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	<title>Val de Loire &#8211; Mille Camps et Plus</title>
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		<title>Saint Sylvestre</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bernard Van Leckwyck]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 31 Dec 1949 07:43:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Carnet 7]]></category>
		<category><![CDATA[Val de Loire]]></category>
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					<description><![CDATA[31 décembre 1949 – 1 et 2 Janvier 195o &#8211; Sully-Gien Quarante à l’heure ! pour un non motorisé c’est une belle allure. Mais aujourd’hui, moi qui suis muni d’un moteur...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;">31 décembre 1949 – 1 et 2 Janvier 195o &#8211; <span style="text-decoration: underline;">Sully-Gien</span></p>
<p>Quarante à l’heure ! pour un non motorisé c’est une belle allure. Mais aujourd’hui, moi qui suis muni d’un moteur cela me parait un train de sénateur. C’est la première fois que j’utilise ma voiture, encore non rodée, pour partir camper et les quatre heures que mon moteur à ménager me demande pour unir Paris à Sully-sur-Loire me paraissent longues encore que la route soit jolie. Mais voilà, au bout il y a la Loire !</p>
<p>Vers onze heures, dans la brume qui ne s’est pas levée depuis ce matin, je découvre la levée de Loire qui barre le paysage : encore quelques minutes et je franchis le fleuve sur le pont suspendu de Sully. Une fois de plus, je retrouve ma vieille amie la Loire. Que de souvenirs nous avons en commun ! Depuis mes débuts halieutiques en passant par mes premières brasses et mon initiation de nautonier et, plus proches, mes garnisons sur le Grand Fleuve, quand, civil déguisé en militaire, j’attendais le retour à l’action : tout ce passé nous nous le partageons à deux. Et tant d’autres souvenirs de bons, des mauvais ; mais surtout des bons !</p>
<p>Dans la petite ville très touchée par la Guerre, je trouve un garage où remiser ma 4CV car évidemment celle-ci ne me sert que de moyen de transport et non de randonnée. Vive la marche pour voir un pays et chercher à le comprendre. L’automobiliste le moins mathieux ne sera jamais qu’un homme pressé pour qui le rendement de sa machine passera avant les beautés du paysage. Et un homme pressé c’est le contraire d’un vrai patagon !</p>
<p>Je longerai d’abord la rive droite vers l’amont, c’est-à-dire vers Gien et, après un coup d’œil au château qui parait préservé des destructions qui ont frappé la ville, je repasse le pont suspendu où souffle un vent atrocement froid dont je souffre d’autant plus que mon organisme est encore engourdi des 4 heures de quasi immobilité imposées par la conduite. Casquette norvégienne, moufles et, en avant. Bientôt, la bonne chaleur de la marche me pénétrant, je reviens à la vie et suis tout à la joie que j’éprouve chaque fois que je retrouve la Loire. Le beau fleuve n’est pourtant pas particulièrement à son avantage ici : son manque de sinuosité est souligné par les levées qui l’enserrent de trop près sans la douceur d’aucun arbre pour atténuer leur rigidité. Aucune non plus de ces iles boisées que j’aime tant pour leur sauvagerie et leur grâce. De plus, le jour est très gris et la visibilité réduite.</p>
<p>Pourtant voici un peu de verdure, ou tout au moins de bois, car à cette époque, le classique petit bois de robiniers des bords de Loire où j’arrive est complètement dénudé. Je ferai halte ici pour le déjeuner.</p>
<p>C’est la grande paix de la campagne hivernale qui se repose et prépare ses forces pour l’explosion du printemps. Je ressens d’autant plus cette impression de calme que je suis en randonnée solitaire et que je n’aperçois âme qui vive. Le silence de cette journée brumeuse de l’eau qui glisse, massive et puissante, vers l’aval où s’effacent les formes de l’agglomération de Sully.</p>
<p>Il ne fait guère une température à s’attarder à la digestion, aussi je repars bientôt dans un paysage qui s’améliore. En dépit de la ligne à haute tension au grésillement inquiétant et qui coupe la vallée, voilà, parmi ces énormes genets, des coins où il ferait bon camper.</p>
<p>Le fleuve a baissé depuis peu, et ses berges, récemment émergées libérées par la décrue, apparaissent frangées d’une zone d’alluvions qui s’inscrit en gris sale sur l’herbe des rives. Le paysage n’est pas exaltant, mais il dégage en grand sentiment de calme et de repos. On voudrait flâner, mais pourtant je marche à bonne allure car la température fraichit de plus en plus : il va surement geler cette nuit.</p>
<p>Après une riche ferme aux allures de gentilhommière, c’est de nouveau la levée nue avant de parvenir à une zone plus pittoresque où le rivage s’élargit garni de ces « ranchs » que je ne puis voir sans, qu’en plus des souvenirs personnels qu’elles évoquent pour moi, elles ne réveillent des réminiscences des romans de Genevoix.</p>
<p>Plus loin encore, la levée a un caractère très bizarre que je ne lui avais jamais vu : faite de granit assombrit par le lichen qui la recouvre elle se dresse comme une digue maritime et se prolonge très loin dans les prés par des contreforts inattendus. Voici qui laisse penser que la Loire doit avoir des crues bien coléreuses par ici.</p>
<p>C’est maintenant la zone boisée, que j’avais repéré sur la carte, fort tentante pour camper avec ses pins et ses buissons mais il est encore trop tôt pour s’arrêter et c’est d’autant plus regrettable que la rive opposée forme un vis-à-vis très pittoresque dans le coude que le fleuve forme ici.</p>
<p>Je pousse à pied jusqu’à Nevoy où je recherche avec plus ou moins de succès des compléments de ravitaillement. Il est encore trop tôt pour trouver du lait, mais comme j’ai emporté du lait en boite je me fais une raison. Ceci m’amène à philosopher sur la recherche du lait dans les fermes. On vante la patience du chercheur de laboratoire qui met des années pour isoler tel ou tel bactérie et l’étudier. Je dis que ce sont là simples enfantillage de bambin impatient à côté des ruses de Sioux et des trésors de persévérance déployés par l’audacieux qui caresse la folle chimère de se procurer du lait dans une ferme.</p>
<p>Et pourtant je parle de l’époque actuelle où le lait se trouve un peu près à volonté dans les villes, car, au temps des restrictions, chercher du lait dans une ferme aurait fait enfermer, et avec justes raisons, dans le cabanon le plus proche, muni d’une solide camisole de force.</p>
<p>A celui qui cherche du lait toutes les excuses sont présentées pour justifier tous les refus. Mille raisons qui vont du « il est trop tôt » à « il est trop tard » en passant par « y’a la fièvre aphteuse » et « les vaches sont mortes » sont astucieusement données. Il faut une fameuse dose de stoïcisme pour ne pas s’évanouir d’émotion quand par hasard on vous répond : « Du lait ? Mais oui… Combien ? »</p>
