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	<title>Jean &#8211; Mille Camps et Plus</title>
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		<title>Falaises</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bernard Van Leckwyck]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 29 Apr 1950 15:09:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Carnet 10]]></category>
		<category><![CDATA[Normandie]]></category>
		<category><![CDATA[Jean]]></category>
		<category><![CDATA[Marcelle]]></category>
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					<description><![CDATA[29 Avril au 1er Mai 1950 &#8211; Yport et retour Pendant le voyage Paris-Fécamp, la 4CV qui transporte les Patagons n’a essuyé qu’une seule averse. Il est juste de dire...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;"><span style="text-decoration: underline;">29 Avril au 1er Mai 1950 &#8211; Yport et retour</span></p>
<p>Pendant le voyage Paris-Fécamp, la 4CV qui transporte les Patagons n’a essuyé qu’une seule averse. Il est juste de dire que celle-ci, ininterrompue, dure depuis le départ…</p>
<p>Mais en arrivant à destination, Zeus manifeste clairement sa décision de protéger la glorieuse phalange, car la pluie cesse brusquement.</p>
<p>Dans les calmes rues du petit port normand, on fait quelques emplettes de dernière heure. Puis la 4 CV repart sur Yport où il a été décidé qu’elle attendrait ses maîtres.</p>
<p>A Yport, quelques difficultés pour trouver un garage, mais finalement le Corbillard est casé et la randonnée pédestre commence.</p>
<p>Elle ne dure pas longtemps car, sur la falaise dominant le bourg, dès qu’ils découvrent un coin tranquille, les voyageurs s’occupent de régler la question du déjeuner. Sandwichs et fruits. Heureusement qu’il y a du vin pour relever un peu ce menu froid car le temps humide demanderait plutôt des nourritures réchauffantes. Mais, comme la raison d’état, la raison patagonne a d’implacables directives et il est trop tard pour perdre un temps précieux à fricoter un repas ou pour faire bombance dans un restaurant. En guise d’exhortation au stoïcisme, Jean place à ces coéquipiers sa phrase célèbre : « L’homme ne se nourrit pas seulement de pain, mais aussi de paysages. ».</p>
<p>Une fois la faim appaisée, les Trois reprennent la conquête des falaises du Pays de Caux.</p>
<p>Le temps bouché ne permet pas des vues très lointaines, mais ce n’est qu’un détail pour les trois amis qui rêvaient depuis si longtemps de cette escapade en commun au bord de la mer. Bernard est le seul a avoir déjà campé sur un littoral ce qui lui permet de prendre des airs protecteurs bien dans la note du « monsieur-qui-a-déjà-fait-ça-et-même-plus-dur ». Quant à Marcelle et Jean ils savourent à l’avance leur premier camp maritime.</p>
<p>Le haut de la falaise est classique de la région : prés et cultures sont les seules parures du terrain sur les parties dominantes et il n’y a guère que les valleuses qui abritent quelques arbres généralement chétifs. Le bord de la falaise se révèle brusquement en tombant à pic dans la mer d’une hauteur de soixante à quatre-vingt mètres. Et, malgré les débris guerrier du Mur de l’Atlantique (sur la Manche ?) qui subsistent par endroits, le paysage est assez sauvage par son aspect désert.</p>
<p>Le ciel se fait de plus en plus menaçant, et partout à l’entour on voit la pluie tomber. Les Patagons marchent dans un îlot de temps sec miraculeusement préservé, ce dont ils ne se font pas faute de louer le ciel.</p>
<p>Le terrain est vallonné et la marche est assez fatigante dans ces continuelles montagnes russes casse mollets qui forment les valleuses aux pentes très raides. C’est pourquoi, à l’occasion d’un chemin-escalier qui conduit à la plage du pied de falaise, les randonneurs descendent et font une courte halte pour explorer sans sacs la partie basse des falaises qui est ici curieusement burinée d’une multitude de trous. Quelles prises pour la varappe si tout ce gruyère n’était pas suintant d’humidité grasse… Des surplombs et même de petites cavernes sont remarqués.</p>
<p>Puis on remet les sacs et en route ! On verra au passage une valleuse où les terriers de lapins de garenne sont d’une densité peu ordinaire et insidieusement des idées de braconnage s’infiltrent dans des esprits impurs…</p>
<p>Voici la Valleuse du Curé où il y aurait un camp magnifique à faire mais il est encore trop tôt pour s’arrêter aussi doit-on repartir le cœur plein de regrets de ne pas séjourner dans ce cadre splendide.</p>
<p>Le terrain s’aplanit et la marche s’en trouve accélérée, aussi apparait bientôt cette merveille de la nature qu’est la porte d’Amont qui précède Etretat. Cette arche naturelle, creusée dans la marne blanche des falaises, entre dans la mer en formant la pointe d’un éperon qui marque la côte ici.</p>
<p>Déjà tout à l’heure, la troupe s’était extasiée sur une branche du rivage en forme de tour qui s’en isolait à une centaine de mètres, mais ceci est encore bien plus beau.</p>
<p>C’est ici qu’il faut camper et quiconque tenterait seulement d’émettre un avis différent serait immédiatement précipité à la mer par les Patagons pleins d’enthousiasme.</p>
<p>Bientôt les deux itisas dressent leurs silhouettes sur un soleil couchant, qui commence à résister honnêtement aux nuages, et le Radius de Bernard ronfle sous le diner. Heureusement qu’un réchaud a été emporté car le combustible naturel brille par son absence et les conseils glanés et précisant la nécessiter d’emporter un appareil de chauffage se trouvent absolument confirmés.</p>
<p>Jean fait une courte reconnaissance aux environs et revient ne pouvant sortir trois mots sans y mettre un superlatifs tant il est charmé par la grandeur de ce qu’il a vu plus bas. Evidemment l’endroit est aménagé avec escalier et rambardes ce qui le mathieuse un peu, mais sans ces ustensiles il serait presque inaccessible.</p>
<p>Le reste de la troupe se réserve pour demain de voir tout çà et bientôt tout le commando est couché.</p>
<p>Le lendemain matin, merveille des merveilles, le ciel est pur et le soleil brille.</p>
<p>Après quelques reconnaissances aux environs immédiats, les appareils fixent pour la postérité l’aspect de ce camp superbe. Puis on s’attaque à la préparation du petit déjeuner, et malgré le réchaud, on ne l’obtiendra pas sans peine car le gicleur bouché crachote abondamment avant de vouloir ronfler correctement. Puis, mais ceci n’est plus la seule faute du Radius, ces adroits cuisiniers, renversent la casserole deux fois de suite…</p>
<p>Les randonneurs lèvent ensuite le camp et, empruntant un passage souterrain qui perce la porte d’amont, ils suivront le pied des falaises pendant une courte marche sur Etretat.</p>
<p>C’est une petite station balnéaire assez sympathique où, après quelques achats, on peut voir les explorateurs du Pays de Caux occupés à siroter des apéritifs tout en rédigeant quelques cartes postales. Par hasard, Jean rencontre un collègue de bureau, mathieux endimanché comme il se doit. Considérations habituelles sur le camping : avantages, inconvénients. Opinions divergentes.</p>
<p>Après cet intermède philistin, les trois reprennent le chemin des falaises, puis, par une descente épique dans un sentier glissant et dont la pente moyenne doit être proche de la verticale (!), ils atteignent une plage déserte entre la Porte d’Aval et la Marneporte.</p>
<p>L’endroit est à cette heure prodigieux de grandeur, de tranquillité et de beauté. Une quantité impressionnante de superlatifs d’admiration y est consommée en un temps record.</p>
<p>Ce midi, déjeuner fin ; entre autres plats de raffinés : huitres, soupe au poisson, raie au beurre noir.</p>
<p>Ensuite pendant que Marcelle lézarde au soleil en frôlant la congestion, les deux autres se livrent aux joies de la pêche. Joies peu productives si l’on considère les résultats d’une manière objective. Le butin, une crevette, est dévoré sur place sans perdre de temps à une cuisson décrétée inutile.</p>
<p>Puis l’heure tourne ramenant les mathieux indésirables qui envahissent sournoisement les lieux par un couloir souterrain que la municipalité d’Etretat, visiblement vendue à la cause détestée des Philistins, a fait aménager pour les personnes que rebuterait le sentier de chèvres dont il est parlé plus haut. Quel dommage et aussi quelle criante iniquité que les Patagons n’aient pas le droit de défendre leur tranquillité et leur solitude par les armes ! Seule solution restante : le repli stratégique.</p>
<p>On escalade donc le sentier-échelle et la vadrouille reprend chassant le démon du camp fixe qui rodait là en-bas sur la petite plage.</p>
<p>Les mouettes sont nombreuses et, défiant le vertige, se perchent au rebord de la falaise. Quelques photos sont tentées sur ces sujets, mais, sans téléobjectif, on sait trop ce que donnent ces essais.</p>
<p>La promenade est encore mieux qu’hier et, de plus, le soleil est de la partie aujourd’hui.</p>
<p>Voici le cap d’Antifer qui s’annonce par son sémaphore après une valleuse où la descente sur la plage est si raide qu’elle se fait au long d’un filin disposé spécialement à cet effet…</p>
<p>Les environs du cap sont jonchés de débris guerriers (Bruneval est tout proche). Ici, les falaises changent d’aspect. C’est de la terre rougeâtre qui remplace, au moins dans la partie haute, la marne blanche rencontrée jusqu’à présent. Quant à la hauteur, elle atteint ici, au point culminant, plus de cent mètres. Et instinctivement on songe au plongeon que cela représenterait. « Un beau plouf » répète Bernard sur qui le vertige ne reste pas sans effet.</p>
<p>Il commence à se faire tard et la phalange patagonne cherche un lieu de camp. Une dépression dans un pré, à cent mètres du rebord de la côte en fournira un très tranquille où les lapins effrontés observent les campeurs du bord de leurs terriers. Ce soir, feu de bois, car les arbres sont proches entourant une ferme derrière un épaulement, et une expédition en ramène du combustible.</p>
<p>La nuit tombe après un très beau coucher de soleil.</p>
<p>Au matin Bernard s’est détaché pour aller au ravitaillement à la ferme. C’est une vaste et riche propriété où subsiste encore des souvenirs de l’occupation allemande : murs décoré de peintures soldatesques entres autres choses.</p>
<p>On roule les tentes, on dit au revoir à la mer et on aborde la partie de l’itinéraire qui va faire voir l’hinterland.</p>
<p>Après la traversée de la Poterie, où les Blier renouvellent leur provision de bonbons qui leur est si chère, un peu de parcours en plateau s’annonce. Mais très vite le terrain s’accidente et le chemin est très pittoresque par des sentiers creux et des vallonnements boisés.</p>
<p>Le groupe commence à trainer la jambe et après qu’une paysanne particulièrement aimable aura renouvelé le plein d’eau, on cherche un endroit convenable pour la halte-déjeuner.</p>
<p>A l’entrée du Bois des Loges, les Patagons seront très bien. Dommage que Marcelle ait si peu d’appétit, d’autant plus qu’elle finirait par faire croire que les autres n’ont pas des talents de cuisiniers remarquables.</p>
<p>A la fin du repas, le soleil se couche et on ne le regrettera pas trop car Marcelle s’obstine à conserver pull-over sinon cache-nez et l’apoplexie la guette. L’un ou l’autre devait céder : heureusement c’est Phébus le moins entêté.</p>
<p>La suite de la randonnée se fait dans un bois de taillis où on rencontre beaucoup de bouleaux et qui n’est pas sans ressembler à certains coins des Vaux de Cernay avec la tranquillité en plus, car les Vaux de Cernay un 1er Mai ce doit être quelque chose d’assez pénible.</p>
<p>Puis, après une orientation un peu délicate, la troupe quitte le creux du Bois des Loges pour rattraper la route qui va la ramener sur Yport.</p>
<p>Ce sont à nouveau les cultures et pacages du plateau : peu d’intérêt après les jolis paysages précédents.</p>
<p>L’allure ralentit car Marcelle a le coup de pompe et en profite pour faire la tête, ce dont Jean prend son parti avec un stoïcisme qui force l’admiration.</p>
<p>Après diverses tergiversations, on décide que Bernard se détachera seul pour chercher la 4 CV encore lointaine.</p>
<p>Après une route sans incident et une jolie arrivée sur Yport pour récompenser d’une certaine monotonie précédente, la petite Renault est retrouvée et bondit sur la goudronnée. A son passage Jean bondit du fossé où il attendait avec sa femme, mais il a compté sans la traitrise du conducteur qui fait mine de ne l’avoir pas remarqué et qui disparait derrière un virage. Ce n’est qu’après avoir ainsi satisfait son besoin naturel de taquinerie que le perfide Bernard fera demi-tour pour rejoindre ses amis.</p>
<p>Les Patagons chargent la voiture et c’est de nouveau la route en motorisés.</p>
<p>Mission terminée : le commando a reconnu le Pays de Caux</p>
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		<title>En cherchant l’eau</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bernard Van Leckwyck]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 10 Aug 1947 15:02:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Carnet 4]]></category>
		<category><![CDATA[Massif Central]]></category>
		<category><![CDATA[Aubusson]]></category>
		<category><![CDATA[Jean]]></category>
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					<description><![CDATA[10 Août au 18 Août 1947 Marche Nous avons pris le train vers 23 heures. Vers 23 heures 30 nous arrivons à Ussel où il nous faut patienter 4 heures...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;"><strong>10 Août au 18 Août 1947</strong></p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Marche</span></p>
<p>Nous avons pris le train vers 23 heures. Vers 23 heures 30 nous arrivons à Ussel où il nous faut patienter 4 heures dans un froid pénible pour la saison. Nous aurons bien mérité notre correspondance pour Aubusson !</p>
<p>Bientôt, allongés sur les banquettes étroites, ô combien ! de la salle d’attente, nous sombrons dans le sommeil. J’ignore si c’est celui du juste, mais, pour ma part, je puis affirmer que c’est celui du fatigué !</p>
<p>Quelques quatre heures après, réveil en fanfare par un employé qui vient hurler l’arrivée d’un train. Heureusement car sinon quand nous serions-nous réveillés ?</p>
<p>Notre micheline doit entrer en gare dans ½ heure. En fait, nous poireauterons près d’une heure dans un froid vif que des morceaux de sucre et quelques gorgées de rhum n’arriveraient pas à neutraliser.</p>
<p>Grâce au ciel, la micheline en question nous accorde des places assises et dans le jour qui se lève nous roulons vers Aubusson.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/12/004-073-scaled.jpg" rel="grid-66" class="item view" title="Nous chariotons…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/12/004-073-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/12/004-074.jpg" rel="grid-66" class="item view" title="… jusqu’à la Creuse"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/12/004-074.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Bientôt nous suivons la Creuse que nous sautons anxieusement car on nous a dit qu’il n’y aurait pas assez d’eau pour la descendre ; aussi, à chaque fois que nous l’entrevoyons, ce sont des alternatives d’espoir ou de déceptions. Finalement, optimistes, nous optons pour une navigation faisable sinon aisée.</p>
<p>Arrivés de trop bonne heure à Aubusson, pour chercher le canoë à la consigne, nous patientons un peu, juste le temps de se ravitailler, pensons-nous. Mais la ville est agréable à parcourir, aussi n’est-ce que vers 10 heures ½ que nous nous occuperons du M.P.</p>
<p>Nous déballons notre matériel pendant que tranquillement les poules picorent dans la cour de la gare, puis nous chariotons jusqu’à la Creuse toute proche où nous chargeons notre embarcation puis débordons vers midi malgré les prédictions peu encourageantes des indigènes : il n’y a pas d’eau, parait-il. Mais connaissent-ils seulement exactement le tirant d’eau nécessaire à un canoë ?</p>
<p>Et puis, à Dieu va ! Dans tous les cas, ici, l’eau est assez profonde pour nous moyennant quelque prudence et attention dans la manœuvre qui n’est pas toujours facile car l’eau brunâtre s’entend à dissimuler les rochers perfides qui bloquent brusquement l’élan.</p>
<p>Après le premier déversoir (sur lequel pas le moindre filet d’eau ne se déverse d’ailleurs) c’est plus dure : 10 cm d’eau à peine sur une centaine de mètres, nous trainons ce qui ne vas pas sans mal car j’ai oublié d’amener mes nautoniers et c’est excessivement caillouteux comme fond.</p>
<figure id="attachment_961" aria-describedby="caption-attachment-961" style="width: 205px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-075.jpg"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="size-medium wp-image-961" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-075-205x300.jpg" alt="Des malheureux !" width="205" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-075-205x300.jpg 205w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-075-701x1024.jpg 701w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-075-768x1122.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-075-1052x1536.jpg 1052w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-075.jpg 1402w" sizes="(max-width: 205px) 100vw, 205px" /></a><figcaption id="caption-attachment-961" class="wp-caption-text">Des malheureux !</figcaption></figure>
<p>Hélas ! plus nous allons et plus l’eau manque. Dans une rivière à fond sableux ça irait à la rigueur, mais ici où pierres et rochers constituent un lit très chaotique c’est insuffisant et talonnant constamment, nous sommes obligés de mettre pied à … eau et pousser, et tirer, et nous démener comme des malheureux !</p>
<p>Après un déjeuner, partiellement sous la pluie, où nous récupérons des forces, nous repartons. Mêmes ennuis qu’en amont : 10 ou 20 mètres de tirant d’eau suffisant et malgré nos slaloms, c’est l’inévitable échouage et la corvée de remise à l’eau qui s’ensuit avec tous les heurts que cela comporte pour la coque du M.P et tous les délicats chatouillis que subissent mes pieds nus sur les pierres.</p>
<p>Et quelle jolie rivière pourtant ! Et comme cela ferait d’épatants rapides avec 30 ou 40 cm d’eau en plus !</p>
<p>En arrivant à Alleyrat, je propose de finir l’étape en chariotant : nous irons au moins aussi vite en nous fatiguant infiniment moins et, dès que possible, nous remettrons à l’eau.</p>
<figure id="attachment_962" aria-describedby="caption-attachment-962" style="width: 199px" class="wp-caption alignright"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-076.jpg"><img decoding="async" class="size-medium wp-image-962" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-076-199x300.jpg" alt="Encore moins d’eau qu’hier" width="199" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-076-199x300.jpg 199w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-076-680x1024.jpg 680w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-076-768x1157.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-076-1020x1536.jpg 1020w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-076.jpg 1249w" sizes="(max-width: 199px) 100vw, 199px" /></a><figcaption id="caption-attachment-962" class="wp-caption-text">Encore moins d’eau qu’hier</figcaption></figure>
<p>Fourbu l’un et l’autre après un tel travail de trainage (les 4/5 du parcours et le reste seulement à la pagaie !) suivant une nuit aussi brève, nous nous écroulons dans un pré où nous avons décidé de passer la nuit en bordure de cette Creuse si pittoresque mais hélas si peu profonde.</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">12 Août</span> – Ce matin encore moins d’eau qu’hier. Puis, pendant que nous nous préparons au départ, l’eau monte ! On nous apprendra que ce sont les grands barrages hydroélectriques qui font la pluie et le beau temps en manière de niveau d’eau. Cependant, malgré la crue relative de ce matin, le tirant d’eau de notre M.P est encore trop fort pour ici : nous continuons par la route. Bizarre méthode de descendre la Creuse en canoë…</p>
<figure id="attachment_963" aria-describedby="caption-attachment-963" style="width: 1943px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-077.jpg"><img decoding="async" class="wp-image-963 size-full" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-077.jpg" alt="Coin charmant" width="1943" height="1293" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-077.jpg 1943w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-077-300x200.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-077-1024x681.jpg 1024w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-077-768x511.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-077-1536x1022.jpg 1536w" sizes="(max-width: 1943px) 100vw, 1943px" /></a><figcaption id="caption-attachment-963" class="wp-caption-text">Coin charmant</figcaption></figure>
<p>Après un rapide déjeuné nous arrivons à Lavaveix-les-Mines vers 18 heures. Ravitaillement. Courrier. Rafraichissement. Départ.</p>
<p>Par le pont qui précède Ahun, nous enjambons la Creuse qui ici est large et assez profonde. Malgré l’avis de Jean qui espère la navigation normale à partir d’ici, je suis pour la continuation à pied et au pont du Moutier d’Ahun (merveille vétuste malheureusement bombardé alors qu’il accompagne si bien la jolie église trapue garnie de lierre) nous retrouvons notre rivière terriblement à sec. Hélas j’avais raison ce n’était, plus haut, que la retenu d’un petit barrage.</p>
<p>Malgré notre chariot cahotant et grinçant dont un bandage vient de rendre l’âme, nous allons encore un bon moment ce soir avant de trouver un coin charmant en bordure de cette Creuse si décevante encore aujourd’hui.</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">13 Août</span> – Aujourd’hui sera une journée de discutions âpres et graves de conséquence.</p>
<p>Voici le tragique problème.</p>
<p>Continuerons-nous comme ces deux derniers jours à faire les bêtes de sommes sur la route à trainer le M.P ? Ecorcherons-nous sa coque et nos pattes sur les maigres (de moins en moins long, il est vrai) pour naviguer ensuite sur les eaux quasi croupissantes des retenues de barrages (de plus en plus longs, c’est vrai aussi) ?</p>
<p>Ou bien abandonnons-nous notre embarcation aux mains de la S.N.C.F et continuons-nous nos vacances en pedestrians ?</p>
<p>Jean est un farouche partisan de la solution « en canoë à tout prix » il est parti pour faire une croisière, il veut la faire coûte que coûte.</p>
<p>Quant à moi, je me plie plus facilement aux ordres du destin et envisage avec une philosophie optimiste de continuer sac au dos.</p>
<p>Qui triomphera ? Quel point de vue aura le dessus ? Celui du persévérant (dirons-nous l’entêté ?) ou celui de l’opportuniste (dirons-nous le faible ?)</p>
<p>Jean fait valoir que la rivière est quoiqu’il en soit plus faisable qu’au début ; que d’autres canoéistes continuent, eux ; qu’il serait ridicule pour le M.P d’avoir fait aller-retour 800 km pour servir si peu, que d’autre part, comme il va se marier c’est peut-être sa dernière croisière avant longtemps, etc. etc.</p>
<p>Moi je dis que le Martin n’est pas construit pour encaisser des raclures continuelles sur les roches sans contrepartie de sport amusant pas plus que mes pieds ne sont faits pour s’écorcher aux cailloux de la rivière. J’ajoute que, même là où la profondeur d’eau est suffisante, la navigation perd son charme par suite du manque de courant. Enfin, tout à nos efforts de charroyeurs admirerons-nous seulement le paysage ?</p>
<p>Un dernier essai est tenté. Las ! au bout de 300 mètres les difficultés recommencent pire que jamais et, malgré la beauté du cadre, nous pestons.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-078.jpg" rel="grid-58" class="item view" title="La beauté du cadre"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-078.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-079.jpg" rel="grid-58" class="item view" title="La beauté du cadre"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-079.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Quoique dise ou fasse mon coéquipier, j’abandonne la descente en canoë et un dernier chariotage nous mène au pont du Busseau d’Ahun (où commence la carte nautique : signe de navigabilité peut-être ?)</p>
<p>Sur ce pont que surveille, méprisant, le viaduc qui enjambe la vallée, quelle polémique ! Jean, aidé de 3 canoéistes retrouvés là et qui sont de son avis, tente de me faire renoncer à mon projet d’abandon.</p>
<p>Je reste inébranlable malgré que l’on fasse, tour à tour, appel à mon orgueil, ma camaraderie, mon bon sens. Le bon sens me parait justement de continuer à pied et sac au dos.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-080.jpg" rel="grid-39" class="item view" title="L’amont"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-080.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-081.jpg" rel="grid-39" class="item view" title="L’aval"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-081.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>L’aval s’étend large et relativement profond tentateur il est vrai, mais l’amont à sec ne donne-t-il pas la preuve de l’absence de courant ?</p>
<p>Alors ? Trainer de biefs en biefs, de retenues en retenues pour naviguer en récompense sur une eau presque morte car il n’y a qu’une alternative : l’eau est vive et le fond manque, l’eau est profonde et le courant mort.</p>
<p>Alors ? Alors ?</p>
<p>Et puis je persiste à croire que le M.P et mes pieds sont destinés à de plus nobles fins qu’à s’esquinter à des travaux de trainage sur la rocaille.</p>
<p>Rien à faire. Ma résolution est prise : le canoë sera à la gare avant ce soir. Un dernier chariotage par une côte atroce nous mène à la S.N.C.F qui ignore les expéditions à de telles heures où des chrétiens doivent, normalement, prendre leur déjeuner.</p>
<p>Une fois encore nous mangerons au restaurant car une foule de raisons militent en faveur de cette solution : l’heure tardive ; le lieu, loin d’être pittoresque ; la température, accablante ; et nos dispositions morales assez lâches.</p>
<p>Vers 14 heures 30 deux pedestrians arpentent la route sous un soleil que l’orage montant cache de plus en plus, mais qui chauffe lourdement.</p>
<p>Heureusement que pour nous remonter nous trouvons tout le long du chemin des mûres ou des fruits tombés.</p>
<p>Ce soir nous aurons de l’eau à une source où je découvre trois crapautins et une salamandre folâtrant dans un liquide peu limpide. Il faut dire que l’eau potable est rare (il n’a pas plus depuis 3 mois) et que les prés sont brûlés plus que partout ailleurs où nous sommes passés. Pourtant je trouverais des œufs et du lait pendant qu’on m’explique la sécheresse désastreuse qui a tué je ne sais combien de bœufs dans le canton, bêtes extrêmement utiles ici où on les attèle et où ils remplacent très souvent les chevaux.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-082.jpg" rel="grid-95" class="item view" title="Bœufs "><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-082.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-083.jpg" rel="grid-95" class="item view" title="Anzème – l’entrée des fameuses gorges"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-083.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Nous camperons en bordures de la Creuse dans un fort joli site et ce soir je rendrais visite à des campeurs voisins peu sympathiques d’ailleurs et qui se vanteront d’avoir volé une poule.</p>
<p>Belle propagande pour le renom des amis de la nature.</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">14 Août</span> – Nous partons vers 9 heures étonnant nos ruffians de voisins par notre courage soi-disant matinal.</p>
<p>Nous marchons d’un bon pas et traversons des villages très pittoresques et un peu avant Anzème nous nous établirons dans une châtaigneraie déjà bruissant de feuilles tombées (symptôme avant-coureur d’automne) pour y déjeuner.</p>
<p>Et puis c’est l’arrivée à Anzème ! L’entrée des fameuses gorges que nous comptions tant faire à bord du M.P…. Anzème : nom prestigieux qui revenait si souvent dans nos conversations. Consolation d’amour-propre : nous y sommes arrivés à pied, mais nous y sommes arrivés quand même à ce village perché au rebord de la colline qui donne les Gorges.</p>
<p>Puis, après quelques photos que nous ne pouvions pas ne pas prendre, éternels itinérants, nous repartons.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-085.jpg" rel="grid-29" class="item view" title="Les Gorges"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-085.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-084.jpg" rel="grid-29" class="item view" title="Les Gorges"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-084.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Pendant que je « tombe la chemise », Jean est parti devant. Au bout d’un moment je ne le rejoins toujours pas. Compris ! Il a pris à gauche à la bifurcation de tout à l’heure alors que nous avions opté pour le sentier de droite. Je siffle éperdument pour l’appeler. Enfin un sifflet répond au mien et bientôt nous sommes regroupés. En marche vers la Celle-Dunoise.</p>
<p>Nous prenons un chemin de traverse que nous indique un fermier qui nous cède un litre de lait. Que c’est dont pittoresque ! A la lumière du soleil qui décline déjà fort, les couleurs prennent des tons chauds qui magnifient chaque coin de champs, chaque bout de prairie et fait flamber les ors des châtaigneraies.</p>
<p>Puis notre sentier nous mène à une route poudreuse dont la poussière chatoie si joliment sous nos pas que j’en oublie presque ma chaussure gauche qui se meurt de plus en plus et que Jean prendre à peine garde à une guêpe qui le pique à la jambe.</p>
<div class="photoGrid four clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-086.jpg" rel="grid-12" class="item view" title="Une vaste prairie"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-086.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-087.jpg" rel="grid-12" class="item view" title="Une vaste prairie"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-087.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-088.jpg" rel="grid-12" class="item view" title="La Creuse"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-088.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-089.jpg" rel="grid-12" class="item view" title="jouer au sauvage…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-089.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Nous arrivons à un modeste village à prétention architecturale : le Bourg d’Hem où un jovial indigène nous conduit par un raccourci pittoresque au bord de la Creuse qui coule ici dans un site extrêmement joli. Les gorges s’écartent un moment au confluent d’un ruisseau et dans une vaste prairie où à gauche derrière nous se dressent des chèvres vénérables, nous dressons notre tente pendant que notre guide nous étourdit de son bavardage.</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">15 Août</span> – Que l’on est bien ici ! Et par moments, on a beau être des itinérants, on a envie de stationner un peu et de jouir du paysage gagné par les fatigues des jours précédents.</p>
<p>Oui, on aimerait à jouer au sauvage ici, à s’amuser à laisser l’empreinte de son pied nu sur les rochers de la Creuse qui, brune plus en amont, est devenue ici d’un vert presque exagéré.</p>
<p>Quant à la pêche, si nous voyons ici, moins de « pescofis » que plus haut, c’est pourtant à mon avis, plus sympathique et plus tentant qu’avant. On dit que presque toutes les truites on disparu depuis ces quatre dernières années de grande sécheresse, mais on voit et entend encore sauter des poissons honorables qu’il doit être amusant de chercher à la sauterelle derrière les roches.</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-090-scaled.jpg" rel="grid-64" class="item view" title="Bon endroit de camp"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-090-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-091.jpg" rel="grid-64" class="item view" title=" La Celle Dunoise "><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-091.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-092.jpg" rel="grid-64" class="item view" title=" La Celle Dunoise "><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-092.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Enfin nous nous arrachons au charme de l’endroit et arrivons à la Celle-Dunoise sous un soleil torride. Enfin, ici, un cordonnier ! J’ai un espoir d’aller jusqu’au bout des vacances avec mes chaussures ce dont je commençais à douter ces derniers temps.</p>
<p>Nous passons une grande partie de l’après-midi en camp fixe à attendre mes godillots. Baignade dans la Creuse, puis, après un faible orage, chaussé de neuf quant à moi, nous mettons le cap au N-N-O et continuons à suivre la Creuse.</p>
<p>Après pas mal de déconvenues quant à l’exactitude de la carte Michelin (exceptionnellement fantaisistes dans cette région) nous trouvons en bordure de la rivière un bon endroit de camp dans un pré encaissé dans la verdure. Verdure des frondaisons et verdure de l’eau qui est incroyablement teintée.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-093.jpg" rel="grid-44" class="item view" title="Après le confluent des deux Creuses"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-093.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-094.jpg" rel="grid-44" class="item view" title="Le début de la Retenue du barrage d’Eguzon
"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-094.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p><span style="text-decoration: underline;">16 Août</span> – L’étape de ce jour se fera, jusqu’à la retenue du barrage d’Eguzon (juste après le confluent de la Petite et de la Grande Creuse) dans un paysage bien fait pour nous mettre, si j’ose dire, en appétit halieutique. La rivière forme de nombreux pools, les berges montrent en bien des endroits des racines, idéales refuges pour les poissons et les rives, souvent boisés, doivent être propices à la « pêche du ramani ».</p>
<p>Après le confluent des deux Creuses, où nous apercevons un camp genre « village nègre » il y a un passage bien curieux. Le début de la retenue du Barrage d’Eguzon noie en partie d’importants rapides formés de très gros rochers qui donnent à l’endroit un aspect quasi-maritime. Et les rives rocheuses et escarpés en falaises vous transportent dans une quelconque anfractuosité de la côte de Bretagne.</p>
<p>Nous déjeunons à l’étroit parmi les éboulis de roches qui roulent jusque dans le lac que commence à former la retenue. Après notre départ nous varappons pour suivre la Creuse, parmi des falaises certaines fort à pic à tel point qu’à un moment je me trouve dans une situation assez critique et à deux doigts de la chute ce qui me fait appeler Jean à la rescousse d’une voix qui, je m’en rends compte, est affreusement angoissé.</p>
<p>Nous longeons ce curieux lac serpentiforme et arrivons à Crozan après un parcours aussi varié que sportif. Après quelques achats, nous nous baignons dans la Creuse (ou ce qu’elle est devenue) for belle en cette endroit.</p>
<p>L’orage habituel, qui, quotidiennement, gronde vers 18 heures, est sur nos têtes, et, ainsi qu’à l’ordinaire, quelques gouttes seulement seront chichement réparties à la terre altérée. Nous n’avons pas le cœur suffisamment… agricole pour nous affliger de cet état de chose.</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-095-scaled.jpg" rel="grid-93" class="item view" title="A Crozan"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-095-scaled.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-096.jpg" rel="grid-93" class="item view" title="Que de jolis endroits sur la Sedelle"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-096.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-097.jpg" rel="grid-93" class="item view" title="Que de jolis endroits sur la Sedelle"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-097.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p><span style="font-weight: 400;">Nous campons dans un affluent de la Creuse, la Sedelle, gentil ruisseau encaissé dans les Gorges si boisées que nous avons bien du mal à trouver les quelques mètres carrés un peu près plat où monter notre abri.</span></p>
<p><span style="text-decoration: underline;"><span style="font-weight: 400;">17 Août</span></span><span style="font-weight: 400;"> – Que de jolis endroits sur la Sedelle ! Ce n’est pas sans regrets que nous quittons ce charmant ruisseau, ses roches énormes qui en bousculent le lit (et qui grondent en tremblant sous la force du courant, me dit Jean) et ses rives si magnifiquement boisées.</span></p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-099.jpg" rel="grid-26" class="item view" title="St Sébastien sur le quai"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-099.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-098-scaled.jpg" rel="grid-26" class="item view" title="Ses rives si magnifiquement boisées"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-098-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>En une heure et demie environ de marche très rapide, car ignorant les heures de trains nous craignons d’en manquer un de très peu, nous atteignons la gare de Saint Sébastien. Là nous attendons sur le quai, dans une bienheureuse paresse consécutive à un copieux casse-croute pris dans un café du coin, le train qui doit nous mener à Argenton sur Creuse que nous souhaitons voir avant la rentrée définitive à Paris qui sera pour demain soir.</p>
