un terrain un peu plus plat me permet de rechausser. Aussi ai-je une allure décente ou presque pour arriver au petit refuge de tôle ondulée qui domine le col. Cette construction dépare le paysage mais elle est la bienvenue aujourd’hui car elle représente quelques mètres carrés sans neige et à l’ombre. Je m’écroule dans une demi-somnolence, la tête bourdonnante et le visage en feu car malgré la graisse qui me oint Phébus ne m’a pas loupé. Réveillé après quelques temps, je me prépare un thé-aspirine sur un feu de bois allumé avec des prodiges de persévérance ou d’entêtement puisque j’ai un réchaud à essence. Mais la crainte d’épuiser trop vite mon combustible me le fait épargner farouchement. Le feu de bois qui traine ici est humide ou vert. Je casse encore une petite croute, puis des gamelles pleines de neige à fondre sur les tôles brulantes, je passe le reste de l’après-midi à récupérer et à réfléchir.</p>
<p>Pour arriver à des résultats potables à skis, c’est-à-dire pouvoir espérer randonner avec un sac sur le dos, il me faudra au moins une huitaine d’entrainement. Outre le danger du ski en randonnée solitaire (je ne parle pas du coup qui m’a sonné la cheville tout à l’heure : je suis débutant donc maladroit, mais combien de skieurs confirmés claudiquent avec entorses ou fractures) il y a bien plus grave. Je devrais rester sédentaire pendant plus d’une semaine. Il est vrai que le cadre est merveilleux, mais malgré tout ce sera le même cadre pendant tout le temps. Et si le temps empêche l’entrainement, retardant ainsi mon départ pour la randonnée, but suprême ? Et si je ne tiens pas le coup physiquement ? Et si, abomination de désolation, je me brise, luxe ou démets quelque chose pendant l’apprentissage ? Mais l’essentiel c’est que cela m’impose huit jours d’arrêt au moins à Auron alors que la montagne me propose mille itinéraires. Evidemment si j’habitais Nice ou une quelconque ville à proximité de la neige et si je pouvais passer un weekend à ski comme j’en passe un à Bleau cela  vaudrait la peine de consacrer du temps à apprendre ce sport. Mais quand aurais-je l’occasion de revenir sur la neige ? J’ai la chance de n’avoir pas eu le coup de foudre pour le ski et d’en être lassé physiquement, profitons de ces dispositions pour abandonner nos projets primitifs et en construire d’autres.</p>
<p>Le ski est mort : vive la randonnée pédestre !</p>
<p>J’ai vite sorti mon arsenal de cartes de la région, emportées par prudence et je me mets à bâtir un itinéraire.</p>
<p>Mais le soleil baisse, la neige gèle : il me faut monter ma tente. Je piétine avec conscience la surface nécessaire et dans la neige pilée qui gêle vite les piquets paraissent tenir ferme. Je les renforce pourtant par mes skis, mes bâtons et des pierres trouvées dans l’abri.</p>
<p>Quelles joie et gloire de voir l’itisa montée sur plus d’un mètre de neige au-dessus de 2 000 ! Voici un camp assez patagon malgré la montée en télé, courte concession au mathieuïsme, d’ailleurs rachetée par la progression dans la neige. Je pense avoir mis environ trois heures pour franchir les 4 km de distance et quelques 300 m de dénivelé qui me séparent du plateau de Las Donnas. Trois heures d’efforts pas pour rire. Des images classiques de la littérature-ski sont dans ma tête : il glissait aérien, léger comme une mouette, équilibre de rêve, loi de la pesanteur vaincues, ivresse de la vitesse, griserie de la glissade… Ce n’est pas exactement ce qui caractérisait mon allure de vieille tortue rhumatisante.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/009-007.jpg" rel="grid-45" class="item view" title="au dessus de 2 000 !"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/009-007.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/009-006.jpg" rel="grid-45" class="item view" title=" quand aurais-je l’occasion de revenir sur la neige ?"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/009-006.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Dois-je avoir honte de ma capitulation ? Je ne crois pas. J’ai donné ce que je pouvais et pour un débutant ce ne fut pas si mal. Dès les premiers pas avec mon sac j’avais réalisé les difficultés à rencontrer mais je n’ai pas fait demi-tour. Le tout est de définir la délicate limite entre l’entêtement et la persévérance.</p>
<p>D’ailleurs la sérénité du lieu verse la tranquillité dans ma conscience patagonne. Quel paysage ! Comment décrire ce qu’on peut ressentir seul devant sa tente parmi ces montagnes neigeuses ? Si le physique se ressent encore un peu des épreuves de la journée, le moral, lui, est au plus haut. Comment pourrait-il en être autrement quand on a la chance que j’ai ?</p>