<p>Un peu de marche à travers prés pour retrouver la Loire dont je m’étais écarté pour aller au village et me voici à la recherche d’un emplacement de camp car l’heure a tournée vite. Je n’aurai que l’embarras du choix parmi deux ou trois coins parfaits. Finalement je blottirai l’itisa face au fleuve entre d’épais buissons où le bois mort, sinon sec, ne manque pas.</p>
<p>La nuit tombe vite fin décembre et mon dernier camp de l’année est juste préparé à l’arrivée de la nuit. Avec l’obscurité, le froid redouble et bientôt, sous mes pieds, les herbes craquent saisies par le gel.</p>
<p>Je ne souffre pourtant pas du froid car le vent est tombé et un feu crépitant est là pour chauffer, éclairer et cuire.</p>
<p>Menu du réveillon de la Saint Sylvestre : beefsteak, crème de gruyère, farine de châtaignes chocolatée et rhumée, orange landaise… et rhum encore.</p>
<p>Je veille encore un peu sous la clarté froide de la lune qui illumine fantastiquement les grands arbres dénudés derrière mon camp. Le ciel est maintenant très pur et les étoiles ont allumé leur féérie. Beau temps pour demain ? Dire que dans les villes on fête bruyamment le nouvel an qui va naitre dans quelques heures. Et ici quelle tranquillité, quelle paix.</p>
<p>Une étoile filante me fait signe bonsoir.</p>
<p>Malgré mes deux duvets je n’ai pas étouffé de chaleur cette nuit. Il est vrai qu’il a du faire assez froid intérieurement ma tente est tapissé de cristaux de glace et la percale, raidie par le gel, résonne comme du carton quand on la heurte. Il faut un courage certain pour s’extraire des sacs de couchage et sortir de l’itisa.</p>
<p>Dehors brrr… Il est heureux que j’ai préservé de la gelée blanche une provision de bois sous mon toit, car tout est recouvert d’une merveilleuse mais glacial blancheur qui parait presque phosphorescente dans la nuit qui s’éclaire à peine vers l’est. Le petit déjeuner me réchauffe suffisamment pour que ne puisse admirer sans grelotter le lever du soleil qui commence à accrocher des pierres précieuses un peu partout.</p>
<p>Je plie ma tente, non sans peine car la glace qui l’imprègne en augmente fort le volume. Je me réchauffe une dernière fois mes mains aux braises mourantes de mon feu avant d’enfiler les moufles fourrées en route.</p>
<p>Le paysage est magnifié par la féérie hivernale. Tout est blanc et scintille au soleil qui monte, boucle rouge dans le ciel pur. Vive le beau froid sec. C’est le temps idéal pour la randonnée hivernale et peut-être pour la randonnée tout court, car jamais par les belles journées d’été, qui donnent d’autres plaisirs il est vrai, on ne ressent une telle impression de force et de pauvreté que par un temps comme aujourd’hui. L’air glacé pince la figure mais la marche met dans tout le corps une bonne tiédeur d’action et le sac, pourtant gonflé au maximum, ne pèse pas aux épaules. A cette euphorie physique correspond, sans qu’on sache laquelle conditionne l’autre, une délivrante impression de force tranquille et de virilité.</p>
<p>Mon moral est donc au plus haut et j’en arrive à considérer avec détachement de n’avoir plus de pellicules pour photographier toutes ces merveilles.</p>
<p>J’arrive en vue de Gien et j’avise une montagne de débris de plâtre formée par les moules usagés de la célèbre faïencerie. Et comme je m’étonne du volume de ces rebus (un talus de 500m de long et haut de 15 à 20) on m’affirme que ce n’est qu’une partie, le reste servant à empierrer les routes des environs.</p>
<p>Gien a fort souffert de la guerre, mais la reconstruction a fait ici des merveilles : le vieux joli pont est reconstruit exactement dans son style et les maisons qui l’avoisinent au pied du château sont des merveilles de style néo-ancien. On croirait évoluer dans un décor parmi ces maisons, encore vides et qui, flambantes neuves, ont déjà de jolis airs vieillots.</p>
<p>Après un petit tour dans la cité (ravitaillement, cartes postales mai hélas pas de pellicules photos) je repars vers la forêt d’Orléans que je compte voir maintenant. Un sentier parmi les cultures me permet d’éviter la nationale mais non les chasseurs : ça fusille tout autour de moi et ce n’est qu’à moitié rassurant. Avant d’attendre la forêt je traverse une somptueuse propriété d’élevage et fraternise avec deux chevaux qui me permettraient des photos épatantes si mon appareil n’était pas vide.</p>
<p>Mon entrée en forêt est marquée par la rencontre d’une profusion de lapins et capucins et en trois minutes une multitude de culs blancs me sont fort irrespectueusement montrés. Heureusement, pas de chasseurs par ici. Je vasouille un peu pour trouver un étang qui marque un de mes objectifs, mais l’ayant enfin trouvé je suis largement payé de mes marches et contremarches. Entouré presque partout par les bois, chênes encore feuillus et pins toujours verts, il n’est déshonoré à l’architecture remarquable : gras-double et jambon y sont symbolisés par une judicieuse disposition des couleurs des pierres disposées par tranches horizontales. La demeure d’un riche charcutier sans doute ! Heureusement, de forme tourmenté, l’étang me livre une place très pittoresque pour la halte-déjeuner et hors de vue de la maison horreur.</p>
<p>Après avoir repris des forces, je repars et suis contraint à un détour imprévu me trouvant devant un enclos assez vaste à contourner. Ceci me donne la joie de m’égarer dans un dédale de sentes forestières. Enfin au bout d’un quart d’heure me voici orienté grâce à un bel étang que longe la voie ferrée. Ferrée de nom, seulement, car désaffectée ce n’est plus qu’une rectiligne et parfaitement plate route sableuse que je suis pendant près de deux kilomètres malgré son pittoresque discutable car elle est juste dans l’orientation favorable et j’ai encore beaucoup à marcher si je veux atteindre l’étang de Gué l’Evêque ce soir. Je l’abandonne pour un sentier qui mène à un autre étang, celui de Molandon, assez décevant celui-ci par son bas niveau et la rigidité de sa forme : un grand fossé. Par contre la route empruntée des suites après vers le N.O est magnifique avec ses sapins énormes qui lui donnent un aspect jurassien. Certains de ces arbres sont, je pense, les plus hauts qu’il m’ait été donné de voir. Puis plateau de cultures aux curieuses routes herbues et si larges avant la descente sur l’étang de Corcambon.</p>