<p>Une demi-heure ou une heure de trajet à peine, et nous voici arrivé. La visite de la ville nous déçoit un peu car des photos vues dans la Revue du Touring-Club-de-France, nous faisaient espérer mieux. Il y a pourtant de beaux points de vue.</p>
<p>Comme il fait une chaleur accablante nous cherchons la baignade indiquée sur la carte. Nous la trouvons non sans peine, car, en raison des basses eaux, elle a émigrée bien plus en aval où le fond est plus propice.</p>
<p>Nous passons quelques heures bien rafraichissantes puis décidons de rallier la Bouzanne, petite rivière affluente de la Creuse, à 3 ou 4 km d’ici. Nous y arrivons après avoir essuyé un orage d’une violence peu ordinaire où le ciel se rattrape des orages secs qu’il nous dispensait ces derniers temps.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-100.jpg" rel="grid-24" class="item view" title="Argenton"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-100.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-101-scaled.jpg" rel="grid-24" class="item view" title="St Marcel"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-101-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Après avoir mendié, et obtenu, une gourde de lait, nous trouvons un coin tranquille au bord de la Bouzanne après la traversée émotionnante d’un pacage où paissent deux taureaux dont un entrevu à la dernière seconde, à deux mètres de lui. Je ne suis décidément pas porté vers la tauromachie !</p>
<p>Reposante mélancolie du dernier camp.</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">18 Août</span> – Après un grand nettoyage de nos personnes et un minutieux fignolage de la vaisselle, qui n’en a certes pas l’habitude, nous levons le camp et nous dirigeons vers Argenton où un train nous attend vers 17 heures.</p>
<p>La route parcourue hier sous l’orage, scintille aujourd’hui blanche sous le soleil revenu plus fort que jamais et Jean, peu amateur de grosses chaleurs, n’en mène pas large.</p>
<p>A Saint-Marcel, à la curieuse église à mâchicoulis, nous réchauffons rapidement la nourriture cuite ce matin.</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-103.jpg" rel="grid-87" class="item view" title="Argenton"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-103.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-104.jpg" rel="grid-87" class="item view" title="Argenton"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-104.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-102-scaled.jpg" rel="grid-87" class="item view" title="Argenton"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-102-scaled.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Avant le départ du train nous avons quelques heures à perdre. Nous les employons à compléter notre vision d’Argenton puis, devant, qui une bière, qui un pernod, nous attendons, béatement à l’ombre en ressassant les aventures des vacances qui déjà deviennent des souvenirs.</p>
<p>Le train où nous avons la chance d’avoir des places assises roule vers la Capitale.</p>
<p>Les Vacances sont finies.</p>
<p>Comme à l’ordinaire, j’échafaude déjà de nouveaux projets.</p>
<p>Et, en passant sur la Loire, si proche de Paris avec ces rapides trains électriques, je pense à d’autres vacances d’hier et à d’autres vacances encore… de demain.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-105.jpg" rel="grid-29" class="item view" title="Au bord de la Loire "><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-105.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-106.jpg" rel="grid-29" class="item view" title="Au bord de la Loire "><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1948/08/004-106.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

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		<title>Au Pays des Arvernes</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bernard Van Leckwyck]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 30 Jul 1947 18:00:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Carnet 4]]></category>
		<category><![CDATA[Massif Central]]></category>
		<category><![CDATA[Bourboule]]></category>
		<category><![CDATA[Jean]]></category>
		<category><![CDATA[Marcelle]]></category>
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					<description><![CDATA[Auvergne, 30 juillets au 10 aout 1947 Sur le quai de la gare d’Austerlitz, après le diner d’adieu que mon père nous a offert, nous voici réunis pour le Départ...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;"><strong>Auvergne, 30 juillets au 10 aout 1947</strong></p>
<p>Sur le quai de la gare d’Austerlitz, après le diner d’adieu que mon père nous a offert, nous voici réunis pour le Départ (avec un grand D). Les Vacances commencent (avec un grand V) !</p>
<p>Nous sommes quatre qui avons voulu connaître un coin d’Auvergne à pied et sac au dos.</p>
<p>N°1 : Marcelle : une campeuse de fraîche date qui n’en a pas moins un sérieux entrainement, nous n’avons campé ensemble qu’une fois pourtant : trait caractéristique : est une femme taciturne. Incroyable mais vrai !</p>
<p>N°2 : Paul : l’étudiant en médecine, d’aspect plus sédentaire que les autres et dont la peau blanche attire quelques moqueries sans méchanceté. C’est la deuxième fois que je campe avec lui et c’est un vieux copain pourtant, que j’apprécie à sa juste valeur.</p>
<p>N°3 : Jean : c’est le vieux coéquipier : que de souvenirs communs ! C’est lui qui a décidé Marcelle, sa fiancée, à se joindre à nous.</p>
<p>Je suis le N°4. Encore un « mordu » de la randonnée active.</p>
<p>Maintenant les personnages principaux sont présentés, l’action commence.</p>
<figure id="attachment_786" aria-describedby="caption-attachment-786" style="width: 205px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-030.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-786 size-medium" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-030-205x300.jpg" alt="Nous avons dix jours pour randonner à travers tout ça" width="205" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-030-205x300.jpg 205w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-030-768x1126.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-030-698x1024.jpg 698w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-030.jpg 1431w" sizes="auto, (max-width: 205px) 100vw, 205px" /></a><figcaption id="caption-attachment-786" class="wp-caption-text">Nous avons dix jours pour randonner à travers tout ça</figcaption></figure>
<p>En peu de temps (nos bagages sont si simplifiés !) nous sommes casés dans notre coin réservé et faisons nos adieux à mon père et à la mère de Marcelle qui représente l’élément accompagnateur à la gare.</p>
<p>Baisers. Poignées de mains. Mouchoirs qui s’agitent. Nous sommes partis…</p>
<p>Je dirais peu de choses du voyage. Victuailles que l’on engloutit pour passer le temps (10 heures de route !). Projets que l’on discute. Puis, voyage de nuit : sommeils entrecoupés par les arrêts dans les gares. Les autres qui gesticulent, vous tirent de votre sommeil, puis vous reprochent de vous agiter…</p>
<p>1 août – Je me réveille un peu avant l’aube et dans la lumière incertaine qui s’affermit se lentement, je découvre les premiers paysages auvergnats. Que de beauté ! Dire que nous avons 10 jours pour randonner à travers tout ça. Voir les fougères, les futaies, les rochers, et surtout les ruisseaux si charmants ! Veinards que nous sommes…</p>
<p>Enfin, voici la Bourboule, station tant attendue ! Le train nous éjecte et, pendant qu’il stationne nous empêchant ainsi de gagner la sortie sur l’autre quai, nous piaffons d’impatience d’arpenter un sol auvergnat qui soit autre chose que celui d’une gare.</p>
<p>Finalement nous voici dehors après le classique « gardez tout » à la fois impérieux et protecteur dont j’accompagne presque toujours ma remise de billet au préposé et qui le laisse, le plus souvent, pantois et rêveur. Pendant que Paul se documente sur les heures des trains du retour, nous détaillons le point de vue qui s’étend à l’entour : de hautes collines verdoyantes, prairies et forêts, enserrent la ville, et, dans les lointains, les tons bleutés et rosâtres de vraies montagnes encore emmitouflées de brouillard matinal nous offre un échantillon de ce que nous allons connaître ces 10 jours.</p>
<p>Après un ravitaillement aisé mais très cher, nous prenons la route de la Roche Vendeix : le chemin des écoliers pour le Mont Dore que nous atteindrons ce soir.</p>
<p>La route qui monte en lacets est charmante et les framboisiers sauvages qui la bordent ajoutent encore à son charme.</p>
<p>Comme nous sommes partis de très bonne heure bientôt le petit déjeuner se fait rappeler et au bord d’un joli et glacial ruisseau nous faisons halte pour nous restaurer et nous débarbouiller ce qui n’est pas un luxe inutile après une dizaine d’heures passées dans un train dont les flammèches disaient éloquemment qu’il était à vapeur.</p>
<figure id="attachment_787" aria-describedby="caption-attachment-787" style="width: 219px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-031.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-787 size-medium" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-031-219x300.jpg" alt="Quel panorama nous récompense !" width="219" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-031-219x300.jpg 219w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-031-768x1052.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-031-747x1024.jpg 747w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-031.jpg 1640w" sizes="auto, (max-width: 219px) 100vw, 219px" /></a><figcaption id="caption-attachment-787" class="wp-caption-text">Quel panorama nous récompense !</figcaption></figure>
<p><span style="font-weight: 400;">Puis, nous repartons et arrivons à la Roche Vendeix, imposant belvédère rocheux, bien plus vite que nous le pensions car nous nageons quelque peu dans notre carte d’état major. Un raccourci nous mène à la route du Mont-Dore mais quelle grimpette : une pente à 75% au moins où nous sommes comme des malheureux, mais quel panorama nous récompense ! La Roche Vendeix se dresse isolée avec ses cultures qui l’habille d’un costume rapiécé et son sommet rocheux veut jouer à la montagne alpine. Autour le paysage est très verdoyant et accidenté. Il est amusant de suivre des yeux la route que nous avons parcourue avec quelque peine (car Phébus tape dur) et qui semble à présent serpenter dans un pays de joujoux où toute est minuscule. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Nous randonnons maintenant sur le plateau puis décidons de couper à travers bois non sans avoir accordé un coup d’œil au Christ primitif qui sur sa croix de pierre fait face au soleil.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">En forêt, comme je suis le seul à avoir une boussole accessible, je me trouve chargé de l’orientation du groupe. Ce n’est pas excessivement brillant et en fait de prendre « un raccourci » nous zigzaguons pas mal. Et pourtant le plus court chemin d’un point… </span></p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-032.jpg" rel="grid-55" class="item view" title="Après une halte où …"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-032.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-033.jpg" rel="grid-55" class="item view" title="… nous nous refaisons à l’ovomaltine"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-033.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Le sous-bois est rempli de petits fruits bleu sombre que Marcelle certifie être des myrtilles : c’est agréable au goût mais le manque de renseignements précis nous en fait user avec parcimonie et je pense qu’en cas d’empoisonnement je n’ai pas de vomitifs dans ma pharmacie.</p>
<p>Après une halte où nous nous refaisons à l’ovomaltine nous rejoignons la route du Mont-Dore. Il fait de plus en plus chaud et Paul inaugure son système qui pour n’être pas très élégant n’en doit pas être moins agréable : il utilise comme chapeau sa cuvette de toile après l’avoir plongée dans l’eau qui ne manque pas : à tous bouts de champs on rencontre des ruisselets limpides et glacés. Quelles tentations de boire ! Prudents, nous nous contentons de nous asperger et de nous rincer la bouche avec cette eau magnifiques… mais inconnue.</p>
<figure id="attachment_792" aria-describedby="caption-attachment-792" style="width: 1520px" class="wp-caption alignnone"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-792" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-034.jpg" alt="Des boites pourtant réputées hermétiques" width="1520" height="914" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-034.jpg 1520w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-034-300x180.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-034-768x462.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-034-1024x616.jpg 1024w" sizes="auto, (max-width: 1520px) 100vw, 1520px" /><figcaption id="caption-attachment-792" class="wp-caption-text">Des boites pourtant réputées hermétiques</figcaption></figure>
<p>Après une tentative vaine de ma part de trouver un raccourci, nous arrivons en vue du Mont-Dore et à l’ombre de quelques arbres nous stoppons pour déjeuner. A moitié groggy de la nuit quasi blanche du train, Marcelle et Jean préfèrent le sommeil au repas, aussi Paul et moi faisons des prodiges pour absorber toute la viande achetée pour 4 personnes. Las ! nous capitulons à la 3ème escalope…</p>
<p>Et puis c’est la descente sur le Mont-Dore pendant que l’orage s’amasse sur nos têtes et que nous découvrons soudain que le beurre fondu a de grandes aptitudes à se glisser hors des boites pourtant réputées hermétiques.</p>
<p>Nous arrivons en ville où nous nous ravitaillons, expédions du courrier et sirotons un verre dans l’attente d’un orage qui ne vient pas.</p>
<p>Départ pour le Sancy au pied duquel nous comptons camper.</p>
<p>La route monte sans cesse mais doucement et l’imposante masse du Puy de Sancy qui est au bout de nous est un encouragement permanent. Bientôt nous abandonnons la route pour suivre la Dordogne qui dévale du haut de la montagne en deux torrents jumeaux : la Dore et la Dogue = Dordogne. On en apprend de choses en voyage !</p>
<p>Nous camperons sur les bords de cette splendide rivière (qui n’est encore ici qu’un gros ruisseau) où nous trouverons l’eau la plus froide de notre voyage. Paul saigne du nez à s’y débarbouiller et j’ai les pieds engourdis d’y rester à peine une minute. Quel merveilleux frigidaire pour nous. Demain, fait mémorable pendant ces journées si chaudes ; nous utiliserons du beurre ferme.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-036.jpg" rel="grid-29" class="item view" title="Cette splendide rivière qui n’est encore qu’un gros ruisseau"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-036.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-035.jpg" rel="grid-29" class="item view" title="Cette splendide rivière qui n’est encore qu’un gros ruisseau"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-035.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Au diner une ratatouille niçoise me vaut des louanges qui chatouillent agréablement mon amour-propre.</p>
<p>Et puis c’est notre premier camp de vacances. Et dans quel site ! Ça a une autre allure que les plus beaux coins de la région parisienne.</p>
<p>2 Août – Bien qu’handicapés par un départ tardif nous décidons de déjeuner au sommet du Sancy. Jean veut tenter l’escalade avec son sac.</p>
<p>Nous ne sommes pas trop de trois pour le faire renoncer à cette idée que demanderait, pour son exécution, 3 ou 4 heures, car la pente paraît roide et le soleil, presque au plus haut, est caniculaire.</p>
<p>Marcelle prendra donc le téléphérique avec les quatre bardas et les trois garçons monteront à pied ce qui fera dire plus tard à notre amie : « Je suis la seule à avoir fait le Sancy avec les sacs ! ». Mauvaise fois typiquement féminine…</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-038.jpg" rel="grid-58" class="item view" title="Nous commençons l’escalade…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-038.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-037.jpg" rel="grid-58" class="item view" title="La pente parait raide"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-037.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Pendant que la cabine où se trouve Marcelle seule et peu rassurée (je la comprend) s’élève, nous commençons l’escalade. Bientôt nous abandonnons le sentier zigzaguant pour couper directement vers le sommet. Nous y arrivons après 1 heure ½ de transpiration et d’efforts. Rien d’un exploit alpin, mais une très longue côte à 80% peut-être et des pierres qui cèdent et s’éboulent fort à propos.</p>
<p>Nous rejoignons Marcelle qui nous attend dans la gare du téléphérique en épluchant des haricots, et une ovomaltine est la bien venue. De là, un sentier assez facile mène au sommet du Puy qui est assez mathieusé malheureusement surtout qu’il est au environs de 14 heures et le service, interrompu à l’heure du déjeuner, a repris et les deux cabines versent et reprennent leurs flots de touristes.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-0382.jpg" rel="grid-5" class="item view" title="une sente assez sauvage qui …."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-0382.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-0383.jpg" rel="grid-5" class="item view" title="… serpente par les croupes des massifs"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-0383.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Comme il n’y a pas de bois et assez de vent pour proscrire la méta, nous saucissonnons puis par le versant S-E (un sentier de chèvres) nous gagnons une sente assez sauvage qui serpente par les croupes des massifs avoisinants le Sancy.</p>
<p>Le paysage est très nu et désert et par endroits me donne des réminiscences du Désert d’Apremont, du Val des Mohicans. Naturellement c’est du Fontainebleau multiplié par 50 et la Dame Jeanne fait figure de gros cailloux à côté des Trois Sœurs que nous apercevons là-bas au sud.</p>
<p>Après quelques bifurcations nous sommes assez bien désorientés mais nous arrivons pourtant, comme prévu, à N-D de Vassivières. Après avoir fait eau, nous rejoignons la route goudronnée qui mène à Besse où nous devons passer demain.</p>
<p>Et voici le Lac Pavin qui rend lyrique : on voudrait parler de pierre précieuse dans son écrin de verdures de bijou enchâssé dans la forêt, etc. Mais on voudrait aussi trouver pour camper une place à quelques mètres carrés qui ne soit ni boisée, ni rocheuse, ni trop en pente ; et ce n’est pas facile !</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-039.jpg" rel="grid-85" class="item view" title="Vue en surplomb sur le lac…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-039.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-040.jpg" rel="grid-85" class="item view" title="Au milieu des sapins…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-040.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Nous suivons en vain le chemin circulaire qui ceinture le lac et comme Marcelle en a assez, Jean continue avec deux sacs. Mais il n’en mène pas large et bientôt il se déclare prêt à camper à flanc de coteau. C’est faisable à condition de se ligoter à un arbre pour prévenir la dégringolade nocturne dans le lac et comme j’ai peu de goût pour ce genre de travail je propose (je n’ai que mon sac, moi !) de pousser un peu plus loin où j’ai cru entrevoir tout à l’heure, de plus loin, une place qui peut-être…</p>
<p>Béni soit Dieu une place épatante se révèle : vue en surplomb sur le lac, au milieu de sapins, terrain assez plat et pas trop dur. Une merveille !</p>
<p>Bientôt, après un diner qu’on voudrait plus rapide, c’est le sommeil et nous en avons besoin.</p>
<p>3 Août – C’est ce matin au petit déjeuner que Paul, qui ne fait jamais de cuisine, nous révélera pourtant sa spécialité : il sera le maitre es délayage du groupe. Jusqu’ici nous ingurgitions généralement des mixtures-petit-déjeuneresques où il y avait autant à boire qu’à manger, mais ce matin le toubib nous apprend ce qu’est un phoseao onctueux et sans grumeaux.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-042.jpg" rel="grid-74" class="item view" title="A Besse
Quel bourg pittoresque
"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-042.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-041.jpg" rel="grid-74" class="item view" title="Avec ses maisons en lave noire"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-041.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Comme d’habitude nous trainons le matin : photos, raccommodages, corvées d’eau (lointaine, l’eau).</p>
<p>Nous n’arrivons à Besse que vers 12h ½ et nous nous ravitaillons facilement et à des prix moins exorbitants que dans les villes d’eau.</p>
<p>Quel bourg pittoresque avec ses maisons en lave noire. Nous ne nous y attardons pas assez. Suffisamment pourtant pour que le pernod exerce sur moi ses perfides ravages ; heureusement, une fontaine est là toute proche qui me remettra les yeux en face des trous.</p>
<p>Nous avons décidé de déjeuner au lac de Bourdouze, aussi partons-nous assez rapidement vers lui. Malgré les pauses, la fin du trajet est assez pénible car l’ombre a disparu et la route monte, aussi nous nous essaimons au long du parcours quand un coup de sifflet retentit. Paul et moi qui sommes en tête, nous nous retournons : Marcelle n’en peut plus et fait une pause. Une pause, sous ce soleil d’uranium fondu ? (Il est aux environs de 14 heures). J’aime mieux forcer jusqu’au lac où la carte d’E.M. indique quelques ombrages.</p>
<p>Avec Paul, en fourriers, nous y arrivons en eau. Hélas ! ce n’est qu’une étendu d’eau plus ou moins marécageuse sur un plateau assez nu : juste quelques sapins là-bas à droite. Il faut les joindre à tout prix sinon l’insolation nous guette. Nous essayons de couper à travers un marécage plus ou moins asséché, mais comme ça enfonce d’une manière peu encourageante, Paul et moi faisons demi-tour et invitons par gestes à en faire autant les deux autres qui apparaissent sur la crête derrière nous.</p>
<p>Enfin une espèce de ponceau nous permet d’atteindre la terre promise des sapins. Il est tard. Si tard qu’après le déjeuner et un bienfaisant repos, notre montre marquera 18 heures. Nous avons intelligemment choisi pour marcher les heures les plus chaudes de la journée. Or demain devrait être une journée de repos suivant notre itinéraire, et nous sommes encore à 9 km environ du Lac Chauvet auprès duquel nous devions camper ! Suffisamment retapés maintenant, nous décidons une marche de nuit pour l’atteindre. Nous aurons le temps de nous reposer demain et ceci dans un paysage qui n’aura pas de mal à être mieux que celui-ci. Nous repartons donc, et, malgré les fantaisies de notre carte d’EM nous trouvons le Lac de Montcineyre où Jean se baigne pendant que les trois autres se lavent plus sommairement.</p>
<p>Et dans la nuit qui vient, nous piquons plein Ouest…</p>
<figure id="attachment_803" aria-describedby="caption-attachment-803" style="width: 1820px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-043.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-803" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-043.jpg" alt="Le lac de Montcineyre" width="1820" height="1281" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-043.jpg 1820w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-043-300x211.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-043-768x541.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-043-1024x721.jpg 1024w" sizes="auto, (max-width: 1820px) 100vw, 1820px" /></a><figcaption id="caption-attachment-803" class="wp-caption-text">Le lac de Montcineyre</figcaption></figure>
<p>Après une période d’obscurité complète qui rend impressionnante la moindre colline à gravir et d’aspect redoutable le plus petit ruisseau à sauter, voici enfin la Lune qui se lève et nous éclaire mieux que la lampe électrique que nous devons ménager.</p>
<p>Nous randonnons dans des prés très vastes qui, sous la clarté lunaire, semblent immenses et seulement limités par les collines que nous voyons là-bas.</p>
<p>C’est féérique et donne une impression d’un autre monde. Un silence magnifique règne seulement troublé, par moments, par le vent et de lointaines sonnailles de troupeaux.</p>
<p>Le terrain, assez aisé jusqu’à présent nous donne maintenant du fil à retordre : voici un rideau d’arbres qui se transforme bientôt en maquis. Jean et moi, vieux durs-à-cuire, ça va, mais des fléchissements se produisent chez les autres deux.</p>
<p>Marcelle n’est pas loin de déclarer forfait et est fort « impressionnée » par l’obscurité, surtout en sous-bois. Quant à Paul il ne se plaint guère mais sa vaillance est mise à rude épreuve car le malheureux est brûlé de coups de soleil et les branches plus ou moins épineuses ne l’épargnent pas. Réminiscence d’un cas semblable, pour moi, dans le Jura, l’année dernière.</p>
<p>Une halte-ovomaltine est décidée pour remonter le moral des troupes après laquelle les deux plus valides partent en exploration et sont assez heureux pour découvrir un sentier malgré tout plus adéquat à la progression que le maquis au milieu duquel nous nous débattions.</p>
<p>Après être sortis du bois, nous passons un dernier ruisseau et abordons à nouveau les pacages dont la traversée est saluée par les abois des chiens d’une ferme voisine qui longtemps donnent de la voix. Il est à craindre que cela n’influence défavorablement le sommeil, et, par là, les bonnes dispositions des paysans à notre égard. Enfin une route goudronnée nous permet de nous réorienter car nous « nagions » depuis quelques temps. Nous franchissons une rivière (sur un pont cette fois) et après une grimpette terriblement dure, pour moi, du moins, nous ne voyons toujours pas le Lac Chauvet qui doit être tout proche pourtant. Nous nous égaillons en tirailleurs : tout d’un coup je l’aperçois : des coups de sifflets triomphaux en avertissent mes amis qui se rabattent sur moi.</p>
<p>Après quelques recherches pour trouver un coin idoine, nous montons nos tentes et dinons avant de sombrer dans un sommeil réparateur.</p>
<p>Il est aux environs de 3 heures du matin.</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-045.jpg" rel="grid-80" class="item view" title=""><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-045.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-044.jpg" rel="grid-80" class="item view" title="La ferme qui se dresse de l’autre côté du lac"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-044.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-046.jpg" rel="grid-80" class="item view" title="Un splendide coucher de soleil magnifie le lac"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-046.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>4 Août – Aujourd’hui, jour de repos. Après un lever tardif amplement justifié par la journée, plus spécialement la nuit, d’hier, nous petit-déjeunons. Puis, Jean et moi, allons au ravitaillement dans la ferme qui se dresse de l’autre côté du lac. Fromage. Pommes de terre. Pain. Eau fraîche. Mais que la promenade autour du lac est donc jolie !</p>
<p>Nous passons la journée en lessive, raccommodage, baignade, cuisine fignolée, etc. et dolce farniente.</p>
<p>Un splendide coucher de soleil magnifie le lac, puis une veillé à l’harmonica autour du foyer qui meurt finit la journée.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-047.jpg" rel="grid-24" class="item view" title="Le temps est maussade et le soleil boudeur"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-047.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-048.jpg" rel="grid-24" class="item view" title="Aux fermes…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-048.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>5 Août – Ce matin après l’orage de cette nuit le temps est maussade et le soleil boudeur ne se montre que de courts moments pour se faire mieux regretter. Bon temps pour la marche aussi les bornes défilent. Nous nous ravitaillons en route aux fermes, puis à Picherande (où un cordonnier au grand cœur et ennemi du marché noir regrette de n’avoir pas de chaussures à ma taille : 700 francs, sans bon !)</p>
<p>Il commence à bruiner mais un toit de verdure nous met à l’abri et nous permet même d’allumer un feu et de manger chaud.</p>
<p>Ensuite le temps paraît s’éclaircir et nous continuons sur La tour d’Auvergne sous des nuages bas qui se déchirent aux collines en guenilles grises ou blanches.</p>
<p>Nous obliquons sur la gauche 2 km avant La tour, vers la cascade du Pont de Pierre où nous voulons camper. Malgré les renseignements qu’on nous fournit, nous avons quelques peines à la trouver et tout d’un coup nous voici devant un à-pic assez impressionnant. Un sentier (ou un lit de torrent à sec ?) nous permet de descendre dans la vallée où serpente la rivière qui forme la Cascade. Des défaillances se manifestent.</p>
<p>Jean nous estime perdus ou bien voit dans une cascatelle minuscule la Cascade que nous cherchons.</p>
<p>Quant à Marcelle suivant son habitude elle ne se plaint pas, mais son attitude est suffisamment éloquente pour que Paul l’allège de son sac et s’en charge en plus du sien.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-049.jpg" rel="grid-23" class="item view" title="Cascade du pont de Pierre"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-049.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-050.jpg" rel="grid-23" class="item view" title="Quel coin de camps !"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-050.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Enfin nous trouvons cette fameuse Cascade du Pont de Pierre et malgré la pénombre elle se révèle assez jolie pour ne nous pas faire regretter la difficulté que nous avons eu à la découvrir. Quel coin de camps !</p>
<p>Nous montons les tentes relativement loin l’une de l’autre car les emplacements sont exigus.</p>
<p>6 Août – Ce matin le ciel est encore couvert aussi les photos s’en ressentiront-elles malgré la beauté des sujets.</p>
<p>Par des chemins de traverse pittoresques nous atteignons La Tour-d’Auvergne où je reste seul à attendre l’ouverture de la poste où j’ai à faire pendant que les trois autres vont de l’avant.</p>
<p>Et comme je les rejoins, je trouve, sur un sentier… un louis d’or ! Voilà qui amortira mes frais de vacances. Sacrés Auvergnats faut-il qu’ils travaillent de la lessiveuse pour semer ainsi l’or sur les chemins !</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-051.jpg" rel="grid-28" class="item view" title="Tauves où le pain manque depuis 4 jours"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-051.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-052.jpg" rel="grid-28" class="item view" title="Aux granges"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-052.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Je retrouve ensuite mes trois amis qui, en bordure d’un ruisseau, non loin de la route, préparent le déjeuner. Déjeuner au cours duquel Marcelle nous démontre l’art de faire sauter les pommes de terre, chose qu’aucun gars ne savaient faire correctement. Paul, Jean ou moi commencions d’abord des patates sautées, puis se rabattaient sur des pommes de terre en ragoût quand ça commençait à attacher, et souvent, on finissait par manger de la purée en bénissant le ciel quand elle n’était pas brûlée.</p>
<p>Nous arrivons aux Granges, deux kilomètres après Tauves où le pain manque depuis 4 jours (merci, Monsieur le Ministre de Ravitaillement). Nous nous éparpillons à la recherche de ravitaillement. Quand je retrouve les autres ils me disent avoir 6 œufs. « Du courage ! Soyez forts ! Leurs dis, j’en ramène 17 ! Et 1 litre ½ de lait ! » C’est la surproduction dans toute son horreur.</p>
<p>Quoi d’étonnant que nous mangions une omelette ce soir-là ?</p>
<p>7 Août – Le temps paraît s’être définitivement remit au beau, ce matin. Pendant que nous prenons le petit déjeuner je reprise mes chaussettes à la grande surprise d’une bergère qui nous observe et qui ne nous cache pas son admiration étonnée pour les gars de la ville aux habitudes peut-être curieuses mais bien utiles.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-053.jpg" rel="grid-49" class="item view" title="l’entrée des gorges"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-053.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-054.jpg" rel="grid-49" class="item view" title="la sente à flanc de coteau"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-054.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>ce matin, en route, nous faisons quelques rencontres…. émotionnantes : d’abord celle d’une troupe de bovins parmi lesquels un taureau à l’air pas calme pour deux sous et qui, en nous voyant meugle en baissant la tête pour nous montrer les cornes d’une manière que je juge inamicale. Deuxième rencontre : une vipère lovée sur le talus de la route et qui s’empresse de mettre de l’espace entre elle et nous. Ça vaut mieux.</p>
<p>Et voici Avèze à l’entrée des gorges qui portent son nom et où nous sommes impatients de retrouver la Dordogne non revue depuis le Sancy. Nous faisons des vivres dans ce pays qui n’a pas vu de pain de Ravitaillement depuis 15 jours set où le seul brignolet à trouver est au noir.</p>
<p>Un estropié nous indique aimablement le sentier qui nous descendra au fond des Gorges. Parcours splendide qui rappelle les Ardennes en plus d’un endroit. La sente, à flanc de coteau zigzag parmi les sapins dont certains de tailles respectables. D’autres arbres, abattus par le vent, paraissent en travers du chemin.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-055.jpg" rel="grid-62" class="item view" title="Un gentil pont rustique"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-055.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-056.jpg" rel="grid-62" class="item view" title="une belle rivière…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-056.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-057.jpg" rel="grid-62" class="item view" title="… tumultueuse 	"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-057.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-058.jpg" rel="grid-62" class="item view" title="à gué"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-058.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Au fond des gorges quel enchantement ! La Dordogne, qui a grossi depuis notre première rencontre, est maintenant une belle rivière tumultueuse qui coule dans une vallée étroite où de petits pré prennent le peu de place libre entre les versants rocheux ou boisés mais toujours abruptes. Un gentil pont rustique enjambe l’eau.</p>
<p>Nous décidons de descendre les gorges, d’abord par la route, à flanc de coteau, puis, si possible, par le fond même où il n’y a plus ni route ni sentier.</p>
<p>Après un bon déjeuner auprès de la belle Dordogne nous partons vers l’aval.</p>
<p>Une heure après environ Marcelle a une défaillance. C’est mon tour de porter son sac. Mais sur un terrain aussi à pic que celui où nous descendons à présent ce n’est pas toujours sans difficultés.</p>
<p>De nouveau en arrivant en bas nous replongeons en pleine féérie. Nous progressons dans un paysage magnifique et la fraîcheur de la Dordogne, que nous devons traverser à gué plus d’une fois, nous fait mieux apprécier le bon soleil qui va nous quitter pour se coucher derrière les hautes collines qui nous enserrent.</p>
<p>Parfois nous traversons la rivière sur des passerelles faites d’une poutre à peine équarrie avec pour main courante un simple filin qui se balance presque dangereusement pour notre équilibre. La dernière passerelle rencontrée c’est encore mieux : une simple planche. Mais une planche de 10 ou 12 mètres de long au-dessus d’eau qui justement gronde en écumant à cet endroit</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-059.jpg" rel="grid-56" class="item view" title="PASSERELLES"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-059.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-060.jpg" rel="grid-56" class="item view" title="PASSERELLES"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-060.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-061.jpg" rel="grid-56" class="item view" title="PASSERELLES"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-061.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Nous nous désaltérons dans une auberge d’un hameau isolé puis repartons à la recherche d’un campement car il commence à se faire tard.</p>
<p>Nos tentes se dresseront en bordure de la rivière, dans un pré qu’enserrent collines et forêts.</p>
<p>Le plus beau camp des vacances, à mon goût.</p>