<p>Peu soucieux de recommencer mes exercices pulmonaires de cet après-midi (3/4 d’heure à souffler sur un feu languissant pour obtenir un peu d’eau chaude) je vais utiliser mon réchaud à essence. Aussi le grand silence est-il bientôt troublé par son bruit de lampe à souder. L’ambiance est de plus en plus « Grand Nord » et, après un solide diner qui compense ma frugalité de midi, P.E. Victor au petit pied, je m’introduis dans mes duvets après un dernier coup d’œil au paysage nocturne.</p>
<p>Je voudrais remercier un Dieu du bonheur qui m’est dispensé.</p>
<p>J’ai passé une bonne nuit bien qu’un peu fiévreuse car mes coups de soleil me rôtissent. Les racontars quant au moment mortel qui m’attendaient étaient bien des exagérations. Je regrette maintenant la proximité du refuge, porte de secours que je m’étais ménagée en cas de congélation imminente.</p>
<p>Petits ennuis pour mettre mes chaussures gelées et dures comme bois : l’une d’elles est absolument impossible à enfiler. Moyen énergique de les ramollir : faire pipi dessus.</p>
<p>Ce matin encore ciel pur. Comme je veux évacuer la place avant que la neige ne ramollisse trop, mon réchaud ronfle bientôt pendant que je démonte la tente non sans peine les piquets étant noyés et soudés dans la glace. Quant aux bâtons de ski enfoncés hier, pour les sortir je suis obligé de creuser la neige glacée au couteau pour les extraire, le renflement de leur poignée les coinçant trop efficacement. Tout cela fait que je ne pars que vers 9 heures sur une neige déjà molle par endroits. Après un peu de parcours à plat sur les skis il me faut déchausser pour aborder les pentes plus raides. Les mêmes aventure qu’hier recommencent et de la neige jusqu’au ventre je progresse très lentement bien que m’efforçant d’aller vite pour enfoncer moins.</p>
<figure id="attachment_1522" aria-describedby="caption-attachment-1522" style="width: 200px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/009-008.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-1522 size-medium" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/009-008-200x300.jpg" alt="une neige déjà molle" width="200" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/009-008-200x300.jpg 200w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/009-008-681x1024.jpg 681w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/009-008-768x1154.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/009-008-1022x1536.jpg 1022w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/07/009-008.jpg 1252w" sizes="auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1522" class="wp-caption-text">une neige déjà molle</figcaption></figure>
<p>Un léger détour m’est imposé par des surplombs rocheux peu tentants qui me recevraient si je continuais ma route. Puis j’arrive à une zone d’ombre où la neige est encore dure. Merveille, elle me supporte ! Je déchante bientôt, car après cette région de transition, la surface devient trop dure et il me faut tailler des marches avec un de mes bâtons ce qui ralentit encore ma descente. Si je dévissais ici ce serait pour une chute de plusieurs centaines de mètres avant d’être arrêté par les mélèzes qui montrent plus bas leurs rameaux encore dénudés. Aussi j’avance avec la plus grande prudence. Enfin la pente s’adoucit et je puis descendre plus facilement. Facilité trompeuse car un dérapage me tord la jambe ce qui me met à deux doigts de la catastrophe. Si je m’esquintais au début des vacances j’aurais bonne mine ensuite à jouer les convalescents immobiles : mais ma patte tordue fonctionne presque normalement. Ouf ! Puis voici les mélèzes aux bourgeons de peluche rousse et je souffle un peu dans ce merveilleux décor féérique. Quelques minutes après voici le premier arrêt du téléphérique. Décidé à le mépriser pour la descente, je regagne Auron par un sentier dont la fin est toute boueuse de neige à moitié fondue.</p>
<p>A la station, Erik le loueur de skis, est devant sa porte à se rôtir au soleil, une entorse à chaque pied le forçant à la tranquillité. Il m’offre un tabouret : « Vous avez campé là-haut ? », « Oui. », « C’est bien d’avoir fait ça. ». Enfin en voilà un qui semble me comprendre et ne pas me prendre pour un cinglé. Ma vanité en est agréablement chatouillée. Nous bavardons un peu puis je prends congé.</p>
<p>Comme je vais quitter Auron, une des bretelles de mon sac se brise. Heureusement que cela ne s’est pas produit quand je me débattais dans la neige ! Un bourrelier du crû me la réparera pendant, qu’enchanté de cette excuse, je vais déjeuner au refuge fédéral car il est midi passé.</p>
<p>Vers 14 heures je dis Adieu à Auron et à mes ambitions « skiatoires ». La route blanche poudroie au soleil, mon sac réparé est léger aux épaules, moral et physique sont au maximum. La randonnée pédestre recommence…</p>
<p>&nbsp;</p>
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