<p>Un bijou. Très vaste, bordé presque partout par les arbres, son niveau bien que bas ne gène pas pour l’admirer car les rives découvertes sont de gravier très propre : pas de vase. Ses rives accidentées l’embellissent encore et comme elles sont plantées surtout de pins, cette vaste pièce d’eau me fait penser à certains étangs landais. Je me restaure pendant que la nuit tombante me fait prévoir une marche de nuit pour atteindre Gué l’Evêque où je veux camper. La route est facile à repérer, même de nuit et je ne peux pas m’égarer. Je pars donc plein d’ardeur quand une vue nouvelle sur l’étang me fait brusquement changer d’avis : là, sur la rive droite, quel camp possible ! Un promontoire qui parait herbu surplombe l’eau parmi les pins. Ne pas camper là ferait subir à quiconque n’est pas le dernier des philistins « les douleurs d’une agonie subite ». Adieu la marche de nuit et demi-tour vers l’éden.</p>
<p>En arrivant sur place l’éden se révèle très joli mais incomparable, la nuit tombante n’ayant caché tous ces buissons et il est matériellement impossible de montrer ici, même mon itisa. De plus le terrain est trop pentu. Quelques moments de recherches me font trouver un endroit très bien prés d’un pin majestueux avec vue imprenable sur l’étang. Une fois la tente montée le pin se révèle non seulement majestueux mais menaçant car il brandit…</p>
<p>Une énorme branche morte au dessus de mon toit fragile. Je manque de courage pour changer de place, mais si jamais le vent se lève cette nuit je connais un petit jeune homme qui ne dormira pas tranquille.</p>
<p>Maintenant la lune s’est levée dans le ciel clair et l’ambiance est merveilleuse. Une grande impression de calme et de repos malgré les milles bruits de la forêt. Des lapins galopent et leurs pattes font résonner de loin le sol gelé ou bien bruire les feuilles mortes. Des chouettes hululent doucement pendant que d’autres nocturnes glissent dans l’air où seuls quelques frissons d’ailes les révèlent parfois. Un rongeur grignote quelque chose, là-bas du côté du gros chêne. Et il y a tant d’autres bruits qui restent indéchiffrables pour moi.</p>
<p>Ce matin est, je crois, le plus froid rencontré jamais en camping. Les gourdes ont gelé sous la tente dont la toile n’est plus qu’un glaçon car l’humidité de cette nuit et la condensation de ma respiration ajoutées à la glace d’hier fondue en partie puis regelée, ont transformé mon itisa en igloo. Les tendeurs sont raides comme du fil de fer et la percale est comme si elle était du papier goudronné dont elle a pris l’épaisseur. Comment pourrais-je plier tout ça au moment du départ ?</p>
<p>Pour le moment, un but urgent : avaler quelque chose de chaud. Vite du feu ! Je prépare mon breakfast avec des minuties de naufragé de la banquise. Enfin est prêt le classique chocolat rhumé des matins d’hiver. Ses calories bienfaisantes me pénètrent et me donnent le courage de m’attaquer au pliage de mon itisa. Ce n’est pas une mince travail : après cinq minutes de malaxage énergique, j’arrive à réduire le cylindre de toile gelée à des dimensions compatibles avec son enveloppe. Ceci m’amène à conclure que pour une randonnée hivernale de plus de trois jours, un réchaud serait presque indispensable pas tant pour la cuisine que pour dégeler et sécher la tente si celle-ci n’a pas de double toit surtout.</p>
<p>Quelques rares nuages flottent dans le ciel et la matinée s’annonce belle. J’abandonne mon merveilleux camp près de l’étang complètement et profondément gelé maintenant et je pars dans un décor de rêve où tout est blanc et étincelant.</p>
<p>Une longue route rectiligne, mais qui trouve pourtant le moyen de n’être pas monotone dans cette magnifique forêt, me conduis à l’Etang de Gué l’Evêque.</p>
<p>Là aussi je m’extasie sur une merveille. Les rives sont très variées. Il y a, en face de moi, près d’un bouquet de pins, un endroit où je fais serment de revenir planter ma tente un jour sinon je veux être transformé en éléphant blanc du Siam. Comment faire autrement que de s’arrêter un peu dans un cadre si beau ? J’en profite pour m’administrer un « inter-déjeuner ».</p>
<p>Après cette halte, je longe un peu l’étang avant de m’attaquer au chemin du retour par le Haut du Turc et le carrefour des Auvottes.</p>
<p>Le chemin enjambe un ruisseau que j’avais pensé pouvoir suivre mais il me faut renoncer à cette idée car le terrain n’est qu’un maquis marécageux. Je me rabats donc sur les layons forestiers.</p>
<p>Toujours confiant dans la carte, je me suis fixé comme lieu de déjeuner un endroit où l’on retrouve le ruisseau de tout à l’heure dans un vallon assez resserré : ce doit être pittoresque j’espère.</p>
<p>Je force pour y arriver car je commence à avoir les jambes molles, quand une vision me galvanise : un cerf et une biche sont là-bas sur le layon ! Le deuxième des animaux s’arrête un moment pour me regarder, puis, sans hâte apparente, avec une tranquille majesté, disparait dans les halliers avec son compagnon.</p>
<p>Comme ces rencontres me bouleversent toujours ! C’est une autre vie sauvage et cachée que celle des culs-blancs qui débouchent, affolés et sympathiquement ridicules, d’un peu partout. Pauvres cerfs ! Ces grands fauves m’inspirent le respect et l’admiration comme des seigneurs dépossédés qui s’accrochent à leurs domaines.</p>
<p>J’ai trouvé un endroit tranquille pour déjeuner. Enfin, quand je dis « un endroit tranquille », je me l’imagine car bientôt l’ennemi se révèle : un groupe de chasseurs arrivent à deux ou trois cents mètres de moi et discutent. Visiblement je suis le sujet de l’entretien. L’un d’eux s’approche et m’interpelant avec une exquise urbanité respectueuse :</p>
<p>« Qu’est-ce que vous faites là ? »</p>
<p>« Je me promène », réponse aussi parfaitement courtoise que la question.</p>
<p>L’autre reste un moment comme étonné (peut-on se promener en hiver, si l’on n’a pas l’excuse de l’assassinat des animaux !), puis :</p>
<p>« Vous vous promenez… ah bon ! Mais vous allez prendre du plomb si vous restez là… »</p>
<p>Serait-ce que ces assassins à la mie de pain organisent une chasse à l’homme ?</p>
<p>« Prendre du plomb ? Sans blague… »</p>
<p>« Bien sûr ! On vous voit à peine là-dedans et on lâche un coup de fusil comme ça… Vous risquez de prendre du plomb (il y tient !) ». Puis, plus aimable :</p>
<p>« Je vous dis ça pour votre bien : restez sur les layons, c’est plus prudent ! »</p>
<p>Au diable les chasseurs. Je suis obligé de procéder à un repli stratégique devant des raisons aussi motivées.</p>
<p>Cinq cents mètres plus loin, je m’installe sans être dérangé cette fois et prépare mon déjeuner : beefsteak et haricots verts (en boite et gelés par surcroit : conservation garantie je l’espère !)</p>
<p>J’improvise un support de gamelle avec la boite de conserve vide et les principaux avantages de cette invention sont de me doubler ou tripler le temps de cuisson, d’exiger un menu bois spécial, de nécessiter une ventilation sans défaillance, de rendre indispensable une recharge continuelle, et, enfin, d’être d’une stabilité à la Damoclès. Je passe pudiquement sur les tablettes de méta discrètement utilisées pour soutenir la combustion.</p>