<p>8 Août – Ce matin, levé de bonne heure,  je suis retournée à l’auberge d’hier. Je reviens avec lait, pain et œufs : je suis du dernier bien avec la patronne. Après un copieux petit déjeuner nous levons le camp.</p>
<p>Quelle étape ! Une rive puis l’autre du cours d’eau devenant impraticable, nous passons à gué plus de dix fois car il n’est même plus question de passerelle ici : la vrai nature.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-062.jpg" rel="grid-47" class="item view" title="Nous déjeunons dans un ilot sableux"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-062.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-063.jpg" rel="grid-47" class="item view" title="Nous déjeunons dans un ilot sableux"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-063.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-064.jpg" rel="grid-47" class="item view" title="Plus question de passerelles ici"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-064.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Nous déjeunons dans un ilot sableux qu’entoure un paysage merveilleux de calme et de sauvagerie, puis nous continuons à chercher un sentier qui devrait se trouver à droite.</p>
<p>Finalement nous disons adieu à la Dordogne et remontons par la vallée d’un de ses affluents jusqu’au plateau d’où la vue s’étend très loin. Nous voyons tout le massif du Sancy où nous avons randonné il y a quelques jours seulement.</p>
<p>Enfin un pays où nous allons faire le point car nous sommes un peu égarés. Ce doit être Planchadelle.</p>
<p>« Pardon, Madame, comment s’appelle le pays ? » demande Jean à une vieille indigène.</p>
<p>Pas un mot de réponse !</p>
<p>Je m’enhardis à poser la même question à une autre :</p>
<p>« Y’en a pas ! » me répond-elle d’un ton péremptoire…</p>
<p>Bizarre n’entendrait-on point le français, ici ?</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-065.jpg" rel="grid-33" class="item view" title="Gorges d’Avère"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-065.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-066.jpg" rel="grid-33" class="item view" title="Vallon Perdu"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-066.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Tout s’explique avec d’autres personnes pour qui notre langage parait intelligible. Nous sommes à Pradelles et il apert que nous avons descendu les gorges d’Avèze bien plus loin que prévu, presque jusqu’au confluent du Chavannon, rivière que nous allons remonter maintenant vers Eygurande, le terminus.</p>
<p>A Savennes, après un ravitaillement laborieux mais finalement substantiel, nous buvons un coup malgré l’indignation de Jean qui proteste son attachement au régime sec, pour ce soir, car il set déjà tard. Pouvions-nous agir autrement après avoir fait le plein d’eau et demandé la monnaie de mille francs au seul café du pays ? Quoiqu’il en soit Jean est vexé que nous ayons passé outre à ses conseils et il fera la tête pendant près d’une heure ! Ce qui est bien rare chez lui.</p>
<p>Nous avions décidé de camper ce soir près de Chavannon, mais, nous nous égarons dans un chemin de traverse et nous aboutissons finalement dans la vallée d’un de ses affluents, qui baptisé par nos soins du nom de Vallon Perdu, servira de cadre à notre camps de ce soir. C’est gentil d’ailleurs non loin d’un ruisselet et au milieu de petits sapins.</p>
<figure id="attachment_827" aria-describedby="caption-attachment-827" style="width: 194px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-067.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-827" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-067-194x300.jpg" alt="Un enchevêtrement invraisemblable" width="194" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-067-194x300.jpg 194w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-067-768x1187.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-067-662x1024.jpg 662w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-067.jpg 1275w" sizes="auto, (max-width: 194px) 100vw, 194px" /></a><figcaption id="caption-attachment-827" class="wp-caption-text">Un enchevêtrement invraisemblable</figcaption></figure>
<p>Réellement Jean n’est pas à prendre avec des pincettes ce soir. Voilà que pour une ridicule histoire de partage d’œufs, il prend la mouche une fois encore ! Décidément il n’est pas dans son assiette…</p>
<p>Puisse la nuit, maintenant complètement tombée, lui calmer les nerfs.</p>
<p>9 Août – Ce matin marque le début de notre dernière journée à quatre. Demain Marcelle et Paul reprennent le train pour Paris. Jean et moi, plus chançards, le prenons pour Aubusson et finirons les vacances en canoë sur la Creuse.</p>
<p>L’étape d’aujourd’hui comprend d’abord la traversée d’une zone récemment déboisée où les arbres laissés sur place forment un enchevêtrement invraisemblable au milieu des branches duquel nous nous frayons un passage non sans peine ni microtraumatismes. A la fin nous sortons quand même de ce fouillis inextricable mais c’est pour nous enfoncer dans un maquis qui devient de plus en plus épais.</p>
<p>C’est au moment où nous finissons par émerger dans le fond de la vallée où se trouve un espace libre, que l’orage, qui menaçait depuis un moment, éclate.</p>
<p>Nous nous réfugions sous les feuilles et en profitons pour préparer notre déjeuner car il se fait déjà tard. Bientôt malgré la pluie qui tombe à verses, un feu de bois brûle.</p>
<p>Le déjeuner terminé la pluie est calmée et je profite de l’éclaircie pour partir en éclaireur. Je découvre le Chavannon à 500 mètres de là. Une eau pas ordinaire : si noire que par 20 cm de profondeur le fond est invisible !</p>
<p>Je fais demi-tour, et nous repartons à quatre. Quand nous arrivons à la rivière l’orage reprend et sous nos capes imperméables nous patientons.</p>
<p>Tout à coup la foudre tombe bougrement près pour notre goût, à 200 m peut-être mais dans ces gorges ça résonne fort et l’incident produit parmi nous des « mouvements divers ».</p>
<p>Enfin la pluie se ralentit et il bruine doucement : çà parait bien parti pour durer des heures. Or nous devons passer à gué. Que faire ? Attendre encore ? Nous avons déjà perdu assez de temps.</p>
<p>Jean et moi irons en fourriers : ce n’est rien : 30 ou 40 cm d’eau au plus profond, mais avec cette eau noire, sous la pluie qui tombe et avec le tonnerre qui gronde sourdement, c’est assez impressionnant.</p>
<p>Nous atteignons l’autre rive où nous laissons nos sacs pour avoir plus de liberté dans les mouvements pour aider les deux autres.</p>
<p>J’hésite à abandonner nos affaires sans protection sous la pluie, aussi j’enlève ma cape imperméable et les en recouvre. Quand à moi, plutôt que de mouilles mes effets, je « tombe » short et chemise et les mettant également à l’abri je repars avec Jean en slip linge pour chercher le reste de la troupe.</p>
<p>Grâce à une bosse de canoë que nous avons emportée dans l’espoir de faire du varappage nous nous encordons et assurons ainsi le passage de Marcelle et Paul, assez émotionnant pour deux non nageurs avec ces pierres qui glissent tant et plus.</p>
<p>En slip linge sous la flotte et les autres en capes imperméables, je dois avoir l’air original, pour le moins.</p>
<p>Je me sèche, me rhabille et longeant la voie de chemin de fer, nous allons vers Eygurandes sous une bruine qui tombera encore pendant près d’une heure.</p>
<figure id="attachment_828" aria-describedby="caption-attachment-828" style="width: 207px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-068.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-828" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-068-207x300.jpg" alt="Longeant la voie de chemin de fer, nous allons vers Eygurandes" width="207" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-068-207x300.jpg 207w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-068-768x1115.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-068-705x1024.jpg 705w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-068.jpg 1404w" sizes="auto, (max-width: 207px) 100vw, 207px" /></a><figcaption id="caption-attachment-828" class="wp-caption-text">Longeant la voie de chemin de fer, nous allons vers Eygurandes</figcaption></figure>
<p>A deux kilomètres avant Merlines, là, au fond des Gorges quel coin splendide pour camper. Et combien impressionnantes sont les gorges sous ce ciel si bas que les nuages s’effilochent aux rochers. Pendant que Marcelle et Paul poussent jusqu’au pays, because ravitaillement, les deux autres, avec les 4 sacs (deux sacs par personne doivent être un maximum, à mon avis) descendons vers le camp futur.</p>
<p>En  route on nous déconseille l’endroit, le propriétaire étant, parait-il, une espèce de sauvage qui reçoit les campeurs à coups de bâton et les raccompagne à coups de pierres.</p>
<p>Diplomates, nous nous dirigeons directement chez le terrible terrien à qui je dispense tant de coups de chapeau et de bonnes paroles qu’il devient très accueillant et pousse l’amabilité (ou la méfiance) à nous guider et à nous accompagner jusqu’au coin que nous avons choisi et où le reste du groupe nous rejoint bientôt.</p>
<figure id="attachment_829" aria-describedby="caption-attachment-829" style="width: 1516px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-069.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-829" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-069.jpg" alt="dernier camp à quatre" width="1516" height="913" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-069.jpg 1516w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-069-300x181.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-069-768x463.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-069-1024x617.jpg 1024w" sizes="auto, (max-width: 1516px) 100vw, 1516px" /></a><figcaption id="caption-attachment-829" class="wp-caption-text">dernier camp à quatre</figcaption></figure>
<p>Pour ce dernier camp à quatre, nous sommes dans un endroit grandiose et fantastique dont l’eau noire, les rochers sombres, et la brume épaisse, qui glisse par nuages dans les gorges, ne font qu’accentuer le caractère lugubre. Pour souligner l’ambiance il faut se souvenir que le propriétaire nous a prévenus que c’était pourri de vipères « rouges et noires » et que l’eau était mortelle. C’est tout.</p>
<p>10 Août – Ce dernier matin, fait assez extraordinaire, Paul s’est levé de bonne heure car il doit tailler sa barbe (qu’il s’est laissé pousser comme moi) et, de plus, aller à la messe avant de prendre son train auquel je l’accompagne quelques heures après.</p>
<p>Nous nous quittons après un Pernod d’adieu et je vois encore sa tête nouvellement barbue monter dans le wagon.</p>
<p>Quant à Marcelle il a été décidé qu’elle passera encore cette journée avec nous et ne prendre le train que de nuit.</p>
<p>J’ai rendez-vous avec les deux autres (qui ne sont pas venus jusqu’à la gare) devant l’église de Merlines. C’est une de ces gentilles églises de campagne qui me font parfois regretter de n’être pas croyant</p>
<p>Je suis assis sous son porche depuis 10 minutes à peine que Marcelle et Jean m’y rejoignent : nous partons pour Merlines – gare où se trouvent le bourg et les commerçants. Il est bien tard et tout est fermé mais, heureusement, une brave mercière me cède légumes et graissage dont nous avons bien besoin.</p>
<p>Nous partons vers Eygurande et faisons halte pour déjeuner près d’un ruisseau. Une pluie torrentielle nous oblige à nous abriter sous nos capes, puis sous la tente montée en hâte.</p>
<p>Nos haricots verts ne sont même pas à moitié cuits mais l’eau a déjà bon goût et additionnée de Viandox ça donne une soupe épatante. Quant aux haricots eux-mêmes je suis le seul à les apprécier vraiment.</p>
<p>La pluie se calmant, je pousse seul jusqu’à Eygurande pour passer à la poste et compléter le ravitaillement. Dans les fermes du coin, rien à faire, c’est le classique « Ah ! pauv’on a rien ! ». Une fermière a même dit hier à Paul « Ah ! pauv’on est plus malheureux que ceux qu’en ont pas ! » alors qu’il demandait du lait.</p>
<p>Dans la soirée nous rentrons à Merlines et, comme le temps est maussade et que cette demie journée d’inaction forcée nous a rendu paresseux, nous décidons, une fois n’est pas coutume, de diner au restaurant.</p>
<p>De là nous retournons au café où nos sacs sont en consigne et nous commandons des consommations pour tuer le temps : deux heures avant nos trains.</p>
<p>Marcelle dort, Jean somnole, j’écris du courrier et petit à petit le temps s’écoule.</p>
<p>Nous sortions dans la nuit brumeuse et brusquement froide et nous n’avons guère chaud sur le quai de la gare.</p>
<p>Baisers. Poignée de main. Le train est parti…</p>
<p>Le nôtre est là qui nous attend. Nous trouvons un compartiment vide où allonger nos anatomies et où nous entretenons le vide par des toux bruyantes, catarrheuses et peu encourageantes pour les malheureux qui s’y hasardent puis, vite, abandonnent le coin aux deux simili-tubars.</p>
<p>Les vacances pédestres sont finies : place au canoë !</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-070.jpg" rel="grid-70" class="item view" title="AUBUSSON"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/07/004-070.jpg" alt="">
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		<title>Première solitude</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bernard Van Leckwyck]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 27 Jun 1947 13:42:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Carnet 4]]></category>
		<category><![CDATA[Massif de Fontainebleau]]></category>
		<category><![CDATA[Jean]]></category>
		<category><![CDATA[Marcelle]]></category>
		<category><![CDATA[Vallée de l’Essonne]]></category>
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					<description><![CDATA[Vallée de l’Essonne, 27, 28 et 29 Juin 1947 Dans le train qui m’emmène vers l’Essonne, il fait chaud et lourd, aussi je bénis la Providence qui m’a procuré une...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;"><strong>Vallée de l’Essonne, 27, 28 et 29 Juin 1947</strong></p>
<p>Dans le train qui m’emmène vers l’Essonne, il fait chaud et lourd, aussi je bénis la Providence qui m’a procuré une place assise et qui n’a pas fait monter ensuite une femme enceinte ou un vieillard paralytique une fois tous les sièges occupés. Redoutables entrées dont je connais trop bien les fâcheuses conséquences pour mes jambes qui répugnent au garde à vous prolongé qu’implique un voyage de deux heures.</p>
<p>Enfin voici Boigneville où je descends.</p>
<p>Bientôt mon pas solitaire sonne sur la route ô merveille aucun campeur n’est descendu à la station et je me demande si je n’aurais pas découvert, le coin pittoresque, pas trop loin de Paris, où mes frères campeurs n’abondent pas. Il est vrai que nous ne sommes que vendredi soir et que le gros des départs à lieu le samedi.</p>
<p>C’est d’ailleurs samedi vers 15 heures que Jean, le vieux coéquipier, et Marcelle, une nouvelle du camping, doivent me rejoindre. Une nuit et une matinée à être seul et cela m’est agréable non pas que les deux qui vont arriver soient désagréables, au contraire ; mais il me plait de goûter les joies de la randonnée tout seul. Je ne déteste pas la solitude et puis, je ne sais quel campeur acteur célèbre a dit : le véritable ami de la nature doit savoir randonner seul. Ponte de snobisme, peut-être, curiosité de quelque chose de neuf, surement.</p>
<p>Et me voilà sur une route pittoresque qui serpente parmi une campagne variée avant d’atteindre l’Essonne. Comme il fait très lourd, je vais torse nu, aussi moustiques et taon s’en donnent à cœur joie.</p>
<p>Voici la rivière : un ponceau l’enjambe près d’un moulin où une petite chute d’eau réveille le canoéiste en moi. Peut-être un jour… l’Essonne avec le M.P… pourquoi pas ?</p>
<p>La première route à droite longe la vallée : camp à 1 ou 2 km je me suis documenté à tout hasard ! Je suis son ruban poudreux après une escalade sur un éboulis de rochers d’où la vue s’étend sur une mer de frondaisons où le soleil couchant commence à allumer des reflets magnifiques.</p>
<p>Une amorce de sentier se présente à droite mais j’abandonne l’idée de le suivre car il se perd dans les rives marécageuses de l’Essonne où les moustiques sont encore plus agressifs qu’ailleurs. Et pour échapper aux sacrés diptères je retrouve la tactique souvent employée : marche accélérée avec ample balancement de mes pattes de devant : je doute que cela me donne l’air très malin, mais c’est assez efficace.</p>
<p>La route est jalonnée à gauche et à droite par d’accueillants écriteaux où s’affirment les intentions de leurs propriétaires : camping interdit, propriété privée, défense d’entrer.</p>
<figure id="attachment_757" aria-describedby="caption-attachment-757" style="width: 243px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-022.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-757 size-medium" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-022-243x300.jpg" alt="D’accueillants écriteaux" width="243" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-022-243x300.jpg 243w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-022-768x948.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-022-830x1024.jpg 830w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-022.jpg 1801w" sizes="auto, (max-width: 243px) 100vw, 243px" /></a><figcaption id="caption-attachment-757" class="wp-caption-text">D’accueillants écriteaux</figcaption></figure>
<p>Je pense assez sérieusement au camp et une maison isolée va me permettre de me documenter car je le cherche en vain sur la droite depuis quelques temps.</p>
<p>Comme je pousse la porte de la cour, un chien se précipite sur moi en hurlant : l’animal paraissant animé de peut aimables sentiments à mon égard, je modifie ma position en me décrochant sur un dispositif plus facile à défendre et ma main se crispe légèrement sur la poignée de la porte. Enfin, une espèce d’homme surgit, aussi hirsute que le chien mais plus affable, et me fait comprendre dans un jargon franco-italien que le camping est interdit sur une grande étendu, qu’il n’y a pas de camp par ici et que le garde habite à proximité. Je remercie de ces précisions et, pour crâner un peu, je lui lance en partant un désinvolte « Buena noche » où j’espère mettre un impeccable accent italien. Je commence pourtant à douter de mes talents linguistiques quand l’homme me répond avec un sourire aussi étonné qu’admiratif : « oh ! se habla español ». Je bredouille quelque chose et m’enfuis de crainte de se voir prolonger une conversation où je ne serais pas tout à fait à mon aise.</p>
<p>C’est donc décidé, je ne passerai pas la nuit dans un camp et, en me camouflant bien, j’espère ne pas me faire remarquer par un garde inopportun.</p>
<p>Je marche donc encore dans la nuit qui vient et, au moins cela me débarrasse des cousins animaux paraissant se coucher de bonne heure, par ici.</p>
<p>Après avoir fait eau à Nanteau sur Essonne (jolie église seulement entrevue dans la demi  obscurité), je continue jusqu’à Villetard qui fait face à Malesherbes sur la rive gauche.</p>
<p>Je prends un chemin à gauche qui s’enfonce sous bois et bientôt, à l’aveuglette, je continue en coupant à travers les arbres en m’égarant plus ou moins car si ma boussole est phosphorescente, ma carte ne l’est pas. Les vers luisants, pourtant nombreux, et le quartier de lune de ce soir se révèlent insuffisants.</p>
<p>Je découvre une clairière sympathique où monter ma tente. Après un  rapide repas froid (il est 23 heures et allumer un feu !) qui complète celui pris dans le train, je goûte ma première nuit seul dans la nature.</p>
<p>Samedi – Je m’éveille de bonne heure, de trop bonne heure : il est 5h ½, aussi, malgré le jour, je me rendors. Une heure plus tard c’est le réveil définitif. Craignant d’allumer un feu en pleine forêt, je lève le camp et marche vers l’Est où je ne tarde pas à couper une grand’route qui me permet de m’orienter. Après un quart d’heure de marche, je fais halte sur un sentier qui longue la forêt et tout en préparant mon breakfast je remarque, comme tout seul, je suis moins hardi : je n’ai pas osé faire de feu en pleine forêt alors qu’avec un coéquipier je ne m’en serais certainement pas privé. Curieux ce complexe de timidité craintive vis-à-vis de la Loi, quand je suis seul. Curieux et illogique car un garde se laissera probablement plus facilement fléchir par un campeur solitaire pris en flagrant délit que par un groupe. Je suppose pourtant qu’avec un peu d’habitude de campeur seul j’arriverais à refreiner cet état d’esprit.</p>
<p>Par contre, un des avantages de la randonnée solitaire, entre autres, est d’être silencieux et par là d’approcher plus facilement à vue les bêtes qu’on dit sauvages : je lève trois lièvres, deux lapins et une quantité d’oiseaux, dont certains à très courtes distances.</p>
<p>Mon plan, pour jusqu’à 15 heures où je dois rejoindre Jean et Marcelle à la gare de Malesherbes, est d’atteindre Boissy-aux-Cailles en prenant à travers la campagne parallèlement à la N51, puis, de descendre vers le SO pour atteindre l’Essonne vers Boulancourt et la descendre jusqu’à Malesherbes.</p>
<p>Après un parcours assez varié, en plateau, où je traverse des bois (dont un maquis d’une densité peu ordinaire) et des champs harmonieusement sertis dans les bosquets où l’on retrouve la fraîcheur avec plaisir, j’arrive à Boissy qui est blotti au fond d’une cuvette.</p>
<p>Je me débarbouille et refais ma provision d’eau à une pompe où je commets deux actes discutables : je bois sans modération et m’inonde les pieds où naissant des ampoules car mes chaussures sont trop grandes sans semelles intérieures introuvables ici et dont j’improvise, trop tard, une paire dans un journal.</p>
<p>Départ par la GC16 qui bien qu’indiquée comme pittoresque m’est assez pénible car il ne s’y trouve aucun ombrage et maintenant le soleil tape ferme.</p>
<p>Je commence à peiner car mes ampoules progressent avec une remarquable rapidité et, de plus, malgré mon béret, le soleil m’assomme.</p>
<figure id="attachment_758" aria-describedby="caption-attachment-758" style="width: 2640px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-023.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-758" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-023.jpg" alt="Sous les pins" width="2640" height="1687" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-023.jpg 2048w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-023-300x192.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-023-768x491.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-023-1024x654.jpg 1024w" sizes="auto, (max-width: 2640px) 100vw, 2640px" /></a><figcaption id="caption-attachment-758" class="wp-caption-text">Sous les pins</figcaption></figure>
<p>Après une petite halte à l’ombre de noyers bienvenus, je repars sur la N51. Après quelques centaines de mètres, c’est, de nouveau, la route nue, sans arbres. Ce qui me fait confirmer mentalement la décision prise tout à l’heure sous les noyers : je file directement sur Malesherbes sans faire le crochet par la vallée plus au sud.</p>
<p>En fait, j’aurais déjà du mal à arriver car maintenant, ahuri par le soleil écrasant je ne me gouverne plus et bois sans restriction !</p>
<p>Je vais encore 1 ou 2 km et atteins, enfin, l’ombrage d’un bouquet de pins où je fais halte pour déjeuner. Après quoi je m’allonge et, déchaussé, je dois réaliser, avec assez de vérité, la caricature du randonneur exténué.</p>
<p>Affalé sous les pins je réfléchis : je n’ai plus que 2 ou 3 km pour Malesherbes : j’ai bien le temps de les faire avant l’arrivée du train mais une fois arrivé et les copains rejoints, quelle sera la situation ? Mes panards seront en bouillie, j’aurais 15km dans les jambes et eux, tout frais, débarqueront du train, plein d’ardeur et de force. Si à ce moment je me déclare forfait il est à craindre que, par solidarité, ils me proposent en commun le camp fixe que je souhaite et, dans le cas contraire, marcher encore…</p>
<p>A la fraicheur relative des pins, la lassitude m’envahit : je ne serais donc pas au rendez-vous auquel nous avons d’ailleurs précisé qu’on ne s’attendrait pas : tout remords est écarté.</p>
<p>Cependant ma provision d’eau étant tarie ce n’est pas ici que je m’arrêterais, je vais pousser jusqu’à Villetard où je ferais le plein et établirai un camp de repos.</p>
<p>Sur la nationale (qui à l’humanité de ne plus s’allonger droite et désespérante) je vais en boitant lamentablement, ne trouvant le courage de marcher normalement que lorsque quelqu’un est en vue.</p>
<p>Un raccourci s’offre à droite et me conduit à l’ombre jusqu’à une ferme déserte où un chien m’engueule en tirant, hystérique, sur sa chaine. Je m’efforce de ne pas penser que celle-ci pourrait céder et dans la cour noyée de soleil je vois deux pompes. Eaux potables ? Au hasard je me sers de l’une pendant que le chien fou de rage, est menacé d’apoplexie.</p>
<p>Une crainte est en moi : ne vais-je pas me flanquer des coliques avec cette eau inconnue ? Je m’en humecte seulement les lèvres, rappel des voyageurs sahariens perdus dans le désert, et, pour ne pas céder à la tentation, je vide mon bidon dans le sable du chemin.</p>
<p>Enfin, à une autre maison je trouve en quantité une eau garantie potable. Je me retire dans le bois qui habille le coteau et où l’on vient de m’apprendre qu’on a trouvé, voici quelques temps, le cadavre d’un campeur, « une vipère, peut-être » laisse négligemment tomber le narrateur.</p>
<p>Après une laborieuse ascension dans le sable qui s’éboule, je m’assieds et mes pauvres pieds connaissent enfin le repos. Faut-il que je sois bête de n’avoir pas mis des semelles de papier dès les premiers symptômes d’échauffement ! Mea culpa, mea culpa !</p>
<p>Ah ! qu’on est bien à se reposer et qu’il est agréable de boire, jusqu’à l’écœurement la noyade presque.</p>
<p>Soudain : pensée affolante : Il a été convenu que c’est moi qui apportais la batterie de cuisine aussi mes deux copains vont se trouver sans matériel pour faire cuire leur tambouille !</p>
<p>Amitié ! que de calvaires l’on gravit en ton nom ! Le mien s’étire jusqu’à Malesherbes au café dit « A la petite vertu » où, un pernod devant moi, je surveille les deux avenues venant de la gare. Les autres se font attendre, que se passe-t-il ? Il est pourtant l’heure. Un second pernod me permettra, record peu enviable, de totaliser environ 8 litres de liquides absorbé depuis ce matin. Pas mal pour un gars qui s’était promis une sobriété de chameau…</p>
<p>Après un poireautage de 20 minutes devant la gare où ils m’attendaient, mes coéquipiers arrivent et l’explication a lieu.</p>
<p>Or, justement, ce matin, Marcelle a fait une chute et s’est luxé quelque chose dans l’épaule : il n’est pas question de longues marches. Nous irons donc à trois dont deux éclopés.</p>
<p>En route !</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-024.jpg" rel="grid-91" class="item view" title="Nous camperons…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-024.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-025.jpg" rel="grid-91" class="item view" title="Un coin assez sauvage"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-025.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-026.jpg" rel="grid-91" class="item view" title="Nous nous élevons"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-026.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Le ciel est très nuageux depuis ¾ d’heure et, après quelques temps de marche, un violent orage nous oblige à nous abriter sous un des rochers qui, par endroits, font ressembler la vallée de l’Essonne à une Forêt de Fontainebleau avec rivière. Très joli.</p>
<p>Nous camperons après une courte marche dans un coin assez sauvage et fort tranquille au milieu d’une grande variété d’arbres.</p>
<p>Dimanche le soleil est revenu nous voir et ses rayons rasants matinaux font des jeux de lumières pittoresques sur nos deux tentes blotties dans la rosée.</p>
<p>Nous partons tard aux environs de dix heures et demie.</p>
<p>Bulletin de santé de l’expédition : épaule de Marcelle, état stationnaire ; pieds de Bernard, les cloques crevées hier soir vont beaucoup mieux, vive l’acuponcture ! (ça fait savant…)</p>
<p>A petite allure, nous longeons la vallée où de gentils villages s’égrainent entre coteaux et rivière. Pour le déjeuner nous nous élevons dans les rochers et là, devant un très beau panorama, nous prolongeons la halte au cours de laquelle un petit lézard, probablement jaloux des succès photogéniques du lion de la Métro-Goldurind-Meyer, tient à nous prouver que la gent lézardine sait aussi se laisser photographier avec aisance et bonne volonté.</p>
<figure id="attachment_762" aria-describedby="caption-attachment-762" style="width: 2335px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-027.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-762" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-027.jpg" alt="Un petit lézard" width="2335" height="1579" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-027.jpg 2048w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-027-300x203.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-027-768x519.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-027-1024x692.jpg 1024w" sizes="auto, (max-width: 2335px) 100vw, 2335px" /></a><figcaption id="caption-attachment-762" class="wp-caption-text">Un petit lézard</figcaption></figure>
<p>Après un peu de varappage, nous reprenons la route, et, dans des paysages qui me font regretter mon état déliquescent (bien sûr que j’ai de nouvelles ampoules !) qui force à une  exploration par trop superficiel, nous terminons notre route à Maisse.</p>
<p>Une table de bistrot nous réunit dans la célébration des mérites de la bière, pendant qu’une troupe de porcs qu’on charge, tout à côté, hurlent sa réprobation pour ce genre d’exercice.</p>
<p>Puis c’est l’embarquement dans le train, où, (Dieu est bon !) il y a des places assises.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-029.jpg" rel="grid-83" class="item view" title=" Une troupe de porcs qu’on charge "><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-029.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-028.jpg" rel="grid-83" class="item view" title="Varrapage"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-028.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Ah ! si Marcelle n’avait pas eu une épaule amochée ! Ah ! si je n’avais pas eu les ripatons en marmelade ! On aurait pu en voir des choses !</p>
<p>Quelle misère de se trainer sur les routes dans des coins pareils ! Qu’importe, je reviendrais… Malheureusement, il est à noter que je dis cela à tous les chers endroits qui m’ont plu, et combien peu souvent j’ai tenu parole ?</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Promenons le Martin-Pêcheur</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bernard Van Leckwyck]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 24 May 1947 10:26:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Carnet 4]]></category>
		<category><![CDATA[Massif de Fontainebleau]]></category>
		<category><![CDATA[Jean]]></category>
		<category><![CDATA[Loing]]></category>
		<category><![CDATA[Martin Pêcheur]]></category>
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					<description><![CDATA[Vallée du Loing, 24, 25 et 26 Mai 1947 Je ne dirais que peu de choses du trajet en chemin de fer de Paris à Montargis où nous devons prendre...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;"><strong>Vallée du Loing, 24, 25 et 26 Mai 1947</strong></p>
<p>Je ne dirais que peu de choses du trajet en chemin de fer de Paris à Montargis où nous devons prendre le Loing à bord du Martin-Pêcheur. Que dire d’un train de Pentecôte normalement bondé ? Quelles réflexions faire, sans doute peu originales, sur la solidarité ou le manque de solidarité des voyageurs ? A quoi bon dire, qu’à la suite d’une manœuvre de ma part qu’il serait peut-être exagéré de qualifier d’adroite, j’ai projeté une valise sur des têtes que le Créateur avait sans doute prévues pour cet usage, puisqu’elles ont résisté…</p>
<p>Laissons tous ces détails et arrivons tout de suite au bord du Loing où, Jean Blier et moi, avons charioté le M.P. encore un peu poisseux de son récent vernissage.</p>
<p>Au point d’embarquement c’est une foule de canoës et de kayaks qui se préparent au départ.</p>
<figure id="attachment_730" aria-describedby="caption-attachment-730" style="width: 191px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-001.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-730" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-001-191x300.jpg" alt="Canoës et de kayaks qui se préparent au départ" width="191" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-001-191x300.jpg 191w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-001-768x1209.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-001-650x1024.jpg 650w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-001.jpg 1929w" sizes="auto, (max-width: 191px) 100vw, 191px" /></a><figcaption id="caption-attachment-730" class="wp-caption-text">Canoës et de kayaks qui se préparent au départ</figcaption></figure>
<p>Et je pense aux discrets départs où mon canoë prenait l’eau parfois, avec, pour seuls témoins, un bouquet de saules et une bergeronnette si affairée qu’elle semblait à peine me remarquer.</p>
<p>Nous nous embarquons dans une atmosphère de compétition qui n’est pas absolument désagréable mais où l’on se surprend à mesurer du regard la distance qui sépare du canoë qui suit ou de celui qui précède. Vague jalousie à peine avouable…</p>
<p>Après la traversé de Montargis et de ses faubourgs, nous voici bientôt dans la campagne où le Loing se promène en étirant ses herbes aquatiques et ses roseaux où l’on entend, voit ou devine une vie intense et cachée.</p>
<p>Bientôt c’est le premier barrage où nous rattrapons une équipe qui parait avoir dessalé au débarquement car, bien qu’en amont de l’ouvrage ils tordent des vêtements ruisselants. Après une rapide mais méritante reconnaissance, dans les orties agréablement fournies, nous ferons un brillant passage à la corde sous des regards qu’il nous est plaisant d’imaginer admiratifs.</p>
<p><span style="font-weight: 400;"><div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-002.jpg" rel="grid-74" class="item view" title="Les barrages du crû"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-002.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-003.jpg" rel="grid-74" class="item view" title="Les barrages du crû"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-003.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-004.jpg" rel="grid-74" class="item view" title="Les barrages du crû"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-004.jpg" alt="">
                </a>
        </div>
</span></p>
<p>Le courant est assez lent et, à la différence de l’Eure dernièrement descendue, nous n’avons même pas, jusqu’à présent, trouvé de petits bras sinueux où faire du slalom. Par contre, nous nous apercevons que les barrages du crû, quand ils ne sont pas sautables, sont aisément passables à la corde : le portage n’est pas de règle, ici.</p>
<p>Après un déjeuner où je tente, en vainc de démontrer la supériorité de ma technique de la grillade, nous repartons et naviguons en des sites souvent charmants où les coins de pêche abondent et sont bien tentateurs avec leurs multiples écriteaux « Pêche interdite » pendant que des nénuphars tranquilles et des roseaux frémissants invitent si suggestivement à tremper du fil. Comme je serais tiraillé de ne faire que passer en de tels endroits si la pêche n’était encore fermée !</p>
<p>Nous nous arrêtons à un pont déchiqueté (toujours la guerre) par lequel, au prix d’une gymnastique qui ne s’effectue heureusement qu’à 40 ou 50 cm d’une eau peu profonde, je gagne la rive pour y renouveler notre provision d’eau.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-005.jpg" rel="grid-6" class="item view" title="Une clairière de la rive droite…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-005.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-006.jpg" rel="grid-6" class="item view" title="Une clairière de la rive droite…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-006.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>D’abord on me déconseille une pompe comme « pas très potable » puis on m’y renvoie l’eau n’ayant en définitive qu’un « goût de fer ». « Elle n’est pas mauvaise : j’en bois depuis (suit un nombre d’années respectables) » me dit le propriétaire de la source ferrugineuse.</p>
<p>« Du fer ?! Ça nous fortifiera si on n’en crève pas », me dis-je en me promettant impeto de n’utiliser l’eau douteuse que faute d’autre chose seulement.</p>
<p>Comme il est déjà tard nous cherchons un emplacement pour camper et comme nous flânons au long des rives, nous y découvrons une nasse où pourrissent quelques poissons et où frétille encore une perche.</p>
<p>Après un débat, heureusement très court, il est décidé que nous ne mangerons pas cette dernière et lui rendons la liberté. Nous remettons la nasse à l’eau une cinquantaine de mètres plus bas et la porte ouverte… ! Saint-Pierre sera content de nous !</p>