<p>Enfin, les grandes réussites ayant de tous temps réclamé de la persévérance, l’incroyable se produit : mes haricots dégèlent et même chauffent ! Quant à la viande je suis arrivé à transformer le morceau de frigo dur comme pierre qu’elle était spontanément devenue dans mon sac, en une chose qu’un observateur averti et impartial pourrait fort bien reconnaitre pour être un beefsteak.</p>
<p>Les deux produits de ma cuisine, mélangés et goutés, sont déclarés fameux à l’unanimité du seul votant.</p>
<p>Et je reprends le sac pour la dernière étape. Une fois hors de la forêt, je longe un terrain labouré et un groupe de six ou sept Nemrods me regardent approcher. Avec un sang-froid digne d’éloges (pas des miennes) l’un d’eux lève son fusil dans ma direction. Je me dis en plaisantant « ton heure est venue : il va te tirer comme un lapin ! ». Et de fait, je suis sidéré, mais il lâche un coup dans ma direction et deux ou trois autres l’imitent… J’entends les chevrotines siffler et je vois la terre frappé par les projectiles à cinq ou six mètres de moi !</p>
<p>Tout s’explique : un lapin était entre eux et moi. Le lapin est d’ailleurs indemne. Par chance, moi aussi. Ce sont ces petits riens qui resserrent encore les liens d’indissoluble amitié m’unissant aux chasseurs.</p>
<p>Après un parcours en plaine, j’aborde à nouveau les couverts : un petit bois à traverser où des coups de fusils pétaradent depuis un bon moment.</p>
<p>Je m’attends au pire et mon trouble s’accentue quand je vois des lapins déboucher de tous côtés avec leur pauvre air terrifié. La panique étant contagieuse il n’y a pas loin pour que je continue mon chemin en rampant… Nemrod et Saint-Hubert, priés tour à tour, m’ont protégé car je reste vivant.</p>
<p>Voici de nouveau la grésillante ligne à haute tension remarquée à l’aller et ceci me confirme que je ne me suis pas perdu dans le petit bois aux chasseurs où trop de sentiers se proposaient à moi.</p>
<p>C’est bientôt le Loire dont le niveau a encore baissé et dont les rives sont maintenant ourlées de glace.</p>
<p>Le ciel fait une apothéose dorée dont les reflets dansent sur les remous du grand fleuve où joue, pêche ou se dispute un couple de mouettes qui met des ombres chinoises sur le couchant.</p>
<p>Je repasse par le petit bois de robiniers où j’avais déjeuné hier et aperçois bientôt Sully qui est tout près maintenant. J’arrive à son pont suspendu juste au moment où le soleil disparait définitivement derrière l’imposante et sombre marée des nuages qui descendent du nord. Fini le beau temps.</p>
<p>Peu après je roule vers Paris dans la nuit si tranquille que j’ai scrupule à la poignarder de mes phares.</p>
<p>Une fois de plus, j’ai revu ma grande amie la Loire.</p>
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		<title>Parmi les Châtaigniers</title>
		<link>https://mille-camps-et-plus.fr/1948/parmi-les-chataigniers/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Bernard Van Leckwyck]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 21 Nov 1948 17:44:48 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Carnet 5]]></category>
		<category><![CDATA[Val de Loire]]></category>
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					<description><![CDATA[21 et 22 novembre 1948 &#8211; Camp d’Auvours Depuis quatre semaines que mon régiment est stationné près du Mans, au camp d’Auvours, en lisière d’une forêt, malgré les consignes qui...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;">21 et 22 novembre 1948 &#8211; <span style="text-decoration: underline;">Camp d’Auvours</span></p>
<figure id="attachment_1138" aria-describedby="caption-attachment-1138" style="width: 1096px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/large.jpg"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="size-full wp-image-1138" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/large.jpg" alt="Camp d’Auvours" width="1096" height="696" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/large.jpg 1096w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/large-300x191.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/large-1024x650.jpg 1024w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/02/large-768x488.jpg 768w" sizes="(max-width: 1096px) 100vw, 1096px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1138" class="wp-caption-text">Camp d’Auvours</figcaption></figure>
<p>Depuis quatre semaines que mon régiment est stationné près du Mans, au camp d’Auvours, en lisière d’une forêt, malgré les consignes qui sont censées nous cloitrer entre les barbelés, il est je pense inutile de préciser que j’ai déjà taillée la route à plusieurs reprises et fait quelques balades dans les bois. Mais mon matériel de camping n’étant pas avec moi je n’avais jamais passé de nuit sous la tente en ce coin  et j’avais été forcé de me contenter de promenades qui, sans être mathieuses, n’en étaient pas moi assez loin de mon idéal campeur.</p>
<p>Maintenant que j’ai ma tente et mon sac à dos l’espace est à moi. Aussi ce samedi soir après avoir diné le plus vite possible au mess (présence obligatoire) je m’esquive dans la nuit mon barda sur le dos.</p>
<p>Il fait une nuit d’encre : c’est du moins mon impression première, mais petit à petit, je commence à distinguer de vagues détails. Assez pour me diriger, d’autant plus que je sais à peu près où je vais planter ma tente. Après environ 2 km de route nationale, je tourne à droite où un sentier me conduit à travers un terrain très sablonneux tour à tour couvert de bruyères ou de pins.</p>
<p>C’est parmi ces derniers que je vais monter mon itisa. Il y a une huitaine j’avais déjà randonné de nuit dans cette partie de la forêt, mais alors le clair de lune éclairait généreusement l’ensemble, ce soir avec ce ciel couvert on n’y voit pas grand’chose. Je me débrouille pourtant et bientôt, après ces quelques moments de flânerie si délicieux qui caractérisent cet instant de la journée au camping, je me couche sur le lit élastique des bruyères qui gonflent mon tapis de sol sous mon sac de couchage.</p>
<p>Et c’est encore une nuit que le camping me fait gagner sur l’esclavage militaire.</p>
<p>Le lendemain, bien que levé avant l’aurore je ne profiterais d’aucun lever du soleil. Le ciel est aussi bouché qu’hier : il le restera toute la journée.</p>
<p>Le sac bouclé, en route.</p>
<p>Je cherche vainement un carrefour dit du Chêne Blanc qui n’existe plus que sur ma carte d’état major (involontaire générosité de l’Armée). En effet un vaste plateau dénudé remplace ici la forêt abattue et, seuls vestiges de la sylve défunte, quelques moignons de pins subsistent parmi quelques rochers, qui sont) vrai dire plutôt des grosses pierres.</p>
<p>Peu en forme ce matin, après une heure de marche je m’arrête, fatigué, pour récupérer un peu. Ragaillardi par cette halte je repars et tombe sur un paysan qui chasse (à noter d’ailleurs le grand nombre de détonations qui, rageuses, claquent de partout alors qu’on voit fort peu de gibier).</p>
<p>Au passage je jette au chasseur en guise de salut un banal : « Ça donne un peu ce matin ? »</p>
<p>Sans répondre il me dévisage, puis :</p>
<p>« D’où qu’vous v’nez ? »</p>
<p>« Du camp d’Auvours, pourquoi ? »</p>
<p>« Du camp d’Auvours ? V’savez pas l’allure d’un soldat pourtant… »</p>
<p>(Réminiscence d’une vadrouille hivernale solitaire de l’an passé où mon allure avait intrigué des gendarmes). Je joue le jeu du mystère :</p>
<p>« Vous savez il y a des soldats qui se déguisent… »</p>
<p>« C’est du louche ! Où qu’vous allez ? »</p>
<p>« A Parigné-l’Evêque. Je rejoins des amis, qui campent par là »</p>
<p>« Y’a personne qui campe là-bas ! C’est du louche ! »</p>
<p>Il s’approche, et, coïncidence troublante, son fusil est dans ma direction. Va-t-il me réclamer mes papiers ? Après quelques mots où revient comme un leit motive « c’est du louche, oui, c’est du louche ! » il me lâche sur un :</p>
<p>« On verra ça ! Mais c’est du louche ! »</p>
<p>Ceci dit sur un ton de juge d’instruction qui se propose de vérifier un alibi douteux.</p>
<p>Je dois avoir une gueule patibulaire au possible car à Saint Maixent déjà où je randonnais en tenue mi-civile, mi-militaire comme aujourd’hui on m’avait pris pour un « gefang » évadé.</p>
<p>Egayé par cet incident je continue ma route quasiment rien qu’à la boussole car la carte d’E.M est très discrète par ici et bien des chemins ne sont pas indiqués ce qui me brouille un peu les idées. Des châtaigniers me font un tapis de leurs feuilles.</p>
<p>A Parigné-l’Evêque ayant acheté quelques vivres je me mets en quête d’un endroit sympathique où déjeuner. Une pineraie fera très bien l’affaire et bientôt un fumet engageant se répend dans l’air aiguisant mon appétit qui n’en a pourtant guère besoin. Joie de prendre un repas mérité par des heures de marche.</p>
<p>C’est en me guidant uniquement à la boussole que je me dirige sur un versant boisé remarqué ce matin trop à l’écart de ma route et repéré maintenant du haut d’une colline. Après une progression qui n’est pas de tout repos (taillis, hautes herbes, quasi marécages) je parviens à mon but et le coup d’œil dont on jouit de là-haut est vraiment bien. Je tourne et retourne dans le coin et découvre quelques points d’observation dont la vue est très jolie. Intéressante aussi les châtaignes qui jonchent le sol !</p>
<p>Je décide alors de recherche encore ce fameux carrefour du Chêne Blanc introuvable ce matin et qui a piqué mon amour-propre. N’existe-t-il vraiment plus ? J’enfile une route qui se perd bientôt mais j’ai la certitude, plusieurs fois confirmée, d’être dans la bonne direction. Finalement je vérifie que le carrefour en question n’existe plus que sur la carte. C.2.F.D.</p>
<p>Après une nouvelle traversée du plateau dénudé vu ce matin je m’assieds un moment pour admirer le paysage… et un petit bout de ciel bleu : le seul vu depuis ce matin, ce qui explique d’autre part l’inaction de mon Foca.</p>
<p>Puis je prends le chemin du retour et n’arriverai à Auvours qu’à la nuit tombée (discrétion nécessaire à mon retour dans les barbelés).</p>
<p>Ce soir-là au mess je prêterais une oreille discrète à la conversation : je suis encore parmi les pins et les châtaigniers de la forêt de Lourdon.</p>
<p>&#8212;</p>
<p>N&rsquo;ayant pas de photo pour l&rsquo;illustrer j&rsquo;ai trouvé cette image : <a href="https://www.geneanet.org/cartes-postales/view/5127333#0" target="_blank" rel="noopener">https://www.geneanet.org/cartes-postales/view/5127333#0</a> avec cette licence : <a href="https://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/2.0/fr/" target="_blank" rel="noopener">https://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/2.0/fr/</a></p>
]]></content:encoded>
					
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		<title>« Liberté »</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bernard Van Leckwyck]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 01 Jan 1948 13:52:08 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Carnet 5]]></category>
		<category><![CDATA[Val de Loire]]></category>
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					<description><![CDATA[Janvier 1948 &#8211; Orléanais Voilà bientôt deux mois que je suis soldat. C’est parfois long deux mois à ne rien faire d’autre que du travail d’automate : maniement d’armes, revues diverses...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;">Janvier 1948 &#8211; Orléanais</p>
<p>Voilà bientôt deux mois que je suis soldat.</p>
<p>C’est parfois long deux mois à ne rien faire d’autre que du travail d’automate : maniement d’armes, revues diverses généralement plus inutiles les unes que les autres, corvées où chacun tire au flanc le plus possible. Combien est rare le travail constructif ou seulement intéressant ! Et puis c’est le « matthieuisme » poussé à la caricature, après les travaux ridicules le délassement est minable : bal, cinéma, café. Quant à la tenue de sortir elle paraît avoir été soigneusement étudiée pour gêner ou empêcher tout amusement tant soit peu sportif. Le manteau, ample à souhait et trop large d’épaule, vous engonce. Le calot, qu’il faut porter réglementairement à 1 cm au-dessus du sourcil droit est en équilibre généralement instable et ne protège pas plus du soleil que de la pluie. Bien entendu « streng verboten » de mettre ses mains en poche et les gants… Avec tout cela, comment s’arranger pour randonner ce qui est, pour moi, la forme la plus tentante du sport ?</p>
<p>J’ai pourtant résolu le problème.</p>
<p>Ce matin dimanche je me présente au poste avec mon treillis de travail en dessous de ma tenue de sortie réglementaire. Une musette et un sac à dos américain contiennent mon bagage de randonneur : ravitaillement entre autre car je déjeune en plein air.</p>
<p>« Permission de sortir, chef de poste ? »</p>
<p>Un œil inquisiteur me toise. Ça va.</p>
<p>Salut. Demi-tour à droite.</p>
<p>Je sors et ramasse mon bagage discrètement laissé dehors car dans tout ce que je sors c’est bien le diable s’il n’y a pas quelque chose d’interdit.</p>
<p>Impatients, mes pas sonnent sur le chemin de la Liberté. Et bientôt je transpire car avec mon treillis en plus de ma tenue de sortie et de mon manteau…</p>
<p>Le jour se lève à demie et, Dieu merci, le ciel est à moitié dégagé : c’est inespéré car ce matin il bruimait d’une façon peu encourageante.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/01/005-001.jpg" rel="grid-54" class="item view" title="Les coins vus il y a trois mois"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/01/005-001.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/01/005-002.jpg" rel="grid-54" class="item view" title="Les coins vus il y a trois mois"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/01/005-002.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Je passe le Pont Georges V sur la Loire et me trouve reporté trois mois en arrière alors que, civil, je partais pour une vadrouille automnale solitaire sur les bords de ce fleuve que j’aime tant.</p>