<p>Nous camperons dans une clairière de la rive droite boisée et le coin est vraiment épatant n’était-ce quelques moustiques dont nous faisons les frais du diner : il est vrai que comparés aux assauts de ceux du Jura ces pauvres diptères font piètres figure. Quoiqu’il en soit Jean contre-attaque à l’Insectol. Puis ils se casseront le nez (ou la trompe ?) sur les moustiquaires ou portes de nos tentes qui sont inviolables. Nos ronflements doivent les narguer…</p>
<figure id="attachment_735" aria-describedby="caption-attachment-735" style="width: 2142px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-007.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-735" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-007.jpg" alt="Inévitable photo du camp" width="2142" height="1356" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-007.jpg 2048w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-007-300x190.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-007-768x486.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-007-1024x648.jpg 1024w" sizes="auto, (max-width: 2142px) 100vw, 2142px" /></a><figcaption id="caption-attachment-735" class="wp-caption-text">Inévitable photo du camp</figcaption></figure>
<p>Le lendemain après l’orage d’hier soir (qui a duré une partie de la nuit), le ciel s’annonce assez clair et c’est sous un beau soleil que nous débordons après les inévitables photos du camp rapidement levé.</p>
<p>La descente se poursuit heureusement les Grands-Moulins ne nécessitant qu’un portage pratiquement nul de 1 ou 2 mètres sur un ponceau extrêmement bas. Nous descendons sur une cinquantaine de mètres un petit bras où les maigres abondent et où les branches rasent de près nos têtes prudentes, puis passons de justesse sous un deuxième ponceau pour déboucher subitement au milieu d’autres nautoniers qui n’ont pas reculé, eux, devant un portage plus important que le nôtre et qui paraissent se demander d’où nous sortons.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-008.jpg" rel="grid-34" class="item view" title="A Souppes… une des principales attractions pour les multiples descendeurs du Loing"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-008.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-009.jpg" rel="grid-34" class="item view" title="A Souppes… une des principales attractions pour les multiples descendeurs du Loing"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-009.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Nous arrivons ensuite à Souppes où une brèche dans le déversoir détermine un rapide en « S » assez impressionnant à nos yeux. En fait, nous n’avons jamais franchi rien d’aussi sportif.</p>
<p>Tout seul, qu’aurions-nous fait ?</p>
<p>Mais une galerie nombreuse assiste à ce qui est une des principales attractions pour les multiples descendeurs du Loing. Notre voie est toute tracée (dans tous les sens du mot) quand un canoë non ponté passe devant nous.</p>
<p>Nous abordons donc carrément la chicane, moi personnellement, avec la tranquille assurance d’embarquer copieusement sinon de chavirer.</p>
<p>Hop ! à droite… je me déborde… Hop ! à gauche… je me re-déborde… c’est passé et nous sommes déjà fiers de nous quand un arbre débordant de la berge se présente à nous, hypocritement, à la dernière seconde : nous ne pouvons l’éviter et le heurtons sans trop de force heureusement.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-010.jpg" rel="grid-88" class="item view" title="Des kayaks plus souples"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-010.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-011.jpg" rel="grid-88" class="item view" title="Le paysage si paisiblement enchanteur"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-011.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Nous accostons vivement pour revoir orgueilleusement le lieu de notre passage et le mitrailler pendant que des kayaks plus souples que les canoës défilent…</p>
<p>C’est sans doute notre rapide le plus difficile jusqu’à ce jour. Et pourtant nous tirons une telle vanité de notre descente de la Loue !</p>
<p>Jean va au ravitaillement pendant que, gardent le Martin-Pêcheur, je prends des photos : tour à tour me servent de sujets des libellules (incroyablement nombreuses, ici) des lézards et le paysage si paisiblement enchanteur.</p>
<p>Quand le ravitailleur revient il est porteur en plus de l’eau, d’un kilo de cerises. Du pain, naturellement, pas question. Mais c’est une fatalité assez habituelle de nos vadrouilles d’être à court de pain, la faute en revenant, surtout, au gros mangeur de brignolet que je suis. Avec cette abondance relative régnant à bord, nous quittons Souppes, ce si sympathique coin du Gâtinois.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-012.jpg" rel="grid-19" class="item view" title="Passer à la corde ou … mieux, à sauter"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-012.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-013.jpg" rel="grid-19" class="item view" title="Passer à la corde ou … mieux, à sauter"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-013.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-014.jpg" rel="grid-19" class="item view" title="A l’eau…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-014.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-015.jpg" rel="grid-19" class="item view" title="Je remonte"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-015.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p><span style="font-weight: 400;">Quelle différence avec l’Eure : ici, les barrages sont tous amusants à passer à la corde, ou mieux, à sauter ; aussi les trouvons nous trop rares eux qui donnent, si peu longtemps, hélas, un aspect presque sportif à la rivière.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Notre déjeuner d’aujourd’hui sera troublé par l’intervention du propriétaire où nous sommes installés qui veut nous faire déguerpir. Des palabres nuancés et subtils lui font nous accorder un sursis de quelques temps pour finir de manger.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Nous glissons encore vers l’aval en interrompant seulement la croisière pour nous baigner ce que Jean adore et qui, par contre, ne m’enthousiasme pas car, sur ce point, je suis encore assez fin mathieux et n’apprécie que peu le bain dans la nature et recherche le décor artificiel d’une piscine.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Aussi à peine sauté à l’eau, je remonte.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Nous arrivons ce soir à Nemours et non sans quelques difficultés nous y trouvons un lieu de camp possible. Possible ? Pas tant que ça car au bout d’une heure environ, un garde survient et après la formule sacramentelle « Avez-vous vos papiers ? » se met en devoir de nous dresser procès-verbal. Double infraction pour chacun de nous : campement hors de lieux permis et utilisation du feu prohibé !</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Tant pis pour nous !</span></p>
<figure id="attachment_745" aria-describedby="caption-attachment-745" style="width: 2160px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-016.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-745" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-016.jpg" alt="Campement" width="2160" height="1393" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-016.jpg 2048w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-016-300x193.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-016-768x495.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-016-1024x660.jpg 1024w" sizes="auto, (max-width: 2160px) 100vw, 2160px" /></a><figcaption id="caption-attachment-745" class="wp-caption-text">Campement</figcaption></figure>
<p>Cependant en voyant mes nom et adresse s’inscrire sur le carnet je me dis qu’il faut absolument empêcher ça. Aussi, plutôt que de recouvrir à la noyade, solution énergique certes, mais trop audacieuse pour mon tempérament, je discute longuement, ergote tant que je peux et cherche, par tous moyens, à attendrir celui qui à la différence du gendarme de Courteline, je ne veux pas croire sans pitié.</p>
<p>Enfin, pour la deuxième fois de la journée nous fléchissons la loi et nous en tirons à bon compte : c’est sur une cordiale poignée de main que nous prendrons congé du représentant de l’autorité.</p>
<p>Nous dormirons du sommeil du juste. Rectification : je dormirais du sommeil du juste, car mon coéquipier, le lendemain matin, souffre de coliques et de nausées (existentialiste, vas !). Remords de sa conscience ou méfaits de « l’eau ferrugineuse ». Etant de caractère terre à terre j’opterais pour la deuxième hypothèse, d’autant plus que je sais pour y avoir goûté qu’elle a un goût atroce qui tient de l’alcool à brûler et de l’eau de Cologne. Produits fort honorables en eux-mêmes mais font je réprouve l’ingestion de toutes mes forces.</p>
<figure id="attachment_746" aria-describedby="caption-attachment-746" style="width: 2494px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-017.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-746" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-017.jpg" alt="Je sauterai seul" width="2494" height="1841" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-017.jpg 2048w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-017-300x221.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-017-768x567.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-017-1024x756.jpg 1024w" sizes="auto, (max-width: 2494px) 100vw, 2494px" /></a><figcaption id="caption-attachment-746" class="wp-caption-text">Je sauterai seul</figcaption></figure>
<p>Les discrets départs et retours de Jean vers les buissons voisins en disent long sur son état, aussi est-il décidé que je sauterai seul le barrage près duquel nous avons passé la nuit et que plusieurs passages de canoéistes pourtant peu adroits nous ont démontré comme archi-sautable.</p>
<p>Jean aura pourtant la force de me photographier pendant l’action où je manquerai d’ailleurs de chavirer. Sur un barrage si facile !</p>
<p>Je charge le Martin-Pêcheur et, mon coéquipier répandu au font du-dit, je continue la descente assurant seul la conduite du canoë.</p>
<figure id="attachment_747" aria-describedby="caption-attachment-747" style="width: 2162px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-018.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-747" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-018.jpg" alt="Barrages…" width="2162" height="1381" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-018.jpg 2048w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-018-300x192.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-018-768x491.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-018-1024x654.jpg 1024w" sizes="auto, (max-width: 2162px) 100vw, 2162px" /></a><figcaption id="caption-attachment-747" class="wp-caption-text">Barrages…</figcaption></figure>
<p>C’est seulement aux barrages que l’empoisonné se lève en vacillant et m’aide le moins mollement qu’il peut à franchir l’obstacle.</p>
<p>Nous traversons de la sorte Nemours pour retrouver la partie du Loing que nous connaissons pour y avoir pêché il y a environ un an. Que de souvenirs partout, maintenant.</p>
<p>Après avoir été canalisé 2 ou 3 km, le Loing redevient plus « nature » et est, parfois, agité d’un courant qui nous avait laissé supposer que du côté de Montargis il serait plus rapide.</p>
<p>Après quelques barrages, dont certains sont très jolis, nous atteignons Grez où, allant au ravitaillement, j’arrive à attendrir une brave crémière en parlant d’empoisonnement de camarade demi-mort, etc. Résultat : ½ litre de lait, précieux contre-poison qui le sauvera peut-être…</p>
<figure id="attachment_748" aria-describedby="caption-attachment-748" style="width: 2164px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-019.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-748" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-019.jpg" alt="Môret" width="2164" height="1388" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-019.jpg 2048w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-019-300x192.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-019-768x493.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-019-1024x657.jpg 1024w" sizes="auto, (max-width: 2164px) 100vw, 2164px" /></a><figcaption id="caption-attachment-748" class="wp-caption-text">Môret</figcaption></figure>
<p>Voilà une méthode, un système à retenir quand on est à court de lait. Très bien, le coup de l’empoisonnement !</p>
<p>Avant de quitter la commune de Grez, nous jetons un coup d’œil sur l’emplacement de notre Premier Camp un peu en aval des Bouts du Monde, dans un pré de la rive droite.</p>
<p>Au bout d’une heure de navigation, nous nous arrêtons dans la bande de terrain séparant le Loing de son canal latéral, pour y déjeuner. Pendant que je me fricote ma tambouille, Jean, toujours invalide, git à l’ombre.</p>
<p>Après un court orage qui nous ménage gentiment en se glissant vers l’ouest, nous repartons.</p>
<p>C’est (entre le confluent du Lanain et Môret) la partie non pas la plus rapide, mais la moins lente de la rivière. Quelques petits maigres sont amusants et le paysage reste toujours gracieux.</p>
<p>Et puis c’est l’arrivée à Môret et le débarquement dans le moulin ruiné de l’entrepont (toujours la guerre). Pendant que nous vidons nos mathurins et rangeons nos affaires, arrive un couple de canoéistes qui reconnait le barrage et après bien des rodomontades et… des hésitations opte pour une solution batarde : le mâle seul, saute le déversoir assis sur l’arrière du canoë.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-020.jpg" rel="grid-10" class="item view" title="Le barrage"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-020.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-021.jpg" rel="grid-10" class="item view" title="Le M.P."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/07/004-021.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Maintenant une courte traversée va nous mener à une ancienne poterne de la vieille enceinte de la ville qui donne directement sur le Loing. Là, nous débarquons définitivement et nous préparons au chariotage vers la gare. Le M.P. va quitter l’eau.</p>
<p>Nous avons à peine quitté le bord de la rivière qu’une voiture encombrant la ruelle nous interdit le passage. Je me déguise donc en voleur de voitures et monte dans la gêneuse pour la changer de place ce qui ne va pas, parait-il, sans inquiéter le propriétaire de la voiture qui montre à une fenêtre voisine un visage assez intrigué.</p>
<p>Chariotage sans histoires. La gare. Billets. Enregistrement du M.P. Attente sur le quai.</p>
<p>C’est l’habituel.</p>
<p>Encore une bonne croisière finie.</p>
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		<title>Quarante moulins sur l’Eure</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bernard Van Leckwyck]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 05 Apr 1947 08:21:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Carnet 3]]></category>
		<category><![CDATA[Ile de France]]></category>
		<category><![CDATA[Chartres]]></category>
		<category><![CDATA[Eure]]></category>
		<category><![CDATA[Jean]]></category>
		<category><![CDATA[Martin Pêcheur]]></category>
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					<description><![CDATA[Vallée de l’Eure, le 5, 6 et 7 Avril 1947 La voiture, en grand équipage canoéiste, (M.P. sur le toit, mathurin, pagaies, chariot et autres impedimenta s’entassant à l’intérieur) débouche...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;"><strong>Vallée de l’Eure, le 5, 6 et 7 Avril 1947</strong></p>
<p>La voiture, en grand équipage canoéiste, (M.P. sur le toit, mathurin, pagaies, chariot et autres impedimenta s’entassant à l’intérieur) débouche sur la place de la gare de Chartres. Nous sommes en retard car il est neuf heures passées, aussi nous ne prendrons même pas le temps de jet un coup d’œil sur la Cathédrale entrevue seulement de loin comme nous approchions de la ville.</p>
<p>Comme convenu, Jean attend devant la gare : nous l’embarquons et hop ! vers l’Eure. Nous avons en effet décidé de la descendre depuis Chartres jusque… Pacy, peut-être.</p>
<p>Croisière de Pâques, première de l’année !</p>
<p>Sortant de la ville, nous empruntons une route pittoresque mais peu idoine à l’état de nos pneus (obsession de l’automobiliste de l’époque). Voici un moulin-fabrique qui va peut-être nous permettre une mise à l’eau. En effet, quelques minutes après le M.P. est transporté à travers les décombres de ce défunt moulin (la guerre est passée là) et bientôt notre ami flotte sur la rivière dont les eaux sont assez troubles because la crue (de la route j’ai eu la vision de prés inondés assez nombreux).</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/003-054.jpg" rel="grid-10" class="item view" title="Notre premier moulin"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/003-054.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/003-055.jpg" rel="grid-10" class="item view" title="Cet exercice…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/003-055.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Mon père collabore au chargement et ensuite c’est le départ sous un soleil d’autant plus agréable qu’il a fait un temps peu propice aux croisières ces derniers jours le vent ne s’arrêtant guère que quand les averses commençaient, et je me souvenais d’une descente de l’Epte, il y a moins d’un an, où, sur deux jours nous n’avions guère eu que 4 ou 5 heures ensoleillées le reste étant pluie, crachin ou, au mieux, temps bouché.</p>
<p>Nous naviguons environ un kilomètre avant d’atteindre notre premier moulin : le portage à travers une petite île nous familiarise avec cet exercice dont je prévois la répétition assez nombreuse car n’ayant donné qu’un rapide coup d’œil sur le guide nautique (acheté in extremis) j’ai néanmoins été frappé par le nombre des moulins.</p>
<p>Nous traversons un pays assez gentil auquel on peut pourtant reprocher le nombre excessifs des propriétés privées non quelles soient une entrave sérieuse pour le canoéiste (qui pénètre presque partout du moment qu’il ne débarque pas) mais elles défigurent trop souvent le paysage par leur seule présence et, dans la plupart des cas, lui ôte sa personnalité.</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/003-056.jpg" rel="grid-55" class="item view" title="De jolis lavoirs …."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/003-056.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/003-057.jpg" rel="grid-55" class="item view" title="Puis, nous nous éloignons, appelés vers l’aval"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/003-057.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/003-058.jpg" rel="grid-55" class="item view" title="N.B l’appareil de Jean prenant cette photo"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/003-058.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Quoiqu’il en soit, la descente est agréable et l’on rencontre souvent de jolis lavoirs assez caractéristiques eux, et qui, pensée terre-à-terre, nous seront bien utiles pour faire la cuisine en temps de pluie car le temps semble se gâter.</p>
<p>Vers treize heures le vent s’est levé nous rendant l’usage du feu bien aléatoire et comme par hasard les lavoirs ont disparu ou les seuls que nous découvrons sont à regrettable proximité d’usines assez moches ou de villas plus « mathieuses » encore.</p>
<p>Nous casse-croutons donc ce midi nous réservant un repas chaud pour ce soir. Un îlot nous servira de lieu de halte et nous déjeunons sans même descendre du canoë.</p>
<p>Puis nous nous éloignons, appelés vers l’aval.</p>
<p>Un moulin assez, pittoresque (celui de la Villette) servira de cadre à ma première photo en couleurs car aujourd’hui j’essaie un chargeur de kodachrome obtenu non sans peine d’un ami retour d’Amérique <em>(Plus tard, toutes ces photos seront gâchées par suite d’une étourderie du photographe. N’y a-t-il pas des cas où l’assassinat devrait être légal ?)</em>.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/003-059.jpg" rel="grid-68" class="item view" title="Au Moulin de la Roche"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/003-059.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/003-060.jpg" rel="grid-68" class="item view" title="Les moulins se succèdent"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/003-060.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Au moulin de la Roche, qui est une propriété d’agrément, donc privée, (comme pas mal de moulins ci-devant laborieux de l’Eure). Le gardien veut nous obliger à un passage qui, avec la crue et le vannage actuel ressemble terriblement à un suicide. Après réflexion, nous sommes obligés de passer outre à ses ordres et partons à travers le plus discrètement possible.</p>
<p>Soudain le cerbère revient à la charge. Le devrons-nous noyer pour passer ? Moi qui n’aime pas trucider le monde je parlemente et comprenant la situation, le gardien nous laisse terminer en paix notre portage.</p>
<p>Les moulins se succèdent à une cadence accélérer un tout les 1 500 mètres environ, mais presque aucun n’est sautable.</p>
<p>Pourtant celui de Diouval n’est guère difficile et pour une fois aucune passerelle surbaissec 77 ne l’enjambe. Mais le temps peu chaud, la température de l’eau, sa couleur et notre manque de sportivité font que nous sommes peu disposés à le sauter. Après quelques palabres il est décidé que je passerais seul, Jean restant sur la rive pour me photographier.</p>
<p>J’ai une frousse intense, mais cependant je m’avance vers la ligne de crête au-delà de laquelle je m’imagine déjà chaviré et barbotant dans l’eau sale et glacée pendant que le M.P. s’en va à la dérive…</p>
<p>Encore deux mètres… (quand je pense que Jean est là avec son appareil et que je dois encore essayer de prendre un air désinvolte avec mes tripes en déliquescence !) Voilà la crête… c’est trois fois rien : 40 ou 60 cm à sauter, peut-être… j’appuie sur la pelle… Fonsnick ! Yop ! Je passe… l’arrière talonne… je gite sur la gauche … c’est le bain … non l’arrière se dégage… les remous … c’est passé …</p>
<figure id="attachment_699" aria-describedby="caption-attachment-699" style="width: 2148px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/003-061.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-699 size-full" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/003-061.jpg" alt="Sur un autre barrage." width="2148" height="1425" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/003-061.jpg 2048w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/003-061-300x200.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/003-061-768x509.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/003-061-1024x679.jpg 1024w" sizes="auto, (max-width: 2148px) 100vw, 2148px" /></a><figcaption id="caption-attachment-699" class="wp-caption-text">Sur un autre barrage.</figcaption></figure>
<p>Je passe devant Jean qui me crie alors : « Tu sais, j’ai oublié d’armer l’appareil ». D’abord je crois à une plaisanterie, puis je me convaincs de la vérité : il a dit vrai ! La photo est loupée ou plutôt il n’y a pas de photo ! Je rage pendant que l’amateur photographe me dit (pour me consoler ?) : « Heureusement que c’est raté : si tu avais vu ta tête : tu étais décomposé ; affreux à voir ! ».</p>
<p>Tant pis pour ma frousse, je recommence.</p>
<p>Nous nous efforçons de faire remonter le courant au M.P. ce qui ne s’avère pas facile : à la pagaie c’est impossible et le halage de la rive avec tous ces arbres en bordures et les remous ce n’est guère facile.</p>
<p>Aussi après une dizaine de minutes d’efforts nous abandonnons et décidons de remettre la photo à plus tard sur un autre barrage.</p>
<p>Et nous glissons vers l’aval pendant que j’abreuve Jean d’injures et de reproches relatifs aux « saboteurs de gloire ». Comment imaginer en effet, qu’une telle manœuvre de sa part soit involontaire ?</p>
<figure id="attachment_700" aria-describedby="caption-attachment-700" style="width: 300px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/003-062.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-700" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/003-062-300x216.jpg" alt="La Voise" width="300" height="216" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/003-062-300x216.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/003-062-768x552.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/003-062.jpg 893w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px" /></a><figcaption id="caption-attachment-700" class="wp-caption-text">La Voise</figcaption></figure>
<p>Après bien des moulins encore nous arrivons en amont de Maintenon (monolithes sur la rive gauche) et reconnaissons les coins où nous avons pêché il y a environ deux ans. Ici  un long chariotage va s’imposer, l’Eure traversant le parc du château, aussi, pour deux kilomètres, le M.P. sera-t-il transformé en machine roulante et c’est sous cette forme qu’il connaitra la Voise, clair affluent de l’Eure et le grandiose aqueduc, souvenir du Roi Soleil.</p>
<p>Ravitaillement dans la ville pendant que Jean garde notre ami de bois. A mon retour, nous embarquons après un léger casse-croute et choisissons un lieu de camp à 2 ou 3 km après Maintenon. Nous l’avons bien mérité après tous ces portages, le dernier notamment fut un véritable travail d’Hercule : trainage à travers une petite forêt de ronces et d’orties, rives à pic pour le débarquement comme pour le rembarquement, souches traitresse qui vous font trébucher : tout était parfaitement au point !</p>
<p>Nous passerons donc la nuit sur la butte de terre séparant l’Eure d’un pré actuellement inondé. Bien que ce soit en bordure d’une sente, c’est assez isolé et tranquille et nous montons nos deux tentes en toute quiétude.</p>
<p>J’ai vendu mon ancienne tente à Jean, qui l’inaugure ce soir en propriétaire alors que moi-même pends la crémaillère dans Pascaline II (A noter que celle-ci mérite aussi bien son nom que la précédente ayant toutes deux été étrennées à Pâques).</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/003-063.jpg" rel="grid-43" class="item view" title="Mon ancienne tente"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/003-063.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/003-064.jpg" rel="grid-43" class="item view" title="Pascaline II"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/003-064.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Dehors il vente ferme et le terrain est trop peu abrité pour permettre un feu de bois utile : nous nous rabattrons donc sur la cuisine au méta.</p>
<p>Après un essai loyal de méta allemande au cours duquel nous manquons de nous asphyxier nous abandonnons ce pâle ersatz et utilisons le produit français dont l’odeur paraît presque agréable après l’offensive aux gaz lacrimo-suffocants que nous avons subi de la part du « deutsches Erzeugnis »</p>
<p>Puis nous nous retirons sous nos tentes et c’est encore la merveilleuse impression de s’endormir au milieu de la nature.</p>
<p>Je me remémore les camps faits depuis Pâques de l’année dernière, où débutant, je m’essayais aux bords du Loing. Et puis ce fut Fontainebleau, l’Epte, la Champagne, la Bourgogne, la Franche-Comté, le Jura, et j’en passe…</p>
<p>A peine un an que je campe : et comme je suis mordu !</p>
<p>Enthousiasme de débutant ? Je ne le crois pas, car sans être un vétéran, je ne suis plus un « bizuth » et la joie exubérante du début tend à devenir quelque chose de plus grave qui est une des formes du bonheur.</p>
<p>Pour moi actuellement, je crois qu’il n’y a rien au-dessus du camping. Ah ! la joie de s’éveiller au milieu de la Nature et de s’y mouvoir, simplement et tranquillement, comme chez soi. Loin des hommes, de leurs politiques.</p>
<p>Misanthropie, m’a-t-on dit ? Peut-être ! Mais ce n’est pas entièrement ma faute si les autres sont ce qu’ils sont.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/04/003-065.jpg" rel="grid-41" class="item view" title="Un déversoir"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/04/003-065.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/04/003-066.jpg" rel="grid-41" class="item view" title="… à Nogent…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/04/003-066.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Le lendemain, temps maussade : il crachine après le vent de cette nuit qui, en tempête a chahuté nos tentes.</p>
<p>Sitôt le petit déjeuner pris, nous profitons d’une éclaircie pour nous embarquer. L’Eure devient plus pittoresque et les innombrables moulins s’amusent à fabriquer de petits rapides après leurs barrages.</p>
<p>Pas sportive, l’Eure ? Voir…</p>
<p>Certains bras étroits aux coudes brusques corsés de forts courants et de souches assez hypocrites sont, (dans la région parisienne, s’entend) d’amusants moyens de se garder la main ou de se perfectionner pour des descentes plus sérieuses.</p>
<p>Un déversoir s’avérant sautable, nous le franchissons en poussant les « Fonsnick » traditionnels. Puis ce sont des moulins, encore des moulins qui nous donnent un singulier entrainement pour le portage, exercice où nous commençons à avoir une honnête dextérité.</p>
<p>Nous arrivons enfin à Nogent-le-Roi où un chariotage est recommandé en raison de la distance qui ferait tourner un portage à l’exercice super athlétique et, après un débarquement épique (pente d’une quinzaine de mètres à 25% en terrain glaiseux agréablement parsemé d’étrons et de morceaux de verre).</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/04/003-067.jpg" rel="grid-11" class="item view" title="Nous le passerons à la corde"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/04/003-067.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/04/003-068.jpg" rel="grid-11" class="item view" title="Pour bravement aider le M.P."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/04/003-068.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Nous véhiculons le M.P dans la ville où nous nous approvisionnons en pain non sans quelques difficultés vu notre pauvreté en tickets : une boulangère prise de remords après un refus, nous rappelle pour nous en donner.</p>
<p>Puis nous reprenons l’eau. Décidément le pays devient de mieux en mieux et la rivière presque sportive ou (soyons justes) mouvementée, seulement.</p>
<p>Un barrage encore : nous le passerons à la corde, mais le canoë se coince sur la ligne de fait en basculant. Hier, dans un cas similaire, je me suis déchaussé pour bravement aider le M.P. dans son élément : une impression de glace fondue, les orteils presque insensibles à force de froid : ce qui fait que je n’ai guère du goût pour remettre ça.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/04/003-069.jpg" rel="grid-90" class="item view" title="La passerelle de Guingois"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/04/003-069.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/04/003-0670.jpg" rel="grid-90" class="item view" title="De remarquables machines à assommer les canoéistes."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/04/003-0670.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Grâce à nos longues bosses, nous parvenons enfin à ramener le M.P dans le chemin du devoir en le hâlant depuis la passerelle de Guingois qui, comme presque tous les barrages du pays, enjambe la rivière.</p>
<p>La descente continue pimentée en plus des portages, par le passage sous les ponts et passerelles qui, déjà peu hautes en général, sont devenus avec l’étiage  de crue, de remarquables machines à assommer les canoéistes.</p>
<p>Le vent s’est maintenant levé très fort et par endroits fait écumer la rivière. Faut-il préciser que malgré des sautes de sa part et les méandres du cours d’eau, nous l’avons la plupart du temps en adversaire ? Mais quand je me souviens de ce que nous avons eu comme zef certain jour sur la Saône, ceci n’est que plaisanterie.</p>
<p>D’ailleurs en matière de vent, comme en toutes choses, il faut envisager les choses avec philosophie. Axiome : il y a deux sortes de vent ; le vent debout : toujours très violent et qui est la grosse majorité et le vent arrière : généralement désespérément faible et représentant l’infime minorité.</p>
<p>Une petite cabane nous fournira un abri pour allumer du feu et y faire la cuisine.</p>
<figure id="attachment_710" aria-describedby="caption-attachment-710" style="width: 207px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/04/003-0671.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-710" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/04/003-0671-207x300.jpg" alt="Embarquement encore." width="207" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/04/003-0671-207x300.jpg 207w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/04/003-0671-768x1113.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/04/003-0671-706x1024.jpg 706w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/04/003-0671.jpg 1445w" sizes="auto, (max-width: 207px) 100vw, 207px" /></a><figcaption id="caption-attachment-710" class="wp-caption-text">Embarquement encore.</figcaption></figure>
<p>&nbsp;</p>
<p>Nous y préparons notre déjeuner le plus discrètement possible car si le propriétaire nous pinçait à faire un foyer dans son réduit de 3m x 3m, il ne serait pas forcé de reconnaître ma maniaquerie de prudence vis-à-vis du feu.</p>
<p>Embarquement encore.</p>
<p>A un portage (moulin de Boisard, je crois) un campeur qui du haut du coteau voisin nous a aperçu, se porte à notre rencontre et nous donne aimablement la main pour remettre le M.P à l’eau, tout en s’enquérant de notre itinéraire : d’un air faussement détaché je double négligemment notre vitesse et donne des conseils doctoraux sur l’Eure : petits ridicules humains !</p>
<p>Soudain, à un détour de la rivière, un arbre abattu barre toute la largeur et justement le courant est rapide ici. Vite… accostage… portage… remise à l’eau, malgré les efforts désespérés d’une clôture en barbelés qui aimerait nous retenir encore.</p>
<p>Ensuite peu d’histoires : nous traversons en longeant Ecluzelles, Mezières, Bécheret, Chérisy et les barrages se succèdent…</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/04/003-0672.jpg" rel="grid-27" class="item view" title="Les barrages se succèdent"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/04/003-0672.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/04/003-0673.jpg" rel="grid-27" class="item view" title="Nous camperons dans un pré"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/04/003-0673.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Le guide en annonce un « grand » et nous scrutons l’aval. Enfin apparait une sorte de système de vannes demi-ruinées qui coupe la rivière : sans intérêt. Si pourtant ! le canal se fait plus que par filtrage à travers la maçonnerie du déversoir abandonné. Pour cette raison l’eau est d’une limpidité cristalline que la teinte trouble du bras principal ne fait que mieux ressortir.</p>
<p>Nous camperons dans un pré de la rive gauche.</p>
<p>Une fois de plus c’est l’installation, le diner, le coucher. Joies simples du camping. Joies pures.</p>
<p>La nuit, le vent a encore soufflé ferme et a, en partie, nettoyé le ciel : là bas vers le nord une éclaircie parait : nous nous dirigeons vers elle. En effet, plus nous allons, plus le ciel devient clair et comme le paysage, bordé à droite par la forêt de Dreux, (verdure sombre où les pins dominent) devient fort beau, les appareils photographiques ne chôment pas.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/04/003-074.jpg" rel="grid-2" class="item view" title="Des barrages abandonnés"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/04/003-074.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/04/003-075.jpg" rel="grid-2" class="item view" title="Enfin, une cabane…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/04/003-075.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Des barrages abandonnés (autant de seuils facilement sautables) de petits rapides, quelques hauts-fonds, contribuent à rendre intéressante la navigation dans le beau bief de plus de 6km5 que nous traversons maintenant.</p>
<p>Montreuil, le confluent de l’Aure, Saint Georges-Motel, Marcilly, Sorel, Moussel défilent et ce n’est guère qu’en arrivant à Croth que nous nous rappellons que le pain nous fait entièrement défaut pour le déjeuner et il est 12h20 !</p>
<p>Boulangers fermés. Coup classique ! Vite tentons notre chance à Ezy. Nous y arrivons à treize heures passées et par chance en pénétrant presque de force sinon par effraction dans une boutique fermée, j’obtiens des boulangers 1 kg de brignolet.</p>
<p>Le vent se maintient violent, aussi pour ce qui est de faire du feu ?! Quant aux lavoirs ils brillent par leur absence. Enfin une cabane nous permettra de rééditer le système d’hier.</p>