<p>Aujourd’hui, je gagne un petit bistrot repéré il y a quelques temps où, après une consommation (pour me concilier les bonnes grâces du patron) je laisse mes pelures inutiles : je reste avec mon treillis vêtement agréable pour la randonné d’hiver.</p>
<p>Je suis parti dans le matin un peu brumeux mais qui déjà promet une belle journée avec Phébus qui cherche, là-bas, à pointer derrière la levée.</p>
<p>Et tout de suite je retrouve la merveilleuse ambiance de la randonnée-camping.</p>
<p>Après une courte halte à un petit bras de Loire (futures intentions halieutiques) je continue vers l’amont où je retrouve avec joie, presque attendrissement, les coins vus il y a trois mois. Leur physionomie est transformée avec la saison, mais c’est toujours la même tranquillité, la même solitude que l’on apprécie encore mieux en sortant de la caserne où tout est bruit grossier et agitation ridicule quand ce n’est pas apathie amorphe.</p>
<p>Comme on comprend mieux la calme beauté d’un paysage et comme on respire mieux l’air pur de la campagne quand il y a si peu de temps encore on était assourdi par les hurlements des diesels puants et lacrymogènes des chars d’assaut. Et comme ces grosses masses de ferraille symbolisent bien la brutale emprise que l’homme cherche à imposer à la Nature.</p>
<p>Mais j’oublie vite ces mauvais souvenirs et suis tout au bonheur de l’heure présente et de ma chère liberté recouvrée pour 24 heures.</p>
<p>J’ai la chance que le soleil soit de la partie et quand il se cache, par courts moments, derrière des cumulus si photogéniques, je me morigène d’avoir oublié mon appareil photographique. Imagine-t-on semblable oubli ?</p>
<p>Vers 10 heures je fais une petite halte pour me restaurer et je pense à ces paroles de la Tombelle : « le casse-croute au sommet du col après l’effort, c’est la suprême récompense ». Sans avoir autant mérité mon repas que ce cycliste escaladeur de montagne, je n’en comprends pas moins, une fois de plus, la vérité de ces paroles.</p>
<p>Et puis, départ.</p>
<p>Je traverse un petit bois par un sentier qui par moments, semble se perdre tant il est étroit et tant la végétation l’absorbe et l’efface. A la fin il devient tellement symbolique que je progresse presque à quatre pattes. C’est pour déboucher sur un chemin de tout repos qui me conduit sur la levée qui maintenant longe la Loire. Je laisse à ma droite la ruine repérée et visitée lors de mon dernier passage et continue vers Sandillon dont je dois encore être à 4 ou 5 km.</p>
<p>Après une visite à une ferme où je fais provision d’eau, je quitte la levée qui s’éloigne du fleuve. Cheminant au bord de ce dernier je traverse un terrain coupé de petites montagnes russes puis trouve une place sympathique au pied d’un pin et m’y installe pour déjeuner.</p>
<p>Malgré le vent assez violent j’allume un feu de bois où, non sans difficultés, je fricotte mon repas. Quelle joie de procéder au rituel de la cuisine de camping et comme cela me reporte à d’autres camps merveilleux du passé et de l’avenir pour lequel j’ébauche des projets.</p>
<p>Quel plaisir aussi de manger, seul dans la Nature, une tambouille faite par soi ! Ici encore, malgré moi, j’établis un parallèle entre le réfectoire bruyant et incommode et ce coin idéalement solitaire.</p>
<p>Je repars après une rapide vaisselle et pousse une pointe jusqu’au lieu où j’avais déjeuné la dernière fois et où je reprends la levée que je suivrais pour rentrer à Orléans.</p>
<p>On m’avait toujours prédit : « quand vous serez soldat, cela vous guérira du camping ».</p>
<p>Ridicule ! J’aime la nature plus que jamais et la randonnée-camping devient une religion à mes yeux.</p>
<p>C’est dans le bruit de la caserne que j’ai pensé à la musique mélodieuse du vent ou de l’eau, c’est dans la fumée des diesels qui voilait le ciel et transformait sa clarté que j’ai mieux compris la douceur d’un air pur et d’un paysage champêtre.</p>
<p>Aussi c’est plein du courage puisé dans cette journée de liberté que je retrouve la ville vers 17 heures et, redéguisé en élégant ( !?) militaire, j’ai encore le temps de m’y promener un peu à la lumière du soleil qui se couche.</p>
<p>Voilà toujours une journée où je n’aurais pas vécu la vie stupide des autres soldats.</p>
<p>Voilà toujours une journée de liberté gagnée sur l’esclavage mathieux.</p>
<p>Voilà toujours une journée de Vie.</p>
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		<title>Voyage sentimental</title>
		<link>https://mille-camps-et-plus.fr/1947/voyage-sentimental/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Bernard Van Leckwyck]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 04 Sep 1947 14:59:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Carnet 4]]></category>
		<category><![CDATA[Val de Loire]]></category>
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					<description><![CDATA[4, 5 et 6 Septembre 1947 Val de Loire Vendredi soir. Gare d’Austerlitz, j’attends sur le quai le bon vouloir du train de 17 heures 40.  A côte de moi...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;">4, 5 et 6 Septembre 1947</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Val de Loire</span></p>
<p>Vendredi soir. Gare d’Austerlitz, j’attends sur le quai le bon vouloir du train de 17 heures 40.  A côte de moi un sac de jute contient mes impedimenta de cyclo-campeur et c’est évidemment peu reluisant en comparaison d’un beau sac à dos bien fait. « Tu as l’air d’un clodo ! » m’a-t-on confié au bureau où l’on m’a vu ainsi.</p>
<p>Enfin, voici mon train où je pousse la chance jusqu’à avoir une place assise. Dans deux heures et des poussières, je dois être à Blois, et, de là.</p>
<p>« Je me paye un petit voyage sentimental »</p>
<p>« Au pays des souvenirs… »</p>
<p>Comme dans la chanson : j’ai en effet décidé de revoir la Touraine en cyclo-campeur et seul. Ma vieille et chère Touraine ! Particulièrement les environs d’Amboise où j’ai laissé tant de souvenirs pour y avoir passé mes vacances pendant cinq ou six ans au bord de la Loire.</p>
<p>Voilà 5 années que je n’ai pas vu le « Jardin de la France » aussi pour la première fois que je le retrouve, j’ai préféré être seul pour mieux fouiner à mon aise dans tout mon passé.</p>