<p>Nous n’avons pas fini de déjeuner à 16 heures et mon père à qui je dois téléphoner un rendez-vous dans une heure pour qu’il nous vienne chercher en voiture puisqu’il a bien voulu nous le proposer.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/04/003-076.jpg" rel="grid-52" class="item view" title="Parmi les roseaux"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/04/003-076.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/04/003-077.jpg" rel="grid-52" class="item view" title="Un dernier chariotage"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1947/04/003-077.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Nous quittons donc le tranquille coin parmi les roseaux et filons vers Ivry-la-Bataille qui marquera le terminus de notre croisière.</p>
<p>Pendant que Jean rassemble ses affaires, je vais en quête d’un téléphone, tâche moins facile qu’on le pourrait croire quand le premier café consulté a le sien en dérangement, le second n’en a pas, la poste est fermée et qu’au troisième troquet la communication que j’ai attendu un trop long moment est coupée au bout de deux minutes à peine.</p>
<p>Enfin tous nos bagages sont rassemblés dans le Martin-Pêcheur qu’un dernier chariotage même au lieu du rendez-vous où mon père arrive bientôt pendant qu’attablés devant une bouteille de cidre nous parlons, comme à la fin de chaque vadrouille, déjà de la « prochaine ».</p>
<p>Et puis, c’est la route pendant que nous épiloguons sur notre descente de l’Eure qui maintenant entre dans nos souvenirs où s’entassent déjà tant de belles images.</p>
]]></content:encoded>
					
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			</item>
		<item>
		<title>Neige sur la Forêt</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bernard Van Leckwyck]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 01 Feb 1947 17:38:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Carnet 3]]></category>
		<category><![CDATA[Massif de Fontainebleau]]></category>
		<category><![CDATA[Jean]]></category>
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					<description><![CDATA[Fontainebleau 1er et 2 février 1947 J’attends Jean à la sortie de son bureau et sur le Boulevard de la Madeleine la neige achève de se souiller. Il est loin...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;"><strong>Fontainebleau 1er et 2 février 1947</strong></p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/003-050.jpg" rel="grid-89" class="item view" title="les derniers ilôts de neige 
La Ville
"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/003-050.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/003-051.jpg" rel="grid-89" class="item view" title="La couche est restée vierge
La Nature"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/003-051.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>J’attends Jean à la sortie de son bureau et sur le Boulevard de la Madeleine la neige achève de se souiller. Il est loin le manteau d’hermine dont parlent les poètes !</p>
<p>C’est par temps de neige que la Ville est le plus ridicule, car, sauf en de rares endroits où la couche est restée vierge : quais, squares, centres de résistance qui s’amenuisent, partout ressort l’antagonisme du « parasite humain » et de la Nature. Et si cette dernière est souvent refoulée ce n’est pas si souvent à l’avantage du premier.</p>
<p>D’ailleurs les succès de l’Homme sur le froid sont parfois contestés : témoins cette conduite d’eau éclatée par le gel, cette voiture dont les roues patinent sans pouvoir mordre…</p>
<p>Aujourd’hui le dégel à commencé et c’est encore pire : le sel et la chaleur sale de la Ville sont momentanément plus forts et partout les derniers ilots de neige sont cernés de plus en plus près par la boue envahissante où tout le monde patauge en pestant.</p>
<p>Quand j’ai vu, jeudi matin, la première couche qui descendait du ciel j’ai de suite pensé que le weekend n’était pas loin et que camper sous la neige doit être épatant, car ce sera pour moi chose nouvelle mais combien tentante !</p>
<p>Vendredi soir hélas la température remontait esquissant le dégel mais heureusement avec la nuit des flocons de renforts arrivaient et le thermomètre replongeait sous zéro.</p>
<p>Jean est mon compagnon habituel de ces randonnées vraiment sportives aussi voilà pourquoi ce midi je viens lui proposer la clef de champs sous forme d’une vadrouille en forêt de Fontainebleau. Le voici qui sort :</p>
<p>« Salut vieux, tout de suite au but : je campe à Fontainebleau demain, m’accompagnes-tu ? »</p>
<p>Je m’attendais à un acquiescement sans réserves, voir enthousiaste, quand, ô surprise, Jean se fait prier : courses à faire… dégel qui commence… qui à déjà commencé… difficile cette fois-ci … etc.</p>
<p>« Tant pis pour toi, dis-je, j’irai donc seul. »</p>
<p>Mais après quelques minutes il se rend compte de sa folie : que je l’attende seulement jusqu’à samedi midi, et nous partirons ensembles.</p>
<p>Convenu.</p>
<figure id="attachment_677" aria-describedby="caption-attachment-677" style="width: 227px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/003-052.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-677" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/003-052-227x300.jpg" alt="Jean souffle consciencieusement dans son harmonica" width="227" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/003-052-227x300.jpg 227w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/003-052.jpg 562w" sizes="auto, (max-width: 227px) 100vw, 227px" /></a><figcaption id="caption-attachment-677" class="wp-caption-text">Jean souffle consciencieusement dans son harmonica</figcaption></figure>
<p>Le lendemain à l’heure du rendez-vous Gare St Lazarre, je fais les cent pas avec mon barda sur le dos. Petit courant d’air habituel qui glace perfidement. Soudain mon coéquipier arrive. Poignées de mains. Autobus. Gare de Lyon. Train pour « Bleau » où nous avons la chance d’avoir un compartiment quasi vide : un des agréments de la randonnée hivernale est l’absence de voyageurs en général et de mathieux en particulier : le froid leur fait peur.</p>
<p>Et pendant que le train roule parmi les paysages hélas de moins en moins enneigés (restera-t-il seulement de la neige à notre terminus ?) Jean souffle consciencieusement dans son harmonica pendant que je me compose la figure du mélomane connaisseur et charmé.</p>
<p>Enfin, voici Bleau et son tramway familier et presque familial.</p>
<p>Le système employé pour y déterminer le prix des places obéit à des lois mystérieuses autant qu’inintelligente. Il varie essentiellement suivant l’heure, la direction du vent, la tête du client et l’humeur du préposé. C’est face à de si vastes énigmes que l’on se sent petit et impuissant dans l’univers et devant le receveur du tramway. Quoiqu’il en soit nous demandons nos places pour le terminus que nous avons successivement entendu appeler : Hôtel de Ville, Poste, Palais, Château, Route de Paris.</p>
<p>Aujourd’hui, comme la dernière fois d’ailleurs (nous paraissons incorrigibles) nous avons omis de nous munir de pain à Paris, et ici, à cette heure (13h30 environ) les boulangeries sont fermées. L’Histoire est un éternel recommencement assure-t-on, la notre aussi. J’arrive comme la dernière fois à découvrir une boulangère au pain blanc et au grand cœur qui, émue de ma mimique désespéré derrière sa vitrine, consent à rouvrir pour nous servir.</p>
<p>Après un rapide coup d’œil extérieur au château qui a grand air sous sa couche blanche, nous abordons la forêt.</p>
<p>Nous suivons, ou plutôt devrions suivre un sentier bleu, mais avec la neige ce n’est guère facile. Tout est oblitéré par elle. Quand je pense que dans le train je craignais qu’elle ne soit fondue ! Elle est encore abondante (15 à 20 cm ici) et la Forêt déjà si belle par elle-même en est magnifiée.</p>
<p>Je pense à une préface d’un bouquin de J. Loiseau : « La neige, inhabituelle en ces lieux, crisse sous mes pas ». Que ce bruit est donc harmonieux, et c’est en effet le seul que l’on pourrait entendre dans le silence ouaté qui nous entoure n’était-ce nos continuelles exclamations d’admirations pour les mille merveilles de ce spectacle nouveau pour nous.</p>
<p>Je regrette de ne disposer que d’un court weekend pour voir cela, car tout est si beau qu’à chaque instant on a envie de voir davantage, et l’on se dit : « ah ! Il faudrait voir le Désert d’Apremont sous la neige ! » ou « Les platières de Franchard à admirer aujourd’hui ! » ou encore « ah ! Se régaler d’une pinerai enneigée (s’en régaler, littéralement, car nous dévorons tout des yeux) ».</p>
<p>Les appareils photographiques en mettent un coup et comme le soleil est maintenant de la partie cela devient féérique. Les roches, sur leurs endroits non recouverts de neige, sont scintillants de merveilleux cristaux aux reflets bleu et gris.</p>
<p>Nous découvrons aujourd’hui le Rocher d’Avon que nous n’avions qu’entrevu jusqu’ici. La Dame Jeanne nous déçoit un peu(<em>Confusion avec la Dame Jeanne de Larchaut !</em>), non pas qu’elle n’ait pas fière allure, mais tant de fois nous en avions entendu parler comme d’une roche unique, remarquable, etc. que nous nous attendions à mieux. La renommée, je pense, vient surtout de la publicité que lui  fait sa proximité de Fontainebleau et de la mort de varappeurs qui en tentèrent l’ascension. C’est le plus gros bloc du Massif dit-on : cela ne saute pas aux yeux (<em>Confusion avec la Dame Jeanne de Larchaut</em>).</p>
<p>Après une descente épique à flanc de coteau vers la Route de la Percée nous allons suivre quelques temps cette dernière. Bien que nous cheminions maintenant en terrain assez plat, la marche dans la neige est assez fatigante et le besoin de refaire ses forces se fait sentir : quelques sandwichs nous y aident.</p>
<p>Ce qui frappe aujourd’hui ce sont les traces multiples que nous voyons alors que par terrain normal nous sommes trop piètres pisteurs pour en remarquer seulement le dixième. Jamais je n’aurais pensé que le Massif renfermât encore tant d’animaux sauvages. Malheureusement la grosse majorité de ces « voies » reste indéchiffrable pour nous et c’est surtout notre imagination qui nous fait revivre les milles drames imprimés là. Et il me semble que le froid doit encore rendre plus farouche la lutte pour la vie.</p>
<p>Après un bref parcours en futaie, nous retrouvons des escarpements rocheux à la Gorges aux Hiboux. Le terrain recouvert de bruyères sur lesquelles la neige s’est posée est assez traître et quand on ne met pas le pied sur une roche verglacée on enfonce parfois jusqu’à 40 cm et plus. Ça c’est du sport ! Et, confortablement équipés avec nos bottes et nos chauds vêtements, nous jouissons intensément de nous mouvoir à l’aise dans des décors qui, par endroits, me font penser à la montagne (que je ne connais pour ainsi dire pas, il est vrai).</p>
<p>Après une courte erreur d’orientation vite corrigée, nous cheminons sur la Platière de Bouligny et au rebord de celle-ci. Plus d’une fois nous perdons et retrouvons le sentier bleu : défaillance fort excusable par ce temps où cartes et boussoles ne sont pas de trop pour se diriger.</p>
<p>Et pourtant, même avec la plupart des marques bleues enfouies sous la neige les sentiers Dennecourt-Colinets sont retrouvables assez aisément car presque toujours ils empruntent les passages les plus curieux et tels endroits nous font souvent dire « ça sent le sentier bleu ».</p>
<p>Maintenant la nuit tombe et au crépuscule le coup d’œil est étonnant : est-on dans la Lune ? Randonne-t-on en quelque désert perdu du Turkestan ? Un cataclysme a-t-il bouleversé le vieux monde ?</p>
<p>Mon rêve se réalise : parcourir le Massif enneigé. Et c’est encore plus beau que je l’imaginais.</p>
<p>La nuit, complètement venue, ne nous arrête pas car un assez gros quartier de lune nous éclaire… mais pour ce qui est de suivre encore le sentier bleu… Les dernières marques ont été aperçues il y a environ ½ heure et maintenant nous allons à la boussole. De plus en plus c’est du sport. Pour ne pas mouiller mes manches je les ai retroussées et peut ainsi user plus facilement de mes mains pour me retenir aux passages difficultueux. Aussi mes pattes de devant sont-elles tour à tour glaçons ou fournaises. Plus d‘un faux pas emplit nos bottes de neige et Jean surtout en ramasse largement : pas toujours facile de l’expulser avant qu’elle ne fonde !</p>
<p>Après avoir longé le terrain d’une poudrière qui rappelle inopportunément les hommes et leurs bêtises, nous revoici dans la nature et bientôt nous nous trouvons un coin pour monter Pascaline.</p>
<p>Armés de branches il faut enlever la couche immaculée que nous parsemons à l’entour de débris terreux : mais nous ne savons pousser l’esthétisme jusqu’à coucher sur la neige plutôt que de la souiller.</p>
<p>Après pas mal de difficultés (le sol gelé est fâcheusement réfractaire aux piquets en duralumin qui se tordent piteusement) la tente est montée.</p>
<p>Pendant que Jean se contorsionne en efforts des plus réjouissants (pour moi) dans le but audacieux d’ôter ses bottes, je prépare le home.</p>
<p>Bientôt le diner cuit sur le méta, et après un confortable repas heureusement arrosé de thé qu’une thermos compatissante nous a conservé, nous exprimons notre mépris pour la vaisselle en l’expulsant purement et simplement de la tente. Cette fâcheuse boutée hors de chez nous, nous nous glissons dans nos duvets.</p>
<p>Jean joue de l’harmonica : il commence à jouer passablement mais quelle musique humaine égalera jamais l’orchestre de la Nature ? Comment faire mieux que le vent qui caresse les rameaux, le ruisseau qui murmure ou la vague qui roule ?</p>
<p>Belle Nature, comme je t’aime !</p>
<p>Et c’est le soir que, le plus souvent, un peu comme on ferait une prière, je pense à toi.</p>
<p>Toi, seule chose importante, comment parler de toi avec les vieux mots usés de la vie quotidienne ? Tu es tellement différente des préoccupations habituelles des hommes. Tellement au-dessus…</p>
<p>Dimanche, nous nous réveillons alors que le soleil  est déjà levé ou plus exactement que le jour est déjà levé car, maussade et frileux, Phébus se rencogne derrière les nuages comme un dormeur peu matinal se retranche dans ses couvertures.</p>
<p>Après un déjeuner copieux, nous photographions la tente dans ce paysage hivernal : c’est notre premier camp dans ce que Jean appellera « l’exposition de blanc dans la forêt » aussi sommes nous contents et fiers d’avoir passé une nuit plutôt bonne dans des conditions assez peu mathieuses. Cependant un matelas pneumatique serait fort agréable non pas pour le moelleux qu’il peut fournir, mais surtout comme isolant. La terre gelée est une couche bien dure à réchauffer.</p>
<figure id="attachment_678" aria-describedby="caption-attachment-678" style="width: 2931px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/003-053.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-678" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/003-053.jpg" alt="L’Avaloir de Gargantua" width="2931" height="1875" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/003-053.jpg 2048w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/003-053-300x192.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/003-053-768x491.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/003-053-1024x655.jpg 1024w" sizes="auto, (max-width: 2931px) 100vw, 2931px" /></a><figcaption id="caption-attachment-678" class="wp-caption-text">L’Avaloir de Gargantua</figcaption></figure>
<p>Nous essayons aussi de photographier un petit oiseau – un roitelet ? – qui volette à quelques mètres de nous. Visiblement le pauvre est assez épuisé par le froid et comme « il cherche sa vie » dans les fougères il n’est pas trop difficile de l’approcher.</p>
<p>J’ai pas mal d’ennuis avec mon Foca dans lequel le film se déchire. J’improvise une chambre noire avec mon blouson sous lequel j’essaie des réparations pour le moins problématiques.</p>
<p>Levant le camp nous reprenons le sentier bleu et après quelques tâtonnements nous trouvons notre route qui serpente tour à tour entre de belles curiosités rochassières (Avaloir de Gargantua, Tour de Nesles) ou par la pure forêt.</p>
<p>Après avoir longé quelques minutes l’Aqueduc de la Vanne (monument qui pourrait être plus laid) nous atteignons une Nationale qui, sous la neige, a un aspect bizarre. Et comme le Carrefour de l’Obélisque est visible assez proche, je songe à la chance des Bellifontains qui à deux pas de chez eux sont déjà dans la nature.</p>
<p>Nous marchons un peu en taillis avant d’atteindre le Rocher des Demoiselles, massif s’annonçant par une montée assez rude qui n’est que l’avant-coureur du bel éboulis que nous allons découvrir.</p>
<p>Des éclats de voix précédent un groupe de randonneurs que nous croisons, et, après échange de quelques mots, abandonnons derrière un rocher. Il est à remarquer que la neige attire des campeurs ou tout au moins les randonneurs : lors de notre dernière sortie hivernale nous étions quasi-seuls et pourtant il faisait au dessus de zéro ; aujourd’hui qu’il gèle les gens au sac sont relativement nombreux. La neige a beaucoup d’adeptes, certains même sont avec des skis.</p>
<p>Le déjeuner aura lieu au sommet d’un chaos ou le méta se révélant insuffisante un feu de bois a tôt fait de nous cuire viandes et légumes. Deux photos à l’auto-déclencheur marqueront la fin de la pause.</p>
<p>Il est déjà assez tard et un parcours abrégé s’impose aussi après avoir parcouru encore un peu le Rocher des Demoiselles, nous abandonnons tout sentier et, à la boussole, nous nous dirigeons vers le Rocher de la Salamandre.</p>
<p>Dans la Plaine de Montmorillon de lointains amoncellements nous intriguent : c’est un terrain militaire où s’entreposent les « surplus » américains : tas de ferraille de 10 mètre et plus, s’ajoutent aux véhicules jeeps, chevillettes et autres G.M.C pour tenter de déshonorer la beauté sylvestre. Dans ce décor lamentable deux sentinelles devisent entre elles, enfouies sous leurs capotes et leurs bonnets à poil genre coiffures russes. « Ce sont en effet des Russes » me confirme Jean qui entend leur baragouin. Et comme un écriteau prévient aimablement que « le gardien fera feu sur quiconque essayera d’entrer » nous quittons ce coin misérable sans regrets.</p>
<p>Nous cheminons sous une maigre futaie depuis peu quand soudain une merveilleuse vision, que j’espérais confusément depuis le début, s’offre à mes yeux : à quelques centaines de mètres devant nous trois ou quatre cervidés décampent avec grâce à notre vue… Je les montre à Jean qui à juste le temps de les apercevoir. Suivant leurs traces, nous remercions le hasard qui nous a permis de voir ce ravissant spectacle : des biches sur la neige.</p>
<p>Comme la pluie qui tombe modérément depuis une heure environ se met à augmenter, nous renonçons à atteindre le Rocher de la Salamandre dont les grés nous semblent de moindre intérêt sous la pluie.</p>
<p>Nous mettons donc le cap sur Bleau et, comme il nous reste encore pas mal de temps nous décidons de pousser une pointe sur la Seine qui nous est inconnu ici.</p>
<p>La vérité me force à dire que nous ne sommes pas encore d’excellents orienteurs, car, carte en main, nous nous égarons, tournons en rond, et nous retrouvons à notre point de départ : la Gare.</p>
<p>Maintenant impossible de voir la Seine avant la nuit : tant pis, ce sera pour une autre fois et nous nous consolerons dans la Salle d’attente où, au chaud devant un poêle qui semble ignorer les restrictions de charbon, nous dinons tranquillement.</p>
<p>Et c’est le retour sur cette ligne que je commence à connaître : Bois-le-Roi, Melun, Cesson, Combes-la-Ville, etc.</p>
<p>Ce soir : Fontainebleau ? Paris.</p>
<p>Bientôt : Paris ? ?</p>
<p>Le merveilleux dans le camping c’est que dès qu’une randonnée commence à rentrer dans les souvenirs, la prochaine s’esquisse dans l’esprit.</p>
<p>Munificence d’une France si riche en pittoresque…</p>
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		<title>Première croisière au long cours du Martin Pêcheur</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bernard Van Leckwyck]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 15 Jun 1946 08:34:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Carnet 2]]></category>
		<category><![CDATA[Bourgogne]]></category>
		<category><![CDATA[Carnet 3]]></category>
		<category><![CDATA[Franche Comté]]></category>
		<category><![CDATA[Besançon]]></category>
		<category><![CDATA[Chalons]]></category>
		<category><![CDATA[Dole]]></category>
		<category><![CDATA[Doubs]]></category>
		<category><![CDATA[Jean]]></category>
		<category><![CDATA[Martin Pêcheur]]></category>
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					<description><![CDATA[Franche-Comté – Bourgogne &#124; 15 Juin – 7 Juillet 1946 &#160; 15 juin – date tant attendue. J’ai devant moi trois semaines de camping-canoë-pêche avec mon vieux coéquipier Jean Blier…...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;">Franche-Comté<strong> – Bourgogne | 15 Juin – 7 Juillet 1946</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>15 juin – date tant attendue. J’ai devant moi trois semaines de camping-canoë-pêche avec mon vieux coéquipier Jean Blier…</p>
<p>L’auto engloutit nos bagages et, dans Paris matinal nous roulons vers la Gare de Lyon. Il y a loin de la coupe aux lèvres, place de la Bastille, nous devons nous arrêter pour changer un pneu crevé. Ceci sous l’œil étonnement intéressé d’un quidam aux réflexions idiotes (il est remarquable de noter combien stupides vous paraissent les raisonnements d’un quelconque spectateur quand on remonte une roue à une voiture alors que l’on sait que l’on a un train à prendre). Heureusement nous sommes en avance et avons nos places réservées.</p>
<p>Sans autre anicroche nous arrivons à la Gare où mon père nous accompagne jusqu’à notre wagon. Nous casons, sans trop de difficultés, notre pourtant volumineux bagage et ayant fait nos adieux à Papa nous attendons le Départ.</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-041.jpg" rel="grid-40" class="item view" title="La Forêt de Fontainebleau…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-041.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-040.jpg" rel="grid-40" class="item view" title=""><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-040.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-042.jpg" rel="grid-40" class="item view" title="Un camp récent…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-042.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>8h05 ! Nous partons ! Horreurs de la banlieue industrielle. Laideurs de la banlieue d’habitation. Après seulement, simple beauté de la campagne.</p>
<p>Nous traversons la Forêt de Fontainebleau ce qui nous remet en mémoire la vision d’un camp récent que nous y fîmes. Puis voici Morêt. Encore une vadrouille, en mémoire, il n’y a guère longtemps, pourtant c’était la Première.</p>
<p>Notre train roule à bonne allure. Voyage agréable où la conversation ne languit pas, alimentée de nos projets, de nos espoirs, de nos questions…</p>
<p>Les essieux du wagon chantent, toujours sur le même rythme : les-va-canc’s-les-va-canc’s-les-va-canc’s-…</p>
<p>12h35 – Dijon, changement de train. Petite anxiété à la vue des deux seuls autorails où la S.N.C.F optimiste jusqu’à l’inconscience espère faire entasser une foule hélas importante et, surtout, encombré abondamment de valises et colis divers.</p>
<p>Bagarre farouche, mâchoires serrées ! Cris ! Appels ! Hurlements ! Réclamations ! Crocs en jambes ! Jeux de coudes ! Sauvagerie…</p>
<p>Nous nous retrouvons à l’intérieur avec une de nos deux gourdes en moins, mais nous y sommes ce qui n’est pas si mal eu égard de ceux qui restent sur le quai.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-043.jpg" rel="grid-52" class="item view" title="Le Doubs, là-bas, au fond."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-043.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-044.jpg" rel="grid-52" class="item view" title="Premier contact !"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-044.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Et puis c’est l’arrivée tant espéré à Besançon où le « Martin-Pêcheur » nous attend sagement depuis quelques jours. Après quelques formalités nous en prenons possession et, y arrimant notre matériel, nous descendons vers la ville où nous devinons le Doubs, là-bas, au fond. Après quelques menues courses nous arrivons à la rivière. Premier contact ! Assez engageant, ma foi, n’était ce la couleur de l’eau exagérément jaunie par la crue. L’eau ne court pas : elle galope…</p>
<p>Malgré les présages de mort dont nous sommes gratifiés par les spectateurs qui paraissent assez bien médusés de nous voir prendre l’eau par une telle crue, nous embarquons de suite ce qui fait que nous ne connaitrons pratiquement rien de la Ville de Besançon qui semble pourtant jolie quant au peu que j’en aperçus : la Porte Battant, la Rue Battant, la Rue du Petit Battant, le Pont Battant.</p>
<p>Après quelques centaines de mètres nous abordons pour vider le canoë qui, desséché depuis longtemps a tendance à se transformer en baignoire flottante. Puis c’est le premier barrage ! Impressionné terriblement par le moutonnement du rapide qui j’aperçois après la ligne de crête je préconise un portage ou une passée à la corde. L’un puis l’autre s’avérant impossibles, nous charriotons après une laborieuse sortie de l’eau au long d’un mur verticale de 80 cm de haut.</p>
<p>Après deux cents mètres environ, nous reprenons le Doubs qui roule entre des collines que malgré notre enthousiasme nous n’osons appeler montagnes.</p>
<p>Bientôt nous apercevons une écume formidable dont le poudroiement nous annonce un second barrage qui gronde comme la mer au ressac mais avec une sonorité ininterrompu des plus impressionnantes pour les pauvres lutants que nous sommes. A la base de la dénivellation il y a un creux d’une importance non négligeable et, les jambes molles, je m’imagine me débattant au milieu de ces tourbillons (Teller-Saug und Stosswirbel de Joseph Kroener, Chenu dixit). Une fois encore, charriotons.</p>
<p>Nous défilons entre des paysages que l’homme semble avoir mis un point d’honneur à tenter d’esquinter avec ses maisons et ses usines, mais ce n’est encore que la banlieue de Besançon en somme, et dès Beurre, le paysage s’épure.</p>
<p>Nous discutons longuement, Jean et moi, la hauteur de ces presque-monts.</p>
<p>Nous camperons tout contre le Doubs qui mugit un peu en aval sur le barrage de Gouille.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-045.jpg" rel="grid-70" class="item view" title="Le Barrage de Gouille."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-045.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-046.jpg" rel="grid-70" class="item view" title="… j’avais jugé « çà » franchissable !"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-046.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>La tente dressée nous inaugurons une moustiquaire neuve et nous essayons également ce premier soir une nouvelle manière de coucher qui me donnerait toute satisfaction sous réserve que je rapetisse d’une vingtaine de centimètres, l’extrémité de mes jambes paraissant nettement gênante.</p>
<p>Bientôt c’est le silence et le sommeil sous Pascaline.</p>
<p>16 Juin – Dès le déjeuner terminé nous allons effectuer une reconnaissance approfondie du Barrage de Gouille à peine entrevu hier soir. C’est encore un trop gros morceau pour nous décidai-je ; à son pied se creuse un remous menaçant. En aval, l’eau, indignée de l’entrave que l’homme lui impose manifeste sa colère en vagues et contre courants multiples. Dire qu’hier, j’avais jugé « çà » franchissable ! Il est vrai que la rivière ayant descendu, la dénivellation doit être plus accusée qu’hier. Je capitule une fois encore. Même passer à la corde serait difficile avec la rapidité du courant, peut-être même impossible.</p>
<p>Nous aviserons donc, mais, auparavant, nous allons tâter de la rivière en tant que pêcheurs. Jean monte une ligne à plume et moi un Buldo, et au milieu des roseaux qui garnissent la rivière en queue d’une petite île nous attaquons à l’asticot.</p>
<p>Ainsi que bien souvent, Jean me surclasse par le nombre. Il prend même un gardon assez beau, quant à moi j’esquive la bredouille avec quelques ablettes et spirlins.</p>
<p>Mais comme dans l’ensemble çà ne mord plus guère, nous abandonnons ce joli coin et nous dirigeons vers le barrage par le bras de gauche qui m’inspire autant de méfiance que l’autre. Nous portons sur le déversoir à sac. (A sec ? Façon de parler car à ce moment un orage éclate et pluie et grêle nous sont généreusement distribuées). La pèlerine de Jean et mon anorak sont étrennés avec reconnaissance.</p>
<p>Le ravitaillement de Besançon étant consommé, nous nous mettons en quête de quelques légumes. Nous n’en trouverons qu’à Avannes après quelques démarches infructueuses sous une pluie qu’un ciel correctement bouché nous promet persistante. Mais hormis de rares légumes, rien à trouver ici, me confirme un gars occupé à engloutir un camembert entier à même sa boite…</p>
<p>Le barrage d’Avannes forme un vaste « V », mais malgré ce présage… Victorieux, je me dégonfle (une fois de plus !) et malgré les exhortations de Jean et ses regrets nous charriotons à travers Avannes où un lavoir à moitié immergé nous offre un refuge réduit contre la pluie qui vient de s’arrêter mais qui menace fort de « remettre ça ». Ici au moins, si nous n’avons guère de place, nous et notre Martin-Pêcheur sommes à l’abri. Ravitaillé en bois par eau (Jean étant resté en bateau pour m’en fournir et ne pas m’encombrer) j’ai vite fait de confectionner une potée qui embaume.</p>
<figure id="attachment_592" aria-describedby="caption-attachment-592" style="width: 300px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-047.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-592" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-047-300x175.jpg" alt="Nous n’avons guère de place…" width="300" height="175" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-047-300x175.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-047-768x447.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-047-1024x596.jpg 1024w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-047.jpg 1469w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px" /></a><figcaption id="caption-attachment-592" class="wp-caption-text">Nous n’avons guère de place…</figcaption></figure>
<p>Il fait bon manger quelque chose de chaud après s’être fait mouiller, car si nos imperméables protègent avec conscience nos épaules et le haut de notre corps, ils laissent au bas de nos anatomies le soin de se prémunir elles-mêmes de la pluie, aussi mon short est-il copieusement trempé.</p>
<p>Pendant notre déjeuner à l’abri la pluie avait cessé, maintenant que nous quittons le toit de notre lavoir, elle reprend ! Merci Saint Médard !</p>
<p>Après quelques minutes de navigation sur un Doubs de plus en plus boueux et débordant, Jean me demande « pour la forme », « nous n’avons pas oublié nos cannes, au moins ». Je pousse un juron qui pour n’être pas élégant n’en traduit pas moins fort bien mon angoisse. En effet, comme nos cannes toutes montées nous gênaient au moment du repas, je les avais placées dans un recoin, sous la toiture du lavoir où elles sont restées … si « le mondes sont honnêtes » (Maurice- Constantin Weyer, dixit).</p>
<p>Comme le courant est trop rapide pour être remonté, j’irai à pied : à peine 1 ou 2 km.</p>
<p>Profitant d’une éclaircie je vais en me répétant que j’ai toujours eu de la chance et que je dois retrouver les cannes. Se prétendre pêcheurs et oublier ses cannes ! Même pas de pêchaillons…</p>
<p>J’arrive à Avannes sous la pluie qui tombe à nouveau comme on la voit tomber, trop droite et trop abondante, dans les scènes tournées en intérieur dans les studios au cinéma.</p>
<p>Comment atteindre le lavoir isolé comme une île dans l’eau en crue ? Ce bateau est-il inaccessible ? Grâce au ciel sa chaîne n’est pas cadenassée…</p>
<p>Pour la forme, je demande à des spectateurs qui d’un balcon couvert regarde avec étonnement et curiosité le foin qui se promène sous un tel déluge :</p>
<p>« Je peux prendre le bateau ? Pour… »</p>
<p>Le reste de la phrase est un vague bredouillis car je n’ai pas de temps à perdre pour leur expliquer toute mon histoire. Ils n’ont compris qu’une chose : je veux utiliser la barque et leurs gestes larges signifient sans doute « pas à nous, peut pas savoir ». Il n’est pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre, aussi bondissant dans l’embarcation j’hurle dans la pluie un grand « Merci, M’sieu-dames » et désenchainant mon navire en route vers le lavoir ! Qu’importe les décalitres d’eau qui au fond du rafiot baignent mes pieds trempés, je viens d’apercevoir nos cannes ! Les prendre, replonger dans ma baignoire, regagner la rive, y sauter (dans les orties) rattacher la chaine : c’est l’affaire d’un moment. Et je pars retrouver Jean.</p>
<p>Avannes, blottit au pied de ses collines et surmonté d’un arc en ciel est un bijou et son clocher qui comme tous ceux du pays ressemblent à ceux du Tyrol, est une merveille rustique.</p>
<p>Maintenant le ciel est nettoyé et c’est par un temps ensoleillé que nous allons, glissant sur les méandres du Doubs qui revient sur ses pas ne pouvant se résoudre à abandonner le site d’Avannes.</p>
<p>Tout d’un coup nos cœurs battent plus fort : notre premier rapide s’offre à nous.</p>
<p>Il me parait très respectable et doit avoir environ 100 mètres de long. Sans avoir le temps de ranger nos cannes encore toutes déployées, nous l’abordons…</p>
<figure id="attachment_593" aria-describedby="caption-attachment-593" style="width: 205px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-048.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-593" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-048-205x300.jpg" alt="Avannes, blottit au pied de ses collines…" width="205" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-048-205x300.jpg 205w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-048-768x1125.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-048-699x1024.jpg 699w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-048.jpg 1449w" sizes="auto, (max-width: 205px) 100vw, 205px" /></a><figcaption id="caption-attachment-593" class="wp-caption-text">Avannes, blottit au pied de ses collines…</figcaption></figure>
<p>Ça danse ferme et je pagaie dur avec, au cœur une petite angoisse délicieuse. A part quelques éclaboussures qui font le charme de la chose, tout se passe sans incidents.</p>
<p>Après cet intermède, un deuxième rapide s’annonce mais avant de l’aborder nous ferons halte pour nous ravitailler à Rancennay. C’est un mignon village perché à flanc de coteau où je déniche quelques patates et un morceau de pain non sans difficultés car il n’y a pas de boulanger ici.</p>
<p>Je rejoins Jean et après une reconnaissance du second rapide qui est plus modeste que le premier, nous repartons et passons à l’extrême droite.</p>
<p>Nous approchons de l’endroit où nous allons quitter le Doubs pour rejoindre la Loue et soudain une crainte m’envahit : la route que j’ai aperçu à notre gauche alors que nous franchissions le premier rapide n’était pas celle-là qu’il fallait prendre ? Après examen de la carte notre erreur se confirme : nous avons dépassé la N83. Heureusement, un peu en aval, il nous reste un chemin dont les méandres aboutissent aussi à la Loue. Nous y arrivons bientôt et un petit affluent nous aide à sortir le Martin Pêcheur de l’eau.</p>
<p>Après de sérieux efforts nous voici sur la route avec notre ami en bois sur son chariot, et comme nous attaquons la première côté la pluie se remet à tomber. Qu’est-ce que nous allons transpirer sous nos imperméables !</p>
<p>Petit à petit nous montons et cela ce révèle moins dur que je le craignais. Par contre Jean pousse de moins en moins énergiquement : le pauvre vieux est crevé, il mouche et renifle tout qu’il peut et comme nous avons les pieds trempés il craint une grippe ou au moins un corriza « maison ». Aussi pour qu’il récupère un peu je continue seul le charriotage du Martin Pêcheur pendant qu’il me suit en maugréant plus ou moins sur l’inutilité de poursuivre plus avant. Mais moi qui ai en tête depuis deux jours de camper sur une hauteur d’où l’on puisse découvrir la vallée, je continue dans la nuit qui est maintenant complètement tombée.</p>
<p>Après pas mal d’efforts j’arrive enfin à la N83 où le charriotage devient moins pénible. Nous sommes assez haut et le brouillard qui monte nous situe la vallée de la Loue. Dommage que l’obscurité nous cache le paysage. Vivement demain et le jour !</p>
<p>Enfin, la route se met à redescendre et il est grand temps de trouver un coin où camper. Hélas nous ne voyons que du fourrage… Que faire ? Nous ne voulons pas indisposer les paysans à notre égard en abimant leur foin mais je suis maintenant presque aussi crevé que Jean et nous optons pour un pré qui semble moins hautement touffus que les autres.</p>
<figure id="attachment_595" aria-describedby="caption-attachment-595" style="width: 204px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-049.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-595" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-049-204x300.jpg" alt="Quels beaux points de vue sur la Loue !" width="204" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-049-204x300.jpg 204w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-049-768x1131.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-049-695x1024.jpg 695w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-049.jpg 1436w" sizes="auto, (max-width: 204px) 100vw, 204px" /></a><figcaption id="caption-attachment-595" class="wp-caption-text">Quels beaux points de vue sur la Loue !</figcaption></figure>
<p>La tente montée à « la va-vite ».</p>
<p>Un rapide diné froid.</p>
<p>Ronflements.</p>
<p>Au matin du 17 juins je suis horrifié de notre lâcheté d’hier soir. Fallait-il que nous soyons fatigués pour monter ainsi en plein fourrage ! Et à chaque passant sur la route je m’attends à une sévère admonestation. Comme Jean partage mon sentiment, nous plions en vitesse et nous déjeunons tout en chariotant. Quels beaux points de vues sur la Loue ! Après 3 km environ nous arrivons à Chenecey où nous embarquerons car impossible de le faire avant bien que nous longeons la rivière depuis plusieurs kilomètres. Comment, en effet, rouler ailleurs que sur les routes avec ces prés dont la pente est si abrupt. A moins d’être alpinistes…</p>
<p>Avant la mise à l’eau une tournée s’impose dans le village car les vivres baissent. Je nous procure pain, saucisson et fromage. Ce dernier est un superbe Port Salut, entier, et d’un prix fort avantageux ce qui me fait augurer favorablement du ravitaillement du pays. J’en expédierais bien un, mais comme il n’y as pas de poste dans le pays et que j’hésite à transporter deux roues de Port Salut, je remets cet envoi à plus tard <em>(Jamais une telle occasion ne se présentera plus : il ne faut pas remettre au lendemain, ce qu’on peut faire le jour même !)</em>.</p>
<p>Nous étant installés à Chenecey pour y déjeuner, nous n’arrivons à faire cuire notre gamelle qu’après des heures d’efforts tant le vent souffle fort. Agréable contrepartie du zell : nos affaires mouillées depuis longtemps sèchent rapidement accrochés à une barrière.</p>
<p>Nous quittons ensuite le coin pour aborder les seuils de la Loue dont l’un d’eux s’est révélé à nous ce matin déjà, du fond de la vallée.</p>
<p>Jusqu’à présent, novices en canoë sportif, le mot de « seuil » nous intriguait. Maintenant nous voici renseignés : nous passons le premier après une longue reconnaissance en aval (et un repérage minutieux : nous passerons à gauche de… à droite de… entre … etc.). Finalement nous le franchirons au hasard la vue depuis l’amont différent totalement de celle depuis l’aval.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-050.jpg" rel="grid-98" class="item view" title="Honorable pour des novices…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-050.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-051.jpg" rel="grid-98" class="item view" title="Honorable pour des novices…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-051.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Premier seuil : plaisir, excitation, angoisse délicieuse… un léger talonnage vient encore ajouter à notre fierté, nous laissant imaginé que nous venons d’échapper à des dangers redoutables…</p>
<p>Ensuite de modestes rapides et des seuils amusants sont franchis sans encombre si bien que nous en sommes au deuxième degré de l’apprentissage : après la crainte injustifiée, la confiance aveugle en nos soi-disantes capacités. Aussi, sautons nous, sans même le reconnaitre, un barrage assez honorable pour des novices, et ceci en « embarquant » copieusement : Jean est trempé, moi, en tant que barreur, je suis indemne.</p>
<p>Ecopage… En route…</p>
<p>Bientôt il est l’heure de songer au camp et nous nous établissons près de Chay-Chay, sous les frênes, après que notre prudence (ou notre couardise) nous en chassé d’un coin qui aurait été idéal s’il n’avait été partagé avec des bovins.</p>
<p>Après un diner confortable et une courte rêverie devant la Loue toujours si belle, nous rentrons sous la tente</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-052.jpg" rel="grid-38" class="item view" title="Quingey"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-052.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-053.jpg" rel="grid-38" class="item view" title="Départ"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-053.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Le 18 juin au matin, nous arrivons à Quingey jolie petite ville où l’abondance du ravitaillement nous permet de faire une petite provision de graisse de cuisine, et avec ça : légumes, viandes, etc. Sauf des fruits. Jean trouve ici son premier courrier, rien pour moi. Bizarre ! Ma mère si épistolaire d’habitude…</p>
<p>Le barrage de Quingey est peu aidé à franchir, à moins que tout à fait à droite… Mais par ce temps couvert (il pleut même par moments) nous ne nous soucions pas de chavirer, aussi, nous chariotons à travers la ville.</p>
<p>Après un ou deux kilomètres, nous voici à Lavans-Quingey village où Jean a une adresse où se procurer des fruits : quelle aubaine. Recommandé par Môssieu le Receveur des Postes de Quingey, il ne pouvait que réussir dans sa mission : il revient des fraises plein sa musette.</p>
<p>Nous déjeunons dans le coin en nous laissant admirer par la fermière qui est venu avec son mioche pour lui faire voir « la barque de ces Messieurs ».</p>
<p>« Douce joie de la popularité », comme dit Jean qui aime à citer le Docteur Jaubert.</p>
<p>Départ.</p>
<p>Nous parcourons un pays charmant mais moins sauvage qu’au début, les collines s’abaissent, la vallée s’élargit. Quant aux coins de pêche ils sont épatants, mais, ici la Loue est, presque partout propriété privée et, d’autre part, phénomène curieux, sous l’action des paysages splendides que nous traversons, Jean et moi nous sentons moins pêcheurs que touristes et randonneurs, plus canoéistes que disciples de Saint Pierre. Aussi c’est sans grandes difficultés que nous observons les règlements et que nous ne pêchons pas en ces eaux splendides (mais encore boueuses). Quoiqu’au ver…</p>
<p>Comme nous manquons d’eau, nous faisons une courte escale après le pont de X…, baptisé par nous « Pont Pisseux », en raison du dégoulis qui s’écoule du fait d’une de ses arches. Sur la rive gauche, au village de … je vais chercher de l’eau après une courte averse qui ne nous chaut peu abrités que nous sommes sous nos imperméables d’une part et d’autre part sous un énorme ormeau qui nous couvre nous et notre Martin-Pêcheur.</p>
<p>Comme je suis à proximité d’une ferme j’y entre pour demander s’il y a moyen d’avoir un peu de lait. Après un court conciliabule dans un patois merveilleusement incompréhensible avec son mâle, la femme de l’antre crasseux où j’ai pénétré me dit d’attendre. Quelques instants après elle me tend mon bidon en me gratifiant du plus gracieux sourire que ses deux ou trois dents restantes lui permettent d’adresser.</p>
<p>Aujourd’hui nous sautons plusieurs barrages, notamment celui de Belle-Fontaine, notre plus haut à ce jour, 80 cm environ (mais après combien d’hésitation !)</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-054.jpg" rel="grid-70" class="item view" title="Sur le versant d’une colline…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-054.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-055.jpg" rel="grid-70" class="item view" title="…. En vue de Rennes"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-055.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Nous camperons ce soir sur le versant d’une colline, en vue de rennes, où nous hissons notre matériel le Martin-Pêcheur seul restant en bas plus ou moins camouflé  dans un buisson.</p>
<p>Quelle vue splendide nous avons !</p>
<p>Derrière nous le soleil doit se coucher dans une apothéose à en juger par les rayons qui font se découper la crête de la colline où nous campons en une magnifique ombre chinoise. Dommage que nous n’ayons pas le temps de grimper là-haut !</p>
<p>Mais, heureusement la vue par devant nous compense largement et que l’on regarde vers la gauche où s’enflamment des nuages irréels ou à droite où le village de Rennes se dore aux lueurs du couchant, c’est toujours aussi beau.</p>
<p>Et ce soir, grâce à la portière ouverte, sans sortir de la tente, je jouis encore longtemps avant de m’endormir de ce merveilleux coin de France, mes yeux le discernant encore dans « l’obscure clarté qui tombe des étoiles ».</p>
<figure id="attachment_612" aria-describedby="caption-attachment-612" style="width: 1919px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-056.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-612" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-056.jpg" alt="Pas bien difficile !" width="1919" height="1380" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-056.jpg 1919w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-056-300x216.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-056-768x552.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-056-1024x736.jpg 1024w" sizes="auto, (max-width: 1919px) 100vw, 1919px" /></a><figcaption id="caption-attachment-612" class="wp-caption-text">Pas bien difficile !</figcaption></figure>
<p>19 juin – Nous quittons notre nid d’aigle (j’exagère parfois !) pour nous embarquer vers midi.</p>
<p>A Rennes un barrage nous arrête : allons le reconnaitre. Après quelques instants de reflexions Jean le déclare « pas commode ». Un indigène nous crie du haut du pont : « Il y a un mauvais passage »…</p>
<p>Moi si couard aux premiers barrages j’ai donc bien changé que je le déclare : « Pas bien difficile ! ». Quand je pense que le guide nautique ne conseille pas de le sauter ! Pour les autres aussi, d’ailleurs il recommandait le charriotage et… nous avons sautés. Nous passerons soit dans ce bras en amont des herbes, soit dans l’autre à l’extrême gauche !</p>
<p>Galvanisé par ces paroles Jean est d’accord. Une première fois nous avançons… Trop à gauche ! me crie Jean … Demi tour à grands coups de pagaies et nous revenons dessus plus à droite … Trop lentement, mal dans l’axe (sacré barreur !). Une grosse pierre sur la ligne défaite… Nous talonnons durement… Le Martin-Pêcheur gite à gauche d’une manière inquiétante… Je me porte à droite… l’avant plonge… Plongeons…</p>
<p>Quand je remonte à la surface j’entends Jean haleter comme à l’arrivée d’un marathon. Se noierait-il ? Non, car bientôt je m’aperçois que je fais de même. L’explication : l’eau glacée nous oppresse par ce bain malgré tout inattendu.</p>
<p>J’ai rattrapé les deux pagaies qui, par chance, n’ont pas dérivées dans le courant. Sans succès nous tentons de remonter dans le canoë (<em>Une expérience ultérieure nous démontrera l’inutilité de cette manœuvre, un canadien plein d’eau ne coule pas mais est aussi instable qu’un tonneau</em>), et tout d’un coup je sens le fond.</p>
<p>« Nous avons pied ! » fais-je à Jean qui barbotte fort honorablement pour un débutant nageur surtout que nous sommes tout habillés.</p>
<p>Reprenant pied, nous stoppons le Martin-Pêcheur qui marque quelques velléités de continuer vers l’aval mais le tapis mousse, sur lequel mon coéquipier pagayait à genoux, file gaiement au fil de l’eau. « Nous l’aurons plus tard » dis-je optimiste (en réalité ce fut la dernière vision que nous eûmes de lui).</p>
<figure id="attachment_613" aria-describedby="caption-attachment-613" style="width: 1926px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-057.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-613" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-057.jpg" alt="Pendant que nos affaires sèchent…" width="1926" height="1381" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-057.jpg 1926w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-057-300x215.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-057-768x551.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-057-1024x734.jpg 1024w" sizes="auto, (max-width: 1926px) 100vw, 1926px" /></a><figcaption id="caption-attachment-613" class="wp-caption-text">Pendant que nos affaires sèchent…</figcaption></figure>
<p>Et d’écoper vigoureusement, qui avec une casserole, qui avec un seau en toile, tout en chantant les « Gars de la Marine » ce qui peut paraitre opportunité discutable.</p>
<p>Heureusement, le tapis mousse mis à part, tout le matériel était soigneusement arrimé : rien n’a bougé.</p>
<p>Une fois notre canoë un peu près vidé, en route pour la petite île après le pont. Nous y abordons et de la gymnastique, un peu de calvados et le travail à fournir pour étaler nos affaires pour les faire sécher ont vite fait de nous réchauffer. Le sac mathurin, mis à part, tout est trempé ! Y compris mon Gallus qui suinte de l’eau et a sa lentille embuée.</p>
<p>Pendant que nos affaires sèchent, sous un providentiel soleil, qui vient fuste de se montrer, je pars au ravitaillement. Hélas que trouver dans un hameau qui n’a aucun commerçant pas même un boulanger ? J’arrive cependant à réunir du pain, des œufs et des allumettes (les nôtres sont désastreusement mouillés).</p>
<p>Un déjeuner chaud achève de nous ragaillardir et pendant quand Jean retourne les affaires pour les faire sécher comme viande sur gril, je tente quelques photos avec mon Gallus qui parait sec. Il n’en est pas de même malheureusement du Brownie Kodak de Jean qui semble avoir souffert de son plongeon.</p>
<p>Et le soir tombe sur une équipe qui se dit non sans fierté « Nous ne sommes plus des débutants, car comme l’a dit Jaubert (toujours lui !) : Il faut avoir chaviré ! ». D’ailleurs notre moral qui n’a pas faiblit ne fait que s’affermir touché par la grâce de la Providence qui nous a fait chavirer dans un coin si jolie.</p>
<p>En effet, dans le crépuscule l’endroit est magnifique et les vieilles maisons qui bordent la Loue viennent témoigner que l’œuvre du « parasite humain » peut être harmonieuse parfois. Des troupeaux rentrent à l’étable mais on pourrait croire qu’ils se promènent uniquement pour le plaisir de faire tinter les cloches aux sons si charmants qui ornent le cou de vaches.</p>
<p>Nous nous glissons dans nos sacs maintenant secs et nous endormons, avec dans les oreilles, le bruit du barrage qui gronde à quelques mètres de nous.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-058.jpg" rel="grid-54" class="item view" title="Nous partons sur le Barrage de Belle-Fontaine."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-058.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-059.jpg" rel="grid-54" class="item view" title="Port Lesney"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/002-059.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Le 20 juin – Je me lève de tôt et, pendant que Jean dort encore, je prépare le petit déjeuner. Puis c’est le départ d’assez bonne heure.</p>
<p>Aujourd’hui nous naviguons sous le soleil et c’est le torse nu que je pagaie (imprudence regrettable dont les effets… mais n’anticipons pas).</p>
<p>Nous portons sur le Barrage de Belle-Fontaine dont la gardienne nous accueil peu civilement. Nous verrons par la suite que le pays entier semble avoir les nerfs tendus et maudire les « étrangers » à cause d’une colonie de vacances (la Colonie de Mouchard) qui ne sut pas se faire aimer.</p>
<p>A Port-Lesney (prononçons Port-Léné) un courrier assez abondant nous attend. J’y réponds en rédigeant mes lettres assis dans le M.P. pendant que mon dos commence à me cuire. Sacré Phébus ! J’en avais perdu l’habitude !</p>
<p>Nous déjeunons dans un petit paradis de galets, de saules et d’eau très pure. Ce n’est qu’au départ que je m’enduirais de saindoux et de beurre plus ou moins rance. Mais il est trop tard pour échapper aux coups de soleil et le seul avantage ( ?) de mon procédé est de puer cordialement.</p>
<p>Après une courte halte pour faire eau (et quelle eau : pas trop trouble mais riche à souhait en aninacules diverses) nous arrivons au barrage de Champagne.</p>
<p>Rendus prudents par notre expérience de Rennes, nous décidons de le passer à la corde.</p>
<p>Jean qui barre par extraordinaire depuis ¼ d’heure prend un peu trop à gauche (après ma maladresse de Rennes, nous voila quittes). Nous sommes tous deux à la crête du barrage e, déversoir et maintenons le M.P qui s’engage trop à gauche… lutte contre une souche. Pourrons-nous le faire passer à droite ? Hélas, la bosse arrière est trop courte et notre pauvre canoë privé de ses maitres titube de bâbord à tribord pour finalement se mettre en travers. « C’est la fin, dis-je, honteux de le voir chavirer si peu glorieusement ». Jean qui n’a peut-être pas réalisé encore l’imminence du naufrage me dit « Attention, il s’emplit ! » Mais comment l’en empêcher, maintenant ? Crac ! C’est le chavirage…</p>
<p>Pendant que mon coéquipier court vers l’aval où il attrape et fixe adroitement la bosse avant à une branche, je m’arcqueboute sur la ligne de crête d’où je maintiens l’arrière. Quelle tension sur l’amarre ! A deux reprises je me vois presque entrainé.</p>
<p>Jean me faisant signe que la bosse avant est solidement assujetti à une branche, je lâche… Le M.P pivote dans le courant et s’y coince en travers sur une grosse pierre. Par chance les pagaies ont pu être récupérer avant de s’en aller au fil de l’eau.</p>
<p>Nous commençons alors un laborieux déchargement de notre canoë dont tout le chargement pèse bientôt trois fois plus, imbibé d’eau à saturation : Jean titube pour trainer les sacs à dois que j’ai peine à lui passer.</p>
<p>Mon copain n’est guère rassuré : « Si une bosse cède, tu seras balayé par le canoë… » Tout fiévreux de mes coups de soleil je travaille un peu comme un rêve, la tête lourde et les jambes molles.</p>
<p>Enfin, tout étant sur le plancher des vaches je me poste à l’aval pendant que Jean coupe les amarres : si le M.P passe hors de sa portée à ce moment, je me jetterais à l’eau et l’aurais.</p>
<p>Alors c’est le miracle. Sous l’action du courant, dès que la bosse est coupée, notre canadien se sort de l’eau, de plus en plus, se vide de lui-même et tout d’un coup l’autre amarre se rompt… Je vais me jeter à l’eau pour rattraper notre embarcation quand je la vois tourner dans un remous… et se ranger dans une petite crique où Jean bondit et s’en rend maître.</p>
<p>Nous peinons encore un quart d’heure environ pour sortir nos affaires du petit bras vaseux où elles sont provisoirement empilées et chaque voyage comprend une sorte de ramping sous des branches épineuses à souhaite. Et avec mes coups de soleil sur le dos !</p>
<p>Il est trop tard pour faire sécher notre matériel et s’en servir pour la nuit. Ah ! Si nous pouvions trouver une grange où coucher ! Pendant que Jean tord, essuie, éponge, je traverse la Loue en canoë pour parlementer avec le meunier d’en face et savoir où trouver un toit. Le bourg le plus proche, Arc-et-Senans (Arc et S’nan, comme on dit ici) est à 2 ou 3 kilomètres : il faut le rallier à tout prix, nous trouverons bien un hôtel, une chambre, une grange… un lit à cochons…</p>
<p>Entassement rapide dans le canoë. En route ! Nous atterrissons dans un bras d’alimentation au cœur d’une scierie. Débarquement difficile. Chariotage où je me révèle crevé. Charitablement Jean me rappelle qu’il y a …</p>
<p>Quelques jours, entre Doubs et Loue, je chariotais seul pendant sa défaillance. J’accepte avec soulagement sa gratitude, car j’ai les jambes en coton, la tête en plomb et mon dos n’est qu’un brasier.</p>
<p>Après pas mal de difficultés voici un hôtel qui nous offre nourriture et gite.</p>
<p>Devant des œufs au plat, un fromage et une bouteille d’Arbois nous faisons le bilan du naufrage : si je m’en tire bien, Jean, moins chançard, y laisse sa cape imperméable, qui a été rejoindre le tapis mousse, et son kodak qui a glorieusement péri dans les eaux.</p>
<p>La nuit, troublé par un cauchemar où je me verrais broyé sous la roue d’un moulin à eau, je pousserais des cris si sauvages que nos deux malheureuses voisines croiront que l’on m’assassine…</p>
<p>Le 21 juin, un vent chaud et vif souffle en dépit du ciel plombé et nos affaires ne sèchent pas mal. La matinée se passe donc en réparations du naufrage et en menues courses ainsi qu’une partie de l’après-midi. Ce n’est que vers 16 ou 17 heures que je demande l’addition. Coup au cœur ! Il y en a pour 780 francs. Et comme je m’étonne on me précise que le pourboire n’est pas compris et que le vin d’Arbois est responsable de ce coût astronomique.</p>
<p>Après les coups de soleil, le coup de fusil…</p>
<p>Nous regagnons la Loue en épiloguant sur cet intermède hôtelier qui marquera autant dans nos mémoires que dans nos porte-monnaies.</p>
<p>Evidemment nous ne pouvions quitter le Jura sans connaitre (et apprécier) le vin d’Arbois, mais quand même !</p>
<p>Nous ne naviguons pas longtemps aujourd’hui, car il est bientôt temps de camper et un coin ravissant s’offre à nous.</p>
<p>Pendant que Jean prépare le home, je vais à Cramans où, malgré le peu de générosité des habitants je me révèle assez bon mendiant.</p>
<p>Après un bon diner nous retrouvons avec satisfaction notre abri de toile à la suite de notre onéreuse expérience hôtelière.</p>
<p>Mes coups de soleil vont mieux et la petite pluie qui commence aura le temps de s’arrêter dans la nuit.</p>
<p>22 Juin – Non, elle ne s’est pas arrêtée et nous avons ce matin un vilain ciel plombé qui nous cache la « Montagne » (nous avons baptisé ainsi un mont assez élevé, m. nous indique la carte, que nous ne cessons de voir depuis 3 jours que les méandres de la Loue nous promène autour de lui).</p>
<p>Je retourne à Cramans où je fais provisions ayant dès à présent mis au point une histoire de chavirage des plus touchantes et qui commence à porter ses fruits : pain (sans tickets : j’ai perdu une carte) œufs, lait, fromage.</p>
<p>Nous passons la journée cloîtrés sous la tente sauf deux sorties pêchatoires où nous nous faisons tremper à tour de rôle pour de maigres résultats. Je prends une vaudoise et un vairon. Dans une rivière à truites ! Misère.</p>
<p>L’eau monte et c’est bientôt l’inondation des berges basses qui disparaissent rongées par le flot limoneux. Nous nous occupons en belottes, goûters, collations, five o’clocks, déjeuners, lunchs, dîners, soupers, etc.</p>
<p>Peut-être demain fera-t-il beau ?</p>
<p>23 Juin – Pluie encore. Je retourne à Cramans où je commence à être connu. J’y constitue un colis familial : de crèmes de gruyère et je reviens chargé de provisions. J’ai trouvé du pétrole grâce auquel nous ne toucherons plus à notre ultime réserve de conserves comme hier et qui permettra d’absorber quelque chose de chaud. Hélas ! Dans quel état ne se trouve pas notre batterie de cuisine après son utilisation sur un réchaud à pétrole de ma fabrication !</p>
<p>Enfin vers 15 heures : éclaircie. Nous bondissons, plions la tente, rangeons le matériel et en route ! Nous prenons l’eau. Et quelle eau !</p>
<p>La Loue en crue galope, jaune et menaçante, rongeant ses rives qui s’effritent ou s’écroulent par moments avec un « floc » assez lugubre. Déchaînée, elle renverse les obstacles qui s’opposent à sa course folle. Un barrage presque effacé par la crue nous impressionne cependant par son débit de turbine hydro-électrique et son opacité oppressante. Nous traînons le M.P. au travers d’une île presque submergée et reprenons la descente.</p>
<p>La rivière se rue à 15 ou 20 à l’heure entraînant une multitude de débris : souches, buissons, arbres, foin fauché et, pour la 3ème fois dans le mois elle étonnera les riverains par sa crue d’été qu’il n’avait pas vu depuis onze ans, parait-il.</p>
<p>Nous dévalons à toute allure sous l’œil étonné de quelques spectateurs qui nous considère comme des suicidés.</p>
<p>Après une heure environ de cette allure de bolide où plus d’une fois nous avons vu venir sur nous à une vitesse inquiétante, telle souche, telle rive, ou telle pointe amont d’île semi-noyée, nous atteignons Ounans où, à un coude de la Loue, des lames intimidantes déferlent comme dans un bras de mer.</p>
<figure id="attachment_616" aria-describedby="caption-attachment-616" style="width: 233px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-001.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-616" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-001-233x300.jpg" alt="Des lames intimidantes déferlent…." width="233" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-001-233x300.jpg 233w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-001.jpg 659w" sizes="auto, (max-width: 233px) 100vw, 233px" /></a><figcaption id="caption-attachment-616" class="wp-caption-text">Des lames intimidantes déferlent….</figcaption></figure>
<p>« Vite échouons-nous à gauche, on ne peut pas passer ça… »</p>
<p>Une première manœuvre rate. Vite nous tentons un deuxième échouage… gare aux piquets immergés… nous les frôlons… nous sommes passées… l’eau calme nous porte. A terre ! Sauvés !</p>
<p>Jean va à la poste et durant ce temps, m’habituant à ces lames qui m’effrayaient si fort, je décide de les franchir, car ici un chariotage serait pénible. Au retour de mon ami je ne peux lui faire partager mon projet et finalement, c’est en charriotant que nous passons le pont qui enjambe la rivière non sans une certaine grâce malgré son modernisme.</p>
<p>Pendant que Jean est au ravitaillement je monte la tente près de ce petit bras. Un indigène m’en dissuade car la Loue nous inonderait cette nuit à l’allure où elle monte m’affirme-t-il. Je démonte et remonte plus loin. Après un dîner dans l’obscurité c’est le sommeil.</p>
<figure id="attachment_617" aria-describedby="caption-attachment-617" style="width: 300px" class="wp-caption alignright"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-002.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-617" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-002-300x223.jpg" alt="Je me suis procuré un lapin…" width="300" height="223" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-002-300x223.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-002-768x572.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-002.jpg 861w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px" /></a><figcaption id="caption-attachment-617" class="wp-caption-text">Je me suis procuré un lapin…</figcaption></figure>
<p>24 Juin – Le ciel est presque complètement dégagé et un chaud soleil sèche ce qui était encore humide dans nos affaires. Sur les sages conseils de Jean, nous tombons d’accord pour faire un camp fixe quelques jours en attendant que la crue soit apaisée.</p>
<p>Nous passons près du petit bras (affluent plus exactement) où nous avions primitivement planté notre tente, les journées des 24 et 25 juin. Nous occupons nos loisirs à la pêche (peu fructueuse), au ravitaillement (à Ounans, Santans et Viller-Farlay) et à la cuisine. Je me suis procuré un lapin et fricote un civet que fera époque dans nos vacances.</p>
<p>Dans la matinée du 26 juin, nous repartons dans le soleil qui ne nous quittera plus maintenant. Jean, qui le considère comme son Dieu triomphe de moi, qui ai déifié l’Eau. Mais maintenant que mon dos qui pèle me conseille la prudence, je me méfie de Phébus.</p>
<p>Nous défilons au milieu de paysages charmant ou grandioses mais tous terriblement halieutiques et pourtant nous pêchons si peu.</p>
<p>Nous allons bientôt arriver au confluent de la Loue avec la Cuisance, mais sur la rivière encore grosse les bras d’inondation se confondent avec les affluents. Trompés par cette ressemblance, nous nous fourvoyons dans une sorte d’arroyo tropical. Enfin, croyant trouver l’insaisissable Cuisance, nous campons sur les rives d’un cours d’eau qui, nous n’apprendrons ensuite, n’est encore qu’un bras de la Loue : les Mortes Grappes.</p>
<p>Ce soir-là, nous faisons connaissance avec les moustiques. Oh !</p>
<p>Odieux. Supplicieurs. Infernaux. Terribles. Diaboliques. Affolants. Démoniaques. Sauvages. Horribles.</p>
<p>Aucun adjectif ne me parait suffisant pour qualifier comme elles le mériteraient ces damnées bestioles !</p>
<p>Ce n’est que par une activité volontairement fébrile et ininterrompue où les bras et les jambes sont sans cesse en mouvement qu’on peut leur échapper, partiellement, un ô combien !</p>
<p>Et toujours ils visent (et atteignent !) le point du corps qui n’est pas agité de sursauts épileptiques : la nuque, les oreilles ou la saigné du genou. Le tube d’Insectol est le bienvenu. Hélas son action bienfaisante n’est que momentanée et nous devons avoir recours à l’enfumage pour nous préserver un peu de ces sacrés diptères !</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-003.jpg" rel="grid-64" class="item view" title="Sur une gravière en plein soleil."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-003.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-004.jpg" rel="grid-64" class="item view" title="Sur une gravière en plein soleil."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-004.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-005.jpg" rel="grid-64" class="item view" title="Sur une gravière en plein soleil."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-005.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Nous suffoquons bien un peu mais nos ennemis, eux, doivent capituler. Et le bois mouillé de fumer abondamment…</p>
<p>Une fois la tente close par notre brave moustiquaire (ça fait tropical, exotique, aime à dire Jean) nous assassinons avec volupté les imprudents cousins qui se sont aventurées sous notre toit.</p>
<p>Bénies soient les moustiquaires efficaces !</p>
<p>27 Juin – Le matin, nous oublions avec soulagement les moustiques invisibles à cette heure et nous levons le camp.</p>
<p>Après un peu de lancer sans résultats dans les Mortes-Grappes (et pourtant, quels coins !) nous reprenons notre descente.</p>
<p>Après un barrage sauté et salué par le désormais rituel « Fonsnick… Fonsnick … Fonsnick … Yop ! » un bras secondaire nous tente, mais nous devons bientôt reculer devant les moustiques qui rendent la pêche impraticable à moins d’avoir une dose de patience ou de mépris pour leurs piqures que nous ne possédons ni l’un ni l’autre.</p>
<p>Nous déjeunons sur une gravière en plein soleil, où nous jouissons en connaisseurs de l’absence des affolants cousins.</p>
<p>Un peu de pêche au Buldo nous rapporte seulement quelques vairons, vaudoises et chevesnes minuscules.</p>
<p>Jean promène sans succès, ses cuillers pourtant irrésistibles.</p>
<p>Leur heure revenant avec le soleil qui baisse, les moustiques nous chassent de ce coin si charmant aux allures de plage de Loire.</p>
<p>Au milieu du courant nous sommes hors de leur atteinte et pagayons avec entrain et énergie sur cette eau redevenu si claire.</p>
<p>Un barrage qui n’a même pas l’excuse de sa beauté nous oblige à sortir le M.P. de l’eau car le sauter est impossible.</p>
<p>Nous arrivons alors à Parcey, dernière agglomération sur la Loue avant son confluent avec le Doubs.</p>
<p>Pendant que Jean va à la poste, me protégeant de mon mieux contre les sempiternels moustiques, je renouvelle ma provision de vers et retourne un coin de rive d’un mètre carré avec mon couteau pour tout outil. Ce travail de Romain me procure quelques vermisseaux rachitiques.</p>
<p>Jean de retour, nous passons sous le Pont de Parcey et campons dans un pré fauché où les moustiques (toujours eux) sont si nombreux et si belliqueux, qu’ils m’énervent au point, fait remarquable, que je me mets en colère contre Jean qui discutait l’utilité de l’achat d’un paquet de cigarettes (cigarettes = fumée = moustiques en fuite). Jean va au ravitaillement pendant que, gesticulant comme un possédé pour éloigné les satanées bestioles, je monte la tente et prépare le diner.</p>
<p>Mon compagnon ne reviendra qu’à la nuit avec d’incroyables histoires à me conter : le confluent Loue-Doubs n’est qu’un vaste marécage portant le nom encourageant de « Mortes » et où les moustiques règnent en maitres, où la vase est traitresse en diable, etc. etc. Le confrère canoéiste local dont il tient ces renseignements viendra nous rendre visite ce soir, après diner. Il arrive en effet, escorté d’un gosse avec qui j’ai déjà, tout à l’heure, taillé une bavette en attendant Jean. Notre nouvel ami apporte aussi une bouteille de Morgon auquel Jean fait grand honneur (dans le louable dessein de préserver notre connaissance d’une cuite déjà en bonne voie de réalisation, me confira-t-il, plus tard).</p>
<p>A la lueur de notre feu qui rougeoie, ce confrère nous conte ses traversées des Mortes.</p>
<p>« Si vous mettez pied à terre, vous êtes fichus : 8 mètres de vase est courant. Un aspect de marigot équatorial. Je connais le Tchad : c’est kif-kif. Des moustiques plus gros et plus féroces qu’ici (où il y en a déjà le double de sur les Mortes-Grappes que je baptisais hier : l’endroit le pire que j’ai jamais vu !). Par contre, aventure unique à vivre en France. Coin prodigieux. Ancienne ville perdu dans les marais. Le prestigieux Pays des Goubaux ! »</p>
<p>Nous décidons de tenter la chose, et, notre narrateur parti, nous nous endormons en rêvent de paysages de l’époque primaire dans des marais géants aux reptiles étonnants au milieu d’une flore tentaculaire.</p>
<p>28 Juin – Je vais à Parcey me procurer des vivres pour cette expédition redoutable. J’en reviens avec la ferme conviction que notre homme d’hier soir n’est qu’un hâbleur à l’imagination méridionale (il est pourtant Suisse).</p>
<p>Les personnes à qui j’ai parlé des Goubaux me les ont décrits comme un coin très faisable et nullement si terrifiant. Le vétérinaire chez qui, toujours sur les conseils de notre Suisse, j’allais chercher un produit anti-moustique à base d’huile de cade, m’a répondu en souriant discrètement que les Mortes n’étaient guère plus « emmoustiquées » qu’ici (<em>A noter qu’à Parcey, les habitations ont, presque toutes, une porte en grillage, genre porte de garde-manger. C’est tout dire !</em>).</p>
<p>Et dans Parcey ensoleillé sur qui veille sa mignonne église, j’ai la quasi certitude que le compatriote de Guillaume Tell est, sinon un menteur, du moins un imaginatif.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-006.jpg" rel="grid-14" class="item view" title="Dans Parcey ensoleillé sur qui…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-006.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-007.jpg" rel="grid-14" class="item view" title="… veille sa mignonne église…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-007.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Je rejoins Jean, et tout en pêchant, nous nous laissons dériver vers l’inconnu sitôt avalé notre rapide déjeuner.</p>
<p>Je sors deux vaudoises honnêtes et d’autres plus petites quand la Loue (encore un peu haute et rapide) nous force à rentrer nos cannes des obstacles se présentant : souches et arbres déracinés sont nombreux par ici.</p>
<p>Bientôt nous sommes tout à la manœuvre et abordons les Goubeaux.</p>
<p>Notre Suisse aurait-il dit vrai ? Plusieurs bras s’éloignent du lit principal. On nous a recommandé de toujours prendre à gauche. Après une fausse direction nous revenons sur nos pas, non sans peine, et reprenons ce que nous espérons bien être le bras principal. Il s’étrangle entre des ilots de plus en plus nombreux. Le courant reste très rapide et des souches s’embusquent à fleur d’eau, des troncs entiers obstruent la route : nous faisons du slalom. A gauche, à droite. Finalement nous sommes bloqués dans une impasse.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-008.jpg" rel="grid-26" class="item view" title="Le courant reste très rapide…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-008.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-009.jpg" rel="grid-26" class="item view" title="En nous accrochant aux rives…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-009.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Au fond de ce cul-de sac, le courant s’engouffre sous un amoncellement d’arbres qui bouchent complètement le lit de la rivière. Et sur des centaines de mètres nous apercevons le même spectacle. Quand on a vu ce que la Loue en crue pouvait charrier on comprend l’inextricabilité de ce chaos.</p>
<p>Notre suisse n’avait pas menti.</p>
<p>Quant aux marécages, il est fort possible qu’à force de se diviser en autant de bras l’eau perde son courant et meurt en marigots.</p>
<p>Pour ce qui est des moustiques, il n’est que 15 heures (heure de repos, donc) et quelle activité !</p>
<p>Et nous devons faire demi-tour.</p>
<p>Ce qui nous demande des efforts considérables pour remonter ce terrible courant. Nous y parvenons en nous accrochant aux rives là où la pagaye n’est plus assez rapides. Jean entre dans l’eau jusqu’à mi-corps pour nous traîner aux passages délicats.</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-010.jpg" rel="grid-87" class="item view" title="Les damnés moustiques…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-010.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-011.jpg" rel="grid-87" class="item view" title="En eaux moins vives …"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-011.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-012.jpg" rel="grid-87" class="item view" title="En eaux moins vives …"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-012.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Enfin, nous voici en eaux moins vives où nous souffrons un peu.</p>