<figure id="attachment_1005" aria-describedby="caption-attachment-1005" style="width: 200px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-107.jpg"><img decoding="async" class="wp-image-1005 size-medium" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-107-200x300.jpg" alt="Château…" width="200" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-107-200x300.jpg 200w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-107-681x1024.jpg 681w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-107-768x1154.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-107-1022x1536.jpg 1022w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-107.jpg 1272w" sizes="(max-width: 200px) 100vw, 200px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1005" class="wp-caption-text">Château…</figcaption></figure>
<p>J’arriverais à Blois avec près d’une heure de retard par la faute d’un essieu de wagon qui chauffe.</p>
<p>Mon vélo est là qui m’attend aux bagages : je fixe mes sacoches, tout mon acharnement et en avant dans la nuit !..</p>
<p>Je traverse la ville déserte à cette heure, accorde en passant un coup d’œil au château et prend la nationale qui longe la rive droite de la Loire après avoir fait le plein d’eau à un bistrot heureusement encore ouvert.</p>
<p>La nuit est douce, calme et je roule à bonne allure pendant que derrière moi disparaissent les dernières lumières de Blois.</p>
<p>Un peu après les Grouets (km5) je me juge assez loin de la ville et je scrute vers la gauche, cherchant une « descente » dans le « levée ». En voici une par laquelle j’atteins le bord de Loire.</p>
<p>Avant tout je monte le double toit d’itisa que j’ai emprunté pour remplacer Pascaline II qu’on m’a volée et j’installe mon home pour la nuit. Je suis assez à l’étroit pour placer mon abri car je suis serré entre les buissons.</p>
<figure id="attachment_1006" aria-describedby="caption-attachment-1006" style="width: 197px" class="wp-caption alignright"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-108.jpg"><img decoding="async" class="size-medium wp-image-1006" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-108-197x300.jpg" alt="De bon matin" width="197" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-108-197x300.jpg 197w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-108-673x1024.jpg 673w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-108-768x1169.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-108-1009x1536.jpg 1009w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-108.jpg 1185w" sizes="(max-width: 197px) 100vw, 197px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1006" class="wp-caption-text">De bon matin</figcaption></figure>
<p>Mes yeux sont maintenant accoutumés à l’obscurité et autant que j’en puisse juger le coin n’a pas l’air mal bien que en bas du talus de la nationale.</p>
<p>Bientôt la lune (rousse) se lève et, se reflétant dans la Loire qui est devant moi, l’ensemble devient d’une majestueuse beauté.</p>
<p>Ce qui ne m’empêche pas de prosaïquement mastiquer un sandwich qui est le bienvenu pour compléter le dîner assez sommaire pris dans le train.</p>
<p>Quelle magnifique impression de calme et de solitude !</p>
<p>Je dois me forcer à aller me coucher, car il est tard et demain j’ai des kilomètres à abattre, pourtant j’aimerais veiller encore dans ce décor nocturne si attachant.</p>
<p>Samedi – Je me réveille de bon matin et dans la fraîcheur qui me saisit, j’avoue, à ma honte, ne pas me débarbouiller : je trouverai bien moment dans la journée pour le faire. Après un petit déjeuner froid mais copieux (pour économiser du poids, je n’ai pas emporté de batterie de cuisine) je prends la route.</p>
<div class="photoGrid four clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-109.jpg" rel="grid-8" class="item view" title="Brume du matin"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-109.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-110.jpg" rel="grid-8" class="item view" title="Un coin de camping"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-110.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-111.jpg" rel="grid-8" class="item view" title="Amboise"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-111.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-112.jpg" rel="grid-8" class="item view" title="Amboise"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-112.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Et quelle route ! Depuis que j’attendais ce moment j’en jouis avec d’autant plus de plénitude. Le soleil n’a pas encore dissipé la brume du matin et les lointains en sont délicatement ouatés.</p>
<p>Je marche bon train et passe successivement devant Chaumont et son château perché sur le versant sud, Veuves, Le Haut-Chantier et enfui j’aperçois au fond, à droite, un autre château : celui d’Amboise puis la ville elle-même apparait.</p>
<p>Un peu avant d’y arriver j’abandonne la route pour suivre le Loire à travers prés. Il me semble me souvenir d’un coin de camping fort sympathique que je n’appréciais qu’en pêcheur il y a cinq ans. Voici en effet l’endroit qui sera très favorable pour planter ma tente ce soir après un petit tour dans Amboise, Mégron et les petits villages de la côte.</p>
<p>Puis j’arrive à Amboise où je vois que le pont, qui avait subsisté en 1939, n’a pas survécu à la Campagne de France après le Débarquement.</p>
<p>Je visite la ville et retrouve presque tout comme il y a cinq ans. De vieux noms chantent à mes oreilles : Hôtel St Vincent, Boineau, Mabille, la B.B.T., Picault, le Lion d’Or, Landureau, Serpette, Jamin, Dorange et tant d’autres ! Et des visages aussi que je retrouve. Que de souvenirs…</p>
<div class="photoGrid four clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-113.jpg" rel="grid-94" class="item view" title="La Cisse"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-113.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-114.jpg" rel="grid-94" class="item view" title="confluent de la Loire et de la Cisse"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-114.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-115.jpg" rel="grid-94" class="item view" title="Je fais une pause "><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-115.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-116.jpg" rel="grid-94" class="item view" title="Une plage caillouteuse"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-116.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Après ravitaillement (en marchandises et en réminiscences) je vais sur Mégron.</p>
<p>Le petit village n’a guère changé non plus et ici encore le temps semble n’avoir pas coulé ! Un changement pourtant : l’épicerie n’est plus tenue par Vincendot. Je savais que Jacqueline était mariée avec un gars, quelque part sur la côte, mais j’ignorais que sa mère avait cédé son fonds.</p>
<p>Je déjeunerai au bord de la charmante et poissonneuse rivière qu’est la Cisse puis traverserais encore une partie de Mégron pour rallier Nazelles et, par la route de l’intérieur, voir Noizay, Vernou et Vouvray.</p>