<p>Nous arrivons à Parcey vers 18 heures après avoir tantôt poussé, tantôt tiré le canoë la où la pagaie se révélait peu efficace.</p>
<p>Avant de charioter vers Dôle où nous rejoindrons le Doubs, nous nous octroyons chacun une demi-heure de pêche pour essayer le Buldo.</p>
<p>Des chevesnes et surtout des vaudoises se laisseront tenter par la sauterelle.</p>
<p>Combien cette pêche serait amusante si les damnés moustiques nous fichaient la paix !</p>
<p>Après un rafraichissement à Parcey, à la boulangerie – épicerie &#8211; articles de pêche &#8211; parfumerie – mercerie – buvette où le M.P. obtient un franc succès de curiosité, nous partons vers Dôle et le Doubs, à 8 km environ. Nous rencontrons avant notre départ, notre Suisse à qui nous expliquons notre échec devant les Goubaux.</p>
<p>C’est le chariotage jusqu’à Villette-lès-Dôle où après avoir passé à la laiterie nous camperons, ô horreur ! à 10 mètres de la Nationale.</p>
<figure id="attachment_629" aria-describedby="caption-attachment-629" style="width: 920px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-013.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-large wp-image-629" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-013-1024x664.jpg" alt="La ville, qui, tout de suite, nous ravi" width="920" height="597" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-013-1024x664.jpg 1024w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-013-300x194.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-013-768x498.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-013.jpg 2048w" sizes="auto, (max-width: 920px) 100vw, 920px" /></a><figcaption id="caption-attachment-629" class="wp-caption-text">La ville, qui, tout de suite, nous ravi</figcaption></figure>
<p>Alors que nous dinons dans l’obscurité, deux pandores à qui nous devons sembler suspects nous demandent nos papiers. Comme nous sommes en règle (<em>C’est une des rares fois où nous avons demandé l’autorisation préalable de camper !</em>) nous exhibons fièrement nos cartes d’identité et je pousse même le luxe jusqu’à montrer ma licence de campeur.</p>
<p>Visiblement impressionnés par ce document assez mystérieux pour eux semble-t-il, nos gendarmes deviennent aimables au point de nous adresser la remarque d’usage du Mathieu compatissant « Vous ne devez pas avoir chaud, la nuit… ».</p>
<p>Peu de temps après, nous dormons.</p>
<p>29 Juin— Après un chariotage sans histoire nous arrivons à Dôle où, dans les faubourgs, nous faisons emplette de fruits si difficiles à trouver jusqu’ici. (même des bananes !)</p>
<p>Et puis c’est le magnifique coup d’œil sur la  ville qui, tout de suite nous ravit avec sa collégiale massive dominant les vieilles maisons espagnoles. Quand je pense au Suisse revu (encore une fois) ce matin sur la route avait décrété Dôle « peu intéressante hormis quelques vieilles maisons et la cathédrale ».</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-014.jpg" rel="grid-60" class="item view" title="Un pittoresque gamin…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-014.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-015.jpg" rel="grid-60" class="item view" title="les jolies maisons…."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-015.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-016.jpg" rel="grid-60" class="item view" title="Les vitraux"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-016.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-017.jpg" rel="grid-60" class="item view" title="Ces sculptures…."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-017.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-018.jpg" rel="grid-60" class="item view" title="Cette collégiale est magnifique"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-018.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Une fois n’est pas coutume, nous décidons de déjeuner au restaurant pour avoir loisir de visiter la ville. C’est d’abord un pittoresque gamin qui pêche « à la harpette » les ablettes se pressant par milliers dans le canal, puis d’autres spectacles nous attirent.</p>
<p>Ah ! les jolies maisons si pittoresques sous le soleil ! Et ces sculptures, et ces grilles ouvragées qui vous surprennent à chaque coin de rue ! Je n’oublierai pas de sitôt la cathédrale devant laquelle nous nous extasions longuement et dont les vitraux feraient la joie de Rébicoff, ce photographe en couleurs que nous admirons Jean et moi.</p>
<p>Le porche, monumentale comme une œuvre de la nature, me remémore cette remarque de Chenut, je crois : « une forêt fait songer à une cathédrale, alors que les cathédrales évoquent les forêts. ». Cette collégiale est magnifique : immense, (mais sans être lourde comme les Salines d’Arc dont la masse colossale dégageait une oppressante impression de ville morte) elle semble veiller sur Dôle.</p>
<p>La Pomme d’Or, nous confirme dans notre impression que Dôle est un paradis : dans un cadre agréable nous faisons un bon déjeuner à un prix raisonnable.</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-019.jpg" rel="grid-64" class="item view" title="Au fond d’une rue… la collégiale"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-019.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-020.jpg" rel="grid-64" class="item view" title="Nous reprenons la rivière"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-020.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-021.jpg" rel="grid-64" class="item view" title="Dôle « gracieuse en son séjour »"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-021.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Après déjeuner nous continuons notre visite dans Dôle où nous effectuons quelques emplettes. Et puis, n’oublions pas les amis : ample moisson de cartes postales.</p>
<p>Et à chaque instant, au fond d’une rue, par-dessus un pâté de maison, surplombant un square : la collégiale.</p>
<p>Une courte visite à une de ces appétissantes pâtisseries dôlaises et allons chercher le M.P. au garage où nous l’avons confié. Pour parfaire notre excellente impression de la cité, l’aimable propriétaire nous annonce que son garage est gratuit.</p>
<p>Pas une seule désillusion dans cette ville charmante. Et nous reprenons la rivière après un dernier adieu à Dôle « gracieuse en son séjour ».</p>
<p>Est-ce la chère trop copieuse ? Le manque d’exercice ? L’air de la ville ? Toujours est-il que cet après-midi je me sens patraque et pagaie sans vigueur.</p>
<p>Un infranchissable barrage nous oblige à un chariotage qui m’est bougrement pénible, surtout que notre pauvre « carrétou » donne des signes évidents de lassitude, le malheureux ! Une rapide réparation lui permettra, je l’espère de tenir jusqu’à à Châlons.</p>
<p>Ce soir nous camperons dans un coin qui, avec son sable, son soleil et ses « ranchs » me rappelle avec persistance ma chère Loire.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-022.jpg" rel="grid-78" class="item view" title="… un gros chevesne qui occupera"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-022.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-023.jpg" rel="grid-78" class="item view" title="Une place savoureuse dans le déjeuner"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-023.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-024.jpg" rel="grid-78" class="item view" title="Un bain si agréable…."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-024.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-025.jpg" rel="grid-78" class="item view" title="Un bain si agréable…."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-025.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>30 Juin – Ce matin, après notre départ, nous montons de suites les Buldos et, cherchant en vain un barrage fantôme mentionné dans le guide nautique, nous faisons une assez honorable friture. Jean pique au traine-bûche (au vermisseau, dirait-on ici) un gros chevesne qui occupera une place savoureuse dans le déjeuner que nous prendrons sur une charmante plage après un bain si agréable dans un tel site.</p>
<p>Par endroits les gravières « font » Loire d’une manière frappante.</p>
<p>Nous continuons une descente enchanteresse sur une rivière sans danger, mais vive et limpide assez pour nous rappeler qu’elle est la même qu’au fameux Saut du Doubs et à Pont-du-Roide, noms prestigieux…</p>
<p>Aujourd’hui nous accomplissons une longue étape sans fatigue et même, par forfanterie, devant certains spectateurs, nous poussons des « sprints » furieux.</p>
<p>Ce soir nous campons non loin du Pont de Peseux où les moustiques, sans atteindre l’intensité de Parcey, sont, cependant, très suffisamment agressifs à notre gré. Jean prend son diner environné d’un nuage de fumée (vive l’herbe verte !) aussi jouit-il d’une tranquillité relative, mais moi, émoustillé par les chasses multiples (perches et brochets) qui claquent un peu partout, j’essaie de lancer.</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-026.jpg" rel="grid-87" class="item view" title="Merveilleux coucher de soleil"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-026.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-027.jpg" rel="grid-87" class="item view" title="Après un bain agréable"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-027.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-028.jpg" rel="grid-87" class="item view" title="Les chevesnes…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-028.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Je dis bien « j’essaye », car, si ma figure est à peu près à l’abri des odieuses bestioles (… cigarettes) mes bras et mes jambes en prennent pour leur compte : je dois bientôt capituler… et bredouille.</p>
<p>Vite j’expédie un repas froid et, prenant à peine le temps d’admirer le merveilleux coucher du soleil, au lit !</p>
<p>1er Juillet – Lever à 6h20. Malgré l’exemple d’un pêcheur local qui, avec une gaule immense, tente la pêche au vif, c’est au Buldo et à la sauterelle que nous opérons tout en nous laissant descendre le courant. Et nous massacrons les chevesnes qui payent pour les carnassiers qui dédaignaient hier nos cuillers pourtant si tentantes.</p>
<p>A Longuy, nous cherchons notre courrier à la poste. En débarquant, j’ai brisé un de nos pagaies et cherche vainement un menuisier qui veuille nous la remettre en état. Tant pis, nous continuerons avec une seule pagaie !</p>
<p>Après un bain agréable (pour Jean seulement car je suis en pleine digestion après avoir absorbé une canette pour « faire couler » des figues sèches trouvées à Longuy) nous déjeunons près d’une rive à pic. Nous nous apercevons soudain que celle-ci est habitée par une colonie d’abeilles maçonnes. Faire du feu dans ces conditions ? Nous nous y risquons vu l’heure tardive et notre paresse naturelle. Rendons grâce aux Dieux, il ne se passe rien de fâcheux, ni de piquant.</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-029.jpg" rel="grid-16" class="item view" title="Chrono pour almanach des P.T.T."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-029.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-030.jpg" rel="grid-16" class="item view" title="Vue camarguaise…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-030.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>A quelques centaines de mètres de nous, des vaches s’abreuvent dans la rivière et s’essayent à fabriquer un chrono pour almanach des P.T.T., pendant que plus loin des chevaux en liberté sur une gravière campent une vue camarguaise saisissante.</p>
<p>Nous reprenons l’eau et le Doubs nous prouve qu’il est encore capable de nous émouvoir autrement que par sa beauté tranquille. Les ponts, très souvent sautés, sont remplacés par des bacs glissant le long de câbles qui rasent la surface de l’eau : fâcheux pour les canoéistes peu attentifs. Nous manquons de peu de chavirer sur un de ces filins et le scion de ma canne a eu affreusement chaud !</p>
<p>Nous campons près de Lays où les moustiques nous retrouvent comme de vieilles connaissances.</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-031.jpg" rel="grid-78" class="item view" title="Mont-les-Sœurs"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-031.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-032.jpg" rel="grid-78" class="item view" title="Le soir…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-032.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-033.jpg" rel="grid-78" class="item view" title="Le soir…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-033.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Un orage gronde sur nous et s’il ne nous arrose que de quelques gouttes seulement, il nous offre par contre, un saisissant spectacle de féérie où le paysage se découpe en noir sur un ciel de sang et d’or.</p>
<p>2 Juillet – Ce matin Jean est patraque et il incrimine la soupe au poisson que j’ai confectionnée hier soir. Est-ce une injure la trouvant mal cuisinée et indigeste, ou un compliment l’estimant trop bonne et avouant s’en être gavé jusqu’à l’indigestion ? Mon amour-propre me pousse à faire litière de la première hypothèse…</p>
<p>Après un laborieux ravitaillement à Lays je pique une tête dans le Doubs et déjeune seul, Jean étant à la diète.</p>
<p>Nous partons vers 14 heures 30 et pagayons et pêchons à tour de rôle jusqu’à Mont-lès-Seurre après une halte à Navilly (courrier abondant).</p>
<p>A Mont-lès-Seurr, nous nous laissons admirer (le mot n’est pas trop fort) par un groupe d’indigènes dont l’un nous compare à Alain Gerbaut qui passa par ici, parait-il.</p>
<p>Le soir je me couche avec un mal au cœur qui me fait craindre que la soupe au poisson, après tout…</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-041.jpg" rel="grid-74" class="item view" title="En route pour le chariotage"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-041.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-042.jpg" rel="grid-74" class="item view" title="… étape … Châlons…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-042.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-043.jpg" rel="grid-74" class="item view" title="Châlons… Sa plage…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-043.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Jean feint de partager mes convictions et en route pour le chariotage. Pourvu que le carrétou tienne le coup ! S’il nous lâche au cours de la dizaine de kilomètres environ qu’il y a à faire, nous allons en baver, soit dit sans élégance…</p>
<p>Après une longue étape de 13 kilomètres sous un soleil cruel, nous arrivons à Châlons et à sa plage forte bien agencée, vers 18 heures…</p>
<p>Après une baignade qui nous délasse de nos efforts du chariotage, nous montons notre camp sur la rive gauche à proximité immédiate de Châlons (exactement dans son faubourg de Saint-Marcel). Pendant que je dresse la tente, Jean négocie l’achat d’un peu de bois chez des bonnes ( ?) gens qui prennent le frais sur le pas de leur porte. Il se heurte à un refus catégorique… et pourtant quelques instants après, ayant su que nous ne sommes pas des « gars de Châlons » mais des Parisiens, le brave homme, car c’en est un maintenant, nous apporte l’abondance : une brassé de bois.</p>
<p>Nous nous couchons bercés par les flons-flons d’un orchestre qui joue sur la rive d’en face.</p>
<figure id="attachment_662" aria-describedby="caption-attachment-662" style="width: 198px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-044.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-662" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-044-198x300.jpg" alt="Châlons" width="198" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-044-198x300.jpg 198w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-044-768x1161.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-044-677x1024.jpg 677w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-044.jpg 1400w" sizes="auto, (max-width: 198px) 100vw, 198px" /></a><figcaption id="caption-attachment-662" class="wp-caption-text">Châlons</figcaption></figure>
<p>5 Juillet – Quelle transformation chez nos gens qui hier nous refusaient un peu de bois ! Ce matin on nous apporte café sucré et pain beurré sous la tente comme des offrandes à des divinités ! On nous offre d’utiliser la cuisinière et quand j’affirme hardiment connaitre fort bien La Varenne Saint-Hillaire dont ils sont originaires, nous devenons les meilleurs amis du monde. Leur générosité s’étend alors à me promettre l’envoi de beurre à Paris.</p>
<p>Versatilité des foules…</p>
<p>Je vais au ravitaillement à Châlons où je trouve penty de fruits, légumes, viande et découvre cet amusant écriteau à la devanture d’un bistrot « On peut eppouter sa marande » Traduction facile !</p>
<p>Après un déjeuner cuit sur la cuisinière de nos nouveaux amis les Augagneur, nous partons embarquer le Martin-Pêcheur, et, le pauvre, nous le laissons dans une laide gare de marchandise où sa coque, qui a connu la Loue et le Doubs, doit se dessécher de tristesse et d’ennui plus que de manque d’eau.</p>
<p>Et maintenant visitons Châlons, ses vieilles maisons, son enceinte romaine (ce qu’il en reste), ses ponts (dont un assez curieux en partie détruit) un coup d’œil à l’obélisque et une visite au Syndicat d’Initiative où l’on nous recommande une promenade à Givry. Nous décidons d’y camper ce soir.</p>
<p>Nous rentrons donc chez les Augagneurs où, après un repas de civilisé (pris à une table et cuit sur une cuisinière) nous reprenons nos bardas que nous y avions laissés et en route après de chaleureux adieux à nos amis et leurs connaissances.</p>
<p>Il est près de 20h30 et comme nous arrivons dans Châlons même que nous devons traverser, une des bretelles du sac de Jean casse…</p>
<p>Horreur, où trouver un bourrelier à cette heure ?</p>
<p>Un premier nous refuse la réparation, un second est malade. Heureusement sa femme nous tire d’affaire. Mais il est près de 21h30 quand nous partons pour la Forêt de Givry.</p>
<p>Marche pénible avec un barda de canoéistes sur des épaules de pedestrians : une musette me scie le cou pendant que Jean est embarrassé des cannes à pêche.</p>
<figure id="attachment_663" aria-describedby="caption-attachment-663" style="width: 225px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-045.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-663" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-045-225x300.jpg" alt="… fervent hydrophile…" width="225" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-045-225x300.jpg 225w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-045.jpg 652w" sizes="auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px" /></a><figcaption id="caption-attachment-663" class="wp-caption-text">… fervent hydrophile…</figcaption></figure>
<p>Dans la nuit, nous campons à proximité de la Forêt de Givry après une longue marche dans le noir.</p>
<p>6 Juillet – Après d’infructueux efforts pour nous procurer du lait nous déjeunons en vitesse et ayant rangé rationnellement nos accessoires nautiques, désormais inutiles, depuis le « mathurin » jusqu’aux « nautoniers » (<em>Il s’agit de vieilles chaussures avec lesquelles nous marchons dans l’eau et baptisées « chaussure de nautoniers » puis, par abréviation « nautoniers »  tout court.</em>), nous partons pour Givry.</p>
<p>Balade en forêt, malheureusement le temps se couvre et nous craignons la pluie après un déjeuner près de la « Fontaine Couverte ». Mais non, rien ne tombe.</p>
<p>Nous arrivons à Givry où le vin est rare bien que le crû soit réputé. Par contre, nous trouvons des bananes. Régal oublié ! (Quoiqu’à Dôle… mais Dôle est un paradis extraterrestre). Gentil village aux fontaines multiples et pittoresques, auxquelles je rends hommage en fervent hydrophile. Nous quittons ce joli bourg pour prendre la route de Châlons où notre train part demain matin vers 10 heures.</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-046.jpg" rel="grid-8" class="item view" title="Je range…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-046.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-047.jpg" rel="grid-8" class="item view" title="le matériel"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-047.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-048.jpg" rel="grid-8" class="item view" title="Flâner dans Châlons."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-048.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Campement à proximité de la ville, à laquelle nous tournons le dos pour jouir du beau coucher de soleil qui magnifie le couchant.</p>
<p>Notre dernier camp de vacances…</p>
<p>Pourtant, pas de mélancolie, tant nous sommes sûrs d’en connaître d’autres.. plus tard.</p>
<p>Avenir.</p>
<p>Espoir.</p>
<p>7 Juillet – Réveil matinal pour attraper le train qui part bientôt. Je range le matériel pour combien de temps ?</p>
<p>Sur la route nous chantons (enfin, nous faisons du bruit avec la bouche…) et arrivons à la gare assez en avance pour écrire encore un peu de courrier et flâner dans Châlons.</p>
<p>Et c’est l’embarquement dans le train où nous rencontrons des compagnons assez sympathiques : un méridional accompagne à l’harmonica une Belge qui fredonne quelques chansons agiles, pendant que l’officier américain qui est avec elle est plongé dans un bouquin en anglais dont je déchiffre quelques lignes : une histoire d’Indiens et de cow-boys pour enfants de 10 à 12 ans…</p>
<figure id="attachment_667" aria-describedby="caption-attachment-667" style="width: 223px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-049.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-667" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-049-223x300.jpg" alt="Dijon" width="223" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-049-223x300.jpg 223w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/1946/06/003-049.jpg 651w" sizes="auto, (max-width: 223px) 100vw, 223px" /></a><figcaption id="caption-attachment-667" class="wp-caption-text">Dijon</figcaption></figure>
<p>Curieuse assemblée en ce wagon !</p>
<p>Nous repassons à Dijon (de célèbre mémoire, voir plus haut à l’aller…) à Beaune, le long de l’Yonne, pendant que, penchés sur les cartes Michelin achetées à Châlons, Jean et moi échafaudons déjà des projets pour l’an prochain.</p>
<p>Loire ? Taru ? Vienne ? Dordogne ?</p>
<p>Les vacances sont mortes…</p>
<p>Vivent les vacances !</p>
]]></content:encoded>
					
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			</item>
		<item>
		<title>Randonnée pascale en Gâtinais</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bernard Van Leckwyck]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 20 Apr 1946 10:21:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Carnet 2]]></category>
		<category><![CDATA[Ile de France]]></category>
		<category><![CDATA[Jean]]></category>
		<category><![CDATA[Nemours]]></category>
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					<description><![CDATA[20 – 22 avril 1946 Samedi. Le train nous décharge à Nemours, et, au milieu de la foule qui en débarque et de celle qui stationne nous nous frayons un...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;"><strong>20 – 22 avril 1946</strong></p>
<p>Samedi. Le train nous décharge à Nemours, et, au milieu de la foule qui en débarque et de celle qui stationne nous nous frayons un chemin vers la Grand’Rue. Gagnons le large ! Symbole…</p>
<p>Le ciel est bleu, le soleil brille. Nous avons le Lac aux épaules : nous sommes heureux… l’avenir (3 jours) est à nous.</p>
<p>Nous sommes des débutants en camping, moi surtout, car Jean, depuis sa déportation S.T.O. a malgré tout une certaine expérience des bivouacs et popotes en plein air.</p>
<p>Nous sommes pleins d’espoirs. Parce que nous sommes des débutants, peut-être ? Et bien, non ! Nous retrouverons toujours, je crois, cet enthousiasme des départs, le même qui m’étreint régulièrement quand je vais à la pêche (et je pêche depuis plus de dix ans). Et cette fois-ci nos 3 jours de vacances de Pâques au plein air se doublent de 3 jours de pêche à peine nuancés du regret de la fermeture prochaine qui est pour après-demain.</p>
<p>Plein-air. Pêche. Camping. Quel programme !</p>
<p>Quelle devise !</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-013.jpg" rel="grid-53" class="item view" title="Les maisons de Nemours se déguisent en palais vénitiens."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-013.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-014.jpg" rel="grid-53" class="item view" title="Jean est un fervent du lancer"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-014.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Maintenant après ces élans enthousiastes et quasi-poétiques, soyons terre-à-terre : une boulangerie puis les tréteaux d’un marché nous complètent notre ravitaillement. En route vers le Loing ! Poissons en garde !</p>
<p>Cependant, avant la pêche tentons une photo de ce petit bras de rivière où les maisons de Nemours se déguisent en palais vénitiens.</p>
<p>Mais voici le Loing : à droite, l’amont où à 1 ou 2 kilomètres se profilent des îles boisées bien sympathiques. Nous nous dirigeons cependant vers l’aval moins tentant car nous avons décidé de reprendre le train à Morêt lundi soir et nous avons une trentaine de kilomètres à couvrir : ce n’est pas énorme mais nous ne sommes pas des randonneurs ordinaires qui ne font que marcher. Nous flânons, gaules à la main, partageant notre temps à chercher des coins de pêche intéressants et à prendre des photos en admirant le paysage. Comme la dit, ou à peu près, le docteur Faubert dans son charmant « un canoë passe… », « notre unité est la photo et non le kilomètre. ».</p>
<p>Après une courte halte où nous nous mettons en tenue plus légère, nous repartons lignes montées.</p>
<p>Deux pêcheurs, deux méthodes.</p>
<p>Jean est un fervent du lancer et moi j’ai un faible pour la pêche à l’esche naturelle, aussi ma longue gaule est-elle peut-être moins élégante que le court refendu de mon camarade, mais chacun ses goûts.</p>
<figure id="attachment_548" aria-describedby="caption-attachment-548" style="width: 2100px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-015.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-548" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-015.jpg" alt="La maison de l’éclusier" width="2100" height="1348" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-015.jpg 2048w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-015-300x193.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-015-768x493.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-015-1024x657.jpg 1024w" sizes="auto, (max-width: 2100px) 100vw, 2100px" /></a><figcaption id="caption-attachment-548" class="wp-caption-text">La maison de l’éclusier</figcaption></figure>
<p>Nous changeons de rive mais les résultats sont nuls : ils seraient même décevant sans notre foi farouche : rien que de rares touches d’alvins et rien au lancer.</p>
<p>Pour le moment, le Loing n’est guère pittoresque car il porte tristement les stigmates que lui à laissé le « parasite humain ». Canalisé, portant des péniches qui se chargent à des sortes d’élévateurs qui en déshonorent  les rives, qu’il est différent du Loing sauvage et charmant que je connus il y a deux ans en amont de Morêt !</p>
<p>Mais, bientôt la rigidité utilitaire du Canal se sépare de la délicieuse musardise de la Rivière, et dès la maison de l’éclusier-garde-barrage qui délimite ce divorce, le paysage devient joli. Jean me laisse d’ailleurs le loisir de le détailler une de ses cuillers s’étant pris soudain d’un amour subit et indéracinable pour une tige de nénuphar.</p>
<p>C’est d’ailleurs l’heure de préparer le déjeuner : néophytes du camping nous sommes timides et un feu si près des habitations nous effraie si on allait se faire dresser procès verbal ? Je me rabats donc sur le méta, mais il souffle un vent suffisamment fort pour rendre notre tâche quasi impossible.</p>
<div class="photoGrid four clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-016.jpg" rel="grid-21" class="item view" title=""><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-016.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-017.jpg" rel="grid-21" class="item view" title="Derrière de savant pare-vent…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-017.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-018.jpg" rel="grid-21" class="item view" title="Jean monte un Baldo…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-018.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-019.jpg" rel="grid-21" class="item view" title="Nous attaquons farouchement notre viande."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-019.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Ce n’est qu’après 2 ou 3 pastilles que le beurre commence à fondre ; encore 3 ou 4 morceaux et le beefsteak se résout à grésiller faiblement. Nous sommes quoiqu’il en soit fiers de ce résultat et attaquons farouchement notre viande pendant, qu’abrité derrière de savants pare-vents, (couvercles, assiettes, sacs, etc.) la flamme du méta vacillante et faible comme celle d’un cierge devant l’icone, s’efforce courageusement de réchauffer une grande casserolée de patates.</p>
<p>Vite une rapide vaisselle et en route vers l’aval.</p>
<p>Je prends de-ci-delà une ablette et 2 ou 3 gardonneaux non gardables.</p>
<p>Quant à Jean, avec une patience inlassable il continue à promener ses leurres les plus attrayants devant des poissons dont le moins que l’on puisse dire d’eux c’est qu’ils sont horriblement indifférents.</p>
<p>J’ai maintenant une dizaine de prises, et pour éviter la bredouille qui le guette, Jean monte un Buldo. Il sort rapidement quelques ablettes.</p>
<p>De places en places, une barrière renversée nous indique une propriété privée. Nous remarquons (impressions qui ne feront que se confirmer les jours suivants) que dans le Gâtinais, les propriétés privées n’inspirent aux indigènes qu’un respect très limité. Si c’est fâcheux pour les propriétaires, quelle bénédiction pour les pêcheurs vadrouilleurs…</p>
<p>Nous nous sommes si bien assimilés cet état d’esprit, que bientôt nous nous trouvons, de clôtures renversées en barrières méprisées dans l’intérieur de l’enceinte d’un moulin.</p>
<p>Un homme s’approche de nous pour nous faire poliment remarquer que non seulement nous sommes en propriété privée, mais qu’encore, ici la pêche est réservée. Naturellement je parais positivement frappé d’étonnement et de confusion et fait l’idiot (exercice où j’excelle naturellement) avec une telle sincérité que notre interlocuteur définitivement désarmé, s’offre à nous reconduire jusqu’à la porte et nous indique aimablement le chemin de Grez où nous arrivons vers 17 heures et où nous recherchons un coin pour camper. Après quelques tâtonnements je tombe sur un groupe de personnes s’informant si nous sommes « correctes, raisonnable et ne laisserons pas de détritus ».</p>
<p>Affirmant vivement la pureté de nos intentions et l’excellence de nos mœurs, j’obtiens la permission de camper dans un pré, en bordure du Loing.</p>
<p>Après quelques minutes de marche, nous voici devant une tente, déjà dressée, devant laquelle fume un feu de bois. Bientôt nous sommes à l’abri d’un bosquet et la place nous paraissant bonne, nous montons notre home.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-021.jpg" rel="grid-52" class="item view" title="Notre home"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-021.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-020.jpg" rel="grid-52" class="item view" title="Notre home"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-020.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Un débris métallique nous fournit un foyer épatant et pendant que je commence la cuisine Jean va chercher de l’eau au village car l’eau du Loing ne nous tente guère pour être bue.</p>
<p>Je m’aperçois alors que les arbres qui avoisinent notre tente sont bourdonnants d’insectes que je crois identifier des frelons ! Désagréable impression à laquelle je préférerais encore les lozzis de mon camarade qui, une fois revenu, m’apprendra que ce sont d’inoffensifs hannetons.</p>
<p>Décidément où ai-je la tête ce soir ? Ne mets-je pas de la graisse (graisse de veau excellente et dont nous sommes si pauvres) dans l’eau des nouilles croyant encore préparer la soupe ! Etourderie qui deviendra célèbre et, par la suite, plus d’une fois Jean me feras rentrer sous terre par ces simples mots « Et ta graisse dans l’eau des nouilles ? »</p>
<p>Quant à lui, il décide de faire fondre des lardons pour huiler notre salade, mais le cuisinier joue de malchance et les lardons s’enflamment dans la poêle. Tant pis pour la salade. Ce dernier incident nous laisse une poêle affreusement noircie et une désillusion amère quand à nos talents respectifs. Décidément nous laisserons la vaisselle pour demain…</p>
<p>Nous sommes des caricatures de débutants !</p>
<p>Et nous nous apprêtons à passer notre première nuit suis la Tente. Que l’on y est bien ! Et que l’on apprécie, dans la fraicheur du soir, la tiédeur de notre toit. Nous nous glissons dans nos sacs de couchage pour goûter un sommeil qui ne peut être que celui des consciences tranquilles ou tout au moins oublieuses des innombrables propriétés privées violées par nos soins.</p>
<p>Nuit. Silence.</p>
<p>Dimanche. Première nuit sous la Tente ! Souvenir magnifique que je ne me rappellerais surement pas sans attendrissement quand, « ayant subit des ans, l’irréparable outrage » et devenu, hélas !, un « retraité » du camping, un vétéran ne pratiquant plus, j’égrènerais avec quelques compagnons chenus et un peu radotants comme moi, les souvenirs de notre jeunesse randonneuse.</p>
<p>Premier Camp ! Mot magique qui nous remettra en mémoire mille petits faits qui, sur le moment, auront paru sans importance, mais qui prendront leur relief quasi historique avec leur retrait dans le temps. Car les souvenirs ont ceci de commun avec les bons vins qu’ils prennent du bouquet et de la valeur en vieillissant. Connait-on un vieillard pour qui le temps passé n’est pas le « bon temps » ?</p>
<p>Si c’est vers l’Avenir que les Jeunes tendent souvent impatiemment leurs pensées, c’est vers leur cher Passé, que les Vétérans regardent avec une complaisance attendrie. Le Passé que leur imagination se plait à enjoliver encore, jusqu’à ce qu’il rejoigne la Légende.</p>
<p>J’avoue que j’avais quelques inquiétudes au sujet de cette première nuit. J’avais bien, en 1939, durant l’exode devant les Allemands, couché sous une tente mais, autre que cela remontait à un âge assez tendre, c’était – horreur et sybaritisme – sur un matelas de lit ordinaire ce qui enlevait tout esprit de camping à la chose.</p>
<p>Cette fois le Vrai Début, et tout fut très bien. Hormis qu’au matin nous sortîmes de la tente copieusement recouvert par le duvet vagabond qui s’échappait du sac de Jean, tout se passa le plus normalement du monde sans que le moins important des tendeurs ne s’arrache, sans que le plus minime piquet ne cède, sans que rien ne coupe notre nuit.</p>
<p>Etant chroniqueur scrupuleux je mentionnerais pourtant une légère fraicheur que je ressentis par moments, sous mon corps, le tapis de sol ne se révélant pas rigoureusement suffisant. Mince inconvénient qui fut solutionné dès le lendemain par l’addition d’un imperméable fort heureusement emporté.</p>
<figure id="attachment_555" aria-describedby="caption-attachment-555" style="width: 228px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-022.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-555" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-022-228x300.jpg" alt="Au matin " width="228" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-022-228x300.jpg 228w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-022.jpg 677w" sizes="auto, (max-width: 228px) 100vw, 228px" /></a><figcaption id="caption-attachment-555" class="wp-caption-text">Au matin</figcaption></figure>
<p>Bref, une bonne nuit. Et pourtant, au matin, quel ne fut pas notre étonnement (et notre fierté) de nous apercevoir que notre première nuit de campeur avait été une nuit de gel ! L’eau laissée hier dans la popote est recouverte d’un ou trois millimètres de glace !</p>
<p>Il ne nous en faut pas plus pour décider que le camping sous la neige est très faisable et que tout campeur qui se refuse) camper l’hiver est le dernier des mathieux (Mathieu est un mot que nous connaissons depuis peu et que nous employons maintenant d’autant plus souvent qu’il nous faut rattraper le temps perdu).</p>
<p>Vite, dans la brume matinale (nous sommes à 100 mètres du Loing) je cours chercher un sceau d’eau à la rivière pour me débarbouiller.</p>
<p>Bientôt le feu est allumé et un solide déjeuner nous remplit de vitamines et de confiance. D’ailleurs le ciel est aussi bleu qu’hier et le soleil a déjà éparpillé la brume matinale. Pendant que Jean fait la vaisselle je range mes affaires, mais avec mon habituelle lenteur nous ne serons pas prêts avant 10 heures ½ ou 11 heures.</p>
<figure id="attachment_556" aria-describedby="caption-attachment-556" style="width: 181px" class="wp-caption alignright"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-023.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-556" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-023-181x300.jpg" alt="… lançons quelques coups de ligne…" width="181" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-023-181x300.jpg 181w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-023-768x1276.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-023-616x1024.jpg 616w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-023.jpg 1425w" sizes="auto, (max-width: 181px) 100vw, 181px" /></a><figcaption id="caption-attachment-556" class="wp-caption-text">… lançons quelques coups de ligne…</figcaption></figure>
<p>Avant d’aller au village chercher du pain et remplir nos bidons d’eau potable, nous lançons quelques coups de ligne dans les bras si pittoresques que le Loing forment à Grez et baptisés les Bouts du Monde.</p>
<p>A l’énoncé de ce nom on s’imagine tout de suite des gorges terriblement rocheuses et inhumainement sauvages au fond desquelles des rapides broyeurs écument en grondant comme des fauves.</p>
<p>Et bien pas du tout.</p>
<p>Les Bouts du Mondes sont formés par une digue qui partage la rivière, suivant la longueur, sur une distance d’environ 500 mètres, et tandis qu’à gauche l’eau coule à une vitesse normale, à droite elle musarde dans de petits biefs qui semblent inventés par un architecte paysagiste qui serait doublé d’un pêcheur.</p>
<p>Par-dessus cela de délicats ombrages : surtout des saules. Tout d’un coup, l’eau s’aperçoit qu’elle a trop lambiné et vite elle court sur un maigre pour rattraper le temps perdu tandis que les vaguelettes du bras de gauche se hissent par-dessus le barrage et l’enjambent en murmurant joyeusement pour voir ce qui peut bien retenir leurs sœurs de ce côté. Et après quelques cascadettes et remous, elles sont prises, elles aussi par le charme de l’endroit et se calment pour flâner elles aussi dans ce décor enchanteur.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-024.jpg" rel="grid-70" class="item view" title="Que de paysages vus en deux jours !"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-024.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-025.jpg" rel="grid-70" class="item view" title="Que de paysages vus en deux jours !"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-025.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Hélas dans ce coin magnifique les poissons semblent mépriser souverainement mes stratagèmes et j’ai l’impression offensante qu’ils se moquent délibérément de moi. Quelques gardons et chevesnes honorables s’éloignent avec une lenteur dédaigneuse de l’appât que je leur tends. Seuls quelques vairons et un goujon charitables prennent à cœur de ne pas m’imposer une bredouille dans un endroit pareil.</p>
<p>Puis nous remontons jusqu’au pont où Jean m’attends pendant que je vais au ravitaillement.</p>
<p>Nous abandonnons ensuite Grez et longeons le Loing rive droit. Un pont de chemin de fer qui enjambe la rivière nous porte sur la rive gauche d’où nous battons la rivière pour en tirer une friture.</p>
<p>Au cours de notre randonnée d’hier nous n’avons rencontré presque personne. Aujourd’hui nous ne verrons que 4 ou 5 pêcheurs. C’est épatant ce que ces coins sont solitaires. Et si jolis. Que de paysages vus en 2 jours ! Je voudrais être poète pour célébrer de tels coins. Ah ! Descendre le Loing en canoë comme nous verrons plus loin le faire, quel ravissement ce serait de glisser au milieu ce ces merveilles !</p>
<div class="photoGrid four clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-026.jpg" rel="grid-41" class="item view" title="… ces merveilles…."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-026.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-027.jpg" rel="grid-41" class="item view" title="… ces merveilles…."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-027.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-028.jpg" rel="grid-41" class="item view" title="… ces merveilles…."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-028.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-029.jpg" rel="grid-41" class="item view" title="Le déjeuner cuit."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-029.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Bientôt une agglomération s’annonce avec son avant-garde de constructions plus ou moins esthétiques. Nous nous arrêtons pour déjeuner avant qu’elles ne deviennent trop nombreuses.</p>
<p>Un foyer est vite creusé et, avec les piquets du double toit j’improvise un support de casserole car les pierres sont rares ici, et bientôt le déjeuner cuit.</p>
<p>Menu : friture et pommes de terre. La friture, je dois l’avouer a plutôt triste allure : manque de graisse ? Poissons trop humides ? Poêle trop chaude ? Toujours est-il que nos malheureux poissons se présentent sous l’aspect d’un agglomérat de chairs imparfaitement cuites et surtout d’arêtes ! (Je pense au rêve d’Athalie : un horrible mélange d’os et de chairs meurtries…) Je rechigne quelque peu à l’absorption de ce magnat et cherche abondamment arêtes et chair tandis que Jean, avec un stoïcisme que je lui admire avale tout après une mastication laborieuse et obstinée. Est-il tombé sur des poissons mieux cuits ? Je crois surtout qu’il a une bouche et un œsophage en acier chromé.</p>
<p>Nous nous égayons d’un groupe de 3 ou 4 randonneurs qui, débouchant des verdures de la gauche, semble exténués et brusquement font une pause en s’écroulant quasiment de fatigue.</p>
<figure id="attachment_563" aria-describedby="caption-attachment-563" style="width: 1377px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-030.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-563" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-030.jpg" alt="L’église domine la route" width="1377" height="2101" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-030.jpg 1377w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-030-197x300.jpg 197w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-030-768x1172.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-030-671x1024.jpg 671w" sizes="auto, (max-width: 1377px) 100vw, 1377px" /></a><figcaption id="caption-attachment-563" class="wp-caption-text">L’église domine la route</figcaption></figure>
<p>Et maintenant : vaisselle ! Et en route !</p>
<p>Nous ne pêcherons plus guère aujourd’hui et la truite que nous espérons chacun depuis le début ne sera pas encore pour cette journée. Un groupe de pêcheurs auprès desquels nous nous documentons sur les possibilités en truites du Loing ont d’ailleurs paru étonnés, sinon narquois, par tant de naïveté. « Des truites dans le Loing ? Finies ! » Et pourtant… mais n’anticipons pas.</p>
<p>Le sac qui, hier, me fatiguant les épaules, me les torture carrément aujourd’hui, surtout qu’avec ma gaule à la main je ne puis soulager qu’une bretelle à la fois. Les dents serrées je me répète que « c’est le métier qui rentre », que je dois m’endurcir.</p>
<p>Voici Montigny, gentille petite ville dont l’église domine la route où nous passons et semble m’encourager à lever la tête pour la contempler… mais c’est à peine si je suis en état d’apprécier le pittoresque de quoique ce soit.</p>
<p>Jean insiste pour que je remplisse mon bidon qui est presque vide maintenant, mais la perspective de ce supplément de poids me fait retarder à l’extrême cette opération, si bien que nous sortons de Montigny (après un rapide coup d’œil au Gué du Loing et aux confortables restaurants qui le bordent) sans avoir remplit ce sacré bidon ! Et les propriétés somptueuses qui bordent la route nous inspirent un respect trop craintif pour que nous nous risquions à y demander de l’eau. Dame ! Nous sommes des campeurs et notre tenue n’est pas assez reluisante pour que nous nous risquions au milieu des shorts blancs et des élégants sweaters que j’imagine peuplant ces lieux.</p>
<figure id="attachment_564" aria-describedby="caption-attachment-564" style="width: 300px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-031.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-564" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-031-300x245.jpg" alt="Nous sommes en bordure du Loing" width="300" height="245" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-031-300x245.jpg 300w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-031-768x628.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-031.jpg 861w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px" /></a><figcaption id="caption-attachment-564" class="wp-caption-text">Nous sommes en bordure du Loing</figcaption></figure>
<p>Optimiste (surtout d’aspect et en paroles, car au fond, je n’en mène pas  large…) je déclare que nous trouverons plus loin de quoi remplir nos gourdes. Mais je parle en aveugle car le seul vague croquis que nous avons de la région est au fond de mon sac peu atteignable. Naturellement !</p>
<p>Victoire, j’avais oublié le village de Sorques où dans un jardin nous trouvons de l’eau chez une personne complaisante. Et maintenant, je me souviens parfaitement qu’il s’y trouve un camp. Nous avons donc eau et coucher assurés.</p>
<p>Quoiqu’il en soit les camps et l’entassement que nous craignons d’y trouver ne nous tente guère. Peut-être un autre emplacement sera-t-il disponible ? Mais voici le camp, peu tentant, certes, avec son enceinte grillagée et son peu d’espace, mais nullement surchargé : un feu seulement. Mes épaules endolories me dictent une solution de lâcheté : il est assez tard et trouverons nous mieux ? Après tout nous sommes en bordure du Loing. Juste à côté se trouve un écriteau inhospitalier : propriété privée. Un tas d’autres raisons me semblent excellentes et Jean les accepte avec bien peu d’opposition.</p>
<p>Nous montons donc celle que plus tard en souvenir de son imagination à Pâques, je nommerai « Pascaline ».</p>
<p>Soudain, j’aperçois un groupe d’une demi-douzaine de campeurs qui semblent vouloir venir partager le peu d’espace vital qui nous est impartie entre ces inesthétiques clôtures. Et le bois mort qui parait déjà si rare ! Avec un magnifique sentiment de solidarité je me précipite à la recherche de ce qu’il peut rester comme bois mort et j’invite Jean à suivre mon exemple pour rafler le combustible avant l’arrivée de l’ennemi. Rendons grâce aux dieux ! L’ennemi fait demi-tour.</p>
<figure id="attachment_565" aria-describedby="caption-attachment-565" style="width: 202px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-032.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-565" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-032-202x300.jpg" alt="Bientôt il flambe..." width="202" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-032-202x300.jpg 202w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-032-768x1140.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-032-690x1024.jpg 690w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-032.jpg 1387w" sizes="auto, (max-width: 202px) 100vw, 202px" /></a><figcaption id="caption-attachment-565" class="wp-caption-text">Bientôt il flambe&#8230;</figcaption></figure>
<p>De l’autre tente, se détache, alors, notre colocataire qui nous offre aimablement de profiter de son feu pour notre cuisine. Nous refusons en nous excusant d’être resté assez gosses pour trouver du plaisir à faire « notre » feu.</p>
<p>Bientôt il flambe et l’eau de la soupe chauffe. A table ! Et c’est sans se faire prier que nous saisissons nos fourchettes pour passer à l’action.</p>
<p>Tout en mangeant nous nous demandons fera-t-il beau demain ? Quelques nuages se montrent au couchant où le soleil disparait dans un déploiement de mauves et de roses. Avec ce vent qui souffle les nuées vers nous, je crains la pluie pour demain. Qui vivra verra !</p>
<p>Et c’est notre deuxième nuit sous la tente.</p>
<p>Lundi. Je somnole quelques minutes dans mon sac de couchage avant de me lever et je me demande le temps qu’il peut faire dehors. Je suis loin d’être assez expert en camping pour discerner l’état du ciel à travers la toile de tente rien qu’à l’intensité de la lumière. J’entends les oiseaux chanter dans le bois voisin et leurs gazouillis me réchauffent le cœur. Chanteraient-ils s’il ne faisait pas beau ? Immédiatement je décidé qu’il doit y avoir un ciel très pur et que nous aurons une journée aussi belle que les deux premières.</p>
<p>J’éveille Jean, et les yeux  encore bouffies de sommeil, je jette dehors un regard curieux encore qu’endormie.</p>
<p>Décidément mes raisonnements météorologiques basés sur le chant des oiseaux perdent en exactitude ce qu’ils avaient gagné en poésie ! Qu’on en juge : le ciel est plein de gros nuages assez menaçants qui glissent chassés par un vent violent.</p>
<p>Nous n’en sortons pas moins de la tente et le débarbouillage fait nous nous trouvons aux prises avec de pénibles difficultés d’économie domestique : panne de combustible ! Dans le camp le bois est en effet devenu aussi rare que l’uranium. Aux grands maux, les grands remèdes : voilons-nous la face : j’enjambe la clôture et razzie tout une brassée de bois mort à un tas qui gie dans la propriété d’à côté.</p>
<p>De nombreux pêcheurs au lancer prospectent le Loing aux environs du pont ruiné qui se trouve à quelques centaines de mètre de notre camp. Soudain, l’un d’eux se débat avec sa canne en cerceau : une belle pièce ! (Il est vrai qu’avec le courant qu’il y a entre les piles un vairon tirerait comme un forcené !&#8230;) Nous bondissons vers le bagarreur dans l’espoir d’assister à la bataille de plus près.</p>
<p>Las ! Comme nous arrivons la prise ( ?) se décroche et la canne se détend fait sautiller la cuiller qui pendille, hochet dérisoire.</p>
<p>Les pêcheurs sont maintenant de plus en plus nombreux et il faut avouer qu’il y en a parmi eux de peu sympathiques. L’un d’eux, gourdin et mathieu à souhait, a surtout de don de nous énerver Jean et moi. Où Saint Pierre a-t-il l’auréole (pardon ! la tête…) c’est justement ce mathieu ridicule qui sort une truitelle. Il la gardera après quelques instants de palabres avec les témoins de sa prise. Les complices, dirais-je.</p>
<div class="photoGrid three clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-033.jpg" rel="grid-52" class="item view" title="Cette anse si prometteuse…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-033.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-034.jpg" rel="grid-52" class="item view" title="Ce petit affluent à allure normande."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-034.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-035.jpg" rel="grid-52" class="item view" title="Cette vanne de moulin…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-035.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Depuis cette prise, pourtant si modeste, Jean est furieusement excité. Des truites ! Il y a des truites ! Et les pêcheurs d’hier qui semblaient nous considérer comme des hurluberlus et des pince-sans-rire parce que nous parlions de truites dans le Loing !</p>
<p>Sacré Jean, en un clin d’œil son sac est bouclé et pendant que, toujours lambin, j’achève le mine, il est la gaule au poing à la « chasse à la truite ».</p>
<p>Bientôt ma ligne est montée aussi, et je prospecte à l’asticot cette eau où horreur ! Je pourrais prendre des truites avec un procédé qui est si décrié par les purs.</p>
<p>Nous prenons la rive droite et pêchons sans résultats positifs. Et pourtant on voit des gardons, et de taille… Ma ligne est un peu légère mais j’avoue avoir la paresse de la modifier ce dont elle aurait pourtant besoin avec ce fort courant. Quoiqu’il en soit la bredouille est évitée car, au pont ruiné, j’ai pris quelques vairons et une vaudoise.</p>
<p>Le paysage est pleins de charmes aussi je ne puis résister au plaisir de prendre un cliché de cette anse si prometteuse (et si menteuse) et de ce petit affluent à allure normande. Cette vanne de moulin vaut certes une photo aussi.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-036.jpg" rel="grid-75" class="item view" title="… ces beautés…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-036.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-037.jpg" rel="grid-75" class="item view" title="Le Loing hérissé de vaguellettes…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-037.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Et c’est le petit village Episy où une désillusion nous attend. Pas de boulangers et nous n’avons plus de pain. Nous mendions notre pain de portes en portes jusque dans une boucherie où nous trouverons à prix modique foie de bœuf et pot-au-feu à défaut de brignolet.</p>
<p>Le prochain boulanger vers l’aval est à Ecuelles (4 km). Amateur passionné de pain je suis d’avis de faire ce parcours à marche forcée sans pêcher ni même admirer le paysage (pour ne pas être tenté de m’arrêter). Non sans peine, Jean parvient à me faire abandonner ce projet.</p>
<p>Comme la Bête se réveille vite en nous : je préférais la boustifaille aux délices du Touriste amoureux de la Nature.</p>
<p>Honte sur moi !</p>
<p>Que j’aurais dont été puni en ne voyant pas toutes ces beautés ! Avec le vent qui souffle ferme maintenant et charrie de si beaux cumulus dans le ciel, le Loing hérissé de vaguelettes a vraiment l’air sauvage surtout que la rive opposé est un pré, rongé, en bordure de l’eau par d’épais massifs de roseaux et d’herbe drue. Au loin la forêt de Fontainebleau « l’antique forêt de Bierre » étend ses premières avant-gardes.</p>
<p>Nous trouvons, après pas mal de recherches, un endroit abrité du vent. C’est au milieu de l’espèce de maquis qui garnit l’intervalle entre Loing et canal. Quel beau coin à incendies avec ces buissons et ces feuilles sèches. Et comme le « Jeff » attiserait vite cela. Heureusement, j’ai vis-à-vis du feu, une prudence que Jean qualifie de maladive. Peut-être a-t-il raison, d’ailleurs…</p>
<p>Des nouilles mangées en quantité, remplacent assez bien le pain. Après une vaisselle hâtive, nous repartons.</p>
<figure id="attachment_571" aria-describedby="caption-attachment-571" style="width: 202px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-038.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-571" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-038-202x300.jpg" alt="Vite, un cliché !..." width="202" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-038-202x300.jpg 202w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-038-768x1138.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-038-691x1024.jpg 691w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-038.jpg 1385w" sizes="auto, (max-width: 202px) 100vw, 202px" /></a><figcaption id="caption-attachment-571" class="wp-caption-text">Vite, un cliché !&#8230;</figcaption></figure>
<p>La pêche ? Pas formidable ! Ma ligne est trop légère mais je m’entête à la garder ainsi.</p>
<p>D’ailleurs le paysage est trop joli pour que je prenne à cœur mon manque de succès à la pêche. Il y a pourtant des coins idéalement fait pour la « rôde » mais je ne prends que de-ci delà une petite cochonnerie de chevesne en-dessous de la taille légale naturellement. A l’eau, naturellement !</p>
<p>Mais mon « Gallus » n’est pas bredouille lui. Et j’ai une peine affreuse à refreiner mon ardeur à m’en servir. De fait je le manie un peu comme une mitraillette. Et pan ! Sur ce contre-jour… Crac ! Sur cette aubépine… Aïe donc ! Sur ce petit bras… Laisserais-je cet arbre si pittoresque s’effacer de nos mémoires ? Vite un cliché !</p>
<p>Tant pis donc pour la pêche… Et pourtant, je conserve encore la vision de ce panier qu’un pêcheur entrouvrait complaisamment et où gisaient outre des chevesnes fort respectables… une truite. Belle, ma foi ! 30 cm je pense. Et dans le café d’Episy où cela se passait, les deux apprentis pêcheurs que nous nous révélons être aujourd’hui, Jean et moi, auraient des yeux ronds et s’ils ne disaient rien, ils n’en pensaient pas moins. Confusément, pour excuser notre maladresse, des excuses s’ébauchent : connaissance local de la rivière, appât différent…</p>
<p>Nous sommes maintenant à proximité de Morêt, et, après un passage épique de « ramping » à genoux sous les ronces, avec tout le barda de pêcheur-campeur, nous prenons la route de halage le long du canal devant abandonner les bords du Loing qui sont propriétés privées strictement défendues par des barbelés inflexibles.</p>
<p>Hélas que ce port sur le canal nous parait odieusement civilisé après ce que nous avons vu de splendeurs, et maintenant que le paysage n’est plus là pour nous distraire nous peinons sous nos sacs.</p>
<p>Entrée à Morêt. Désillusion ! La guerre a durement éprouvé la perspective du Port et des jolies maisons qui l’entouraient. Les ravages du feu font encore des plaies vives. Trop de ruines. Des ruines fraiches que le temps et la nature n’ont pas encore sanctifiées et qu’aucune verdure ne panse.</p>
<p>Un affreux pont de bois enjambe le Loing en aval de l’ancien et semble vouloir, en le doublant, démontrez la vétusté et l’inutilité du vieil édifice. Vieux ! Inutile ! Crève aux yeux des hommes d’affaires. C’est-à-dire des hommes tout court.</p>
<figure id="attachment_572" aria-describedby="caption-attachment-572" style="width: 198px" class="wp-caption alignright"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-039.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-572" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-039-198x300.jpg" alt="La Porte Sanois qu’on aperçoit au fond." width="198" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-039-198x300.jpg 198w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-039-768x1162.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-039-677x1024.jpg 677w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-039.jpg 1366w" sizes="auto, (max-width: 198px) 100vw, 198px" /></a><figcaption id="caption-attachment-572" class="wp-caption-text">La Porte Sanois qu’on aperçoit au fond.</figcaption></figure>
<p>La politique a complété l’œuvre des engins guerriers. La Porte de Bourgogne que les bombes et l’incendie avaient laissé quasi intacte porte une énorme inscription qui déshonore les vieilles pierres. Ou plutôt, qui déshonore les politicaillons vandales qui l’ont peine là.</p>
<p>Le soleil se couche derrière la Porte Sanois qu’on aperçoit tout au fond. Le ciel prend des couleurs irréelles. Que dire sur un coucher de soleil qui n’ait été dit et redit ? Et pourtant c’est si beau qu’on se voudrait peintre ou poète pour glorifier ces choses.</p>
<p>Mais, redevenant terre-à-terre nous cherchons le pain de notre diner. Boulangeries vides. Magasins fermés. Restaurant ou café dévalisés de leurs dernières miettes de pain ; voilà ce que nous trouvons ce soir de lundi de Pâques. Il fallait s’y attendre.</p>
<p>Enfin, je déniche un demi-pain qu’une dame compatissante veut bien nous céder.</p>
<p>Nous casserons la croûte sur le quai de la gare. Nous prendrons le train d’assaut.</p>
<p>C’est vraiment le retour à la civilisation !</p>
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		<title>Essais sur l’Eure</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bernard Van Leckwyck]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 14 Feb 1946 18:18:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Carnet 2]]></category>
		<category><![CDATA[Ile de France]]></category>
		<category><![CDATA[Jean]]></category>
		<category><![CDATA[Maintenon]]></category>
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					<description><![CDATA[Quand Jean Blier et moi débarquons du train à Maintenon il fait encore noir : le jour ne sera guère levé que dans une demi-heure : il est 7h50. Nous nous y...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Quand Jean Blier et moi débarquons du train à Maintenon il fait encore noir : le jour ne sera guère levé que dans une demi-heure : il est 7h50.</p>
<p>Nous nous y attendions : c’est normal. Ce qui l’est moins c’est que nous ne voyons pas la gare. Serions-nous descendus en pleine campagne ? Pourtant ce quai… ce doit être une gare… Nous cherchons à droite, rien ; à gauche, rien non plus. Allons pourtant à droite en bons moutons de Panurge car la grosse majorité va dans cette direction.</p>
<p>Quand le train est reparti Jean et moi inspectons l’horizon. Toujours pas de gare ! J’avais entendu dire que Maintenon avait été bombardé assez sévèrement car son viaduc formait un objectif de première importance. Mais de là à imaginer que la gare avait été « rincée » à ce point…</p>
<p>Nous nous dirigeons vers une espèce de portillon qui, coupant une barrière forme, avec celle-ci et un espace de terre battue, la nouvelle gare. A droite doivent aussi se trouver quelques baraquements.</p>
<p>Une route descend le long d’une grande masse sombre qu’avec le jour, nous identifierons pour l’Aqueduc. Je déduis que l’Eure doit être au fond de cette vallée. A un carrefour, nous hésitons : gauche ? droite ? A la grâce de Dieu : à gauche. Mais voici un groupe qui va pouvoir nous renseigner :</p>
<p>« Pardon Messieurs, existe-t-il encore une maison ou un hôtel où l’on puisse coucher à Maintenon ? Et pour manger ? » Je suis impressionné par l’anéantissement de la gare que je m’attends tout naturellement à m’entendre dire que tout est en ruine.</p>
<p>« Pour manger vous avez la cantine là-bas. Quant aux hôtels, faut voir, mais vous aurez du mal… Voyez à Maintenon. »</p>
<p>Et de nous indiquer la route opposée à celle que nous suivons.</p>
<p>« Bah ! fais-je, d’ici ce soir nous aurons le temps de nous préoccuper de tout ça. Il fait nuit à 5h ½ et nous commencerons à chercher quand nous ne pourrons plus pêcher. »</p>
<p>« Mais, objecte Jean, et notre déjeuner ? »</p>
<p>« Nous avons nos casse-croûtes, fais-je… »</p>
<p>« Pas moi, répond Jean ! »</p>
<p>« Tu n’as pas ton casse-croûte ! Nom de … »</p>
<p>Je laisse alors échapper quelques expressions aussi inélégantes que peu courtoises que Jean entend et encaisse avec une sérénité remarquable. Enfin, tout s’arrange j’ai emporté un repas copieux (j’avais prévu déjeuner et diner) et nous le partagerons ce midi. Quant à ce soir nous trouverons bien un restaurant et un hôtel.</p>
<p>Vite un boulanger pour compléter le casse-croute. En voici un. Nous nous y documentons sur les ressources halieutiques du pays. On nous parle, avec geste évocateur à l’appui, de brochets « comme ça » dans les trous de bombes, près du viaduc bombardé.</p>
<p>En route donc pour la Viaduc, où nous arrivons alors que cesse de tomber la pluie fine qui tombait depuis quelques temps.</p>
<p>Arrivés sur place nous sommes considérablement refroidis : des mares d’eau plus ou moins engageantes alimentées par une jolie petite rivière, la Voise, mais profonde de 30 à 40 cm ! Et comme toile de fond : le Viaduc en réparation. Un chantier ! Nous serions venus jusqu’ici pour pêcher ça ?</p>
<p>Jean est catégorique : « J’aime mieux ne pas prendre de brochets que de les sortir dans un tel décor… »</p>
<p>Je suis entièrement de son avis !</p>
<p>Tant pis pour la Voise ; allons vers l’Eure. Nous y arrivons après quelques tâtonnements.</p>
<p>Quel joli cours d’eau ! Rivière à truites, disons-nous, or celle-ci est en train de frayer. Nous promettons de remettre à l’eau tous salmonidés qui se laisseraient prendre à nos engins.</p>
<p>Nous montons : j’étrenne aujourd’hui une canne à mouche (de nom seulement, car je pêche au ver) et un moulinet neuf. Que ne vais-je pas sortir avec ces deux bijoux et dans une rivière où je trouve des réminiscences du Petit Morin et de l’Epte…</p>
<p>Nous avons quelques touches l’un et l’autre et Jean sort une épinoche de 3 ou 4 cm.</p>
<p>C’est un poisson que je ne connaissais pas mais que j’aurais bientôt l’occasion d’examiner car j’en sors une presque aussitôt après mon camarade qui me fait un cour de morphologie épinoche : il connait ce poisson depuis sa déportation au titre du S.T.D. en Pologne.</p>
<p>Nous remettons le cours de l’Eure, du moins nous supposons que c’est elle, car je n’ai pas pensé à regarder le guide Michelin, mais Jean m’a dit que la rivière se divise en nombreux bras. Quant aux indigènes il semblerait que les bombardements ont quelque peu ébranlé leurs facultés d’analyse et d’observation, car, de ceux que nous avons interrogés jusqu’ici, bien peu nous ont fourni des renseignements clairs et précis.</p>
<p>En remontant le cours de la présumée Eure j’avise soudain un objet cylindrique rouillé qui me fait ressouvenir brusquement de nos craintes de tout à l’heure : y aurait-il des mines, par ici ?</p>
<p>Je désigne ma trouvaille à Jean et nous contournons précautionneusement l’objet suspect. Mais bientôt les « choses cylindriques » se multiplient ce qui nous rassure bien que cela paraisse paradoxale : en effet, si c’était des mines, les indigènes, si myopes et bornés semblent-ils être, les auraient vus et nous auraient prévenus. Nous continuons donc à remonter le cours d’eau mais nous ne sommes que partiellement rassurés malgré tout.</p>
<p>Bientôt nous arrivons devant une clôture qui limite une prairie où paissent des vaches… ou des taureaux ? Jean et moi sommes médiocrement attirés par la tauromachie, cependant, à la vue du détour à faire si nous ne coupons pas cet herbage (que nos imaginations transforment déjà en arènes sanglantes) nous résout à faire acte de courage bien involontaire d’ailleurs.</p>
<p>Et nous passons la barrière, si préoccupés des bovidés, que nous pensons à peine que nous sommes dans une propriété privée et que nous pourrions encourir les foudres du propriétaire.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-006.jpg" rel="grid-60" class="item view" title="Nous bravons vaches, taureaux, propriétaire et tout."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-006.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-007.jpg" rel="grid-60" class="item view" title="L’herbage que nous venons de traverser si piteusement."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-007.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>A mesure que nous nous rapprochons des ruminants (ruminent-ils de mauvaises pensés à notre égard ?) nous obliquons vers la gauche où une barrière salvatrice pourrait éventuellement s’interposer entre nous et les cornes des animaux qui, là-bas… Nom d’un chien voilà un des animaux en question qui s’occupent à une besogne nettement virile : pas de doute il y a au-moins un taureau ! Et ces broussailles qui rendent la clôture quasi infranchissable, surtout avec notre attirail : sac à dos, épuisette, cannes, etc.</p>
<p>Horreur ! En voilà un qui nous regarde drôlement et le bout de l’herbage qui est encore à 500 mètres !</p>
<p>Enfin, nous y arrivons et, de la route où nous sommes maintenant, nous bravons vaches, taureaux, propriétaire, et tout.</p>
<p>Voici un moulin assez joli et, nous aventurant sur une digue, nous arrivons à un coin où ce remous est bien prometteur et d’où nous avons, dans tous les cas, un point de vue épatant sur l’herbage que nous venons de traverser si piteusement.</p>
<div class="photoGrid two clearfix full-width-element">  <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-008.jpg" rel="grid-55" class="item view" title="L’Aqueduc en ruine…"><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-008.jpg" alt="">
                </a> <a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-009.jpg" rel="grid-55" class="item view" title="L’Aqueduc dont les piles semblent si vieilles qu’on les croirait faites de blocs de falaises."><img decoding="async" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-009.jpg" alt="">
                </a>
        </div>

<p>Jean et moi lançons nos lignes dans ce remous et nous y accrochons tous deux : moi avec ma chance habituelle j’arrive à sortir de la branche qui le retient, l’hameçon de ma ligne. Mais Jean doit casser.</p>
<p>Peu après touche pathétique à la ligne de mon compagnon : ferrage… rien. De même une seconde fois… puis une 3ème reprise et il sort… une épinoche ! Voilà donc ces touches pathétiques.</p>
<p>Allons voir plus loin… 800 mètres ou un kilomètre de marche et voici l’Aqueduc en ruine que nous avions entrevu ce matin dans le petit jour. Quel magnifique point de vue avec l’Eure qui coule paisiblement sous deux de ses arches. Nous passons au-travers d’une clôture de barbelés et après une descente à pic le long de l’Aqueduc dont les piles semblent si vieilles qu’on les croirait faites de blocs de falaises, nous voici au bord de l’eau.</p>
<p>Splendeur du soleil qui revient dans ce cadre charmant ! Je mitraille l’Aqueduc de photos. Une seule ombre au décor, ce parc (car c’en est un) où nous sommes est par endroits couvert de débris de munitions, d’obus plus ou moins désamorcés, de douilles déchiquetées, d’ailettes de bombes, de tôles crevées comme des écumoires par mille éclats.</p>
<figure id="attachment_535" aria-describedby="caption-attachment-535" style="width: 1457px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-010.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-535" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-010.jpg" alt="Jean inaugure son nouvel appareil." width="1457" height="2079" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-010.jpg 1457w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-010-210x300.jpg 210w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-010-768x1096.jpg 768w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-010-718x1024.jpg 718w" sizes="auto, (max-width: 1457px) 100vw, 1457px" /></a><figcaption id="caption-attachment-535" class="wp-caption-text">Jean inaugure son nouvel appareil.</figcaption></figure>
<p>Mais, dans le coin où nous sommes, c’est propre de débris guerriers et la nature semble paisible et pacifique : à droite, un pont de bois est jeté sur un bras de l’Eure, en face, les futaies dépouillés par l’hiver nous offrent des sons très doux, à gauche, seulement, dans l’encadrement d’une arche de l’Aqueduc, on aperçoit le Château de Maintenon dont une tour en réparation (reste du bombardement) lui donne un vague aspect de pagode chinoise.</p>
<p>Jean inaugure son nouvel appareil sur un bien joli décor !</p>
<p>Nous déjeunons et après nous être un peu essayé au lancer à la mouche, nous abandonnons le ver pour tenter le lancer.</p>
<p>J’ai aujourd’hui un moulinet Orédon neuf et une refendue de 2 000 avec laquelle je n’ai pas encore fait de lancer.</p>
<figure id="attachment_536" aria-describedby="caption-attachment-536" style="width: 230px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-011.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-536" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-011-230x300.jpg" alt="Un écriteau des plus encourageants… " width="230" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-011-230x300.jpg 230w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-011.jpg 648w" sizes="auto, (max-width: 230px) 100vw, 230px" /></a><figcaption id="caption-attachment-536" class="wp-caption-text">Un écriteau des plus encourageants…</figcaption></figure>
<p>L’ensemble se révèle trop lourd pour ici car il n’y a pas de profondeur et avec 3 grammes, on racle le fond pour peu qu’on ne récupère pas trop vite.</p>
<p>Bientôt je délaisse la pêche pour essayer quelques photos, notamment pour tâcher de saisir un envol de poules d’eau dans le fond du parc.</p>
<p>Puis comme nous ne prenons rien nous évacuons la propriété par le même chemin que celui que nous avons emprunté pour entrer.</p>
<p>Sur la route nous trouvons un entassement de petites bombes avec un écriteau des plus encourageants : DANGER ! et plus loin un autre écriteau avec le même mot, et cet écriteau opposé sur le parc d’où nous sortons !</p>
<p>Cela nous fait réfléchir…</p>
<p>Plus loin, quand, découragés par le manque de profondeur d’eau de l’Eure, nous « plions » sur un pont, un vieux bonhomme, qui se révèle comme le démineur du Château, (propriété privée, explique-t-il en exhibant son permis pour y pénétrer), nous apprends que les eaux du Château sont pleines de toutes sortes de poissons ! Que croire ?</p>
<figure id="attachment_537" aria-describedby="caption-attachment-537" style="width: 226px" class="wp-caption alignright"><a href="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-012.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-537" src="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-012-226x300.jpg" alt="Ce confluent" width="226" height="300" srcset="https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-012-226x300.jpg 226w, https://mille-camps-et-plus.fr/wp-content/uploads/2019/06/002-012.jpg 642w" sizes="auto, (max-width: 226px) 100vw, 226px" /></a><figcaption id="caption-attachment-537" class="wp-caption-text">Ce confluent</figcaption></figure>
<p>Le soir tombe et nous faisons une promenade avant le diner.</p>
<p>Que de jolis coins : ce ruisseau, ce confluent, cette cascade… que l’Eure est donc belle ! Mais si peu de poissons !</p>
<p>Bah ! Dans tous les cas ce n’est pas un dimanche perdu : que de jolis paysages !</p>
<p>Et puis j’ai découvert l’Eure. Tant pis si je n’ai pris que 7 épinoches !</p>
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