<p>Le vent s’élève et en arrivant à cette dernière ville un repos s’impose. Je fais une pause au confluent de la Loire et de la Cisse bien tranquille dans un petit bois qui borde une plage caillouteuse du Fleuve des Rois.</p>
<p>Je ne me lasse pas de regarder cette eau si majestueuse.</p>
<p>Quelle paix ! Quel repos !</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-117.jpg" rel="grid-35" class="item view" title="La vue est fort belle "><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-117.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-118.jpg" rel="grid-35" class="item view" title="La vue est fort belle "><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-118.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Après cela on se sent un gaillard aux muscles neufs pour reprendre la route. Je passe la Loire sur le pont de chemin de fer de Montlouis d’où la vue est fort belle et par la rive gauche, je regagne Amboise où j’ai encore le temps de me baigner à l’Ile d’Or puis je regagne le lieu de campement repéré ce matin. Malheureusement deux tentes s’y dressent déjà flanquées de moto et d’auto. Mais sur la rive d’en face je crois discerner un coin agréable.</p>
<p>Demi-tour sur Amboise, et, de là, sur la terre promise entrevue de l’autre rivage.</p>
<p>Bientôt le double-toit est monté dans un cadre agréable face à la Loire, naturellement.</p>
<p>Après avoir admiré un beau couché de soleil je dine sous les étoiles qui se découvrent des sœurs jumelles dans la Loire.</p>
<p>Et c’est encore la grande paix de la nuit.</p>
<p>Dimanche – Ce matin il pleuvine et j’expérimente ainsi le double-toit simple. Plus spacieux qu’une tente seul on s’y meut à l’aise sans heurt. Le crachin cesse et je me mets en route assez tard car il est déjà 9 heures quand je traverse Amboise, je suis moins matinal qu’hier.</p>
<figure id="attachment_1017" aria-describedby="caption-attachment-1017" style="width: 2560px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-119-scaled.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-1017" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-119-scaled.jpg" alt="Montrichard" width="2560" height="1529" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-119-scaled.jpg 2048w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-119-300x179.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-119-1024x612.jpg 1024w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-119-768x459.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-119-1536x917.jpg 1536w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1017" class="wp-caption-text">Montrichard</figcaption></figure>
<p>Je peine un peu sur la côte de la route de Bléré, puis c’est la forêt d’Amboise avec la pagode de Chanteloup aperçue dans la perspective d’allées forestières.</p>
<p>Pendant la descente sur le Cher, la bruîmes remet ça, mais c’est pour rire et en arrivant à la rivière (très basse) c’est déjà fini.</p>
<p>Je remonte le Cher par la rive gauche jusqu’un peu en aval de Chenonceaux où je le retraverse. La  visite du beau château ne me prendra qu’une demi-heure car je voudrais arriver assez vite à Montrichard de la plage de laquelle j’ai conservé un bon souvenir.</p>
<p>J’y arrive vers midi moins le quart ; je suis quasi seul car le temps est encore nuageux : finalement nous sommes trois dans l’eau et guère plus sur la plage. L’eau est presque à son niveau normal ici, mais encombrée d’herbes. Malgré ma répugnance pour celles-ci, je me baigne avec plaisir car l’eau est bien fraîche et je suis passablement transpireux.</p>
<p>Rhabillé après un rapide séchage aux derniers rayons de soleil qui se cache à nouveau, je prends la route de Blois : 41 km à abattre et il n’est que midi un quart.</p>
<div class="photoGrid four clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-120.jpg" rel="grid-65" class="item view" title="Blois"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-120.jpg" alt="">
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                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-123.jpg" rel="grid-65" class="item view" title="le Château"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-123.jpg" alt="">
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        </div>

<p>Je déjeune dans un tranquille coin de la forêt de Montrichard, parmi les pins, puis j’appuis ferme sur les pédales pendant que défilent Vallières, Rilly, Chaumont, Candé et enfin Blois où j’arrive vers 14h30 au milieu d’une haie de spectateurs. M’attendrait-on ?! Non, il s’agit simplement d’une course de garçons de café ! Elle doit passer d’un moment à l’autre.</p>
<p>Je monte jusqu’au Château que j’ai le temps de visiter et qui est le plus beau que j’ai visité intérieurement.</p>
<p>Et comme j’ai encore du temps devant moi, mon train n’arrivant que dans quatre heures d’ici, je décide de pousser jusqu’à Mer, à 22 km.</p>
<p>Re-départ. Route en billard le long de la levée rive gauche qu’elle suit presque tout le temps. Je suis dans une forme étourdissante qu’un petit vent arrière ne fait qu’accentuer aussi je fonce tant et si bien qu’en moins d’une heure je suis en vue de Mer. Belles moyennes pour un cycliste aussi peu entraîné que moi.</p>
<p>Je casse une dernière croute au bord de ma chère Loire et… décide de pousser jusqu’à Beaugency qui n’est plus très loin. De là ma forme se conservant j’irais jusqu’à Meung et finalement à Orléans où j’arrive vers 19 heures et dine à l’entrée de la ville avant d’aller prendre le train à la gare des Aubrays.</p>
<p>Et dans le train qui me ramène à Paris je me remémore les plaisirs de cette vadrouille solitaire dans tous ces chers coins qui me tiennent tant au cœur.</p>
<p>« Je me paye un petit voyage sentimental. »</p>
<p>« Au pays des souvenirs…. »</p>
<figure id="attachment_1022" aria-describedby="caption-attachment-1022" style="width: 2560px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-124-scaled.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-1022" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-124-scaled.jpg" alt="« Au pays des souvenirs…. »" width="2560" height="1579" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-124-scaled.jpg 2048w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-124-300x185.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-124-1024x632.jpg 1024w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-124-768x474.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2020/01/004-124-1536x947.jpg 1536w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px" /></a><figcaption id="caption-attachment-1022" class="wp-caption-text">« Au pays des souvenirs…. »</figcaption></figure>
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